■LEÇONS
FAISANT PARTIE DU COURS
DE MÉDECINE LÉGALE
DE
M. ORFILA, ^
Professeur de Médecine légale à la Faculté de Médecine de
Paris, Président des Jurys médicaux , Médecin par quartier
de S, M. , Membre de l’Académie royale de Médecine,
Correspondant de l’Institut , de l’Universite de Dublin , de
.Philadelphie , des Académies de Madrid , de Barcelonne,
ie Murcie , des Iles Baléares , de Livourne , etc.
^IIAGE GEKÉ DE VINGTfDEUX PLANCHES, DONT SEPT
( BÉCHET jeune , Libraire , place de l’École de Médecine , n® 4;
[ L’AUTEUR, rue de Tournon, n° 33. _
AVERTISSEMENT.
Le cours de médecine légale que je fais tous les
ans à la Faculté de Paris se compose d’environ
soixante-quinze leçons; je me décide à en pu¬
blier une partie , pour éviter aux personnes qui
le suivent la peine de le rédiger. D’ailleurs , les
objets dont je m’occupe dans ce volume pré¬
sentent beaucoup de difficultés ; et leur expo¬
sition pour être faite avec succès, exige des
démonstrations nombreuses et des expériences
multipliées, qui attirent nécessairement l’atten¬
tion des auditeurs et les mettent dans l’impossi¬
bilité de recueillir exactement tout ce qui fait la
matière des leçons.
Peut-être me reprochéra-t-oii d’avoir été minu¬
tieux, et de traiter trop longuement les ques¬
tions relatives à cette partie de mon cours : un
pareil reproche ne pourra être fait que par les
personnes qui n’ont jamais été appelées par les
magistrats à prononcer sur un cas de médecine
légale , ou qui n’ont pas réfléchi sur l’impor -
tance du devoir que le médecin remplit dans
cette circonstance; en effet, les questions sur
lesquelles on peut être obligé de délibérer sont
a
( ^ )
tellement variées , que les moyens employés pour
les résoudre ne se ressemblent pas.
J’ai cru devoir figurer les plantes et les ani¬
maux dont je donne la description dans mes
leçons : l’exécution de cette tâche a été confiée
à des artistes d’un mérite connu. M. Turpin a
fait la plupart des dessins, et M. Plée père les a
gravés. Les descriptions des végétaux dicotylédons
qui ont été figurés font partie d’un ouvrage iné¬
dit que M. A. Richard fils se propose de publier
incessamment. Il m’a semblé difficile de puiser à
une meilleure source. /
TABLE
DES ARTICLES.
PREMIÈRE LEÇON* — De l’Empoisonnement con¬
sidéré sous le point de vue médico-légal. pag. I
F® Sectiott. — Notions préliminaires sur l’empoi¬
sonnement considéré sous le point de vue nié-
dico-légaî. , 2
F® Classe. — Poisons irritans., 9
IF Classe. ■ — Poisons narcotiq.ues. ïbid.
III® Classe. — -Poisons narcotico-âcres. 10
IV® Classe. — Poisons septiques ou putré-
fîans. ; ïbid.
DEUXIÈME LEÇON. II® Section. — Des Poi¬
sons en particulier. 12
F® Classe. — Poisons irritans., ibid.
Art. i®’^. — : Des Substances simples. — Du
Phosphore. ïbid.
De riode. i 5
Art. II. — Des Acides concentrés minéraux
et végétaux. .16
^^OISIÈME LEÇON. — De l’Acide sulfurique. 20
De l’Acide nitrique. 2^
QUATRIÈME LEÇON. — De l’Acide nitreux. 28
De TAcide hydrochlorique ( composé d’hy¬
drogène et de chlore ). . ibid.
De l’Eau régale., 3o
(vij)
De l’Acide phosphorique. P^g- 3o
De l’Acide phosphatique ( pMosphoreux de
quelques chimistes ). 3i
Des Acides oxalique et tartarique, . Sa
De l’Acide citrique. 33
Du Chlore liquide.
CINQUIÈME LEÇON. —A^âr. IH. — De la po¬
tasse, de la soude, de ia chaux, des siilfares
et des sels contenant ur. de cës alcalis. 34
Symptômes de rempoisonnement produit par
la potas^ , la soude et la chaux. 35
De la Potasse caustique. ihid.
De la Soude. 38
De la Chaux. ihid,
SIXIÈME LEÇON. — § II. — Du foie de soufre ,
du sous-carbonate et du nitrate de potasse. 4o
Symptômes de l’empoisonnement par ces
substances. ihid.
Du Sulfure de potasse ou de potassium ( foie
de soufre). iUd.
Du sous-Carbonate de potasse ( sel de tartre. ) ihid.
Du Nitrate de potasse ( nitre , salpêtre. ) 49
SEPTIÈME LEÇOI^. — Art. IV. — De la baryte ,
du sous-carbonate et de l’hydrochlorate de ba-
rytè. r ’ 48
Action de ces substances sur l’économie ani¬
male. Symptômes de l’empoisonnement
qu’elles déterminent. Lésions de tissu qui
sont le résultat de leur action. , ihid.
De la Baryte. 5o
Du sous-Carbonate de baryte. 52
( ix )
I>e l’Hydrochlorate de baryte. 53
Art. V. — De l’ammoniaque liquide ( alcali vola¬
til fluor ) , du sous-carbonate d ammoniaque et
dé l’hydrochlorate d’ammoniaque. 54
HUITIÈME LEÇON. — Art. vi. — ^ Des sels et
autres composés de mercure , d’étain , d’arse¬
nic ; de cuivre , d’antimoine , d’argent , de bis-^
muth , d’or et de zinc.. 57
§ — Des sels et autres composés de mer¬
cure. 58
Du Deutochlorure de mercure ( sublimé cor¬
rosif. 59
NEUVIÈME LEÇON. — Du Deutoxyde dè mer¬
cure ( précipité rouge , précipité perse. ) 76
Du Protoxide de mercure .
Du Sulfure de mercure ( cinabre. ) 77
Sulfate et nitrate de mercure. 78
DIXIÈME LEÇON. - — §11. — - Des Préparations
d’étain. 81
Des Oxydes d’étain. ïbid.
De l’HydroCblorate d’étain. - 82
ONZIÈME LEÇON. — § III. — Des prépara¬
tions arsénicales. 8g
De l’Oxyde blanc d’arsenic ( acide arsénieux. )
DOUZIÈME LEÇON. — De l’Oxyde noir d’arse¬
nic et de la Poudre aux mouches. 100
Des Sulfures d’arsenic. lor
Du Caustique arsénical du frère Go sme , et de
la Poudre de Rousselot. 102
De l’Acide arsénique. io3
Des Arséniates solubles. ^ *^4
Des composés d’oxide blanc d arsenic et'K une •
base salifiable ( arsétites. ) io6
TREIZIÈME LEÇON. — § iv. — Des Préparations
cuivreuses. .107
Des Oxides de cuivre. iMd.
Du sous-Deutocarbonate de cuivre ( vert-de-
gris naturel. ) 109
Du Deutoacétate de cuivre ( vèrdet crystal--
lisé. ) ibid..
Du Vert-de-gris artificiel. ^la-
Du Deutosulfate de cuivre. ( Vitriol bleu, ,
couperose bleue. ) 119
Du Sulfate de cuivre ammoniacal. 121
Du Deutcnîtrate de cuivre. 122
Du Cuivre ammoniacal. 12Z
QUINZIÈME LEÇON. — § v. Des Préparations
d’argent. - ibid.
Du Nitrate d’argent. ibid.
§ VI. — Des Préparations antimoniales. 128
Du Tartrate acide de potasse et d’antimoine'
^ ( émétique, tartre stibié. ) ibid.
SEIZIÈME LEÇON. — Du kermès minéral ( sous-
bydrosulfate d’antimoine ) et du soufre doré, i35
Des Oxydes d’antimoine. i36
Des Hydrochlorates d’antimoine. ibid..
De l’Emétine. 139
§ VII. — Des Préparations de bismuth. i4o
^ Du Nitrate de bismuth, ibid.
§ VIII. — Des Préparations d’or. i44
De l’Hydrochlorate d’or ( muriate. ) ibid^-
§. IX. — Des Préparations de zinc. i47
Du Sulfate de zinc. , ibid.
DIX- SEPTIÈME LEÇON. — §. s. Préparations
de plomb. i5o
Du sous- Acétate de plomb soluble. i58
Des Oxydes de plomb.
Du sous-Carbonate de plomb ( céruse. ) i6i
De l’Eau imprégnée de plomb. ibid.
Du Vin imprégné de plomb. 162
DIX-HUITIÈME LEÇON. — S ii. De la Bryone ;
de l’Élatérium; de la Coloquinte ; de la Gomme-
Gutte; du Garou; du Ricin; du Pignon d’Inde ;
de l’Euphorbe ; de la Sabine ; du Staphysaigre ;
de la Gratiole , de l’Anémone ; du Rhus; du Nar¬
cisse et de la Renoncule des prés ; de la Ghéli-
doine, etc. ibid^
De la racine de Bryone. i63
De l’Élatérium. 164
De la Coloquinte. i65
De la Gomme-Gutte. 166
Du Garou ( sainbois. ) 168
Du Ricin. 169
Du Pignon ^nde. , 171
De l’Euphorbe. 172
De la Sabine. 174
Du StaphysaigrCi lyS
De la Delphine* 176
DIX-NEUVIÈME LEÇON. — De la Gratiole. 178
Gratiole officinale ( Gratiola officinalis , Linn.
Spec.)
De l’Anémone pulsatille. * 181
( xij )
Anémone pulsatille ( Anemone puisa- Pag. i8i
tilla, L. Spec. , 759. ) ïbid.
Dn Rhus radicans et du Toxicodendron. 18 3
De la Ghélidoine. 184
Chélidoine claire^ Ghelidonium majus. ) ïbid.
Du Narcisse des prés. 186
Narcisse faux Narcisse ( Narcissüs pseudo-
narcissus 5 L. ) ihid.
Delà Renoncule des prés. 187
Des Cantharides. 190.
Des Animaux qui produisent des accidens ,
graves lorsqu ils sont introduits dans l’es¬
tomac. 194
Des Moules. 195
Du Verre. 19^-
VINGTIÈME LEÇON. — IP Ccasse. ibid.
Des Poisons narcotiques. ibid.
De l’Opium. 198
De la Morphine. ibid.
Du Principe crystallisable de Derosne. 201
De l’Opium. 20 3
De là Jusquiame. 209
Jusquiame noire ( Hyosciam us niger , Linn.
sp. 257. ) 210
De l’Acide hydrocyanique ( prussique. ) 2 1 3
De la Laitue vireuse. 2^9
VINGT ET UNIÈME LEÇON. — IIP Gcassb. 221
Des Poisons narcotico-âcres. ïbid.
§ — De la Scille ; de l’OEnanthe crocata ; de
l’Aconit ; de l’Ellébore ; du Golchique ; de
la Belladona; du Datura; du Tabac; de la
( xüj }
Digitale; des diverses espèces de Ciguës;
et du Laurier-Rose. 222
DelaScille. 223
De rOEnanthe crocata. 220
OEnanthe crocata( OEnanthe safranée, Linn. ,
Sp. 365. ) ihid.
De l’Aconit napel. 226
Aconit napel ( Aconitum napellus , Linn. ,
Sp. jSi. ) 227
De l’Ellébore noir. 229
Ellébore noir ( Helleborus nigèr , Lin. Sp. 783 )
De l’Ellébore blanc. 234
De la Vératrine. 226
Du Colchique ( Colchicum autt^mnale ) de
1 hexandrie trigynie de L. et de la famille
des colchicées. 236
De la Belladone ( Atropa belladona. ) 287
Atropa belladone (Atropa belladona, Linn.
Sp-26o.)
Du Datura stramonium. 289
Stramoine pomme épineuse ( Datura stramo-
nium, Linn., Sp. 255. ) 240
De la Poudre de tabac. 241
De la Digitale pourprée. 242
Digitale ( Digitalis purpurea, Linn, Sp. ) 243
De la grande Ciguë ( Conium maculatum. ) 245
Grande Ciguë ( Cicuta major , Lam. Fl. fr. 3 ,
p. 1041. Conium maculatum, L. , Sp. 349.)
De la Ciguë aquatique ( Cicutaria aquatica ,
de Lamk. ) 247
Cicutaire aquatique ( Cicutaria aquatica ,
( xiv )
îjaink. Ciguë vireuse, Gicuta virosa, L.) Pag. 147
De la petite Ciguë ( OEthusa cynapiuin. ) 24^
Éthuse petite Ciguë ( OEthusa cynapium ,
Linn. Sp. 367. ) 25 1
Du Laurier-Rose. - a53
VINGT-DEUXIÈME LEÇON. — § ii. De la Noix
vomique; de la Fève de Saint-Ignace; dé l’U-
pas tieuté et de la Strichnine. . 254
Dé la Noix vomique. ' ibid.
De la Fève de Saint-Ignace ( Noix igasur des
Philippines.) 255
De rUpas tieuté. • 256
De la Strichnine. ibid.
De l’Ecorce de fausse angusture et de la
Brucine. 264
De l’Ecorce de fausse angusture ( angusture
fine.) ibid.
De la Brucine. 266
Du Ticunas,du Woorara et duGurare. 268
VINGT-TROISIÈME LEÇON. — § m. Du Cam¬
phre; de la Coque du Levant; et de la Picro-
toxine. '
Du Camphre.
De la Coque du Levant.
De la Picrotoxine.
De l’Upas antiar.
§ VI. — Des Champignons vénéneux. 276
A. Caractères des Champignons vénéneux.
— Genre Amanita. ibid.
Description des espèces. 277
Genre Agaricus. . 285
266
ibid.
270
271
' 275
Description des espèces. 286
Groupe des Agarics à pédicule nul , latéral
ou excentrique. ( Flore française. ) 288
Groupe des Agarics à pédicule pourvu d’un
collet. 289
VINGT-QUATRIÈME LEÇON. — § v. Du Seigle
ergoté ( Secale cornutum. ) 298
S- VI. — Del’Alcpliol. 2917
De l’Éther sulfurique. 3oi
ly. Classe. — Des Poisons septiques ou pu-
tréfians. 302
VINGT-CINQUIÈME LEÇON. — Des Animaux
venimeux. 304
De la Vipère commune. ' 3o5
Des Serpens à sonnettes. 3 10
Des Insectes venimeux. 3ii
Du Scorpion d’Europe. iUd
De la Tarentule. 3i3
Piqûre de la Tarentule. 3i4
De l’Araignée des caves. ibid.-
De l’Abedle domestique. 3i5
Du Bourdon.
De la Guêpe.
Des Matières animales décomposées. 817
VINGT-SIXIÈME LEÇON. — De l’Empoisonne¬
ment par les substances gazeuses introduites
dans les voies aériennes. * 323
Du Gaz acide carbonique. . Hid.
De la Vapeur du charbon. 326
De l’Air non renouvelé. 328
Du Gaz qui se dégage des fosses d’aisance. 33o
( )
Section iii®. — De l’Empoisonnement con¬
sidéré d’une manière générale. Pag. 335
Art. — Premier problème. ibid.
I — Phénomènes . que l’on observe gé-
néraler^ent avant la mort des individus
soumis à l’influence des poisons. 33d
§ II. — Altérations de tissu produites par les
substances vénéneuses , et que l’on cons¬
tate après la mort. SSp
§ III. — Des maladies qui simulent l’empoi¬
sonnement aigu. 342
Expériences sur les animaux vivans. 363
ymGT-HUITIÈME LEÇON. — Deuxième pro¬
blème 368
§ — Des moyens fournis par la Chimie et
par l’Histoire naturelle , et qui sont pro¬
pres à faire connaître la nature de la subs¬
tance vénéneuse. 369
Expériences chimiques propres à faire çon^
naître les poisons minéraux et quelques poi¬
sons végétaux qui n’ont pas été avalés en
entier^ en sorte que l’on peut agir sur une
portion que l’on suppose sans mélange. 874
Poisons solides. ibid.
Poisons solides tirés du règne minéral. SjS
Poisons solides qui sont des principes immé¬
diats des végétaux ou qui contiennent un
dé ces principes. 876
Poisons solides blancs, gris, ou d’un blanc
tirant légèrement sur le gris ou sur le jaune. 878
Examen des substances solubles. 3 80
( xvij ) .
^INGT-NETJVÎEME LEÇON. Pag. 388
trentième leçon. — Poisons liquides 4oi
Poisons liquides rougissant l’eau de tourne¬
sol , et ne précipitant point par l’amino-
niaque pure. 4o6
Poisons liquides rougissant ou ne rougissant
point l’eau de tournesol , et précipitant par
l’ammoniaque pure. 4o8
Poisons liquidés verdissant le sirop de vio¬
lettes, et ne précipitant point par Fammo-
niaque. 4io
Poisons gazeux. • 4i3
TRENTE ET UNIÈME LEÇON. -- Expérience»
chimiques propres à découvrir les poisons mi¬
néraux qui ont été mêlés avec du thé, du café,
du vin, etc., ou qui font partie des matières
vomies , ou de celles que Fon trouve dans le ca¬
nal digestif après la mort. 4i5
§ II. — Des symptômes considérés comme
des moyens propres à faire reconnaître la
nature de la substance vénéneuse., 4-20
S II. — Des lésions de tissu considérées
comme des moyens propres à faire con¬
naître la nature de la substance vénéneuse. 428
Pe l’époque à laquelle doivent être faites les
recherches pouvant séivir à déterminer s’il
7 a eu emppisonnement , et à faire con¬
naître la nature de la substance vénéneuse. 4^
Art. h. — De quelques autres questions re¬
latives à l’empoisonnement , considéré sous
le rapport de la médecine légale, 42^
h
( xviij )
Art. iii. — De rEmpoisonnement lent. 4^g-
TRENTE- DEUXIÈME LEÇON. — Rapports
SUR l’e3IPGISOPîNEMENT. 43 1
Premier rapport. ih‘d.
Deuxième rapport. 435
troisième rapport. 437
Quatrième rapport. 44o
Cinquième rapport. 44i
TRENTE-TROISIÈME LEÇON.— Des Aliraens
considérés sous le rapport de la police médicale.
De la Fariné de froment. 445
Du Pain. 455
Du Sel commun. . 456 ,
Du CKocolat. 458
Du Café. 460
Du Fromage. ’ 463
Du Beurre et de l’Huile. 464
TRENTE-QUATRIÈME LEÇON. — De l’Eau. 467
Du Yin. 469
De l’Eau-de-vie et des Liqueurs de table. 476
Du Cidre. 477
De la Bière. 480
Du Vinaigre frelaté. 481
FIN DE E A T AB LE, © ES ARTICLES.
LEÇONS
5
DE
MEDECINE légale:
PREMIÈRE LEÇOK
D& V empoisonnement considéré sous le point de 'vue
médico-légal.
Le médecin, consulté par le magistrat sur un cas
d empoisonnement , doit toujours avoir présente à
l’esprit cette sentence de Pienck : Unîcum signum cer-
tum datisveneni est notifia hotanica inventi veneni 've-
getabilis , et analysis chemiça inventi 'venéni mineralis.
(Elemènta medicinæ et cliirurgiæ fôrensis. Viennes,
1781, pag. 36. ) L’auteur dont il s’agit autait dû
ajouter : seu notifia zoologica inventi 'veneni animalis.
Ainsi , pour ci^irmer qu’il y a eu empoisonnement , il
faut démontrer la présence du poison, en faisant les
expériences chimiques propres à mettre son existence
dans tout son jour , s’il appartient au règne minéral; et
en constatant ses caractères botaniques ou zoologi¬
ques , s il fait partie du règne organique. De combien
de difficultés la résolution de ce problème n est-elle
pas hérissée! dune part, les substances vénéneuses
parfaitement connues , sont en très-grand nombre ; les
X
, ’ (O
feciierciies qu’il hut faire, pour déterminer leur, na¬
ture j sont souvent très-délicates, surtout lorsque ces
substances sont combinées avec des corps qui les mas¬
quent ou les décomposent : d’une autre part, l’empoi¬
sonnement peut être la suite de l’absorption de la ma¬
tière vénéneuse, qui alors est souvent inaccessible à
iios moyens d’investigation ; quelquefois même, en sup¬
posant que le poison n’ait pas été absorbé , la quantité
sur laquelle on peut agir est extrêmement petite, ce
qui augmente la difficulté de l’opération : enfin , com¬
bien de fois des maladies simulant l’empoisonnement
par leurs symptômes, et par les altérations ’^de tissu
qu’elles déterminent, ne viennent-elles pas compliquer
la solution de cette question importante !
Il nous semblé que cé sujet, pour être traite conver
jiablement , doit être divisé en trois sections. Dans la
première, on exposera les notions préliminaires sur
l’empoisonnement , considéré sous le point dé vue mé¬
dico-légal; la seconde traitèra des poisons en particu¬
lier; enfin la troisième comprendra les généralités sur
l’empoisonnement, et les préceptes qui doivent servir
-de base dans la rédaction des rapports sur cette branche
de la médecine légale.
F® SECTION.
^^otiotis préliminaires sur l\mpois6nnement considéré
sous le point de njuB médico-légal:
. O^n donne le nom dé empoisonnement ( ‘veneficium ^
tpxicatio ) k l’ensemble des effets produits par les poi-
sons , appliqués sur une ou plusieurs parties du corps
(3)
des animatix. On emploie également ce mot pour dé¬
signer Y action d’empoisonner. Le mot poison {toccicum^
venenum^ -virus) a été tour à tour défini une cause, de
maladies; un agent capaMe d’occasioner une mort plus,
ou moins niolente, lorsqu’il est introduit dans l’estomac;
tout corps nuisible a la santé de l’homme,^ mais dont l’ac¬
tion n’est pas mécanique^ ete. La définition suivante,,
empruntée à Gmelin, nous paraît préférable. On doit
considérer comme poison tout corps qui détruit la
santé , ou anéantit entièrement la vie , lorsqu’il est
pris intérieurement, ou appliqué de quelque manière
que ce soit sur un corps vivant, et à très-petite dose.
Les poisons sont tirés des trois règnes de la nature;
c’est ce qui a suggéré l’idée de les ranger en trois
classes , savoir : les poisons, minéraux., poisons -vé¬
gétaux et les poisons animaux. Nous croyons devoir
adopter la classification suivante : poisons irritans ^
a® poisons narcotiques 3® poisons narcotieo - âcres ,
4® poisons septiques. Certes,. -cette classification dont
l’idée est empruntée à Yicat, est loin d’ètre exempte
de-reproches; mais, dans l’état actuel de la science,
elle nous paraît devoir être préférée à toutes, les au¬
tres. {Voyez pour les détails la page 9. )
A. Tousles poisons n agissent pas avec la même éner¬
gie; il en est qui, étant administrés à très-petite dose,
déterminent la mort de l’homme et des animaux
les plus robustes presque instantanément ( l’acide
prussique pur, lupas tieuté, là strychnine); d’autres,
au contraire, ne manifestent leurs effets qu’au bout
dun certain temps, même lorsqu’ils sont employés à
assez forte dose , et doivent être considérés comme
(4)
peu actifs ; tels sont le sulfate de zinc, lesédum âcre, etc.^
il en est que l’on peut classer entre les deux extrêmes
dont nous parlons, par rapport à leur intensité; tels
sont le nitrate d’argent , la coloquinte , etc.
L’action des poisons varie suivant leur degré de di¬
vision; en général, tout étant égal d’ailleurs, îl^agis-
sent d’autant plus qu’ils sont plus divisés; par consé¬
quent, les effets, produits par une substance dissouté
dans l’eau, doivent être plus marqués que ceux que dé¬
termine la même substance à l’état pulvérulent.
Si les poisons sont introduits dans le canal digestif,
leur action sera d’autant plus grande, les autres circons¬
tances étant les mêmes , que ce canal sera plus vide.
Les substances susceptibles d’empoisoniier l’homme
n’agissent pas de même sur toutes les espèces d’animaux;
néanmoins , on peut établir, sans craindre de se tromper,
que tout ce qui est vénéneux pour l’homme, l’est éga¬
lement pour les chiens ; à la vérité , il faudra souvent
administrer à ceux-ci une dose de poison plus forte ou
plus faible pour déterminer un effet donné , que celle
qu’il faut employer pour produire le même effet chez
l’homme : les auteurs qui ont avancé contre cette pro¬
position, que l’oxyde d’arsenic, dont Faction funeste à
l’espèce humaine est si généralement connue, n’agissait
sur les chiens que comme un hypercadiartique, se
sont évidemment trompés ; d’où il résulte que l’étude
de l’empoisonnement chez l’homme peut être sin-
gulièi'ement perfectionnée par les expériences faites
suf cette espèce d’animaux. La partie médico-légale de
rempoisonnemènt est particulièrement redevable des
progrès quelle a faits dans ces derniers temps, aux
(5)
expériences chimiques auxquelles oh a soumis les
matières contenues dans le canal digestif des chiens
empoisonnés.
Les poisons n’ont pas besoin, pour déterminer des
accidehs graves, d’être introduits dans l’estomac par la
bouche. Injectés sous forme de lavement dans les gros
intestins, plusieurs d’entre eux peuvent donner nais¬
sance aux symptômes de l’empoisonnement. Quelques-
uns agissent avec énergie , lorsqu’on les applique sur la
membrane muqueuse de la bouche, du nez, de l’œil',
du vagin, et sur l’orifice de l’utérus. Il en est qu’il suffit
de mettre en contact avec la peau, pour qu’ils détermi¬
nent l’inflammation, la suppuration, et par suite tous
les symptômes qui caractérisent l’empoisonnementl On
observe les mêmes phénomènes, lorsqu’on les applique
sur le tissu lamineux sous-cutané. Quelquefois cet effet
peut être le résultat de frictions prolongées, ou de l’ap-,
plication d’un emplâtre, ou de tout autre médicament
externe, dans la composition duquel entre une subs¬
tance vénéneuse. Mais c’est surtout lorsqu’on applique
certains poisons sur les tissus séreux et veineux j que
l’on remarque combien leur action est énergique.
L’action des poisons sur l’homme varie singulière¬
ment, suivant leur nature. Il en est qui irritent, en¬
flamment et détruisent les parties sur lesquelles ils ont
été appliqués, puis déterminent des effets quel’on peut
regarder comme sympathiques. D’autres agissent ^
peine, ou n’agissent pas du tout sur les tissus avec les¬
quels ils sont en çontact, mais ils paraissent être ab¬
sorbés ; ils sont portés dans le torrent de la circulation,
et vont exercer leur influence délétère sur le système
(S)
iierTéus et sur les organes de la circulation , de la res¬
piration, de la digestion, etc.
B. L’absorption de certains poisons nous paraît dé-,
montrée. En attendant que de nouvelles récherches
nous aient suffisamment éclairés sur cette fonction,
nous croyons pouvoir établir : i °que les poisons suscep¬
tibles d’être absorbés le sont en général avec plus d’éner¬
gie lorsqu’ils sont dissous dans l’eau, que dan s le cas où
ils sont pulvérulens ; 2® que l’insolubilité des substances
vénéneuses n’exclut pas toujours leur absorption; 3® que
cette fonction ne s”exerce pas avec la même énergie
dans les différens tissus, quelle est plus grande dans
le tissu séreux que dans le muqueux, et à plus forte
raison que dans le tissu lamineux sous-cutané ; 4°
si, en général, lorsqu’une substance vénéneuse e^ ap¬
pliquée à l’extérieur du corps , scn absorption est plus
marquée dans les parties qui contiennent un plus grand
nombre de vaisseaux lymphatiques et veineux , le con-,
traire s’observe quelquefois; 5° qu’il est permis de
croire que lorsqu’un poison du règne végétal, com¬
posé de plusieurs principes immédiats, est absorbé, il
ne l’est pas en entier; mais qu’il s’opère une décom¬
position , telprincipe immédiat étant absorbé, tandis
qu’un autre ne l’est pas (i).
(ï) Quelques physiologistes élèvent des doutes sûr l’absorp¬
tion des substances vénéneuses. Il faudrait , disent-ils , pou¬
voir démontrer la présence du poison dans l’organe sur lequel
îl a agi, pour être certain qu’il a été absorbé. Ils expliquent
les phénomènes que nous rapportons à l’absorption par l’ac¬
tion des nerfs.
( 7 )
Il n’est pas toujours aisé de juger si une substance vé¬
néneuse a été absorbée. Il importe cependant, dans
certains eas de médecine légale , de pouvoir parvenir à
la solution de cette question.
Voici quelques préceptes à cet égard.
Si l’application d’un poison sur le tissu lamineur
sous-cutané ne donne lieu à aucun signe d’irritation lo¬
cale, que l’individu succombe peu de temps après, et
qu’à l’ouvertur e du cadavre , on découvre des altérations
dans les poumons , dans le cceur- dans le canal digestif,
il nous paraît évident que le poison a été absorbé. Cette
conclusion acqpriert- beaucoup plus de valeur , si en
mettant successivement ce poison en contact avec dir
vers tissus , on voit qu’il détermine constamment les
mêmes phénomènes, et que la mort est d’autant plus
prompte , qqe l’organe sur lequel on l’a appliqué est
doué d’une force absorbànte supérieure.
Il est au contraire permis d’affirmer que l’absorp¬
tion n’a pas eu lieu lorsqu’on ne remarque, après
l’application extérieure d’une substance vénéneuse et
irritante, que des phénomènes semblables à ceux que
produit une brûlure peu étendue.
C. Il existe des poisons solides, liquides et gazeux.
Ces derniers sont souvent l’écUeil de l’expert chargé de
faire un rapport sur l’empoisonnement; en effet, il est
possible que l’on ait fait inspirer à l’iiidividu dont on a
détruit la vie, un gaz irritant ou septique dont il est
impossible de déterminer la présence après la mort.
Quelquefois cependant la nature de ce gaz peut être
rigoureusement appréciée, par exemple, lorsque l’indii-
vidu a été asphyxié dans une atmosphère insalubre, et
'
^ue Ton peut soumettre à des expériences chimiques
le gaz qui constitue cette atmosphère. En général, il est
beaucoup plus facile de découvrir le poison s’il est so¬
lide ou liquide; la difficulté est encore moins grande si
la substance vénéneuse appartient au règne minéral.
Voici, relativement aux poisons inorganiques , des pré¬
ceptes qu’il ne faut jamais perdre de vue : les poisons
solides ou liquides dont il s’agit , administrés sans
mélange d’aucun autre corps, peuvent ne pas avoir
été employés en entier : alors l’expert parviendra fa¬
cilement à les reconnaître , en les soumettant aux
expériences chimiques , que nous décrirons avec soin,
s” S’ils ont été mêlés avec d’autres poisons ou avec
des substances alimentaires solides ou liquides, et
qu’ils n’aient pas été employés èn entier, lé plus sour
V!:ent on devra, pour les découvrir, avoir recours à
dès expériences chimiques d’un autre genre, que nous
indiquerons par la suite : c’est parce que les auteurs
de médecine légale n’ont pas eu connaissance de ce fait,
qu’ils ont avancé tant d’erreurs graves dans leurs écrits.
3° S’il est impossible de se procurer les restes du poi¬
son , il faut nécessairement analiser les matières vomies
ou rendues par les selles ; et si l'individu a succombé, il
faut, lorsqu on n’a pas découvert le poison dans les
matières contenues dans le canal digestif, soumettre les
tissus de ce canal à des expériences particulières, dont
l’objet principal est dé détruire les membranes , et de
mettre à nu le poison, s’il existe. 4° Les moyens chimi¬
ques que l’on ^met en usage , dans la solution qui nous
occupe, sont assez énergiques pour qu’on puisse recon¬
naître les plus petites quantités des poisons minéraux.
( 9 )
Après avoir indiqué d’une manière succincte les no¬
tions préliminaires sur l’empoisonnement, nousallo-ns
énumérer les substances vénéneuses qui doivent nous
occuper, et exposer le plan que nous nous proposons
de suivre dans leur étude.
PREMIÈRE CLASSE.
Poisons irritans.
Phosphore, iode , acides concentrés minéraux et vé¬
gétaux, chlore, eau de javelle, potasse, soude, chaux,
sulfure de potasse , nitrate dépotasse, sous -carbo¬
nate de potasse, baryte, sous-carbonate de baryte, liy-
drochlorate de baryte; ammoniaque liquide, sous-car¬
bonate d’ammoniaque, bydrocblorate d’ammoniaque ;
préparations de mercure, d’étain, d’arsenic, de cui¬
vre, d’argent, d’antimoine; émétine; préparations de
bismuth, d’or, de zinc, de fer, et de plomb; la racine
debryone, l’élatérium, la coloquinte ; la gomme-gutte,
le garou, le ricin, le pignon d’Inde, l’euphorbe, la
Sabine, le staphysaîgre, la gratiole, l’anémone pulsa^
tile, le rhùs radicans et toxicodendron , la chélidoine,
le narcisse des prés , la renoncule dès prés, les cantha¬
rides, certains poissons , etc.
DEUXIÈME CLASSE.
Poisons narcotiques.
L opium, la morphine et le sel de Derosne, la jus-
quiame, l’acide hydrocyanique (prussique) , le laurier-
cerise, le pêcher, le merisier à grappes, la laitue vi-
reuse , l’if , etc.
( lO )
TPiOISIÊME CLASSli.
Poisons narcotico -âcres.
La scille, la scillitine, Vænanthe crocata, l’aconit
napel, l’ellébore noir, l’ellébore blanc, la vératrine, le
colchique, la belladona , le datura stramonium, le ta¬
bac, k digitale pourprée, la grande et la petite ciguë,
la ciguë aquatique, le laurier-rose , le seigle ergoté, la
noix vomique, la fève de Saint-Ignace, l’upas-tieuté, la
strychnine , la fausse angusture , la brucine , le ticunas ,
le woorara et le ctu-are, le camphre, la coque du Le¬
vant, la picrotoxine, l’upas antiar, les champignons
veneneux, l alcohol, 1 ether, et en général les boissons
spjritueuses.
QUATRIÈME CLASSE.
Poisons septiques ou putréfians.
Acide hydrosulfurique, animaux venimeux, comme
la vipère, les serpensà sonnettes, le scorpion, etc. , les
matières putréfiées.
Indépendamment de ces poisons, nous traiterons,
dans un article à part , des gaz qui exercent une ac¬
tion délétère lorsqu’ils sont introduits dans les voies
aériennes : ces gaz sont l’acide carbonique, la vapeur
du charbon , 1 air non renouvelé , le gaz qui se dégage
des fosses d’aisance, les gaz ammoniac, azote, chlore,
hydrogène, hydrogène arsénié , carboné, acide nitreux,
protoxyde d’azote , acide sulfureux.
Tels sont les objets que nous nous proposons de pas-*
( )
ser en revue dans la section suivante. Mais comme nous
devons nous borner aux considérations qui sont du res¬
sort de la médecine légale , nous ne nous occuperons ,
en faisant d’histoire particulière des poisons, que du
problème suivant : Comment peut- on reconnaître que
V empoisonnement a eu lieu par tel poison ? Pour résou-?
dre cette question d’une manière convenable, nous
indiquerons , i° les caractères physiques de la subs-?
tance vénéneuse ; a® les expériences chimiques propres
à démontrér sa présence , soit lorsqu’elle est pure , soit
lorsqu’elle est mélangée ou combinée avec des matières
qui la masquent; 3° les symptômes et les altérations
de tissu quelle détermine ; 4° enfin son mode d’action
sur l’économie animale.
Si les divers poisons renfermés dans une classe don?^
naient lieu à des symptômes et à des lésions de tissu dîf-
férens pour chacun d’eux; si leur mode d’action n’était
pas le même, nous serions obligés de faire autant de des¬
criptions particuhères qu’il y aurait de poisons ; mais il
n'en est pas ainsi : plusieurs des substances vénéneuses
comprises dans une classe exercent à peu près le
même mode d’action; en sorte que nous pouvons, pour
éviter des répétitions, les distribuer en groupes, et
nous borner à décrire les symptômes et les lésions de
tissu déterminés par les poisons rangés dans chaçune
de ces subdivisions. Toutefois nous aurons soin d’in¬
diquer, dans chaque description particulière , les phé¬
nomènes qui nous paraîtront appartenir spécialement à
telle ou à telle autre espèce de poison , et^ue l’on cher-î;
cherait en vain dans l’histoire générale des symptômes
et des lésions dont nous aurons parlé.
( )
DEUXIÈME LEÇÔH.
ÎP SÈCTION. — Des poisons en particulier.
PREMIÈRE CLASSE.
Poisons irritans.
On ne devrait donner le nom è.é poisons irritans, cor¬
rosifs, escharotiques ou ^res , qu’à ceux dont les effets
sont le résultat de rirritation et dé l’inflammation qu’ils
déterminent dans les parties du corps sur lesquelles on
les applique, et qui peuvent ultérieurement donner lieu
à l’ulcération, à la perforation, à des eschares ; dans ce
cas, plusieurs des poisons rangés dans la classe dont il
s’agit devraient être placés ailleurs, puisqu’ils détruisent
la vie dans un très-court espace de temps , en laissant à
peine des traces de leur action locale.
Article Des substances simples.
Du Phosphore.
Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le phosphore ?
. I . On reconnaîtra le phosphore dégagé de tout mé¬
lange aux caractères physiques et chimiques suivans. Il
estsolide'àla température ordinaire; il est blanc, blanc-
jaunâtre ou rouge, suivant qu’il a été conservé dans
1 obscurité ou exposé à l’action de la lumière; il est
demi-transparent OU opaque, flexible , assez mou pour
qu’on puisse le couper avec un couteau ; quelquefois
( )
cependant il présente un assez grand degré de dureté,
c’est lorsqu’il n’est pas récemment préparé ; enfin , il
répand une odeur alliacée très-remarquable (i). Il a
beaucoup d’affinité pour l’oxygène : aussi décompose-t-il
l’air à toutes les températures. Si on le place sur un corps
légèrement chauffé , il fond , brûle avec éclat, et forme
de l’acide phosphorique qui se dégage dans l’atmos¬
phère, sous la forme de vapeurs blanches épaisses, et
de l’oxyde rouge de phosphore , qui reste attaché au
vase sur lequel on avait placé le phosphore. Si au lieu
d’agir ainsi on expose ce corps à l’action de l’air à I4
températtue ordinaire , il en absorbe également foxy-
gène, passe à l’état d’acide phosphatique , et répand
une légère fumée blanche j il se produit pendant cette
combustion une lumière verdâtre, qui n’est visible
que dans l’ obscurité.
' Si le phosphore pulvérulent avait été mêlé à d’autres
corps solides , on le reconnaîtrait, à rôdeur alliacée
du mélange ; 2° à la propriété qu’il a d.e fumer lorsqu’il
est exposé à l’air ; 3° à la manière dont il se compor¬
terait lorsqu’on lé mettrait dans une peau de chamois t
en faisant avec celle-ci un nouet bien solide, que l’on
comprime au moyen de piôces , et que Ton tient dans
- (i) Si nous avions voulu décrire le phosphore pur et récem-
merit prépàré, nous n’aurions pas indiqué les diversesnuances
de cdulèûr, dé transpaténce, de consistance , etc. , parce qu’il
se présente toujours de la même manière ; mais comme notre
objet est de fairé connaître ce corps dans tous les états, nous
avons dù signaler les caractères variés qu’il offre. Nous croyons
remplir mieux notre but en agissant ainsi pour tous les poisons.
( >4 )
l’eau bouillante, le phosphore fond , paâse à travers la
pôau , et se fige à mesure que l’eau sè refroidit.
Ahoholphosphové. Si le phosphore a été dissous dans
l’alcohol, on le reconnaîtra aux caraetèfe^suivans. L’o¬
deur du liquide est à la fois alcoholiqué et alliacée ; si
on rehflamme , il brûle à peu près comme sil’aleohol
était seul, et il ne resté point d’Oxyde rouge de phos-,
phore dans la capsule. L’eau en précipite sur-le-ehamp
une poudre blanche; si on verse une petite quantité
de ce liquide dans un verre rempli d’eau froide et placé
dans un lieu obscur, on aperçoit à la surface du liquide
des ondes lumineuses et brillantes qui paraissent dues
au gaz hydrogène phosphoré qui se dégage; l’eau de¬
vient laiteuse. Le nitrate d’argent est précipité en noir
par l’alcohol phosphôré,
3. Ether phosphoré. L’éther, tenant du phosphore én
dissolution , jouit des propriétés suivantes : il a une
odeur à la fois éthérée et alliacée; si on l’enflamme, il
brûle comme si l’éther était pur ; mais vers la fin , lors¬
que presque tout l’éther est brûlé , il se produit des
vapéurs blanches d’acide phosphorique et de l’oxyde
rouge de phosphore qui reste dans la capsule. Lorsqu’on
expose ce liquide à l’air il répand des vapeurs blan¬
ches, lumineuses dans l’obscurité; l’éther ne tarde pas
à se vaporiser en entier , et il reste upe poudre blanche,
qui. est du phosphore divisé. En agitant l’éther phos¬
phoré avec de l’eau , le phosphore se sépare sous forme
de petites lames blanchâtres qui viennent à la surface
du liquide ; il y a dégagement de vapeurs blanches,
lumineuses dans l’obscurité. L’éther phosphoré pré¬
cipite le nitrate d’argent en noir.
( )
Huile phosphorée. Elle conserve la plupart des pro¬
priétés physiq[ues de l’huile ; mais elle rougit faiblement
la teinture de tournesol , avec laquelle on l’agite , et
précipite le nitrate d’argent en noir.
Lorsque le phosphore a été transformé dans l’es¬
tomac de l’homme en acides phosphorique ou phospha-
tique qui ont occasioné la mort de l’individu, on s’as¬
surera de la présence de ces acides par les réactifs qui
seront indiqués § i4et i5.
■ Symptômes et lésions dé tissa déterminés par le phos¬
phore. Les symptômes et les lésions de tissu déterminés
par le phosphore ont la plus grande analogie avec ceux
qui sont lé résultat de l’introduction des acides dans
1 estomac ( voy . § 5 ) ; en effet le phosphore se trans¬
forme, dans le canal digestif, en acide phosphorique .
ôu phosphatique , suivant qu’il absorbe plus ou moins
d’oxygène à l’air contenu dans ce canal. S’il est pulvé¬
rulent, ou mieux encore dissous dans l’éther, dans
l’huile, etc., il passe à l’état d’acide phosphorique, et
il agit comme un irritant énergique ; si au contraire
il a été introduit à l’état solide et sous formé de cy¬
lindres, ilsé transforme én acide phosphatique, beau¬
coup moins actif.
Actiàn du phosphore sur V économie animale {yoyez^
Action générale des acides , § 6
De liode.
Comment peut-on -reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’iode?
4- Pour distinguer l’iode des autres corps, on aura
égard aux caractères physiq^ues et chimiques suivans. IL
(I6)
est solide , lamelleux , bleuâtre , brillant et d’une odeur
forte 5 il jaunit sur-le-champ lé papier blanc sur lequel
op Fa placé. Mis sur une plaque de fer chauffé, il se
volatilise, et répand des vapeurs d’un très-beau violet.
Symptômes déterminés par T iode {voyez § 5, Symp¬
tômes de l’empoisonnement par les acides.)
Lésions de tissu produites par Viode. Les altérations
qui sont le résultat de l’introduction de l’iode dans le
canal digestif présentent un caractère particulier : la
membrane muqueuse de l’estomac offre plusieurs pe¬
tits ulcères linéaires , bordés d’une auréole jaune : les
portions ulcérées sont transparentes ; on voit çà et là ,.
dans l’intérieur de cet organe, et principalement sur les
plis qui avoisinent le pylore , quelques taches d’un jaune
clair, tirant qu^elquefois sur le brun;*la membrane
muqueuse se détache aisément de ces parties tachées ;
il suffit pour cela de les étendre ou de les frotter; on
observe souvent près du pylore la membrane muqueuse,
enflamniée, rouge, et recouverte d’un enduit vert-foncé,
qui empêche d’abord d’apercevoir la rougeur.
Action de T iode sur T économie animale. Elle paraît
être la même que celle des autres irritans qui ne sont
pas absorbés. ( Voyez § 6 lis. ) L’iode n’agit quaprès
avoir été tranfornié en acide hydriodique aux dépens
de l’hydrogène de l’eau ou des tissus des animaux.
Article ii. — Des acides cokcentjeiés minéraux et
VÉGÉTAUX.
Ces^ acides sont le sulfiirique, le nitrique, le nitreux,
l’h^drochlorique ( muriatique), Feau régale, le phos-
( 17 )
phori^e, le piiospliat^ue , l’oxalique, le tartarîque
et le citrique.
- Symptômes de V empoisonnement par les acides. Aus¬
sitôt après avoir avalé un acide concentré,. on éprouve
les effets suivans ; saveur acide brûlante très -désa¬
gréable; chaleur âcre au gosier et dans l’estomac; dou¬
leur aiguë à la gorge, qui ne tarde pas à se propager
jusqu’aux entrailles; fétidité insupportable de l’ha-
leine; rapports fréquens; envies de vomir, vomisse-
mens abondans, d’une couleur- variable , quelquefois
mêlés de sang, produisant dans la. bouche une sensa¬
tion d’amertume, bouillonnant assez souvent. sur le carr-
reau.^ et rougissant la teinture de tournesol , eomme
tous les acides ;.hoquet ;.constipatîon , mais le plus sou¬
vent selles copieuses, plus ou moins sanguinolentes;
coliques ou plutôt douleurs aiguës dans toutrl’abdo-
men, qui s’étendent jusque- dans la poitrine; diffi¬
culté de respirer; angoisses; pouls fréquent et irrégulier;
soif ardente : les boissons augmentent les douleurs , et
ne tardent pas à être vomies ; frissons de temps à autre,
et presque toujoürs la peau > et surtout les membres
inférieurs, sont comme glacés ; sueurs froides et
gluantes; efforts répétés et infructueux pour uriner,
impossibilité de garder la même position ; mpuvemens
convulsifs des lèvres, de la face, des membres; un
grand état de prostration; physionomie peu altérée
d’abord : bientôt après le teint devient pâle ou plombé.
Les, facultés intellectuelles conservent le plus souvent
leui^ intégrité. Il n’est pas rare de voir l’intérieûr de la
bouche et des lèvres brûlé, épaissi, et rempli de plaques
blanches ou noires , qui, en se détachant, iiTÎtent le
2
( I§ )
malade J et provoquent une toux fatigante; alors la
voix est altérée ; il y a parfois une éruption doulou¬
reuse à la peau. On n observe pas constamment fen-
semble des symptômes dont nous parlons chez le même
individu.
6. Lésions de tissu produites par les acides concentrés.
Parmi les altérations que les tissus éprouvent de la part
des acides concentrés, il en est qui sont communes à "
tous , et d’autres qui sont le résultat de l’action parti¬
culière de quelques-uns d’entre eux. Les premières
seules doivent nous occuper ici; les autres trouveront
naturellement leur place dans l’histoire des acides qui
les déterminent.
Altérations communes. Lorsque les acides concentrés
sont introduits dans le canal digestif, ils enflamment
toutes les parties qu’ils touchent ; l’inflammation est
en général légère là où le poison n a fait que glisser ;
elle est plus ou moins intense dans les parties où l’acide
à séjourné pendant quelque temps ; ainsi, les diverses
parties de la bouche , du pharynx et de l’cesophage
sont ordinairement le siège d’une rougeur plus ou
moins niarquée ; l’estomac et le canal intestinal présen¬
tent le plus souvent des traces d’un violent désordre.
Tantôt la membrane muqueuse, qui tapisse ces organes,
est d’un rouge vif, d’un rouge cerise ou ,d’un rouge
brun dans toute son étendue; dans ce cas, les tuniques
musculeuse et séreuse sous-jacentes peuvent partici¬
per à l’inflammation,, quoiqu’à un degré moin<h-e. Tan¬
tôt on observe, indépendamment de cette rougeur
générale , des taches noirâtres disséminées çàet là sur
la surface interne de l’estomac; ces taches, A'^éritables ,
( 19 )
ecchymoses, sont formées par du sang extravasé dans
les aréoles du tissu lamineux sous-muqueux, et doivent
être distinguées des taches gangréneuses. Quelquefois ,
on remarque de véritables eschares , des ulcères qui
peuvent intérèssj^ toutes les membranes ; alors il y a
perforation. Dans certaines circonstances , les tissus
sont épaissis ; dans d’autres , ils sont ramollis et comme
dissous , en sorte que les membranes se détachent avec
la plus grande facilité. Il est des cas où l’on trouve l’esto¬
mac et le rectum, très-enflammesi tandis que la masse des
intestins grêles est presque dans iétat naturel; cette
particularité, qui a également heu pour un très-grand
nombre de substances vénéneuses , paraît dépendre de
la rapidité avec laquelle «ne partie du poison traverse
les intestins grêles , et du long séjoiu* qu’elle fait dans
l’estomac et dans le rectuna.
Si, au lieu d’introduire racide concentré dans bes-
tomac, on l’applique à l’extérieur, il détermine tous les
phénomèi^s de la bruluré. ^
d bis. Açtiçndesmidessurréçgrwrrw amm^ is Les
acides concêhtrés agissent avec la plus grande énergie
lorsqu’on les introduit dans le canal digestif; la mort
qu ils déterminent est le résultat de Vinflammatipn
qu ils développent dans les tissus de ce canal , et de l’ir-
ntation sympathique du cerveau et de tout le système
nerveux, n® Ils ne sont pa^'absorbés. 3° Injectés dans
les veines, ils coagulent le sang et détruisent instanta¬
nément la vie. 4° Appliqués sur la peau^ ils dp.nnent
lieu à tous les phénomènes de la brfdùre , et ils n’occa¬
sionnent la mort qu autant que celle-ci a été prpfonde
ou très-étendue.
( 2® >
TROISIÈME LEÇON.
' _ De V Acide sulfurique.
" Comment' peut -oïl fecbnnaîtfeqtie l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’aeide sulfurique ? - .
- 7. L’acide sulfurique eojicentré que l’on' trouve dans
lé çonlmerce offre les caractères physiques et chimi¬
ques suivans. Il est liquide j blanc, jaunâtre, brUn
ou noir, oléagineux, inodore, à moins qu’il ne con¬
tienne de l’acide sulfureux ; car alors il a l’odeur de
soufré qui brûle,- il est beaucoup plus pesarit que
l’eau : sa saveur est des plus caustiques. Tl suffît d’en
‘instiller une goutte dans Une grande quantité d’eau de
tournesol pour la rougir. Il charbonne sur-Ie-cbamp le
bois, les allumettes. Mêlé avec son volume d’eau, il
s’échauffe considérablement , ét répand des vapeurs ; ce
dégagement de calorique tient au rapprochenient des
r: molécules. Lorsqu’on le fait bouillit dans une fîolé avec
du cbarbdn pulvérisé du du metcUre , ib répand des
vàpéurs d’acide SUlfureUx ayant l’odeur de soufre qui
brûle J dans cette expérience, le charbon êt lé mercure
décomposent l’acide en totalité bu en partie, et absor¬
bent une portion dé son oxygène. Versé dans 1 eau de
baryte OU dans un sel barÿtique sOluble, il produit un
précipité blanc abondant dé sulfaté de baryte j qui ne
peut être dissous ni par Teau- ni par l’acide nitrique.
Si l’aeide sulfurique, au lieu d’être concentré, était
affaibli y ü n’offrirait pas tOütés les propriétés dont
nous vénons de parler; mais il agirait de la même ma¬
nière sur l’eau de tournesol (avec moins d’énergie), sur
( -21 ')
l’eau et les sels de, baryte, sur le cbafbon et sur le mer¬
cure. Il faudrait seulement le concentrer par une ébul¬
lition prolongée, pour qu’il fournît avec le cbarbon et
le mercure les résultats que nous avons indiqués.
Da:nsle cas où l’acide sulfurique concentré serait uni
à l’indigo, comme dans le bleu de composition employé
en teinture, on le reconnaîtrait aux caractères suivans.
Le liquide est épais et d’un bleu foncé j il a une odeur
particulière qui n’est pas celle du soufre qui brûle ; mais
il répand c,ette odeur lorgnon le fait bouillir avec du
mercure (car il se produit alors du gaz acide sulfureux).
Il échauffe l’eau. Lorsqu’on le mêle avec du chlore con¬
centré et liquide, il est décoloré sur-le-champ pourvu
qu’on emploie suffisamment de chlore : le liquide ré¬
sultant est d’une coulejir jaune ; il rougit fortement le
papier de tournesol , et donne a^vec le nitrate de baryte
un précipité blanc de sulfate de baryte , insolublé dans
l’eau et dans l’acide nitrique.
Le médecin , chargé-de constater la nature de cette
liqueur , mirait recours au procédé, suivant s’il ne
pouvait pas se, procurer: du chlore ; il la saturerait
par la potasse à l’alcohol. ( par conséquent privée de
sulfate); il ferait évaporer le mélange jusqu’à siccité
dans une capsule de porcelaine , puis il calcinerait le
produit dans un creuset pendant un, quart d’heure ; par
ce moyen l’indigo serait détruit , et il ne resterait que
du sulfate de potasse et uue portion de charbon prove-
vant de l’indigo. Alors, on dissoiidrait le sulfate de po¬
tasse dans Veau distillée, ©n, filtrerait, et on verserait
dans la liqueur une dissolution de bary te ; on obtien¬
drait sur-le-champ un précipité blanc de sulfaté de ba-
(■2a)
ryte , ii^soluble dans l’eau et dans l’acide nitrique : or
le sulfate de baryte suppose rexisténce de l’àcide sulfu¬
rique ; celui-ci né fait point partie de la potasse , dè l’eau
distillée ni de l’indigo : donc il ekistait dans lé bleu de
composition.
Si l’acide sulfurique était mêlé avec du vin ou avec
du vinaigre, on le reconnaîtrait aux caractères qui se¬
ront exposés aux articles 'Fin et vinaigre frelatés.
Enfin, lorsque l’acide sulfurique fait partie des li¬
quides vomis, ou de ceux que l’on trouve dans le canal
digestif après la mort de l’individu, on doit saturer
une partie de ces liquides par le sous-carbonate de
chaux, débarrassé par l’ébullition des substances so¬
lubles qu’il peut contenir ; 11 se formera du sul¬
fate de chaux qui ne tardera pas à se déposer au fond
du vase, surtout si on chauffe un peu la liqueur ; on
ramassera sur un ffltre le sulfate de chaux précipité ;
on en traitera une partie par l’eau distillée bouil¬
lante , qui le dissoudra, et on versera dans la dissolu¬
tion de l’hydrochlorate de baryte dissous; on ob¬
tiendra sur-le-champ un précipité blanc de sulfate de
haryte, insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique;
donc il y avait de l’acide sulfurique libre. L autre por-
tiôn de sulfate de chaux sera mêlée avec le quart de son
poids de charbon pulvérisé, et calcinée pendant deux
heures dans un creuset de terre ; par ce moyen le sul¬
fate se toouvera transformé en sulfure , que l’on recon¬
naîtra à rôdeur d’cêufs p^onris qii il dégagera enle met¬
tant dans l’eau aiguisée d’acide nitrique ou hydro-
chïorique : or l’existence d’un sulfure prouve, dans
ce cas, celle d’ ira sulfate et de l’acide suîfuiique.
( a3 )
Symptômes de V empoisonnement par V acide sulfu¬
rique, Voyez S 5*
Lésions de tissu produites par V acide sulfurique con¬
centré. Indépendamment des altérations générales que
les acides déterminent, et dont nous avons parlé, on
observe que l’acide sulfurique concentré réduit sou¬
vent en une sorte de bouillie noire plusieurs des parties
qu’il touche.
Le bleu de composition agit de la même manière , si
ce n’est que l’on découvre éà et là, dans quelques par¬
ties du canal digestif, une teinte verdâtre ou jau¬
nâtre.
Action de V acide sulfurique sur Véponomie animale.
{Voyez S 6 bisi)
8. Action de r acide sulfurique introduit dans le canal
digestf apres la mort de l'individu. Lorsqu’on injecte
^ians l’intestin rectum^ d’mi individu qui vient d’ejspi-
rer cinq ou sis gros d’acide sulfurique concentré,
qu’on laisse séjournêr pendant vingt-qu:atre heures, on
remarque, en faisant l’ouverture du cadavre, que l’acide
n’a agi que sur la portion d’intestin sur laquelle il a été
appliqué, en sorte qu’il y a une ligne de démarcation
tranchée entre les parties qui ont été touchées par
1 acide, et celles qui liè l’ont pas été ; la membrane
muqueuse est jaunâtre, et se détache facilement sous
la forme de flocons; la tunique musculeuse est blanche;
il en est de même de la membrane séreuse , qui- en
outre est épaissie et parsemée de vaisseaux injectés, ën
noir et durcis, comme si le sang qu’ils renferment eût
ete charhonné v on ne découvre aucune trace
de rougeur. Ces éaractéres soht plus que suffisans pour
(-^4 )
distinguer si l’acide sulfurique a été intrôdiiit dans le
canal digestif avant ou après la mort.
De r Acide nitrique.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’acide nitrique (eau-forte) ?
9. L’acide nitrique concentré que l’on trouve dans
le commerce est liquide , blanc , jaunâtre ou jaune,
doué d’une odeur particulière et d’une saveur causti¬
que. Il agit avec .beaucoup d’énergie sur l’eau de tour¬
nesol. Le cuivre, le fer, le zinc et le charbon pulvérisé
le décomposent sur-le-champ en totalité ou en partie,
s emparent d’une portion de son oxygène, et le font pas¬
ser a letat de gaz deutoxyde d’azote, qui se dégage,
s unit à 1 oxygène de l’air, et se transforme en gaz acide
nitreux orangé ôu rouge (vapeurs rutilantes) : cette ex-
perience ne réussit bien avec le charbon qu’autant que
l’on chauffe un peu le mélange. L’acide nitrique con¬
centré jaunit la peau et toutes les substances animales^
même à froid.
9 bis. Si 1 acide nitrique, au lieu d’être concentré ,
était assez fl^^'é/ï.pour ne pas présenter les propriétés
que nous venons d’énumérer, il faudrait le saturer avec
de la potasse pure, et faire évaporer jusqu’à siccité. Si
le produit était du nitrate de potasse, nul doute que
l’acide dont on cherche à connaître la nature ne fût
1 acide nitrique (-yq^es § a 5, pour les caractères du
nitrate de potasse.)
Dans le cas ou 1 acide nitrique aurait été uni au vin
ou au vinaigre, on en démon tirerait la présence par les
( )
réactifs qtii seront indique's aux articles Vin et vinaigre
Jrelatés.
Si l’acide dont nous parlons faisait, partiè des ma¬
tières vomies, ou de celles que l’on trouve dans
le canal digestif après la mort des individus , on cher¬
cherait d’abord s’il n’existe point dans la portion
liquide de ces matières : pour cela , on décanterait
celles-ci, nu bien on exprimerait la masse dans un
linge blanc, et on essayerait le liquide par l’eau de
tournesol, la tournure de cuivre et la potasse caustique.
En supposant que , ces essais fussent infructueux pour
découvrir l’acide nitrique , singulièrement affaibli par
les liquides avec lesquels il serait mêlé, on le traiterait
par la potasse, comme nous l’avons conseillp en pariant
de l’acide nitrique faible. § 9
Enfin l’acide nitrique peut avoir été combiné avec
les matières alimentaires solides et avec les tissus -du
canal digestif: or le produit résultant de cette action
est le plus souvent insoluble dans l’eau; nous devons
donc avoir recours à d’autres procédés pour mettre la
présence de l’acide nitrique hors de donte. 11 faut faire
bouillir, pendant trois quarts d’heure , dans une fiole à
médecine, les matières suspectes préalablement mêlées
avec une dissolution de potasse h l’alcoholpavfaitexnent
pure, filtrer le liquide, dont la couleur sera plus du
moins rouge , et 1 evaporer dans une capsule de porce¬
laine; cette opération a pour objet de décomposer la
matière animale, et de transformer la potasse en ni¬
trate de potasse aux dépens de l’acide nitrique. On
fait bouillir avec une suffisante quantité d’aîcobol con¬
centré la masse provenante du liquide évaporé; l’alcobol
( 20 )
dissout les diyers produits résultans de l’action de la
potasse sur la matière animale, et n’agit point sur le ni¬
trate de potasse 5 celui-ci reste donc au fond de la fiole,
et il est aisé de le reconnaître aux caractères que nous
indiquerons % a5. Or le nitrate de potasse suppose la
présence de l’acide nitrique.
Symptômes de V empoisonnemeiU par V acide nitrique.
Indépendamment des symptômes produits par les
acides concentrés (payez § 5), l’acide nitrique déter¬
mine souvent des taches jaunâtres, citrines ou oran¬
gées, sur le menton, les lèvres et les mains. Lesen~
timent de froid qu’il fait éprouver au malade est très-
marqué, et persiste fort long-temps.
Lésions de tissu produites par V acide nitrique concen¬
tre. Les altérations de tissu qui paraissent être spécia¬
lement déterminées par l’acide nitrique sont : 1° une
teinte blanchâtre, et le plus souvent jaunâtre, de la
membrane muqueuse qui tapisse la bouche et l’œso¬
phage, et de la couronne des dents ; 2® une couche
assez épaisse de matière d’un jaune verdâtre à la surface
interne de 1 estomac, du duodénum et du jéjunum;
néanmoins ce dernier caractère est loin d’être cons¬
tant , car assez souvent la rougeur vive qui caractérise
l’inflammation des membranes de üi^omac et des deux
-premiers intestins grêles a succédé à la nuance jaune .
que l’acide nitrique avait fait naître dans les premiers
momens de son action ; d’ailleurs , d’autres acides que
celui dont nous nous occupons , tels que l’acide sulfu¬
rique, l’acide hydrochlorique, etc., peuvent dans cer¬
taines circonstances teindre en jaune la membrane
interne du duodénum : phénomène qui dépend de la
(^7)
décomposition de la bile contenue dans cet intestin ,
et de l’appbcation de la matière jaune qui fait partie
de cette humeur sur la surface interne du duodénum.
{Voyez pour les autres lésions le S 6.)
Action de Vacide nitrique sur Véconomie animale.
{Voyez § 6 bis.)
lo. Action de Vacide nitrique introduit dans le canal
digestif apres la mort de V individu. Si l’on injecte dans
l’intestin rectum d’un, individu qui vient d’expirer
demi-once d’acide nitrique du commerce, et qu’on
ouvre le cadavre au bout dé vingt-quatre béures , on
observe que toutes les tuniques de la portion de l’in¬
testin qui a été en contact avec l’acide sont d’un beau
jaune ; la membrane muqueuse est quelquefois dé¬
truite, et transformée en flocons d’un jaune serin
qui ont l’aspect graisseux j du reste on ne remarque
aucune trace de rougeur ni d^ïnflammation. Si l’acide
séjourne plus long-temps dans le canal digestif, l’alté-,
ration est portée beaucoup plus loin, car l’intestin se
réduit sous les doigts en une espèce de pâte grasse d’un
très-beau jaune. L’action de l’acide nitrique sur le canal
digestif après la mort est donc entièrement chimique,
€t les altérations de tissu qu’il détermine ne sauraient
être confondues ec celles qui sont le résultat de l’in-
gestion de cet acide pendant la vie.
( 28 )
QUATRIÈME LEÇOÎf.
De V Acide nitreux .
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’acide nitreux?
11. On peut facilement reconnaître cet acide ^ qui
est toujours concentré ( parce que l’eau le transforme
en acide nitrique), aux caractères physiques et chimi¬
ques suivans. Il est liquide, bleu, vert, jaune-orangé-
clair, ou jaune-orangé-foncé. Il agit, comme le pré^
cèdent , âur le tournesol , le cuivre , le zinc et le fer.
Lorsqu’on élève un tant soit peu sa température, il
répand des vapeurs jaune -orangées ou rouges très-
abondantes; mêlé avec l’eau, il fait effervescence, dé-
gage des vapeurs de même couleur, et passe à l’état
d’acide nitrique blanc. ( Voyez pour les symptômes , tes
lésions de tissu et son action sur V économie animale , ce
qui a été dit en parlant de l’acide nitrique.)
De t Acide hydrochlorique (composé d’hydrogène et
de chlore).
Comment peut- on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’acide hydrochlorique ( esprit
de sel, acide muriatique)?
12. L’acide hydrochlorique liquide peut être con¬
centré ou affaibli. Le premier, tel qu’on le trouve dans
le commerce , jouit des propriétés physiques et chimiques
suivantes. Il est hhcao , jaunâtre ^ jaune ou rougeâtre ^
sa saveur est très-caustique : il agit avec la plus grande
eaergie sur l’eau de tournesol. Il répand des vapeurs
( 29 )
blanches assez épaisses d’une odeur piquante , lorsqu’il
est en contact avec l’air. Chauffé pendant quelques ins-
tans avec le péroxyde de manganèse, il fournit du chlore
gazeux d’un jaune verdâtre ; ce qui tient à la décom¬
position des deux corps employés ; l’oxygène du pé*
roxyde forme de l’eau avec l’hydrogène de l’acide : le
chlore appartenant à celui-ci est mis à nu. Versé dans
du nitrate d argent dissous , l’acide hydrochlorique
fournit un précipité de chlorure d’argent blanc (mais
qui noircit par son exposition s la lumière), caille-
botte, lourd, soluble dans l’ammoniaque, et insoluble
dans l’eau et dans Y acide nitrique-: formation de
ce chlorure tient à la décomposition de l’acide hÿdro-
chlorique et de l’oxy de d’urgent ; tandis que l’hydrogène
du premier s’unit à l’oxygène de l’oxyde, l’argent se
combine avec le chlore de l’acide hydrochlorique pour
former le chlomre.
Si au lieu d’être concentré l’acide dont il s’agit était
affdikU., ilse comporterait avec l’air et avec le péroxyde
de manganèse autrement qüe lucide concentré : mais
il présenterait toutes les autres propriétés, et elles se¬
raient plus que suffisantes pour le caractériser.
Lorsque 1 acide hydrochlorique a été mêlé au via
ou au vinaigre , on le reconnaît aux ca?’actères que nous
exposerons eu parlant des vins frelatés.
Symptômes, de V empoisonnement par V acide hydro-
ehlorique. Indépendamment de ceux qui ont été ex¬
posés § 5, et qui appartiennent à tous les acides,
il parait que celui-ci donne lieu , surtout peu de temps
après l’accident, à un dégagement de famées épaisses ,
blanches, d’une odeur piquante.
CSo),
Lésions de tissu et action sur Véconomie animale*
{Voj-ez § 6 et 6 bis.)
De VEau régale*
Comment peut- on reconnaître que l’empoison¬
nement a eu lieu par 1 eau régale?
1 3. L’eaurégale est formée d’acide nitreux, de cîilore,
d’eau, d’acide nitrique et d’acide hydrochlorique : elle
est le résultat d’un mélange de ces deux derniers acides.
On la réconnaîtra aux propriétés physiques et chimie-
qiies suivantes. Elle est liquide, jaune, rougeâtre ou
rouge, d’une odeur désagréable et d’une saveur exces¬
sivement caustique; elle rougit 'fortement l’éau de
tournesol. Elle agit sur le niti’ate d’argent dissous
comme l’acide hydrochlôrique. Lé cuivre le zinc et
le fer, se comportent avec elle comme avec, l’acide
nitrique; le gaz nitreux ( deutoxyde d’azote) pro¬
venant dé la décomposition de l’âcide nitrique, reste
d’abord dissous dans la liqueur, et lui communique
une couleur verdâtre; bientôt après' la température
s’élève, le gaz se dégage avec effervescence, et répand
des vapeurs d’un jaune orangé. L’eau régale dissout
avec rapidité l’or divisé. —
Symptômes , lésions: de tissu, et action sur Veco-*
nomie animale. Les mêmes que ceux que l’on observe
dans l’empoisonnement par les acides nitrique et by-
drochlorique.
De V Acide pkosphorique.
Comment peut-on reconnaître -que l’empoison¬
nement a eu lieu par l’acide pbosphorique ?
C3i )
i4- Voici les caractères physiques et chimiques de cet
acide. Il est solide ou liquide ; dans ce dernier cas , il
peut être visqueux, épais, ou coulant comme l’eau ; il
est inodore et très-sapide; son action sur l’eau de tour¬
nesol est des plus énergiques. Il se dissout très-bien
dans l’eau. Le solutiim précipite l’eau de cbaux en
blanc ( pnosphate de cbaux ) ; le précipité se dissout
instantanément dans un excès d’acide phosphorique ,
ou dans l’acide nitrique. Uni à la soude , il précipite
en jaune le nitrate d’argent (phosphate d’argent). Des¬
séché (s’il n’est pas à l’état solide) et chauffé fortement
dans un creuset avec du charbon pulvérisé , il est
décomposé, le. phosphore est mis à nu et vient s’en¬
flammer : dans cette expérience le charbon s’empare
de l’oxygène de l’acide.
Symptômes., lésions de tissu et action sur V économie
animale. {Voyez Q et 6 bis.)
De r Acide phosphatique (phosphoreux de quelques
chimistes). - .
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’acide phosphatique ? :
ï5. L’acide phosphatique est liquide, incolore, vis-
^Jueux , doue d une forte sayeur et d’une odeur légè¬
rement alliacée : il rougit Veau de tournesol. Lorsi-
qu’on le chauffe dans une petite fiole, il ^enfiamme,
répand une odeur àUiàcée , et se transforme en acide
phosphorique. Versé; dans du nitrate d’argent dissous ;
il y occasionne un précipité blànc qui passe par diverses
nuances et finit par noircir.
( 3^ ) ,
Symptômes, lésions de tissu et action sur . V éconàmie
animale. {Voy. § 6, 6 et 6 hisé)
Des Acides oxalique et taj'tarique..
Comment peut-oti reconnaître que rempoisonne-
ment a eu lieu par ces; acides ?
ï6. Les acides oxalique et tartarique sont des acides
végétaux composés d’oxygène, d’hydrogène et de car¬
bone; ils jouissent des propriétés phyuqms et chi¬
miques suivantes : ils sont solides, blancs, cristal¬
lisés ou pulvérulens , inodores et très-sapides ; ils agis¬
sent fortement sur l’eau de tournesol. Ils sont solu¬
bles dans l’eau : le solutum, versé dans la potasse, la
soude et l’ammoniaque liquides , forme des sels d’au¬
tant moins solubles qu’ils contiennent plus d’acide;
aussi les oxalatesbu les tartrates neutres de ces bases,
qui sont solubles dans l’eau , mis en contact avec une
plus grande quantité d’acide; soiit transformés eh sels
acides quise précipitent. La dissolution de ces acides,
versée dans l’eau de chaux, y fait naître un précipité
blanc .: un excès d’acide tartarique dissout le préci¬
pité qu’il avait formé; il n’en est pas de même pour
l’acide èxalique (première différence). Lorsqu’on
chauffe séparément dans deux fioles les acides oxa¬
lique et tartarique solides, on observe que le pre¬
mier se sublime prèsqu’en entier, et laisse à peine du
charbon ; l’acide tartarique, âu contraire, se décompose
en totalité , répand une fumée qui a l’odeur de caramel ,
et laisse un charbon, volumineux (deuxième diffé¬
rence).
( 33 ): .
Symptômes^ lésions de tissu ^ et action générale.
{T^of. § 5 , 6 et 6 Usé)
De V Acide citrique.
Gomment peut - on reconnaître que l’empoison-
nement a eu lieu par l’acide citrique ?
17. L’acide citrique, composé d’oxygène, d’hydro-»
gène et de carbone , jouit des propriétés physiques elchi-
miques suivantes : il est solide, cristallisé ou pulvé^
rulent , blanc, inodore , rougissant l’eau de tournesol,
et doué d’une saveur très-acide. Il est décomposé par
le feu comme l’acide tartarique. Il se dissout dans
l’eau : la dissolution ne présente pas avec la potasse ,
la soude et l’ammoniaque, les mêmes caractères que
les acides oxalique et tartarique : versée dans l’eau de
cbaux, elle, ne produit aucun précipité ; mais si on
fait bouillir le mélange, le citrate de chaux se dépose.
Symptômes , lésions de: tissu y. action sur V économie
animale. {Voy. §5, 6 et 6 3/5.)
Du Chlore liquide.
Gomment, peut- on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par, le chlore ?
,17 bis. Caractères du chlore. Le chlore dissous dans
l’eau est d’un jaune verdâtre ; son odeur est piquante et
suffocante; sa saveur est désagréable ; il jaunit et dé¬
truit la teinture de tournesol. La lumière le décoloré et
le décompose. Si on le chauffe, il se dégage du chlore
gazeux. Mis en contact avec le nitrate d’agent , il pro-
' ■ ■ ■ 3 ' .
.( 34 )
diiit un précipité blanc, caillebotté de chlorure d’ar¬
gent. {Voyez S 12- ) ‘ •
Caractères de V eau de javelle (composée de chlore
et de potasse.) Liquide doué de la même odeur que le
chlore, détruisant la couléur du tournesol et du sirop
de violette j qu’il jaunit, précipitant en blanc par le
nitrate d’argent ( chlorure d’argent , voyez % 12), ^et
en jaune serin par l’hydrochlorate de platine. Ce der¬
nier précipité est composé d’hydrochlorate de platine
et de la potasse faisant partie de l’eau de. javelle.
Symptômes et lésions de tissu, déterminés par ces li¬
quides. {Voyez et 6.) . • - ,
Action de ces poisons sur V économie animale. {Voyez
S 6 bis. )
CINQUIÈME LEÇOK.
Auticle ni., — De EA potasse, de la soude , de
LA CHAUX, des SULFURES' ET DES SELS CONTENASf
UN DE CES ALCALIS.
Les poisons compris dans cet article nous paraissent
devoir être rapportés aux quatre paragraphes suivans :
La potasse , la soude et la chaux ;
Le sulfure, le sous-carbonate et le nitrate de po¬
tasse; ‘ \
La baryte, le Sous-carbdnate et l’hydrochlorate de
baryte ; ' . , ^
L ammoniaque*, le sous-carbonate et l’hydrochlofàte
d’ammoniaque, ’ . . - .
§ - — De lapotasse , de la soude et de la chaux.
Symptômes. de V empoisonnement produit par la potasse]
la soude et la chaux.
18. Les symptômes développés par les alcalis con¬
centrés diffèrent à peine de ceux que déterminent les
acides {p>oj. § 5) ; il faut seulement noter que la saveur
de ces poisons est acre, caustique et urineuse , et que la
matière des vomissemens, loin d’être acide et de bouil¬
lonner sur le carreau , est alcaline et verdit le sirop
de violettes.
Lésions de tissu produites par les alcalis concentrés ;
action de ces substances sur V économie animale..
{ F jyez § 6 et 6 bis. )
De la Potasse caustiqiie.
Comment peut - on reconnaître que l’empoison¬
nement a eu lieu par la potasse caustique? ^
Pour résoudre cette" question il faut savoir que la
potasse caustique se trouve dans le commerce sous
deux états; i® potasse à l’alcobol , pure; 2° potasse à
la chaux (pierre à cautère), impure.
19. Potasse a Palcôhol. Les caractères physiques et
chimiques de la potasse à l’alcohol sont les suivans : elle
est solide , incolore et inodore ; elle attire l’humidité
de 1 air et tombe en déliquium. Elle se dissout très-
bien dans 1 eau ; \e solutum verdit le sirop de violettes ,
et ramène au bleu la couleur de l’eau de tournesol
rougie par un acide ; il ne précipite point par l’-acide
( 36 )
carbonique. Si cette dissolution a été faite avec Veau
distillée ; elle précipite le nitrate d’argent en olive :
l’oxyde déposé se dissout en entier dans l’acide nitrique
pur; versée dans une dissolution concentrée d’hydro-
cblorate de platine , elle y produit un précipité jaune-
serin, formé de potasse d’oxyde de platine et d’acide
bydrochlorique , qui peut se dissoudre dans l’eau.
Si, au lieu d’être concentrée, la dissolution de potasse
à l’alcohol était trés-affaiblie ^ elle offrirait encore les
mêmes caractères , excepté qu’elle ne précipiterait plus
le sel de platine; et comme il est indispensable de
pouvoir constater cette propriété pour s’assurer de
son existence , il faudrait évaporer la dissolution pour
l’amener au degré de concentration convenable.
Si la potasse pure avait été mêlée au vin rouge , la
couleur de celui-ci serait d’un 'vert foncé; tellement
qu’il nous paraît impossible qu’on soit jamais obligé de
s’occuper d’une pareille fraude.
Lorsque la potasse à l’alçobol fait partie des liquides
vomis, ou de ceux que l’on trouve dans lë canal di¬
gestif, elle cesse d’être pure, et se rapproche plus otj.
moins de la pierre à cautère ; nous indiquerons tout à
l’heure les moyens propres à mettre son existence hors
de doute dans ce cas.
Potasse a la chaux (pierre à cautère.) On peut avoir
une bonne idée de cette substance en la supposant foi--
mée dépotasse pure, de sulfate et d’hydrochlorate de
potasse , de silice et d’oxyde de fer. Voici quels sont ses,
caractères physiques et chimiques. Elle jouit de toutes les
propriétés dont nous avons' parlé en faisant l’histoire
de. la potasse à l’alcohol, excepté : i® qu’elle est souvent
(57)
«oîorée en brun, en jaune ou en rougeâtre; qu’au
lieu de précipiter du nitrate d’argent, l’oxyde olive,
soluble dans l’acide nitrique pur, elle précipite , outre
cet oxyde, du chlorure d’argent (parce quelle ren¬
ferme un hydrochlorate , Acide hydrochlori-
que, S 12); si on verse de l’acide nitrique puf sur ce
précipité, l’acide dissout tout l’oxyde, et il reste un
dépôt blanc caillebotté de chlorure d’argent; 3° quelle
fournit, avec le nitrate de baryte, du sulfate de baryte
blanc, insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique pur ;
ce qui tient à la présence du sulfate de potasse qui entre
dans sa composition.
Si la pierre à cautère ou la potasse à l’alcphol faisaient
partie des liquides vomis ou de ceux qui sont contenus
dans le canal digestif après la mort, on les reconnaîtrait
aux caractères suivans :1e liquide filtré verdit le sirop
de violettes; donc il contient un alcali : il n’a point
d’odeur ammoniacale ; donc il ne renferme pas d’alcali
volatil : l’acide carbonique n’y occasionne point un
précipité blanc ; donc l’alcali qui s’y trouve n’est ni la
chaux ni la baryte, ni la strontiane : il précipite en
jaune serin par l’hydrochlorate de platine, soit dans
l’état où il est , soit après l’avoir concentré par l’évapo¬
ration ; donc il contient de la potasse (i).
(i) Nous faisons abstraction delà litliine, alcali excessive¬
ment rare ; nous supposons également que l’alcali contenu
dans la liqueur n’appartient pas au règne végétal. Ce que nous
dirons en parlant des alcalis végétaux fera voir qu’il est impos¬
sible qu’ils ne se trouvent pas éliminés par l’ensemble des pro¬
priétés que nous avons énumérées..
( 38 )
II importe peu de s’occuper de la recherche de la po¬
tasse qui serait intimement combinée avec les tissus
animaux : ce cas est on ne peut plus rare, la potasse
formant avec presque toutes lès substances animales
des composés ou des mélanges solubles.
Symptômes y Usions 4^ tissu, action de la potasse sur
r économie animale. Voyez S i8.)
De la Soude.
20. Gomment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par la soude ?
Gomme la potasse, cet alcali peut exister sous deux
états : pure', et combinée avec du sulfate, de l’hydro-
chlorate de soude, etc. Dans l’un et dans l’autre cas,
ses caractères chimiques et physiques sont absolument
les 'mêmes que ceux qui ont été indiqués en parlant
de la potasse, excepté : i® quelle ne fournit point de
précipité avec l’ hydrochlorate de platine^ a® quelle attire
l’huraidité de l’air d’abord , et tombe en déliquium ;
mais qu’après, elle absorbe l’acide carbonique de l’at¬
mosphère, et forme du sous-carbonate de soude efflo-
rescent. ^
Symptômes, lésions de tissu, action sur V économie
animale. ( Voyez § i8. )
De la Chaux.
21. Gomment peut-on reconnaître que l’empoison-
nement a eu lieu par la chaux vive.^
La chaux vive présènte les propriétés suivantes :
( 39 .)
elle est solide, en fragmens ou en poudre, d un blanc
grisâtre ou blanche (dans ce dernier cas, elle a été
éteinte), et d’une saveur causticjue. Mise en contact avec
l’eau, elle se dissout a^ec ou sans chaleur, suivant
quelle est desséchée, ou qu’elle contient de l’eau. Le
solutum est transparent; il verdit le sirop de violettes,
précipite en blanc par l’acide carbonique (sous-carbo¬
nate de chaux ) ; ne se trovhle point par l’acide sulfu-
l’ique, et donne, avec l’acide oxalique, ou avec les oxa-
iates solubles , un précipité blanc , insoluble dans îeau
et dans un excès d’acide oxalique , soluble dans l’acide
nitrique. •
Si la chaux faisait partie des matières vomies ou de
celles qui sont contenues dans le canal digestif, et que
les réactifs énoncés ne fussent point suffisans pour dé¬
terminer sa présence, il faudrait dessécher ces matières,
et les calciner jusqu’au rouge dans un creuset; par ce
moyen les substances végétales et animales seraient
détruites, et la chaux resterait au fond du creuset,
melée avec du charbon : on traiterait ce mélange par
1 eau distillée , qui ne dissoudrait que la chaux. ,
Sjrniptoine^ , lésions de tissu^. action suc l’éc.onojnie
.animale. ( Voyez § i8. )
SIXIÈME LEÇOX.
§ II. — Du foie de soufre y du sous-cai'honate et
du nitrate dé potasse,
Sj'-mptômes de Veinpoisonp,ement produit pat ces '
substances,
22. Les symptômes déterminés par les préparations
dont nous parlons ont la plus grande analogie avee
ceux que développent les acides {■'vop, § 5 ) ; toutefois,
nous devons observer: que la matière des vomisse -
mens ne bouillonne pas sur le carreau ; 2® que la saveur
éprouvée par le malade ; loin d’être acide, est âcre ,
caustique, amère ou salée et fraîche.
Lésions de tissu produites par ces substances, {F-,% 6.)
Du Su f lire de. potasse ou de potassium ( foie de
- , soufre) (i).
23. Comment peut-on reconnaître que l’empoison¬
nement a eu lieu par le foie de soufre .î*
Daraotéres du foie de soufre. Le foie de soufre est
toujours solide, d’une couleur jaune, verdâtre, bru-
(i) Les chimistes pensent aujourd’hui que la composition du
foie de soufre varie suivant la température à laquelle il a été
obtenu. Il est formé de sctufre et de potassium , s’il a été pré-’
paré dans un creuset chauffé jusqu’au rouge j tandis qu’il est
composé de soufre et é oxyde de potassium (potasse), si la cha¬
leur, employée pour l’obtenir, a été beaucoup moins considé¬
rable.
(40
nâtre ou rougeâtre; sa saveur est âcre, piquas te et
amère : il est inodore. Mis en contact avec l’eau , il se
dissout, change de nature, et décompose le liquide avec
lequel il a été mêlé : la liqueur renferme de l’hydro sul¬
fate sulfuré de potasse ; d’où il suit (en supposant que
le foie de soufre ait été obtenu à une tempéi ature élevée)
que l’oxygène de l’eau s’est combiné avec le potassium
pour former de la potasse , tandis que l’hydrogène du
même liquide s’est porté sur le soufre pour donner
naissance à de l’acide hydrosulfurique : celui-ci s’est
uni à la potasse, et Fhydrosulfate produit a dissous
l’excès de soufre pour former l’hydrosulfate de potasse ,
sulfuré dont nous avons parlé.
Caractères du liquide résultant de faction de feau
sur le foie de soifre. Il est transparent , d’une couleur
jaune ou rouge, et sans odeur. Lorsqu’on le met en
contact avec un acide fort, celui-ci s’empare de- la
potasse , il se dégage du gaz acide hydrosulfurique ,
reconnaissable à l’odeur d’œufs pouris qu’il exhale,
et il se dépose du soufre. Il précipite en noir ou en
rouge brun-foncé les dissolutions de plomb , de mer¬
cure, de bismuth et de cuivre , pourvu qu’on l’emploie
en quantité suffisante : le précipité est composé de
soufre et de l’un de ces métaux. Les dissolutions de
tartre emetique et d’hydrochlorate d’antimoine, mêlées
avec ce liquide, fournissent un précipité jaune-orangé ,
composé d acide hydrosulfurique et de protoxyde d’an-
timoiné.
Caractères du même ^ liquide très - étendu d’eau. A
peine ce liquide est-il en contact avec l’air, qu’il se
trouble, et il suffit d’ajouter la plus petite quantité
( 42 ) \
(l’un acide fort pour y faire naître un précipité blanc
ou pour le rendre laiteux ; l’acétate de plomb le pré¬
cipite en orangé clair; le sulfate de cuivre y fait naître
au bout de quelques minutes un précipité rougeâtre.
Symptômes déterminés par le foie de soufre. Dans la
plupart des cas le foie de soufre donne lieu à des ac-
cidens semblables à ceux que produisent les irritans
dont nous avons parlé § 22. Dans quelques circons¬
tances, au contraire , il agit particulièrement par l’acide
hydrosulfurique qu’il laisse dégager dans l’estoraâc ,
et alors il développe des symptômes analogues à ceux
qui seront décrits par la suite.
Lésions de tissu produites par le foie de soufré. Lors¬
qu On à introduit dans l’estomac une assez forte dose
de foie de soufre pour déterminer la mort, on re¬
marque des lésions différentes dans le canal digestif ,
suivant la duree et l’intensité de l’empoisonnement ;
1° tantôt la membrane interne , d’un rouge vif dans
toute son étendue > ou dans plusieurs de ses points ,
est tapissée par une couche de soufre , d’un jaune
verdâtre , épaisse et facile à détacher; la rougeur
et 1 enduit dont nous parlons se remarquent quel¬
quefois dans les intestins; 2° tantôt l’intérieur de
I estomac est rugueux, d’un vert foncé et parsemé de
taches d’un blanc jaunâtre, dans lesquelles on peut
distinguer des points noirs ; la membrane interne du
viscère qui est le siège de ces altérations, est recou¬
verte de soufre ; la tunique musculeuse d’un rouge
brun dans sa partie interne , est verte dans la face qui
est immédiatement en contact, avec la membrane
séreuse; des ecchymoses d’un volume plus ou moins
> (43)
considérable se remarquent entre les tuniques mu¬
queuse et musculeuse, et répondent exactement aux
taches d’un blanc jaunâtre dont nous venons de parler;
les intestins grêles sont le siège d’une inflammation
plus ou moins intense; 3® tantôt, enfin, il estimpos~
sible de découvrir la moindre couche de soiifre dans l’in¬
térieur du canal digestif; la membrane muqueuse de
1 estomac , d’uii rouge vif, présente plusieurs ulcères
larges et circulaires , entre lesquels on voit des ec¬
chymoses de différente grandeur. Les poumons , ordi¬
nairement peu crépitans, sont quelquefois mollasses et
gorgés d’un sang noir, livide, extrêmement fluide;
d autres fois ils sont durs et contiennent peu d’air. Le
ven tricule gauche du cœur , examiné immédiatem ent
après la mort, renferme dans certaines circonstances
du sang noirâtre.
Action du foie de soufre sur V économie animale.
I® Le foie de soufre, introduit dans l’estomac de
1 homme et des chiens , agit à la manière des poisons
irritans {nojr. § 6 bis)., et peut déterminer la mort dans
l’espace de quelques heures , s’il a été administré à la
dose de quelques gros, à l’état solide, ou en disso¬
lution concentrée , et qu’il n’ait pas été rejeté par le
vomissement , peu de temps après son ingestion ; a® il
est décomposé, si l’estomac dans lequel ilestintro--
grande quantité d’acide libre, comme
cela arrive quelquefois , et alors la mort peut être
le résultat de 1 action du gaz acide hydrosulfurique
(hydrogène sulfuré) qui a été mis à nu; dans ce cas,,
i intérieur de l’estomac est tapissé d’une couche de
soufre , et l’on découvre dans les divers organes et dans
( 44 ) , •
le sang les altérations dont nous parierons en faisant
l’histoire de l’acide hydrosulfurique ; 3® si au contraire
la quantité d’acide libre , contenue dans ce viscère , est
peu considérable, ce qui arrive le plus souvent^ les
effets délétères , de cette préparation ne peuvent pas
être attribués au gaz hydrogène sulfuré qui se dégage ,
la quantité de ce gaz étant au-dessous dfe celle que
l’homme supporte tous les jours impunément 5 aussi
la mort n’arrive-t-elle qu’au bout de vingt-quatre ou
trente-six heures (si on a employé un ou deux gros de
foie de soufre) , et les altérations des organes et des
liquides, loin d’être les mêmes que celles que dé-
terniine l’acide hydrosulfurique, Tessemblent entiè¬
rement à celles que produisent les irritans ; 4° on se
tromperait si on croyait pouvoir conclure par cela seul
que la mort arrive quelques minutes après l’ingestion
d’une forte dose de foie de soufre , qu’elle doit être
le résultat de l’asphyxie produite par le gaz hydrogène
sulfuré ; car plusieurs des poisons de la classe des irri¬
tans, dans lesquels on ne trouve ni de l’hydrogène sul¬
furé, ni lesélémens propres à le former , agissent de la
même manière que le foire de soufre, lorsqu’ils sont
administrés à forte dose.
Du sous-carbonate de potasse (sel de tartre);
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le sous-carbonate de potasse.
24. Le sous-carbonate de potasse pur est sous la forme
de masses d’une couleur blanche, douées d’une saveur
acre , caustique. Il attire fortement l’humidité de l’air,
Ç 4o J
et tombe en déliqnium ; il est très-soluble dans Teaii :
la dissolution’agit sur le sirop de violettes et sur T hy¬
drochlorate de platine, comme la potasse pure [Kojez
S 19). Il est décomposé avec effervescence par les
acides sulfurique , nitrique , hydrochlorique , etc. ,
qui s’emparent de la potasse pour former des sels
solubles, et dégagent l’acide carbonique à l’état de
gaz. Lorsqu’on mêle la dissolution de sous-carbonate
de potasse pur , avec celle d’hydrochlorate ou de ni¬
trate de baryte ; il y a double décomposition , forma¬
tion d’hydrochlorate ou de nitrate de potasse solubles ,
et de sous-carbonate de baryte insoluble blanc; celui-
ci se précipite et peut être entieremérit dissous par
l’addition de quelques gouttes d’acide nitrique pur.
Le sous - carbonate de potasse du commerce con¬
tient toujours du sulfate et de l’hydrochlorate de po-,
tasse , de la silice, des oxydes de fer et de manganèse.
Il jouit des propriétés que nous venons d’indiquer en
parlant du sous -carbonate pur, excepté, qii’il est
sous la forme de masses d’un, blanc tirant légèrement
sur le jaune ; a® qu’il fournit, avec la dissolution d’hy¬
drochlorate ou de nitrate de baryte, un précipité blanc
composé de sous-carbonatç et de sulfate de baryte:
aussi l’acide nitrique pur qui n’agit point sur le sulfate
de baryte, mis en contact avec ce précipité , dissout-il
le sous-carbonate de baryte , et laisse le sulfate sous la,
forme d’ une poudre hlanche. -
L’eau. sucrée, le vin, le thé, l’albumine, la géla¬
tine, le lait, la bile , etc. , se comportant avec la disso¬
lution de sous-carbonate de potasse, comme avec la
potasse pure, il est évident que l’on devrait employer
(46)
itiâ moyens indiqués à l’article Potasse pour démon¬
trer la présencé de ce sel dans les liquides vomis , ou
dans ceux qui sé trouveraient dans le canal digestif
après la mort de l’individu.
Symptômes ; lésions de tissu , action sur V économie
animale. {Voyez % 0.0..) ' ' ^
. Du N itraie de potasse (nitre-salpêrre), • ' '
Gomment peut-on reconnaître que l’empoisonhement
a eu lieu par le nitrate de potasse ?
25. Le nitrate de potasse se présente dans le commerce
sous la forma d’une poudre blânche , ou de cristaux
prismatiques, demi-transparens, qUelquéfois cannelés •*
il est inodore , ét doué d’uno saveur fraîche ét pi¬
quante ; il est sans action sur la teinture de tournesol ,
et sur le sirop de violettes; mis sur les charbons ar-
dens, il se décompose; l’ oxygène de l’acide nitrique
se porte sur le charbon, qu’il fait brûler avec beau¬
coup plus d’éclat; il se dégage beaucoup de lumieré
et de calorique , et l’on entend plus ou moins de bruit.
Si on verse de l’acide sulfurique concentré sur du ni¬
trate de potasse pulvérisé, il se forme du sulfate de
potasse j et l’acide nitrique se dégage sous la forme de-
vapeurs blanches peu épaisses si lé nitrate est pur,
tandis qu elles sont assez denses si le nitrate contient
du sel commun , comme cela arrivé fréquemment, .
Il se dissout très-bien dans l’eau;' cette dissolution
concentrée est précipitée en jaune serin par l’hydro-
chlorafe de platiné (voyez § ig); elle n’est point trou¬
blée par les hydrosulfâtes solubles ; lorsqu’on l’agite
( 4y ;
avec de la chaux vive , il ne se dégage point d’am¬
moniaque comme cela arrive avec l’hydrochlorate
d’ammoniaque. On peut aisément distinguer, à l’aide
de ces caractères , le nitrate de potasse du sulfate de
soude, avec lequel il a été quelquefois confondu : en
effet, ce dernier n anime point la combustion du
charbon; au contraire, il se boursoufle et fond,
dans son eau de cristallisation ; il ne subit aucune
altération de la part de l’acide sulfurique : enfin sa
dissolution aqueuse n’est point précipitée par l’iiydro-
chlorate de platine.
Si la dissolution du nitrate de potasse était trés^
étendue^ il faudrait l’évaporer jusqu’à siccité,, pour
pouvoir faire les essais dont nous venons de parler*. :
Si elle avait été mêlée à du vin ou à du café, on
verserait dans le mélange assez de chlore liquide et
concentré pour le décolorer ; il se formerait un pré¬
cipité jaune-rougeâtre , qu’on séparerait du liquide par
le filtre ; la dissolution, filtrée d’une couleur-jaune serait
évaporée jusqu à siccité (i), et on pourrait constater
sur le produit de l’évaporation les caractères que nous
avons assignés au nitrate de potasse solide.
Symptômes et lésions de . tissu , déterminés par h
nitrate de^potasse. (^Voy.% ^1.')
Action dit nitrate de potasse sur l’économie animale.
Il residte d un très-grand nombre d’expériences faites
sur lés chiens , et de plusieurs observations recueillies
(i) On filtrerait de nouveau, si, pendant l’opération, on
5 apercevait qu’elle déposait des flocons d’un jaune rougeâtre.
' (48 ) , ■
chez l’homme 5 que le nitrate de potasse introduit
dans l’estomac de ces animaux est vénéneux, et sus¬
ceptible d’occasioner la mort dans l’espacé de quel¬
ques heures lorsqu'il n’est pas vomi , et qu’il a été
administré a la dose de quelques gros, en poudre ou. en
dissolution concentrée ; 2® qu’ih détermine une inflam¬
mation oi’dinairement très-intense des tissus du canal
digestif , suivie de symptômes nerveux , ayant le plus
grand rapport avec ceux que produisent les poisons
stupéfiàns ; 3® qu’il n’est pas absorbé lorsqu’on l’ap¬
plique sur le tissu lamin eux sous-cutané , et par con¬
séquent, qu’il se borne dans cé cas à produire des effets
locaux; 4° que son action diffère de celle des sels
neutres employés comme purgatifs , malgré l’assertion
de M. Tourtelle, médecin à Besançon. '
SEPTIÈME LEÇON.
Article iv. — ' De la baryte, du sous-carboxate
ET DE l’hYDROCHLORATÈ DE BARYTÉ.
. Action de ces substances sur V économie animale. Symp^
X tomes de v empoisonnement qu’elles déterminent. Lé¬
sions de tissu qui sont le résultat de leur action.
26. Les poisons dont nous avons parlé jusqu’à présent
agissent comme des irritans énergiques : on peut rap¬
porter exclusivement les' symptômes qu’ils développent
à ceux qui caractérisent l’inflammation la plus intense,
ou la brûlure de la partie qu’ils ont touchée; aucun
d’eux n’est absorbé. Il n’en est pas de même des pré-
( 49 )
parations qui font l’objet de cet article : douées des pro¬
priétés vénéneuses les plus marquées, elles sont rapi¬
dement absorbées et portées dans le torrent de la cir¬
culation , soit qu elles aient été introduites dans l’es¬
tomac , dans le rectum ou dans les cavités séreuses ,
soit qu’on les ait appliquées sur le tissu lamineux sous-
cutané ou sur des plaies. Les accideiis qu’elles déter¬
minent sont évidemment le résultat de leur absorption
et de leur action sur le système neiveux. Il est vrai
qu elles agissent également en irritant les tissus avec
lesquels on les met en contact; mais il est impossible
d’attribuer a cétte iriitation la mort prompte qu elles
occasionnent : en effet, appliquez sur une plaie quinze
ou vingt grains de baryte, de sous-carbonate bu d’by-
drochlorate de baryte, délayes ou dissous dabs l’eau;
l’animal ne tardera pas à périr, tandis qu’une dose
sextuple d’un acide ou d’un alcali concentré (subs¬
tances beaucoup plus irritantes que celles dont nous
parlons) se bornera à produire une brûlure qui ne
sera point suivie de la mort.
ay. hes symptômes que l’on observé dans cet onpoi-
sonnement peuvent être réduits aux suivans : saveur âcre
caustique (pour la baryte) ; âcre' très-piquante (pour
l’hydrochlorate de baryte); sentiment de brûlure à la
bouche, au pharynx et à l’épigastre; douleurs atroces
à la région épigastrique : nausées, voinissernens de
matières , muqueuses ou sanguinolentes, verdissant
quelquefois le sirop de violettes (par exemple , lorsque
1 empoisonnement est déterminé par la baryte , et que
celle-ci se trouve en assez grande quantité dans le
liquide vomi); dqections aivines, hoquet, mouve-
' 4
( )
mens convulsifs dés muscles, de la face, du tronc
pu des membres; souvent cès rnouvemens détermi¬
nent des secousses tellement fortes que le malade est
soulevé et renversé malgré lui ; la bouche est quel¬
quefois remplie d’écume; l’individu ne. peut pas se
soutenir sur ses membres, il tombe aussitôt qu’on
essayé de le soulever; la céphalalgie, et quelquefois la
surdité , ne tardent pas à se déclarer ; les facultés intel¬
lectuelles sqnt perverties : à ces symptômes succède le
plus ordinairement un abattement considérable ; alors
les traits de la face sont décomposés , et la mort est
très-prochaine. A l’ouverture des cadavres on découvre
des semblables à celles dont nous avons fait
.mention au § 6.
De la Barjrte.
‘ Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne-
a eu lieu avec la baryte?
28. La baryte (protoxyde de baryum) est solide, en
fragmens ou en poudre d’un gris verdâtre, ou d’une
belle couleur blanche (dans ce. dernier càs elle a été
éteinte), et d’une saveur âcre caustique. Lorsqu’on
la traite par l’eau, elle , se dissout avec ou sans cha-
leur, suivant quelle est desséchée ou qu’elle con¬
tient de l’eau; la dissolution est transparente, verdit
le sirop de violettes et doiine avec l’acide carbonique
/lu- sous - carbonate de baryte blanc insoluble dans
l’eau , et soluble dans l’acide nitrique pur; tandis
que l’acide sulfurique y fait naître un précipité de sul¬
fate de harjte insolul^le dans l’eau et dans V acide ni-
trique pur , Les divers sulfates solubles agissent sur
l’eau de baryte comme l’acide, sulfurique; et il suffit
qu’il y en ait un atome dans une dissolution, pour
quelle soit précipitée par l’acide sulfurique et par les
sulfates.
S’ir fallait démontrer la présence de cet alcali dans
la matière des vomissemens , ou dans un liquide quel¬
conque, et que les réactifs indiqués fussent insiiffisans
pour remplir ce but , on verserait un excès de dis¬
solution de sous - carbonate d’ammoniaque dans le
liquide suspect : on obtiendrait alors du sous-car¬
bonate de baryte insoluble^ que l’on séparerait par
le filtré ; on le dessécberait , on le mêlerait avec du
charbon pulvérisé, et on ferait rpugir le mélangé dans
un creuset ; au bout d’une demi-heure d’une chaleur
rouge , pn obtiendrait au fond du creuset la
caustique, dont on pourrait constater les propriétés.
Ç^Fojez % 2.^.) ■ ;
Si les expériences dont nous parlons n’étaient point
propres à démontrer l’existence de la baryte dans le li¬
quide, il faudrait rechercher cet alcali dans les matières
solides. Or voici les cas qui peuvent se présenter.
La baryte a été transformée en sulfate insoluble, au
moyen des sulfates contenus dans le liquide , ou de
ceux que 1 on a fait prendre au. malade pour s’opposer'
aux progrès de l’empoisonnement. B. Elle a, été pré¬
cipitée à l’état sous-carbonate , soit par les sous-
carbonates solubles qui entraient dans la composition
du liquide , soit parce qu’ayant été exposée long-temps
à l air, elle èn a attiré l’acide carbonique. C. La baryte
,s est combinée avec les matières solides , : limentaires ,
ou avec |es tissus du canal digestif.
( Sa )
P&ur démontrer la présence de la baryte dans les
cas dont nous parlons , il faut dessécher les matières
solides suspectes , les mêler aréc du charbon pul¬
vérisé 5 et calciner le mélange dans un creuset : au
bout d’une heure d’une chaleur rouge, on obtiendra
de la baryte pure facile à reconnaître {yoy. % 28) , ou
du. sulfure de baryte, provenant de la décomposition
du sulfate de baryte par le charbon. On distinguera
éé sttiftiré, t^ â rôdeur dmufspouris, ou de gaz acide
hydrosulfuriqueiju’ildégagera lorsqu’on le mêlera avec
de l’acide nitrique pur^ étendu d’eau ; 2® à la précipi¬
tation de soufre qui aura lieu ; 3® â ce que la liqueur
qui résulterà de l’action de f acide nitrique sur le sul¬
fure, après avoir été filtrée j précipitera en blanc par
raéîde sulfurique (quelque étendue quelle soit), et
que lé précipité sera inseluMè dans l’eau et dans
l’acide nitrique ; 4^ enfin, à la possibilité d’obtenir la
baryte pure en faisant évaporer le nitrate de baryte jus¬
qu’à siccité) et en le calcinant dans un creuset,.
Du seus-Carbmiate de baryte.
Comment pêut-on reconnaître quel’empoisonnement
a èu lieu ^r le sous-carbonate de baryte?
29. te soUs-carbonate de baryte est Solide, blanc,
insipide, sans action sur lé sirop de violettes, inso¬
luble dans l’eau , et soluble dans l’aeide nitrique par,
avec effervescence (due au dégâ^èment du gaz acide
carbonique). Il suffit de le mêler avec du charbon pul¬
vérisé , et de faire rougir le mélangé pendant une demi-
heure dans un creuset pour le décomposer en gaz
( 53 )
oxyde de carbone qui se dégage, et en baryte qui
reste au fond du creuset : on traite le résidu par l’eau,
bouillante qui dissout la baryte , et on filtre pour sé¬
parer l’excès de charbon, {Voyez les propriétés de la
baryte § a8. ).
De V Hydrochlorate de baryte.
Comment peut -on reconnaître que l’empoison¬
nement a eu lien par l’hydrochlorate de baryte ?
3o. L’hydrochlorate de baryte est solide, pulvé¬
rulent, ou cristallisé en lames carrées , d’une saveur
âcre très-piquante ; il ne change point la couleur du
tournesol, ni celle du sirop de violettes. Il se dissout
dans l’eau ; il n’est point soluble dans l’alcohol con¬
centré, Les sous-earbonates d’ammoniaque et de soude
décomposent la dissolution aqueuse d’hydrochlorate de
baryte , et y font naître un précipité blanc de sous-car-
honate de baryte insoluble dans l’eau, et soluble dans
V acide nitrique pur. L’acide sulfurique et les sulfates,
la précipitent également lors même qu’elle est très-
étendue', le sulfate de baryte déposé est blanc, insoluble
dans l’eau et dans l’acide nitriqiie pur. Elle n’est troit-
bîee, ni par les hydrosulfates, ni par l’ammoniaque
pure. Le nitrate d’argent y forme un précipité caille-
botté de chlorure d’argent, insoluble dans l’eau et
dans 1 acide nitrique pur, soluble dans l’ammoniaque:
il suffit de ce fait pour prouver rexistence de l’acide
bydrochlorique dans ladissolution.^/'lyi^âz acide bydro-
chlorique § i a). S’il fallait démontrer la présence de
1 bydrocblorate dê baryté dans les liquides vomis, etc.,
(54)
on se comporterait comme nous l’avons dit en par¬
lant de la baryte, pag. 5 1.)
Article — ..De l’ammoniaque liquide ( alcali
VOLATIL fluor) , DU SOUS-CARBONATE ,d’ AMMONIAQUE
ET DE l’ HYDROCHLORATE d’ AMMONIAQUE.
Comment peut -on reconnaître que l’empoison¬
nement a eu lieu par l’ammoniaque liquide ?
3i. L’ammoniaque liquide concentrée est incolore,
douée d’une odeur vive piquante qui la caractérise , et
d’une saveur excessivement caustique : elle verdit le
sirop de violettes , et rétablit la couleur bleue du papier
de tournesol, rougi par un acide. Si on la chauffe,
elle laisse dégager du gaz ammoniac, reconnaissable à
son odeur, et s’affaiblit; il en est de même, quoique
d’une manière beaucoup moins sensible lorsqu’on l’ex--
pose à l’air , à la température ordinaire. L’ammoniaque
liquide n’est point précipitée par l’acide carbonique.
L’hydrocblorate de platine (muriate) se combine, avec
elle, et forme un sel double jaune- serin, peu so¬
luble dans l’eau qui se précipite, si les dissolutions ne
.sont pas très-étendue.^.
S’il s’agissait de déterminer la présence de l’aramo-
maque qui aurait été mêlée à d’autres liquides, on
chaufferait ceux-ci dans un appareil , composé d’une
cornue , et d’un récipient dans l’intérieur duquel on
aurait introduit une petite quantité d’eau ,, et collé
quelques morceaux de papier de tournesol rougi par
un acide , l’ammoniaque se transformerait en gaz , et
viendrait se dissoudre dans l’eau du récipient 5 tout en
c 55 )
rétablissant la couleur bleue du papier de tournesol.
“^2.. Sous~carbonaté d’ammoniaque en poudré. Il est
blanc , doué d’une odeur et d’une saveur seniblabîes
à celles de l’ammoniaque ; il verdit le sirop de violettes.
Exposé à l’air, il perd une portion d’ammoniaque, et
alors il agit avec beaucoup moins d’énergie sur l’éco¬
nomie animale. Mis en contact avec les acides sulfu¬
rique, nitrique, hydrochloriqùe, etc, , il est décom¬
posé j il se produit du sulfate, du nitrate ou de l’hyî-,
drocblorate d’ammoniaque solubles, et l’acide carbo¬
nique se dégage à l’état de gaz, en produisant une
vive effervescence. Il est très-soluble dans l’eau.
Sous~carbonate d’ammoniaque dissous dans l’eau.
Il est liquide, transparent, incolore , doué de la même
odeur et de la même saveur que le précédent ; il verdit
le sirop de violettes. Les acides* forts agissent sur lui ,
comme s’il était à l’état solide. Il transforme en sous-
carbonates blancs et insolubles les bydrocblorates et
les nitrates de chaux , de baryte et de strontiane , tandis
que l’ammoniaque liquide pure n’agit point sur eux.
Il précipite l’hydrocblorate de platine en jaune serin ;
trituré avec la chaux vive, il est décomposé , la chaux
s’empare de l’acide carbonique et l’ammoniaque se
dégage; Si le sous-carbonate d’ammoniaque était mêlé
a d’autres liquides , on le découvrirait comme nous
l’avons indiqué § 3i, en parlant de l’ammoniaque
pure. ' .
33. Symptômes , lésions de tissu déterminés par ces
poisons ■ action sur l’écononiie animale. Ils agissent sur
l’économie animale comme la potasse et la soude, mais
avec plus d’énergie; ils tardent beaucoup moins à dé-
( 56- )
terminer des convulsions horribles. L’expérience prouve
qu’il est très-dangereux de faire respirer l’alcali volatil
concentré pendant long-temps aux personnes évanouies,
que l’on cherche à ranimer; en effet, le gaz ammoniac,
qui se dégage continuellement de ce liquide, enflamme
la membrane muqueüse du pharynx et des voies aé¬
riennes, et peut occasionerla mort, comme l’a observe
Nysten.
De r Hfdrochîorate d^ammoniaque (sel ammoniac).
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu avec l’hydrochlorate d’ammoniaque ?
34. L’hydrochlorate d’ammoniaque solide est blanc,
inodore, légèrement élastique et ductile; il ne verdit
point le sirop de violettes. Mis sur les charbons ardens,
il se volatilise et répand une fumée épaisse douée
d’une odeur piquante. Il suffit de le triturer pendant
quelques secondes avec de la chaux vive ou de la po¬
tasse pour le décbraposer; alors il se forme del’hydro-
chlorate, de pqtasse ou de chaux , et l’ammoniaque se
dégage à l’état de gaz , que l’on peut facilement recon ¬
naître à son. odeur. Il est soluble dans l’eau ; le solu-
tum contenant de l’acide hydrochlorique fournit, avec
le nitrate d’argent , le précipité de chlorure d’argent
dont nous avons parlé § 12.
L’hydrochlorate d’ammoniaque, dissous dans Veau.,
présente les caractères suivans : il est liquide , transpa¬
rent, inodore, sans action sur le sirop de violettes, et.
doué de la même saveur que l’hydrochlorate solide. Il
précipite l’hydrochlorate de platine en jaune serin,
comme l’ammoniaque pure, pourvu qu’il soit assez coa-
( 57 )
centré. {Voy. S 3i.) Il n’est point troublé par les sous-
carbonates de soude , de potasse et d’ammoniaque , ni
par les hydfosulfates , ni par le prussiate de potasse,
(hydrocyanate). Il agit sur la cbaux vive et sur le nitrate
d’argent, comme nous venons de le dire S 34-
Symptômes et Usions de tissu déterminés par Vhydro-
çhlorate d ammoniaque ^ action sur V économie animale^
L’hydrocblorate d’ammoniaque est très-vénéneux pour
les chiens ; il irrite et enflamme les parties qu’il touche ,
et occasionne des symptômes analogues à ceux que dé¬
terminent les acides. [Voyez § 5.^ Indépendamment
des effets locaux dont nous parlons, il est absorbé,
transporté dans le torrent de la circulation , et porte
son action meurtrière sur le système nerveux et sur
l’estomac; en effet, ce dernier organe est constam¬
ment le siège d’une inflammation plus ou moins in¬
tense , lorsque l’hydrochlorate d’ammoniaque a été ap¬
pliqué sur le tissu lamineux sous-cutané , et que la
mort n’a eu lieu qu’au bout de plusieurs heures.
HUITIÈME LEÇON. -
Article vi. — Des sels et autres composés de
MERCURE, d’étain, d’aP.SENIC, DE CUIVRE, d’ ANTI¬
MOINE, d’argent, de BISMUTH, d’oR ET DE ZINC.
3o. Symptômes de V empoisonnement déterminés par
ces produits. Saveur âcre métallique , plus ou moins
analogue à celle de l’encre , moins caustique que celle
des acides et des alcalis concentrés ; sentiment de cons-
triction a la gorge ; douleurs dans la bouche , le pha-
(58)^
rynx, l’estomae et les intestins; elles sont d’abord lé¬
gères, puis deviennent insupportables : nausées, vo-
missemens fréquens de matières de couleur variable,
souvent mêlées de sang , ne faisant point effervescerice
sur lè c&reau , ne verdissant jamais le sirop de vio¬
lettes, pouvant rougir l’eaii de tournesol; mais à un
degré très-faible; constipation ou diarrhée; la ma¬
tière des déjections alvines est quelquefois sanguino-,
lente; rapports fréquens et souvent fétides, hoquet,
difficulté de respirer, menace de suffocation; le pouls
ordinairement accéléré, petit, serré, est quelquefois
inégal, intermittent; soif intolérable, difficulté d’uri¬
ner, crampes , froid glacial des extrémités ; mouvemens
convulsifs, partiels ou généraux; assez souvent pros¬
tration des forces, décomposition des traits de la face;
délire ou libre exercice des facultés intellectuelles ;
mort.
36. Lésions de tissu produites par ces poisons, La
plupart des substances vénéneuses rangées dans cet
articlé déterminent des altérations de tissu semblables
à celles que nous avons décrites en parlant des acides
{voyez § 6) : aussi nous dispenserons-nous de les faire
connaître en détail; nous observerons seulement qu’en
général elles sont moins intenses. '
Action de ces poisons sur V économie animale. {Voyez
l’histoire de chacun d’eux.)
§ I®’’. — Des sels et autres composés de mercure.
Les poisons mercuriels dont il nous importe de
faire l’histoire sont le deuio<-chlorure de mercure (su-
( 09 )
bîimé corrosif) ; le deutoxyde de mercure ( précipité
rouge, précipité per Sè) ; le protoxyde de mercure, le
sulfure de mercure (cinnabre) , les divers sulfates et
nitrates de ce métal.
Du Deutochlorure de mercure ( sublimé corrdsif. )
87. Comment, peut-on reconnaître que l’empoi¬
sonnement a eu lieu par le sublimé corrosif?
Pour résoudre cette question d’une manière satis¬
faisante, nous allons indiquer les moyens de recon¬
naître le sublimé corrosif, 1° à l’état solide; 2® dissous-
dans une quantité d’eau, d’alcohol ou d’éther plus
ou moins considérable ; 8® mêlé avec d’autres liquides
qui ne l’ont point décomposé , ou qui ne l’ont décom¬
posé qu’en partie ; 4° uni à diverses substances médi¬
camenteuses, solides; 5® combiné avec des aliraens
liquides ou solides , qui en ont opéré la décompo¬
sition ; 6® décomposé par nos organes , et intimement
combiné avec les tissus du canal digestif.
I® Sublimé corrosif pulvérulent, ou cristallisé. Il est
sous forme de poudre, ou de -masses blanches com¬
pactes, demi-transparentes sur leurs bords, hémis.-
phériques et concaves , dont la paroi externe est polie
et luisante, et dont l’interne est inégale, hérissée de
petits cristaux brillans, tellement comprimés, qu’on
ne peut en distinguer les faces ; quelquefois il se présente
sous forme de faisceaux aiguillés , que l’on a comparés
à des poignards, ou sous forme de cubes ou de prismes
quadrangulaires ou hexaèdres. La saveur du sublimé
corrosif est excessivement âcre tet caustique ; elle est
( 6o )
accompagnée d’un sentiment de stypticité métallique
très-forte, et suivie d’un reserretnent à la gorge, qui
persiste pendant quelque temps : sa pesanteur spécifique
est de 5,1398.
Mis sur les charbons ardens, le sublimé corrosif
pulvérisé se^ sublime, et répand' une fumée épaisse,
d’une odeur piquante , rougissant le papier de tour
nésol , et ternissant une lame de cuivre parfaiteinent
décapée : lorsqu’on frotte la partie ternie, elle acquiert
la couleur blanche, brillante, argentine, qui carac-.
térise le mercure. Si l’on chauffe graduellement et
pendant cinq ou six minutes dans un tube de verre
étroit , et long de vingt-cinq à vingt-huit centimètres,
un mélangé pulvérulent de sublimé corrosif, et de
potasse à 1 alcohol ou de pierre à cautère ou de sous-
carbonate de potasse, on obtient du mercure métal-,
lique qui se volatilise, et vient se condenser sur les
parois de la partie moyenne du tube, du gaz oxygène
qui se dégagé , et du chlorure de potassium qui reste
au fond de cet instrument (ce chlorure est pur, si
lexpérience a été faite avec de la potasse à l’alcohol) ;
ce qui prouve que le chlore du sublimé corrosif s’est
combiné avec le potassium de la potasse , tandis que
l’oxygène et le mèrcure ont été volatilisés , le premier
à l’état de gaz, le mercure à l’état de vapeur.
Le sublimé corrosif se dissout dans onze fois son
poids d eau froide, et dans une plus petite quantité
d alcohol ét d’éther mous allons faire connaître les
caractères de ces dissolutions.
37 bis.'îP Sublimé corros^ dissous dans une quantité
plus ou moins considérable d’eau ou d’ alcohol.
Â. Dissolution aqueuse concentrée. L’hydro chlorate
de deutoxyde de mercure qui résulte de la dissolutioa
du sublimé corrosif dans l’eau (i) est liquide , trans¬
parent, incolore, inodore, et doué de la même saveur
qtîfi le deutochlorure ; il rougit l’eau de tournesol et
verdit le sirop de violettes. La potasse caustique à l’ai-,
cohol , et Y eau de chaux versées en petite quantité dans
ce liquide, y déterminent un précipité jaune -rou¬
geâtre , qui devient rouge par l’addition d’une nou¬
velle quantité d’alcali, et qui finit par être d’un beau
jaune serin, si l’on emploie encore plus de potasse ou
d’eau de chaux : dans ce dernier cas , le précipité est
du deutoxyde.de mercure, ce qui prouve que les al¬
calis se sont emparés de la totalité' de l’acide hydro-
chlorique. L’ammoniaque liquide fait naître dans la
dissolution du sublimé corrosif un précipité blanc
qui est un véritable sel double , et qui ne change
point de couleur, comme on l’a annoncé mal à propos,
même lorsqu’il a été lavé et desséché à la tempéray
(i) Plusieurs chimistes regardent le sublimé corrosif dis¬
sous dans l’eau comme un deutochlorure ; il en est d’autres
qui pensent qu’il a été transformé en hydrochlorate j comme
le sont la plupart des chlorures dissous dans l’eau : nous ad¬
mettons cette dernière hypothèse , et voici comment nous
expliquons îa transformation du chlorure en hydrochlorate :
1 eau est décomposée ; son oxygène se combine avec le mercure
du chlorure pour former du deutoxyde de mercure, tandis
que l’hydrogéné s’unit avec le el^re , forme de l’acide
hydrochlorîque qui change le deutoxyde en hydrochiorate de
mercure.
• ( '
ture bï-diriairé. Le sousrcarbonate de potasse ^ y fait
naître iin "précipité brique -clair. L’hydrocyanate de
potasse et de fer (prussiate de potasse) , versé dans cette
dissolution, la précipite en blanc; mais le dépôt ne
tarde pas à passer au jaune , et au bout d’un certain
temps au bleu plus ou moins foncé (i). Les divers
précipités dont nous venons de parler fournissent du,
mercure métallique , lorsque après les avoir lavés et
desséchés sur un filtre , on des chauffe graduellement
pendant quelques minutes dans un tube étroit , long
de vingt-cinq à vingt-huit centimètres. Uacidehjdro-
sulfurique , et les.hydro sulfates de potasse^ de soude , etc.,
employés en assez, grànde quantité , décomposent l’hy-i
drochlorate de mercure , et en précipitent du sulfure
de mercure noir : ce qui prouve que l’oxygène du deu-
toxyde de mercure s’est combiné avec l’hydrogène de
l’acide hydfosulfurique , tandis que le soufre de ce
dernier s’est uni avec le mercure du deutoxyde. Le
■nitrate d^ argent également cette disso¬
lution , et y fait naître un précipité de chlorure d’ar¬
gent; d’où il suit que l’acide hydrochlorique a été
décomposé, (foyez § 12 pour les caractères de ce pré¬
cipité, et pour la théorie de la décomposition.) Une
lame de cuivre parfaitement décapée, plongée dans
l’hydrochloràte de mercure dissous , se recouvre d’un
(i) Cette couleur bleue dépend de la présence du bleu de
Prusse , qui a été formé aux dépens du prussiate de potasse
employé , etrdu fer que renferme le sublimé corrosif du com¬
merce.
C63)'
enduit terne , qui par le frottement avec un morceau
de papier, devient blanc, brillant, argentin : ce phé¬
nomène dépend de la décomposition de rhydrochlo-
rate par le métal, et de l’application d’une portion du
mercure métallique mis à nu sur le cuivre : aussi suffit-
il de chauffer assez la lame pour en volatiliser le mer¬
cure, et pour lui faire reprendre la couleur propre au
cuivre. La - lame de cuivre se comporte de la même
manière , lorsqu’on la frotte avec les divers précipités
dont nous avons parlé , et que l’on obtient en versant
dans l’hydrochlorate de mercure, du sous-carbonate
de potasse, de la potasse, de l’eau de chaux et de l’am¬
moniaque.
B. Dissolution aqueuse étendue. Lorsque le sublimé
corrosif est dissous dans une quantité d’eau tellement
considérable , qu’aucun des réactifs propres à le déceler
ne peut servir à prouver son existence , on doit avoir
recours au procédé suivant. On introduit la dissolution
dans un flacon ; on verse par - dessus deux ou trois
gros d’éther sulfurique; oh^bouche le flacon et on
agite lentement pendant dix à douze minutes, de ma¬
nière cependant à ce que l’éther soit en contact avec
toutes les parties du liquide; l’éther enlève à l’eau la
majeure partie du sublimé, et le liquide se partage en
deux couches lorsqu on cesse d’agiter ; la couche supé¬
rieure est formée par l’éther tenant le sublimé corrosif
en dissolution. On verse le tout dans un entonnoir dont
l’ouverture du bec est fermée avec le doigt indicateur :
après quelques instans , lorsque l’on aperçoit dans le
corps de l’entonnoir les deux couches dont nous avons
parlé, on laisse écouler la couche inférieure ou aqueuse;
( 64 )
ce qu’il est facile d’obtenir en écartant du bec de l’en-
tonnoir une partie du doigt indicateur qui en bouche .
l’ouverture : à peine cetîc couche s’ est-elle écoulée que
l’on ferme de nouveau l’ouverture pour empêcher la
sonie de la couche éthérée; alors on reçoit celle-ci dans
une petite capsule ou dans tout autre vase qui pré¬
sente beaucoup de surface : l’éther se vaporise, et le
sublimé reste à l’état solide; on le fait dissoudre dans
une petite quantité d’eau distillée, et l’on obtient une
dissolution aqueuse concentrée , facile à reconnaître
en ayant égard aux caractères indiqués S dy bis. L’expé¬
rience nous a démontré qu’à l’aide de ce procédé dii
pouvait facilement découvrir un grain de sublimé cor¬
rosif dissous dans 3456 grains d’eau distillée (six onces).
Nous croyons utile de prévenir que si l’agitation des
deux liquides était vive et très-prolongée , et queréjther
employé ne fût pas en assez grande quantité, l’expé¬
rience serait manquée; en effet l’éther serait entière¬
ment dissous par l’eau, et l’on n’obtiendrait point les
deux couches de pesanteur spécifique différentes, sur
lesquelles repose tout le succès de l’opération.
C. Dissolation aîcoholi^ ue concentrée. Cette d issolutron
se comporte avec la potassé, l’eau de chaux, l’ammo¬
niaque, l’hydrosulfate de potasse et le nitrate d’ar¬
gent, comme la dissolution aqueuse concentrée
§ Sy ; et elle peut en être distinguée par l’odeur
d’aleohol qu’elle exhaie.
D. Dissolojtion alcoholique étendue. La dissolution
peut être tellement étendue que l’odeur de l’alcohol soit
inappréciable. Quoiqu’il en soit, on constatera la pré¬
sence du sublimé corrosif au moyen de l’éther qui joui t
( 65 )
egaiement de la propriété de le séparer de la dissolu- -
tion alcoholique (voy. le procédé page 63, B). La liqueur
de fFansivietten, que l’on prépare le plus ordinairement
aujourd’hui en dissolvant un grain de sublimé corrosif
dans deux onces d’eau , sera reconnue au moyen de
l’éther, comme nous venons de le’ dire. Il èn serait de
même si elle avait été préparée avec l’alcohol; dans ce
cas seulement, on aurait un caractère de plus, l’odeur
alcoholique du liquide.
E. Dissolution éthérée. Lorsq;u’on expose cette disso¬
lution à l’air, l’éther s’évapore et le sublimé reste à l’état
solide. Il est alors.facile de le reconnaître en le faisant
dissoudre dans l’eau. les propriétés de cette dis-
•soliition'g bis.y - -
S'’ ' Sublimé corrosif mêlé arec d’ autres liquides qui ne
Vont point décompose-, ou q id ne Vont décomposé quèri
partie^ Les liquides dont nousVoulons parler sont le
vin rouge,- les- décoctum de café et de quelques autres vé¬
gétaux, le lait, la bile , les liquides vomis par le malade
et ceux que l’on trouve dans le canal digestif après la
mort. S’il ést vrai que le sublimé corrosif soit décom¬
posé, par la plupart des liquides végétaux et animaux ,
et transformé &rL pratochlorure de mercure
(calomélas, mercure doux) , ce qui semblerait exclure
la possibilité de le trouver dissous dans ces sortes de
véhicules, il est également, vrai que la décomposition
n’est quelquefois complète qu’au bout de plusieurs
jours, et que dans certaines circonstances la dose du
sublimé mêlée à cés liquides est assez forte pour que
la décomposition totala soit impossible ; donc il peut se
faire que le médecin ait à prononcer sur le cas dont il
, - 5
(66).
s'agit. Oe, le plus sou^'ent les réactifs que l’on, em¬
ploie avec succès pour décp.uvrir la dissolution aqueuse
et concentrée, de sublime ('U. §. his^ , ne sont ici d au¬
cune, utilité; leur emploi peut même quelquefois in¬
duire le méd,eçin, en erreur; en effet, la quantité de
sublimé dissous petit être tellement petite, que les
réactifs ne puissent point la, déceler; en supposant
même que la dose du sublimé , qui est tenu en dissolu¬
tion , soit assez forte , les précipités fournis par les
réactifs peuvent être d’une couleur différente de celle
qu’ils auraient si on avait agi sur la dissoîutipn aqueuse;
ce qui peut dépendre de la couleur propre au liquide
avec lequel le sublimé aura été mêlé, ou de tonte autre
cause. Voici quelques exemples qui mettront cette vé¬
rité hors de doute. Lorsqu’on verse dans six onces de
vin de Bourgogne, douze grains de sublimé corrosif dis¬
sous dans l’eau , le mélange précipite en noir par la
potasse , en vert très-foncé par l’ammoniaque^ Un mé¬
lange de quatorze gros de lait et d’un gros de dissolu¬
tion concentrée de sublimé corrosif donne par la po¬
tasse caustique un gris-noirâtre, % 3 7 bii^
pour juger la d^ifférence de couleur entre; ces précipités
et ceux qui sont fournis par les niêmes réactifs avec la
dissolution aqueuse). -
' Pour découvrir le s.ublimé corrosif dans le cas dont
nous parlons, onémploîra l’éther sulfurique, et on agira
comme il a été recommandé page 63 B. Toutefois , s’il
fallait démontrer la présence de ce poison dans.la. ma¬
tière des vomissemens, QU- dans. toute autre qui fût en
partie liquide , en partie solide, on commencerait par
exprimer le tout dans un linge fin pour séparer ledi-
( 67 .)
quide des matières solides : eelles-ei seraient eonservées
dans l’alGohol ponr les préserver de la pntréfaction.
4® Sublimé corrosif uni a diverses substances médical
menteuses solides. Si le sublimé corrosif entrait dans^^ la
eomposition d’un médicament solide^ tel qu’un èm-^
plâtre , par exemple , il pourrait se faire A. qu’il n’eût
pas été décomposé,, ou qu’il ne l’eût été qu’en partie ;
Dans ce cas, il suffirmt, après avoir divisé le médica^
ment, de le faire bouillir pendant un quart d’heure
avec deux onces d’eau distillée ; lè sublimé serait
dissous ; or, les caractères de. cette dissolution sont
faciles à vérifier (u. § âj bis) y. B. qu’il eût été décom¬
posé ou qu’il: fût fortement retenu par quelques-unes
des substances qui eonstituënt le: médicaraent j: alors
l’ébullition du médicament dans l’eau serait inbuc-
tueuse pour démontrer sa présence ; ce moyen serait
encore inefficace , lorsque le poison n’ayant point été
décomposé, et n’étant point retenu par les matières
qui entrent dans la composition. du médicament,, eeb
les-ci se dissoudraient dans l’eau comme le sublimé , et
viendraient altérer les couléms dés pré cipités fournis
par les réactifs (n, page #5.)^ Gesconsidérationsnous
engagent à indiquer un procédé facile , propre à ré¬
soudre ce problème. On décante le liquide dans le¬
quel on a fait bouillir le médicament j bn le. mêlé
avec vingt-quatre ou trente grains de potasse à falr
çohol , et on l’évapore jusqu’à siccké dans une cap¬
sule de. porcelaine ( : on dessèche à une doupe chaleup
(i) On. aurait tort d’abandoimei’ ce li<piide j paa- cpîa seifi
( es )
les portions solides du médicament, et on introduit le
tout dans une cornue de verre a laquelle on adapte un
récipient à long col ^ on chauffe la cornue d une ma*
nière graduée , jusqu a la faire rougir , et on obtient
du mercure métallique globuleux , adhérent aux parois
du col de la cornue et mélé avec de l’huile épaisse et
noirâtre. Dans cette opération, le deutochlorure de
mercure est décomposé par la potasse (u. % ; les
substances végétales et animales qui constituent le mé¬
dicament sont décomposées par le feu, et peut-être par
une portion de potasse.
L’expérience étant terminée , s’il arrivait que le mer¬
cure volatilisé ne fût pas en assez grande quantité pour
pouvoir être aperçu sous forme de globules, on devrait
briser le col dè la cornue en plusieurs fragmens y et
verser sur l’intérieur de chacun de ces fragmens de
l’acide nitrique parfaitement pur, et à vingt-quatre de¬
grés environ de l’aréomètre de Baumé : cet acide dis¬
soudrait le mercure, et le transformerait' en proto¬
nitrate qui: précipite en noir par l’ammoniaque , par la
potasse et par l’ hydrosulfate de potasse, en' rougé-
orangé par le chromate de potasse , et en blanc par
qu’il ix’a point fourni la preuve de l’existence du sublimé;
celui-ci ne peut- il pas y être tenu en dissolution avec quel¬
ques autres substances du médicament qui le masquent ? Nous
conseillons avec raison de ne procédèr à l’évaporatian qu’a-
près avoir ajouté de la potasse; en effet, le sublimé corrosif
dissous dans l’eau se volatilise en partie avec ceUe-ci , lors¬
qu’on évapore ; il importe donc d’ajouter un corps qui, ende
décomposant , le fixe.
{6g)
l’acide hydrochlorique. ( Protonitrate de mer¬
cure §45.)
Mais est-il permis de conclure que le médicament
sur lequel on fait dés recherches , contient du subhmé
corrosif , parce qu’ayant été soumis à l’expérience
dont nous parlons il a fourni du mercure métallique?
Non, certes, cette expérience prouve seulement qu’il
renferme une préparation mercurielle, et le médecin
peut affirmer que les accidens ont été produits par
un composé de ce genre.
5° Sublimé corros^ combiné avides alimens liquides
ou solides qui en ont opéré la décomposition. Si le sublimé
corçosif , par son mélange avec des liquides végétaux
ou animaux , a été entièrement décomposé , il ne se
retrouve plus dans la liqueur, il a été. transformé en
protochlorure de mercure ( calomélas ou mercure
doux), lequel s’est uni avec les matières végétales ou
.aninaales, et a formé un produit qui, étant desséché
sur un filtre, est sous la forme de petits fragmens très-
durs, cassans , faciles à pulvériser , inaltérables à l’air et
insolubles dans l’eau : c’est dans ce produit qu’il faut
chercher à démontrer la présence du mercure métal¬
lique; les recherches faites sur le liquide qui le surnage
seraient infructueuses. On rassemblera donc les por¬
tions solides qui feront partie des matières vomies , ou
de celles que l’on trouvera dans le canal digestif après
la mort de l’individu; on les exprimera dans un linge
fin , et, après les avoir desséchées, on les mêlera, avec
. de la potasse pure pour les calciner dans une cornue de
verre , comme il a été dit page 67.
. 6° Suborné corrosif décomposé par nos organes ^ et
( 70 )
intimement eemhiné avec lés tissus du canal digest^. Si
les expériences que l’on a tentées avec les matières vo»
mies, ou avec celles qiii se trouvent dans le canal diges- ^
tif après la mort , ont été insuffisantes pour découvrir
le poison, il faut nécessairement le rechercher dans
nos tissus. Voici un fait qui prouve combien l’ examen
de ces tissus peut être utile dans certains cas d’empoi¬
sonnement par le sublimé : que l’on plonge une por¬
tion d’intestin dans une dissolution de sublimé cor¬
rosif ; au bout de trois jours , une grande partie dû su¬
blimé sera décomposée , transformée en protochlorure
de mercure qui sera intimement combiné avec l’intes¬
tin : si, après avoir fait bouillir celui-ci avec de l’eau
distillée pour le débarrasser du sublimé non décomposé
qui était à sa surface , on le ehauffo-dans une petite
cornue avec de la potasse, on obtiendra üne infinité
de globules de mercure. Cette expérience à laquelle
nous aurions pu en substituer d’autres non moins dé¬
monstratives, prescrit au médecin le devoir d’analiser
les portions du canal digestif sur lesquelles le poison
paraît avoir agi de préférence : pour cela , on dessèche
les matières, on les mêle avec un peu de potasse, et on
les calcine dans une cornue , comme il a été dit page 67:
la présence du mercure métallique atteste jusqu’à l’évi¬
dence l’existence d’une préparation mercurielle.
Avant de quitter ce sujet, nous devons examiner un
cas important qui peut se présenter : un individu , ma¬
lade depuis long temps et habituellement constipé ,
prend , dans le dessein de se purger, quelques grains de
calomélas (protochlorure de mercure), il meurt trois ou
quatre heures après 5 on soupçonne qu’il a été empoi-
( 7ï ) _ .
sonné. Le médecin est reqnis pour faire l’ouverture du
corps ; il trouve le canal digestif enflammé; il fait l’ana-
lise des liquides , qui ne lui apprend rien sur là véri¬
table cause de la mort; il examine les solides, commè
nous l’avons conseillé, et il découvre à la fin dé l’expé¬
rience du mercure métallique; tout le porté à croire
qu’il y a eu einpoisonnèment. Ceftè opinion est pour¬
tant erronée dans le cas dont nous nous occupons;
car la rougeur du canal digestif tient à une phlegmàsië
chronique dont lé malade était tourmenté depuis long¬
temps ; le mercure métallique provient de la petite dosé
de calomélas qu’il avait prise, èt qui certes ne pèut pâs
avoir occasioné l’empoisonnêment.
Nous croyons pouvoir indiquer les moyens propres
à éviter des méprises de ce genre. Il faut savoir : i» qiVé
le calomélas que l’on a introduit dans le cân'ai digestif
peut bien se retrouver après là mort, màis qu’alors il
est le plus ordinairement âppiiqué sur lès tissüs sotis
forme d’une poudre blanchâtre , qué l’on peut ehieVèr
en ratissant les membranes , parce qu’il ne sè êombihê
pas avec elles ; én outre qu’il est insolubie dans l’eaii,
et que lorsqu’on le met en contact àVec dé l’eau de
chaux à la température ordinaire j il acquiert une cou¬
leur noire, l’oxyde de mercure étant mis à nu (i); d’ail¬
leurs il conserve toutés sés propriétés physiques. Si
(i) Théorie. L eau se décompose, son hydrogène s’unit
avec lé chlore du calomélas, forme de l’acide hydrochlorique
qui passe à l’état d’hydro chlorate de chaux, tandis que l’oxy¬
gène de l’eaii se combine avec le mercure, et donné nais¬
sance à un produit noir, composé de mercure ét de deUtoxyde
(7^)
par-hasard il était intimement mêlé avec les substances
alimentaires solides contenues dans le canal digestif , il
suffirait de diviser celles-ci dans 1 eau ; alors le c^lomélas,
d’une pesanteur spécifique trè-3-considérable , gagnerait
le. fond du vase, tandis que les autres matières tarde¬
raient beaucoup plus à se précipiter. 2^ Que le calomé-
las qui résulte de la décomposition du sublimé corrosif,
par les substances végétales ou animales, -et dont la,
présence suffit pour prononcer qu’il y a eu empoison¬
nement, n’est jamais appliqué sous forme de poudre
sur les membranes du canal digestif ; qu’il ne se pré¬
sente jamais avec ses propriétés physiques, parce qu’il
est intimement combiné avec ses substances qui ont
déterminé sa formation en décomposant le sublimé;
enfin, que si l’on verse de l’eau de chaux sur les ma¬
tières qui sont ainsi combinées avec le mercure doux ,
on ne remarque aucun changement de couleur. Indé¬
pendamment de ces données , qui sont immédiatement
fournies par l’expérience, le médecin peut apprendrfe
que le malade avait pris du mercure doux ; ce qui doit
nécessairement contribuer à rectifier le jugement qu’il
avait porté d’abord.
Symptômes de F empoîsonnenient déterminé par le su¬
blimé, corrosif. (^F'oy.%
38. Lésions de tissu développées par ce poison. Elles
sont plus ou moins semblables à celles que produisent
les autres irritans {poy. § 6) ; en sorte qu’il est impos¬
sible , comme l’avait prétendu Sallin, de distinguer,
de mercure , que l’on a regardé pendant long-temps comme
du protoxyde de ce métal.
à l’aspect des altérations cadavériques , si 1 empoison¬
nement a eu lieu par cette substance. Toutefois , nous
devons remarquer qu’il arrive , dans certaines circons¬
tances , que les tissus sur lesquels le sublimé corrosif a'
été appliqué sont d’une couleur grise-blanc^âtre : ce
caractère, que nous n’avons jamais vu présenter à aucun
autre poison, est d’autant plus marqué, que la quantité
de sublimé corrosif qui reste dans le canal digestif apres
la mort de l’individu est plus grande. Quelquefois aussi'
la membrane interne du cœur-est enflammée, et on y
remarque çà et là des taches brunes-noires.
3q. Action du sublimé corrosif sur F économie animcde.
Il doit être considéré comme un poison très-énergique ,
qui détermine la mort en très-peu de temps , soit qu’on
l’injecte dan, s les veines ou qu’on l’introduise dans le
canal digestif, soit qu’on l’applique sur le tissu lami-
neux sous -cutané de la partie interne de la cuisse :
son action est beaucoup moins intense lorsqu’on le
met en contact avec le tissu cellulaire du dos. Les ac-
cidens qu’il détermine lorsqu’il est appliqué à l’exté¬
rieur du corps, nous paraissent dépendre de son ab¬
sorption et de son action sur le coeur et sur le canal
digestif : en effet, le premier de ces oi’ganes est alors
souvent le siège d’une inflammation plus ou moins
étendue ; il en est de niême des portions de la mem¬
brane muqueuse de l’extrémité pylorique de l’estomac
et du rectum. Nous pensons également que les symp¬
tômes qu’il occasionne, lorsqu’il est introduit dans le
canal digestif, sont le résultat de l’inflammation de cer
organe et de la lésion sympathique du cerveau et du
système nerveux.
(. 74 ) <
4^. Action âu sublimé corrosif introduit dans le canal
âigesty^ âpres là mort de Undividu. Appliqué sous
forme de poudre sur le rectum d’un individu quirvient
d’ expirer , et laisse pendant vingt-quatre beures sur cet
intestin, le sublimé corrosif détermine les altérations
suivantes ; la portion de la membrane muqueuse qui a
été €9a contaiÆ avec lui est rugueuse comme granuleuse^
légèrement durcie, et dun blanc d’albâtre ; elle offre
èà et là des plis d’un rose clair , semblables , par leur
disposition , à des ramifications veineuses; il suffit d’ér
tendre cette membrane sur la main pour en faire dis¬
paraître les rugosités et la rendre lisse ; la tunique
rausculeuse correspondante à la portion de la membranè
muqueuse dont nous parlons est blanche comme dé la
neige; il en est de même de la tunique séréuse, qui
en outre présente une opacité et un épaississement
remarquables; les vaisseaux du raésorectum sont sen«
siblement injectés ; la portion de rintèstin rectum qui
n’a pas été en contact avec le poison est dans Vétat
naturel.
On observe des phénomènes analogues , lorsque le
sublimé corrosif, réduit en poudre fine, a été appliqué
sur le rectum une heure et demie après la mort de
l’individu , et qu’il a été laissé en contact avec cet intes¬
tin pendant quatre jours. Il en est à peu près de même
lorsqu’on injecte dans le rectum, trois quarts d’heuré
après la mort d’un individu, deux ou trois onces d’une
dissolution concentrée de sublimé corrosif, qu’on laissé
■agir pendant vingt-quatre heures.
Dans le cas où le sublimé corrosif pulvérulent n’est
appliqué sur le rectum que vingt-quatre heures apr ès
(75).
la mort de l’individu, on voit , si on ouvre le cadavre
le lendemain , que les membranes musculeuse et séreuse
sont devenues épaisses , dures et très-blanches dans la
portion d’intestin touchée par le poison; la tunique mu¬
queuse est tapissée par une matière grisâtre, mêlée de
points blancs et formée de protochlorure de mercure
et de sublimé corrosif. Il est impossible de découvrir
la moindre injection des vaisseaux sanguins , ni aucune
zone rose ou d’un rouge clair.
4 1 • Ces faits nous permettent de tirer une conclusion
importante pour la médecine légale, savoir : qu’il est
extrêmement facile de distinguer si les altérations de
tissu produites par le sublimé corrosif sont le résultat
de l’action qu’il a exercée pendant la vie ou après la
mort dun individu; en effet, indépendamment des,
caractères propres à chacüne de ces lésions , on re¬
marque, lorsque le poison aété introduit après là mort,
que raltération dés tissus ne s’étend qu’un peu aü delà
de la portion d’intestin qui a été én contact avec le
poison; ce qui n’arrive point dans le cas contraire, car
alors l’inflammation déterminée par le sublimé corrosif
est beaucoup plus intense, et décroît insensiblement à
mesure que l’on s’éloigne du point le plus enflammé,
en sorte quil ny ^ jamais une ligne de dérriatcdtion
parfaitement tracée entre les parties affectées et celles ’
qui ne le sont point. En outre, lorsque le poison a été
introduit après la mort , et sous forme de poudre , on
le retrouve , en assez grande quantité , à peu de distance
de 1 anus ; tandis qu’il en existe à peine s’il a été injecté
pendant la vie, la majeuré partie ayant été expulsée par
lés selles qu’il détermine.
(76)
IS'EUVIÊME LEÇON.
Du Deutooçjde de mercure (précipité rouge, précipité
perse').
Comment peut -on reconnaître que rempoisonne-
ment a eu lieu par le deutoxyde de mercure ?
42. Le deutoxyde de mercure est solide, rouge; queL
quefois cependant il est jaune: alors il contient de l’eau.
Il est insoluble dans l’eau, soluble dans l’acide bydro-
cblorique , qui le transforme en bydrochlorate de deu¬
toxyde de mercure , dont il offre par conséquent toutes
les propriétés (2;. § Sy .-Dissolution aqueuse concen¬
trée du sublimé ). Chauffé dans un tube de verre , il
se décompose en oxygène et en mercure métallique.
Lorsqu’on le triture avec une dissolution de potasse à
l’alcohol, il ne se forme point de sulfate de potasse,
parce qu’il ne contient ^point d’acide sulfurique : ce
caractère peut servir à le distinguer du turbith minéral
( sous-deutosulfate de mercure. ) '
Symptômes et lésions de tissu déterminés par le deu¬
toxyde de mercure. Ils diffèrent à peine de ceux que,
produit le Sublimé corrosif; le deutoxyde de mercure
est cependant moins vénéneux.
Du Protoxyde de mercure.
Comment peut -on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le protoxyde de mercure?
43 . Le protoxyde de mercure n’existe que dans lés sels
de mercure au minimum ; néanmoins on a donné ce nom
au produit noirâtre composé de mercure et de deuto-
( 77. ) ■
xyde, que l’on obtient lorsqu’on précipite tin protosel de
mercure par un alcab.Nous allons exposer les caractères
de ce produit : i® il est noirâtre ; 2® chauffé dans un
petit tube, il se décompose et fournit de l’oxygène
et du mercure métallique ; 3° l’acide hydrochlorique
le transforme en une poudre blanche insoluble dans
i’eaü, qui n’est autre chose que du calomélas; 4° d
se dissout à froid dans l’acide nitrique pur et af¬
faibli , et forme du protonitrate , dont nous expo¬
serons les propriétés. Il agit sur l’économie animale
comme le précédent.
Du Sulfure de mercure ( cinnabre ).
Comment peut -on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le cinnabre?
44- be cinnabre est solide, d’un beau violet lorsqu il
est en fragmens, et d’un beau rou^e s’il est pulvérisé;
dans ce cas, il porte le nom de vermillon.il est insoluble
dans l’eau. Si, après l’avoir réduit en poudré, on le mêle
avec de la potasse à l’alcobol a l’étât solide , èt qu’on le
chauffe dans un tube de verre étroit et long de ^5 à 28
centimètres, on le décompose, et l’on obtient du mer¬
cure métallique , qui vient se condenser à la partie
moyenne du tube, et du sulfure de potasse, qui reste
au fond de cet instrument. i^ Voy. % 23 pour les pro¬
priétés du sulfure de potasse. )
Il agit sur l’économie animale à peu près comme le
sublimé corrosif , mais avec beaucoup moins d’é¬
nergie.
Sulfate et nitrate de mercure.
■ Co-minent petit - on; reconnaître que 1 eiiipoisonne- ^
trient a eu lieu par ces differens sels?
45. Sels formes par le protoxyde de mercuro. ProtonU
trate. II est pulTérulent ou cristallisé , blanc; sa saveur
est âcre styptique ; il rougit \infusum de tournesol;
mis sur les charbons ardens , il fond dans son eau de
cristallisatiou^ puis se; décompose et laisse dégager des
vapeurs de gaz acide nitreux d une odeur caractéristique
et d’une couleur jaune-orangée;, traité par leau ,.il se
transforme en nitrate très-acide, soluble, incolore ( eau
mercurielle , remède du capucin , du duc d’Antin ) ,
et en sous-nitrate pulvérulent. La dissolution fournit ,
par la potasse , la soude et l’ammoniaque,, un précipité
noir, qui hest autre chose que le produit dont nous
avons parlé §. 43 ; l’aeide chromique et les chromâtes
le transfoi’ment eu chromate de mercure orangé-rou^
geâtre, insoluble dans l’eau ; l’acide hydrochloriqué ÿ
fait naître Un précipité blanc de protochlorure de
mercure ( calomélas ) ; d!où il suit que l’hydrogène de
lacide se combine avec l’oxygène, du protoxyde de mer¬
cure pour former de l’eau , tandis que le mercure mis
à mv, s’unit , au chlore.
. ProtosuLfate de mercure. Il est blanc , pulvérulent
et légèrement soluble dans l’eau bouillante : sa dissolu¬
tion! fournit les mêmes précipités que celle du pro¬
tonitrate, lorsqu’on la traite par les alcalis, l’acide
chromique les chromâtes , et l’acide hydrochloriqué.
Si l’on verse de l’eau de baryte dans la dissolution
dont nous parlons, il se forme un précipité olive-c/a/r.
( 79 )
composé de sulfate de baryte blanc et de protoxyde
- de mercure noir : si on traite le, précipité: par l’acide
nitrique pur, le protoxyde de niercure seul est dissous,
et le sulfate de baryte paraît avec la couleur blanche qui
lui est propre.
46. Sels formés par le deutoxjde de mercure. Deuto-
nitrate.West sous la forme d’aiguilles blanches'ou jau¬
nâtres, douées d’ime saveur âcfe etrougissantl’f^^^MW,
de tournesol. Lorsqu’on le met sur les. charbons ardeus,
il se décompose et laisse dégager des vapeurs -de
acide nitreux, d’uneodeur caractéristique et dmne. cou¬
leur jaune-orangée : si on le chauffe, dans h», matras, il
se décompose et laisse du deutoxyde rouge, (précipite,
rouge ) ; mis dans l’eau distillée bouillante., il est. dé¬
composé et transformé eu deutonitrate acide, soluble j
et en turhith, nitreux jaune, ( sous - deutonitrate. inso¬
luble.)' deutonitrate. acide:,, dissous, .se comporte avec
la potasse,, l’eau de chaux.,. rammoniaque.>; et les hy-
drosulfates,. comme la dissolution aqueuse de subHméi
( bis.}: Le tiirbith. nitreux être reconnu aux
caractères suivans ; il e.st solide,, pulvérulent, jaune,
ou d’un jaune verdâtre; mis sur les charbons ardens ,
il se décompose, , passe à l’état de. deutoxyde rouge et
fournit des vapeurs de, gax acide nitreux d’unu odeur
caractéristique et dune couleur orangé ; chauffé jus¬
qu’au rouge dans un tube, de verre étroit-^ il, fournit
des globules de, mercure : il noircit lorsqu’on le.m^e
avec un hydrosulfate soluble;.
^ Deumufate-^de^mercMm. Il est solide:, acide., blanc,
déliquescent, et susceptible d’être décomposé par l’eau
en, deutosulfate très-acide soluble , et en sous-deuto-
, ( 8o )
sulfate insoluble, jaune (turbith minéral). Caractères
du deutosulfate très-acide soluble. Il est liquide, inco-'
Ibre, doué dune saveur âcre caustique; il rougit for-
tement l’eau de tournesol; il précipite par la potasse
l’eau de chaux, l’ammoniaque et l’hydrosulfate de po¬
tasse, comme le sublimé corrosif dissous (-y. S ^7 bis).
Mis en contact avec l’eau de baryte , il fait naître un
précipité jaune-serin-clair, composé de sulfate de ba¬
ryte blanc et de deutoxyde de mercure jaune ; lorsqu’on
traite ce précipité par l’acide hydrochlorique pur , le
deutoxyde est dissous , et il reste du sulfate de baryte
blanc. Caractères du turbith minéral ( sous-deutosul-
fate de mercure ). Il est pulvérulent , jaune et insoluble
dans l’eau ; chauffé jusqu’au rouge dans un tube de
verre étroit et long de vingt-cinq à vingt -huit centi¬
mètres , il se décompose , et fournit, entre autres pro¬
duits, du mercure métallique ; traité par l’acide nitrique
pur , il se forme , aux dépens de l’excès de deutoxyde ,
du deutonitrate de mercure, facile à reconnaître
(îjqfez page 79); enfin, lorsqu’on agite, pendant
quelques minutes , le turbith minéral avec une disse- ,
lution de potasse à l’alcohol ( ne contenant point de sul¬
fate), on obtient du deutoxyde de mercure jaune et
du sulfate de potasse : donc , le turbith minéral con¬
tient de l’acide sulfurique.- On reconnaît aisément
qu’il s’est formé du sulfate de potasse , en filtrant la
liqueur et en la mêlant avec de l’hydrochlorate de
baryte : on obtient sur-le-champ un précipité blanc
de sulfate de baryte , insoluble dans l’eau et dans l’a¬
cide nitrique.
Les divers sels de mercure dont nous venons de par-
l«r exercent sur l’économie animale uile action sem¬
blable à celle du sublimé corrosif.
DIXIÈME LEÇOX.
§ II. — -Des préparations {l'étain
Les préparations d’étain dont il nous importe de faire
l’histoire sont les oxydes et les hydrocblorates.
Des Oxydes d'étain.
Gomment peut - on reconnaître que l’empoisonne-
nement a eu lieu par les oxydes d’étain?
47. Il existe deux oxydes d’étain. Ils sont solides,
blancs; le protoxyde est d’un gris noirâtre lorsqu’il a été
desséché. Chauffés jusqu au rouge dans un creuset avec
du charbon , ils sont décomposés , perdent leur oxy¬
gène, qui transforme le charbon en gaz acide carbo¬
nique, ou en gaz oxyde de carbone, et l’étain est mis
à nu (i). Ils se dissolvent dans l'acide hydrochloriquè
à l’aide de la chaleur, et forment des hydro chlorates
solubles qui jouissent de propriétés différentes {y>oy.
plus bas). Lorsqu’on fait bouillir le protoxyde d’etàin
avec l’acide nitrique, celui-ci est décomposé; il cède
(i) L’étain, offre une couleur semblable à celle de l’argent;
il est malléable, et fait entendre , lorsqu’on le plie en différens
sens, un craquement particulier que l’on a appelé le cri de
l’étain. Il est très-fusible. Si on le fait bouillir avec de l’acide
nitrique , il se transforme en deutoxyde blanc , insoluble dans
cet acide , soluble dans l’acide bydrocblorique. {Voy. les Pro¬
priétés du deutobydrocblorate d’étain. )
6
■ ( 82 ) .
une portion de son oxygène à l’oxyde, qui passe à l’état
de deutoxy de insoluble dans l’acide nitrique, et il se dé¬
gage du gaz oxyde d’azote (gaz nitreux). Le deutoxjde
d’étain , traité par le même agent , n’éprouve aucune
altéra,tion et n’en fait éprouver aucune à l’acide.
Symptômes de V empoisonnement par les oxydes d’é-
tairi ^lésions de tissu développées par ces poisons. {Voyé
S 35 et § 6v)
De V hydrochlorate d^ étain.
Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’hydrocblorate d’étain ?
48, Il existe deux hydrochlorates d’étain. Protohy-
drochtorate étain pur. Il est solide , d’un blanc jau¬
nâtre , d’une saveur styptiquej il rougit l’eau de tour¬
nesol ; il se volatilise et répand une fumée blanche
épaisse lorsqu’on le met sur les charbons ardens; il est
entièrement soluble dans l’eau distillée. La dissolution
est transparente, incolore, et douée d’une grande affi¬
nité pour l’oxygène; aussi enlève-t-elle ce principe à
plusieurs des corps qui en contiennent : l’acide sulfu¬
reux liquide cède son oxygène au protoxyde d’étain, et
le soufre, mis à nu , se précipite ; l’air atmosphérique
transforme le protoxyde de l’hydrochlorate en deuto-
xyde, et il se forme du sous-deutohydrochlorate blanc
insoluble ; rhydroçhlorate d’pr est également décom¬
posé par ce sel ; l’oxygène de l’oxyde d’or se porte sur
le protoxyde d’étain, le fait passer à l’état de deutoxy de,
qui se combine avec l’or métallique et fournit un com¬
posé pourpre insoluble; les hydrosulfates précipitent
la dissolution dont nous parlons en chocolat : le pré-
(.83)
cipîté est de l’hydrosulfaîe d’étain ; l’hydrocyanate de
potasse et de fer ( pmssiate ), versé dans la solmion de
protohydrochlorate d’étain, y fait naître un précipité
blanc légèrem^t jàitriâtaré. Le nilrate d’argent lé |»ré-
éipite en blanc.
Deutohydroehlorate d’étain. Il ésl solide , cristallisé
en aiguillés blahcbes , douées d’une saveur styptique
et déliquescente ; l’acidè sulfurique le décompose et en
dégage dés vapeurs blanobes d’acide hydrochiorïqtte.
Lorsqu’on le dessèche et qu’oii le calcine dans un <a’eü-
sét avec de la potasse et du charbon, il est décomposé
et fournit de l’étain métallique et du chlorure de po^
tassium : il en est de même du protohydrbchlorate
d’étain , dont nous venons de faire l’histôire. Il se dis¬
sout dans l’eau; la dissolution est incolore, trà^nspa-
rente et rougit Xir^usum de totimésol; elle n’éprouve
aucune altération de la part de l’air, ni de l’acide sul¬
fureux, ni de l’hydrochlorate d’or : les hydrosulfates la
précipitent en jaune; le nitrate d’argent y fait naître
un précipité blanc. /
S&l d ctain du conzm£Tc&. Le sel d etain du comihérce
est composé de beaucoup de protohydrochlorate d’é¬
tain et d’une certaine quantité de sous-deutohydro-
chlorate du même métal ; il contient en outre un sel
ferrugineux. Ses propriétés physiques diffèrent à peine
de celles du protohydrochlorate pur. Il n’est pas entière¬
ment dissous par 1 eau distillée, à cause du sous-deuto-
hydrochlorate détain insoluble qu’il renferme : du
reste , sa dissolution agit comme eelle du protohydro¬
chlorate sur Facide sulfureux, sûr Fair, sur l’hydro-
chlorate d’or et surfe nitrate d’argent. Les hydrosul-
( 84 ) . -
fâtes la précipitent en noir, et le prnssiate de potasse
en blanc , qui ne tarde pas à passer au bleu : ces plié»
nomènes dépendent de la présence du sel ferrugineux
dont nous ayons parle. Traité par Un mélange de po¬
tasse et de charbon , le sel dont il s’agit se comporte
conime les précédons.
Sels, d’étain mêlés avec des liquides végétaux et ani¬
maux, des liquides végétaux et animaux dé¬
composent lès sels d’étain et les transforment en une
matière insoluble ; aussi est-il très-rare de trouver des
mélanges semblables à ceux que nous supposons : néan¬
moins ce cas pourrait se présenter , et nous avons du lé
prévoir. On traite les liquides par les réactifs que nous
avons conseillé de mettre en usage en parlant des sels
li’étain dissous dans l’eau; s’ils fournissent les mêmes -
précipités , on conclut à l’existence de ces sels ; dans le
cas contraire, si. le liquide est coloré, on le décolore
en y ajoutant une suffisante quantité de chlore concen¬
tré; on laisse déposer le précipité qui se forme , et on
filtre. Le deutohydrochlorate d’étain qui pouvait faire
partie du. mélange coloré, n’ayant subi aucune altération
de la part du chloré, peut être décelé par les réactifs
comme s il était seul; mais il n’en est pas de même du
protohydrochlorate ; le mélange de celui-ci avec le vin
exige , pour être décoloré , six fois autant decblore qu’il
en faut pour détruire la couleur du vin mêlé avec les
autres poisons : or cette quantité de chlore est_ plus que
suffisante pour transformer le protohydrochloràte en
deutohydrochlorate d’étain , et surtout pour: affaiblir
la liqueur , au point de ne plus rendre la présence du
«el sensible aux réactifs; en sorte qu’on ne parviendrai)^
pas à reconnaître le deutohydrochlorate d’étain dans ce
mélange, si, après l’aToir traité par le chlore, on ne le
réduisait pas au douzième ou au quinzième de son vo¬
lume en le faisant évaporer.
Si le médecin, chargé de faire ces. expériences , ne
pouvait point sé procurer du chlore, ou que la couleur
du liquide fut de nature à ne, pas pouvoir être com¬
plètement détruite par cet agent, il faudrait ajouter de
la potasse pure au mélange suspect , le faire évaporer ,
et lorsqu’il serait desséché, le calciner avec du charbon .
Si on obtenait de l’étain métallique , on Conclurait que
le liquide renferme une préparation de ce métal.
Sels jïétam décomposés par des matières végétales et .
unimales. Le protohydrochlorate d’étain est rapidement
décomposé et transformé en une matière insoluble par
le lait , la gélatine-, l’albumine , la bile, le Ihé, la
noix de galle, etc.; en sorte qu’il est difficile de sup¬
poser qu’il ait été introduit dans l’estomac sans avoir
subi cette décomposition : dans ce cas , il faut chercher
à démontrer la présence de l’étain métallique dans les
matières solides ou dans les tissus du canal digestif. Après
les avoir desséchés, on les-calcinera dans un creuset
avec de la potasse et du charbon : la présence de l’étain
métallique révivifié ne laissera plus de doute sur l’exis^
tence d’une préparation d’étain.
Symptômes de V empoisonnement par les sels d’étain ;
lésions de tissu déterminées par ces poisons, {Foy. § 35
et S 6.)
ONZIÈME LEÇON.
§ ni. — Des Préparations arsénicales.
Les prépaàrations dont nous devons nous occuper
dans cet atrtiele sont , Loxyde blanc d’arsenic ( acide
arsénieux), l’oxyde noir d’arsenic et la poudre aux
mouches , les sulfures^d^irsenic jaune et rouge, le- eaus^
tique arsenical du frère Gosnae et la poudre de Eousse-
dot, l’acide arsénique, les arséniates et les composés
d’oxyde blanc d’arsenic et d-üne base salifiable.
De V Oxyde blanc d’arsenw (acide arsénieux.)
Gomment peut- on reconnaître, que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’oxyde blanc d’arsenic ?
4q. La solution de ce problème ne saurait être
donnée d’une manière complète, ^nst examiner les
moyens de reconnaître l’oxyde blanc d’arsenic : â
l’état solide, 2®; dissous dans l’eau, . 3® dissous dans
l’eaii et mêlé avec des liquides .qui ne Font point dé¬
composé, 4® à l’état pulvérulent mêle à des corps so¬
lides , 5*» combiné avec diverses substances solides ,
6^ faisant partie dtela matière des vomissemens, des li¬
quides ou des solides contenus dans le canal digestif ,
des tissus qui composent ce canal.
jo Oxyde blanc d’arsenic a î état solide. Cet oxyde,
généralement désigné par le vulgaire sous le nom éé ar¬
senic , se trouve dans le commerce sous la forme d’une
-poudre blanche, que l’on a quelquefois confondue avec
le sucre , ou de masses blanches , opaques à l’extérieur,
jaunes, transparentes et comme vitrifiées à l’intérieur.
(87)
Il est inodore, et doué d’une saveur âcre corrosive.
Sa pesanteur spécifique est de 5,ooo, celle de l’eau
étant prise pour l’unité.
Chauffé jusqu’au rouge sur une plaque de fer ou de
cuivre, l’oxyde d’arseniepulvérisé se volatilise et four¬
nit une vapeur blanche, épaisse, odeur alliacée;
pn observe le même phénomène lorsqu’on projette cet
oxyde sur des charbons incandescens : la vapeur formée,
mise en contact avec une lame de cuivré décapée , se
condense, et l’oxyde solidifié s’attache à la surface de
lalame^ sous forme d’une couche dé lui très-beau blanc, et
non pas d’un blanc noirâtre, comme on l’a indiqué
mal à propos dans plusieurs traités de médecine légale.
Lorsqu’on fait bouillir, pendant huit ou dix minutes
l’oxyde blanc; d’arsenic pulvérisé et de l’acide hydro-
chlorique pur, on obtient de l’hydrochlorate soluble
d’une couleur jaune : à mesure que la liqueur se refroi¬
dit , il se dépose une assez grande quantité d’oxyde :
si on filtre la dissolution lorsque le refroidissement est
complet , on/ voit quelle précipite fortement par
l’eau , le précipité est de l’oxyde blanc soluble dans un
excès d’eau ; a» que l’hydrocyanate de potasse et de
fer (prussiate de potasse) y fait naître un précipité so¬
luble dans! eau, d’un bleu célestCj si on agite la liqueur,
tandis quil est blanc mêlé de quelques points couleur
de ciel , et d’autres d’un léger rose , si la liqueur n’a
pas été agitée. On s’est trompé en annonçant que ce
précipité était mélangé de vert et de jaune.
Lorsqu on introduit dans un tube dé verre étroit ,
long de vingt-cinq à vingt-huit centimètres , quelques
grains d’un mélange pulvérulent de parties égales en
(88)
volume de charbon, de potasse desséchée ( sous-car¬
bonate de potasse ) et d’oxyde blanc d’arsenic, et que
l’on chauffé graduellement jusqu’à faire rougir le fond
du tube, on obtient de X arsenic métallique qui se vo¬
latilise et vient se condenser sur les parois du tube ( à
quelques centimètres dè son fond): dans cette expé¬
rience, la potasse commence par se combiner avec
l’oxyde d’arseiiie, et l’empêché dé sé volatiliser ; alors
le charbon s’empare de son Oxygène , aveu lequel il
forme de l’acide carbonique, et l’arsenic métallique
est mis à nu :il importe, pour éviter qu’une portion
d’arsenic ne se dissipe dans l’atmosphère , de tirer
l’extrémité supérieure du tube à la~ lampe, après y
avoir introduit le mélange. L’expérience prouve qu’il
est possible de découvrir l’inciustation métallique ,
lors même qu’on n’a employé qu’un huitième de grain
d’oxyde blanc d’arsenic. On reconnaîtra que le mé^
tal obtenu par sublimation est de l’arsenic , aux ca¬
ractères suivans:^, il est soli«^, d’un gris d’acier,
brillant, très - firagile 5 5 , chauffé avec le contact
de l’air, il passe à l’état d’oxyde blanc , se volatilise
et répand des vapeurs blanches d’une odeur alliacée;
C, si on le fait bouillir, pendant trente ou quarante
minutes , avec de l’acide nitrique , il se transforme
en une poudre blanche, composée, suivant M. Am¬
père, d’oxyde blanc d’arsenic et d’acide arsénique;
d’où ü suit que racide nitrique a cédé de l’oxygène ;
Z>, si , après l’avoir réduit en poudre, on le met en con¬
tact avec du deütosulfate de cuivre ammoniacal étendu
d’eau (liquide bleu) , et qu’on expose le rnélange à l’air,
on finit par obtenir un précipité d’un très-beau vert ,
( 89 )
composé d’oxyde blanc d’arsenic et de deutoxydé
de cuivre ; ce qui prouve que l’arsenic métallique ab¬
sorbe assez d’oxygène à l’air contenu" dans l’eau pour
passer à l’état d’oxyde blanc, lequel décomposé le deu-
tosulfate de cuivre ammoniacal , en s’emparant du
deutoxyde de cuivre. Si l’arsenic sublimé était en trop
petite quantité pour pouvoir être détaché du tube et
que la surface interne de celui-ci fût simplement recou¬
verte d’une légère couche terne grisâtre , il faudrait
rassembler les fragmens de verre enduits de cette pous¬
sière, et les mettre en contact avec le sulfate de cuivre
ammoniacal. .
L’oxyde blanc d’arsenic est légèrement soluble dans
l’eau : suivant Klaproth , mille parties de ce liquide
bouillant peuvent en dissoudre soixanterdix-sept par¬
ties et un quart ; si on laisse refroidir là liqueur, il se dé¬
pose assez d’oxyde pour que mille parties d’eau n’en re¬
tiennent que trente parties , après le refroidissement;
cette dissolution jouit d’un certain nombre de pro¬
priétés caractéristiques dont nous allons parler, et qui,
étant réunies aux précédentes , ne permettent point de
confondre l’oxyde blanc d’arsenic avec aucun autre
corps.:,
4g bis. 2® Oxyde blanc d’arserdc dissous dans Veau.
Cette dissolution est incolore, inodore et douée d’une sa¬
veur âcre. ji. Elle précipite l’eau de chaux en blanc ;
ce précipite, quin’est jamais noir, malgré l’assertion de
plusieurs auteurs de médecine légale, est composé
d oxide blanc d’arsenic et de chaux; il est soluble dans
un excès de dissolution aqueuse d’oxyde. B. Mêlée
avec l’acide hydrosulfurique gazeux , ou dissous dans
( 9» ).
l’eau-, elle détermine la formation d’nn sulfure d’arse¬
nic jaune-doré qui se précipite {vojrez les propriétés
de ce sulfure § 54); d’où il suit que l’hydrogène de
l’acide hydrosulfurique, s’est, emparé de l’oxygène de
l’oxyde d’arsenic , et que le soufre de Tacide s’est com¬
biné avec l’arsenic de l’oxyde: ce. réactif est assez sen¬
sible pour découvrir l’oxyde d’arsenic dans une disso¬
lution qui n’en renferme qu’un cent millième. C. Si ,
au lieu d’acide hydrosulfurique , on emploie les hydro-
sulfates de potasse , de soude, etc., on n’obtient point
de précipité , à moins, qu’on n’ajoute au mélange quel¬
ques gouttes d’acide nitrique , hydrochlorique , suifu^
ri que, etc. ; car alors il se précipite du siüfure jaune :
ce phénomène dépend de ce que l’oxyde blanc d’arse¬
nic a fort peu d’affinité pour la potasse, la soude , etc. ,
et qu’il ne peut enlever ces bases à l’acide hydrosulfü-
rique: aussitôt que l’on emploie un acide fort, celui-ci
décompose l’hydrosulfate, s’empare de la base, et met
l’acide hydrosulfurique à nu, qui agit sur l’oxyde blanc
comme nous venons de le dire ( B ), D. Il suffit de ver¬
ser quelques gouttes de la •dissolution d’oxyde d’ar¬
senic dans le deutosulfiite de cuivre ammoniacal (mé¬
lange de deutosulfate de cuivre et d’un excès d’am¬
moniaque), pour obtenir un précipité vert dont la
nuance varie suivant la quantité du réactif employé ;
ce préeipîté j qurne se formerait pas si le deutosulfate de
cuivre ammoniacal était très-concentré, est- composé
d’oxyde blanc d’arsenic et de deutoxyde de cuivre;
d où il suit quul ne reste dans la dissolution que du
sulfate d’ ammoniaque. Aucun des- réactifs employés
pour démontrer la présence de l’oxyde blanc d’arsenic
( 9î ) -
dissous dans l’eau, n’est aussi efficace que le sulfate de
cuivre ammoniacal ; en effet, il peut servir à décou¬
vrir cet oxyde dans une dissolution qui n’en contient
qu’un cent-vingt millième de son poids.. R. Si l’on
mêle l’oxyde d’arsenic avec son poids de potasse pure,
et qu’on fasse bouillir le mélange pendant un. quart
d’heure dans l’eau distillée on obtient un liquide qui
précipite en jaune la dissolution de nitrate, d’argent :
le précipité composé d’oxyde d:argent et d’oxyde d’ar¬
senic noircit par son exposition à la lumière; on obtient
le même résultat lorsqu’on laisse pendant quelques
secondes uu morceau de pierre infernale ( nitrate d’ar¬
gent fondu) dans la dissolution d’oxyde blanc d’arse¬
nic et de potasse dont il s’agit.
Si.Vodcy:dé blanc arsenic était dis scUs dans une
quantité d’eau tres-considérable, il ne fournirait point
de précipité av-ec l’eau de chaux ni avec l’acide hydro-
sulfurique ; il faudrait, pour démontrer sa présence ,
verser quelques gouttes de sulfate de cuivre ammo¬
niacal dans la dissolution : le mélange acquerrait aus¬
sitôt une couleur verte, et on ne tarderait pas à obtenir
un précipité de la même couleur. Geprécipité, composé,
de deutoxyde de cuivre et d’oxyde blanc d’arsenic,
desséché et mis sur les charbons ardfens, se décompose
et répand une odeur d’ail ; lorsqu’on' le triture avec
du nitrate id? argent dissous , il devient jaune et se dé¬
compose; l’oxyde d’arsênic se combine avec l’oxyde
d argent, et formemn composé jaunè inselublé, tandis
que le deutoxyde de cuivre s’unit avec l’acide nitrique -,
'et donne naissance à du nitrate de cuivre soluble ,
dune couleur bleue.
( 92 )
3*^ Oxfde hlanc d^arsenic dissous dans Veau et mêle
av^ desliquides quînelontpoint décomposé :ces\ic^iêLefi
sont le vin rouge, le café, le thé, le lait, etc. L’oxyde
hlanc d’arsenic dissous dans l’eau ne subit aucune dé¬
composition dé la part des liquides dont nous parlons ;
il ne forme point avec éüx des composés chimiques
nouveaux: d’où il suit qu’il y est simplement à l’état
de mélange, et il sémbleraît au premier abord qu’il
pourrait être décelé en employant les réactifs pro¬
pres à faire reconnaître sa dissolution aqueuse. Néan¬
moins il n’en est pas toujours ainsi ; par son mélange
avec des liquides colorés ^ la dissolution d’oxyde d’ar¬
senic se comporte différemment avec les réactifs quelle
ne le ferait si elle était seule. Voici des preuves de
ce fait : lorsqu’on verse une once de cette dissolution
dans dix onces de vin rouge, le mélange, précipite
en bleu noirâtre par le sulfate de cuivre ammoniacal ;
on n’obtient point de précipité lorsqu’on mêlé ce
dernier réactif avec une dissolution de parties égales
d’oxyde d’arsenic et de bouillon; la liqueur passe sim¬
plement au vert sale : l’eau de chaux précipite en
jaune un mélange fait avec parties égales en volume de
dissolution d’oxyde blanc d’arsenic , et de décoctum
de café : le nitrate d’argent n’occasionne aucun chan¬
gement manifeste dans du lait contenant un septième
de son volume de dissolution d’oxyde blanc d’arsenic.
(/%•. § 49 his pour juger de la différence entre l’action
des réactifs sur ces mélanges et sur la dissolution
aqueuse.)
Ces données étant bien établies, il sera facile de
prévoir lamarcbe à suivre dans la.recbercbe du poison
. (93)
qui a été mêlé avec les liquides dont nous parions.
Si le mélange se comporte avec l’eau de chaux, l’acide
hydrosulfurique , les hydrosulfates , le sulfate de cuivre
ammoniacal, et le nitrate d’argent, comme il a été dit
S 49 5 on conclura qu’il contient de l’oxyde d’arsenic
en dissolution. S’il n’en est pas ainsi, qu’il y ait un ,
deux ou trois de ces réactifs dont les précipités tendent
à faire croire à l’existence de l’oxyde , tandis que les
autres portent à tirer une conclusion opposée , on regar¬
dera les essais par les réactifs comme insuffisans pour
prononcer. Alors si le liquide est coloré^ on détruira sa
couleur par une suffisante quantité de chlore concen¬
tré ; on, laissera déposer une matière jaune' rougeâtre
qui se forme ; on filtrera ; la liqueur filtrée précipitera
avec les réactifs comme le ferait la dissolution aqueuse
d’Oxyde d’arsenic , à moins qu’elle ne soit trop éten-
<îue ; dans ce dernier cas on la concentrera par l’éva¬
poration. Si le liquide est incolore, on le fera évaporer
après y avoir ajouté un gros de potasse à l’alçohol : le
produit de l’évaporation sera desséché et partagé en
deux parties : une de ces parties sera mêlée avec du
charbon pulvérisé et chauffée dans un petit tube de
verre ou dans une cornue de grès lutée, si la masse
sur laquelle on agit est très -considérable, et on ob¬
tiendra de l’arsenic métallique facile à reconnaître aux
caractèresindiqués page 88 : l’autre portionsera traitée
comme nous l’indiquerons § 5o. Il faudrait également
avoir recours à,ce dernier procédé, si la liqueur éteit
colorée et qu il fût impossible de se procurer du chlore. -
4^* Oæjde d’arsenic pulvérulent mêlé a diverses sub¬
stances Si l’oxyde d’arsenic fait partie d’un em-
(94)
plâtre ou de tout âutre médicament externê solide , on
coupera celui-ci en petits fragmens que l’on fera bouil¬
lir pendant demi-heure avec dix à douze fois leur
poids d’eau distillée bouillante : par ce moyen Toxyde
d’arsenic -que nous supposons mêle avec les autres
substances sera dissous : on filtrera ; la li-queur filtrée se
comportera de l’une des deux manières suivantes :
A. Elle fournira avee les réactifs propres à déceler
l’oxyde d’àrsenic, les mêmes précipités que la dissolu-^-
tion aqueuse ( voj^ % 4g bis) ; dans ce cas le médecin
ne balancera pas à conclure à l’existence du poison dont
il s’agit. B. Elle donnera avec les mêmes réactife des
précipités autrement colorés, ce qui peut tenir à la
preseneede quelque matière colorante faisant partie du
médicament externe, et qui aurait été dissoute en même
temps que l’oxyde d’arsenic ; alors avant de prononcer,
1 expert devra faire les xecbercbes que nous avons,
indiquées plus haut en parlant dê l’oxyde d’arsenic
mêlé à du vm, du café, etc. {Voyez pagep2 , 3®.)
5® Oxyded" arsenic eornbmé mec diverses substances
solides. Dans ce cas, l’oxyde d’arsenic peut être telles
ment retenu par les substances dont nous parlons,
qu il soit impossible de le dissoudre dans l’eau bouil¬
lante; il faut nécessairement avoir recours au procédé
que nous allons décrire dans le paragraphe suivant.
5o. 6® Oxyde d^ arsenic faisant p ai tie de la matière
des 'vomissemens^des liquides oudes solides contenus dans
le canal digestf des tissus qui composent ce canal. A. On
commeneera par examiner attentivement ces matières;
peut-être déeouvrira-t-ori une poudre blanche ou des
fragmens d’oxyde : on les séparera et on les traitera
C95)
comme nous l’avons dit en parlant de l’oxyde fclanc so¬
lide. B. Supposons que ces premières recherches soient
infructueuses 5 on s’occupera du liquide; on lé filtrera
après l’avoir expi'imé dans un linge fin pour le séparer
des matières solides , que l’on conservera : une por¬
tion du liquide filtré sera traitée par l’eau de chaux,,
l’acide hydrosulfurique , les hydrosulfatês solubles et
le sulfate de cuivre ammoniacal : si on obtient les pré¬
cipités dont nous avons parlé § 49 affirmera qu’il
renferme de l’oxyde blanc dissous. ^
C. Admettons que ce dernier essai ne fournisse
aucun résultat positif, on aura recours au procédé
de M, Rapp, que nous avons légèrement modifié, et
qui consiste à transformer l’oxyde d’arsenic en arsé-
niate de potasse fixe , dont on peut démontrer l’exis¬
tence au moyen de certains réactifs. Pour cela , on
réunira toutes les parties liquides , et on les fera éva¬
porer à une très -douce chaleur; lorsqu’elles seront
désséchées, on introduira dans un matràs de verre
à long col, placé sur un bain de sable, et dont l’ou¬
verture est étroite, une once de nitrate de potasse
pur; on chauffera le matras jusqu’à ce que le nitrate
soit fondu ; on y versera par de tres-petites parties la
matière suspecte desséchée ; aussitôt on observera
une légère déflagration , et il se formera de la vapeur;
on attendra, avant d’ajouter une nouvelle partie de la
matière suspecte; que celle qui a déjà été introduite
dans le matras soit entièrement décomposée , et ne
fomnis^ plus de vapeurs, autrement on s’exposerait à
voir les parties les plus déliées de cette masse repous¬
sées dans l’air par léS gaz qui se dégagent du fond du
' , (96 )
ïnatras : d’ailleurs, l’opération marchera plus ientemeîit;,
la température sera moins ele^ee (i), et par conséquent
la quantité d’oxyde d’arsenic volatilisé sera nulle ou
presque nulle. Lorsqu on aura introduit et' décomposé
toute la matière suspecte, on laissera refroidir le matras,
puis on fera dissoudre dans l’eau distillée les substances
qu’il renfermera. Cette dissolution contiendra : i». du
nitrate de potasse, 2° de ïarséniate de potasse ^ 3° du
sous-carbonate de potasse, 4° et souvent un atome
d’hydrochlorates et de sulfates. Théorie. ï^è nitrate de
potasse se ti’ouve dans la liqueur, parce qu’il n’a pas
été entièrement décomposé pendant l’opération ; mais
la majeure partie de ce nitrate a été décomposée, ce
qui expliquera formation des autres produits 5 en effet,
l’oxygène de l’acide nitrique s’est porté, d’une part,
sur l’hydrogène et le carbone de la matière organique
faisant partie <fu liquide soumis à rexpérience , et -a
donne naissance à des produits volatils qui se sont dé¬
gagés en partie avec l’azote de l’acide nitrique décom¬
posé : une autre portion d’oxygène de l’acide nitrique
décomposé s’est uni avec l’oxyde blanc d’arsenic, pour
former de l’acide arsénique fixe , qui s’est emparé
d’une portion de potasse faisant partie du ni tre dé¬
composé , èt a donné naissance à Xafséniate de po-
que l’on trouve dans la liqueur. Le sous-carbo-
nate de potasse provient - de la combinaison d’une
portion de potasse mise à nu par la décompositiob
(i) Kous conseillons avec raison d’éviter que la tempéra- '
tnrè ne soit trop élevée , et nous recoinmandons spécialement
de ne point faire rougir le matiÿis.
( w.)
du nitrate, avec l’acide carbonique formé aux dépens
d’une partie de l'oxygène de l’acide nitrique et du
carbone de la matière organique. Quant aux liydro-
chlorates et aux suivîtes que l’on peut trouver dans
le liquide , ils faisaient partie de la matière suspecte.
Pour démontrer dans cette liqueur l’existence de
l’arséniate de potasse, qu’il importe de constater pour
affirmer que de liquide contient une préparaîion arse¬
nicale ^ on commence par saturer l’excès de .potasse du
sous-carbonate au moyen de l’acide nitrique pur ; puis
on met la dissolution en contact avec les réactifs pro¬
pres à déceler un arséniate. (/dsjr. Arséniate de potasse
dissous, § Sy. )
D. Supposons que toutes les reclierches faites, sur
les liquides pour découvrir l’oxyde d’arsénic , soient in¬
fructueuses, on doit alors agir sur les solides, les faire
bouillir pendant une heure dans l’eau distillée ; et si le
liquide qui résulte de cette opération ne contient point
^d’oxyde, on doit dessécher les matières solides (et il en
serait de même des tissus qui composent le canal di¬
gestif) , et les traiter suivant le procédé de Rapp que
nous venons de faire connaître.
’oxjpde
-d’’ arsenic.
Lésions de tissu produites par cé poison. {Voy. | 6.)
. 5l. Action de V oxyde d’arsenic sur V économie ani¬
male. Lorsqu on examine attentivement les expérierices
et les pbservatiô'ns relatives à l’empoisonnement par
1 oxyde blanc d’arsenic, on doit conclure qu’il est très-
vénéneux pour tousdes êtres organisés ; que son action
est plus marquée lorsqu’il estdissous dans l’eau que dans
7
Symptômes de l’empoisonnement déterminé pari
( 98 )
le cas où il est solide; que les symptômes de l’eni-
poisonnement se manifestent, soit qu il ait ete intro¬
duit dans le canal digestif, dans les veines, dans les ca¬
vités séreuses ou dans le vagin , soit qu’il ait été mis en
contact avec le tissu lamineux sous-cutané ; qu’il agit avec
la même energie , lorsqu’il est appliqué sur le tissu la¬
mineux sous-cutané du dos, ou de la partie interne de
la cuisse, ce qui n’a pas lieu pour le sublimé corrosif;
qu’il est absorbé, et que son action est d’autant plus '
vive, que le tissu sur lequel il a été appliqué commu¬
nique plus directement avec le système sanguin ; qu’il
anéantit la contractilité du cœur dont il enflamme sou¬
vent la membrane interne; qu’indépendamment de
l’altération de cet organe, il agit sur le canal digestif;
en effet , on observe constamment des symptômes qui
indiquent la lésion de l’estomac, et il n’est pas rare de
trouver cet organe enflammé après la mort , même
lorsque le poison a été appliqué sur le tissu lamineux
sous-çutané, ou injecté dans tes cavités thoracique et .
abdominale ; que , néanmoins , dans le plus grand nom¬
bre de cas, la mort ne saurait être le résultat de l’ir¬
ritation locale qu’il détermine, celle-ci étant, le plus
souvent , trop faible pour détruire la vie dans un espace
de temps aussi court ; enfin , que la putréfaction des
cadavres d’individus qui ont succombé à l’empoison¬
nement par cet oxyde n’est point retardée, comme oh
l’a avancé , à moins que des circonstances étrangères
à l’empoisonnement ne s’opposent au développement
des phénomènes qui ,1a caractérisent.
^2.. A ctio n del ’ oxyde blanc d ^arsenic introduit dans le
canal digestif apres la mort de V individu^ Si on appli-
( 99 )
que sur l’intestin rectum d’un individu <juî vient d’ex¬
pirer un gros d’oxyde blanc d’arsenic pulvérisé , et
qu’on le laisse pendant vingt-quatre heures , on ob¬
serve , en faisant l’ouverture du cadavre, que la partie
de la membrane muqueuse qui a été en contact avec le
poison est d’un rou^e assez et qu’elle présente une
ou plusieurs taches d’un rouge noirâtre , qui sont de
véritables ecchymoses : les autres tuniques sont dans
l’état naturel ; il en est de même des portions d’intestin .
qui n’ont pas été en contact avec l’oxyde métallique.
Dans le cas où cet oxyde pulvérulent n’a été introduit
dans le gros intestin que vingt-quatre heures après la
mort, on observe, si on ouvre le cadavre le lendemain ,
que les parties surlesquelleslepoisona été appliqué pré¬
sentent des ecchymoses de largeur variable : du reste, on
ne remarque aucune autre altération. Il est donc facüede
distinguer si l’oxyde blanc d’arsenic a été appliqué sur
les gros intestins avant ou. après la mort; en effet, dans
ce dernier cas , on trouve le poison à peu de distance
de l’anus , et si le.rectum est enflammé ou ecchymosé ,
il ne l’est que dans les parties qui ont été touchées par
l’oxyde ; en sorte qu’il p a une ligne de démarcation
excessivement tranchée entre, ces parties et celles qui
sont immédiatement au-dessus. Au contraire, si l’in¬
flammation était le résultat de l’injection de l’oxyde
d’arsenic dans le rectum pendant la vie , elle s’éten¬
drait bien au delà de la, partie touchée par l’oxyde,
et la rougeur de l’intestin diminuerait graduellement
d’intensité , à mesure qu’on approcherait des intestins
grêles.
( loo )
DOUZIÈME LEUON. -
De V Oxyde noir arsenic et de la Poudre aux
mouches.
Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par ces substances ?
53. Avant de cbercber à résoudre ce problème , nous
croyons devoir établir, 1° que la plupart des cbimistes
regardent l’oxyde noir comme un mélange d’arsenic et
d’oxyde blanc de ce métal ; 2® que la poudre aux mou¬
ches n’est autre chose que de l’arsenic légèrement oxyxïé,
et par conséquent quelle a la plus grande analogie avec
l’oxyde noir.
L’oxyde noir est solide, d’un gris noirâtre, quelquefois
noir ; il est terne , sans éclat , peu dur et très - friable.
La poudre aux mouches se présente sous la forme de
pains composés de lames irrégulièrement arrangées.
Chauffés avec le contact de l’air , ces deux corps se
transforment en oxyde blanc , qui se répand dans
l’atmosphère sous forme de. vapeurs épaisses d’une
odeur alliacée. Traités par l’acide nitrique à la tempé¬
rature de 4o°, ils passent à l’état d’oxyde, en absorbant
une portion d’oxygène de l’acide , qui se trouve
transformé en gaz deutoxyde d’azote ( gaz nitreux ) :
la poudré blanche que l’on obtient dans cétte expé¬
rience est composée , suivant M. Ampère , d’oxyde
blanc d’arsenic et d’acide arsénique , si Ion a employé
assez d’acide nitrique , et qu’on Tait fait réagir pen¬
dant un temps suffisant. Le sulfate de cuivre ammonia¬
cal , étendu d’eau , versé, sur Toxyde noir d’arsenic
( lOI )
pulvérisé ou sur la poudre aux mouches, qui sont en
contact ^^vec l’air, détermine, au bout d’un certain
temps , ra formation d’un précipité vert , composé
d’oxyde blanc d’arsenic et de deutoxyde de cuivre ; ce
qui prouve que l’oxygène de l’air a été absorbé par
l’oxyde d’arsenic peu oxydé, et que le sulfate de cuivre
ammoniacal a été' décomposé.
Ces produits agissent sur l’économie animale comme
l’oxyde blanc d’arsenic, mais avec moins d’intensité. § 5 1 .
Des Sulfures d’afserticï
Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a éii lieu par’ lek sulfures d’arsehic? I
54. Sulfure j aune d’hrsetiic àftifcîèl^ obtenu avec la dis¬
solution-aqueuse d^oxjde blanc et V acide hydrosulfu¬
rique. Il est solide , jaune , pulvérulent bu en masse.
Lorsqu’on le chauffe avec un fragment de potasse à
l’alcohol, dans un tube de-verre étroit èt long de aS à
28 centimètres , il- est d.écomposé; la- potasse s’empare
du soufre, et l’on obtient-de l’arsenic métallique qui
se volatilise. pour lès caractères du métal page 88),
et du foie de soufre qui reste au fond du tube. ( Voy.
foie de soufre j § 28.)
L action de ce sulfure sur l’économie animale ne dif¬
fère point de celle qu’exerce l’oxyde blanc d’arsenic ,
mais elle est moins énergique. (P^oy.- § Si^)
Su fure jaune d^ arsenic- naturel ( orpiment natif ).
Il est solide, luisant, d’un jaune citrin tirant un peu sur
le verdâtre ■ son tissu est composé de lames translu¬
cides brillantes , quelquefois d’un poli très - vif. Il est
- décomposé par la potasse, comme le précédent; il agit
( 102 )
sur rëconomie animale comme les autres poisons arse¬
nicaux : toutefois J son action est beaucoup moins in¬
tense que celle du sulfure artificiel dont nous venons
de parler.
Sulfure rouge d’arsenic natif {réû.güv'): Il est solide,
rouge avec une teinte d’orange lorsqu’il est en masse,
orangé quand il a été réduit en poudre : il s’éclate ai
sèment par la pression de l’ongle; il se comporte avec
la potasse comme les deux sulfures précédens. H agit
comme les autres préparations arsénicales , mais il est
peu énergique.
Du Caustique arsenical du frere Cosme, et de la
Poudre de Rousselot.
Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a été produit par ces caustiques ?
55. Le caustique dont nous parlons est généralement
composé aujourd’hui avec deux parties d’oxyde Blanc
d’arsenic, trente-deux parties de sulfure de mercure
ét séize parties de sang-de-dragon {'voj.le Codex de
Paris). On le reconnaît i® à sa couleur rouge ; 2® en
le faisant bouillir pendant dix minutes dans cinq parties
d’eau distillée qui dissout l’oxyde d’arsenic (2;. § ^gbis
pour les caractères de cette dissolution) ; 3® en traitant
par l’alcohol bouillant la portion du caustique épuisée
par l’eau : l’alcohol dissout le sang-de-dragon et se colore
en rouge foncé : aussi cette dissolution précipite-t-elle
en orangé par l’eau ; 4® desséchant le cinnabre, qui
n’a été dissous ni par l’eau ni par l’alcohol, et qui,
par conséquent, reste sous forme d’une poudre d’un
beau rouge ; cette poudre , chauffée avec de la potasse
( io3 )
dans un tube de verre, se décompose et fournit du mer¬
cure métallique et du foie de soufre. ( J^ojr. § 44»)
Il résulte des expériences tentées jusqu’à ce jour sur
les animaux et des observations recueillies chez l’homme,,
1° que l’application extérieure des poudres contenant
une assez forte dose d’oxyde blanc d’arsenic pour cauté¬
riser peut être suivie des plus grands dangers; 2® que
les symptômes de l’empoisonnement déterminé par ces
poudres ne diffèrent point de ceux que produit l’oxyde
d’arsenic ; 3® qu’il importe, lorsqu’on juge convenable
d’employer de pareils caustiques , de les. préparer avec
la plus petite quantité possible d’oxyde d’àrsenic.
De V Acide arsénique, ^
Gomment peut- on reconnaître l’empoisonnement
déterminé par cet acide ?
56. L’acide arséniqu,ééSt5o/i'<5?e, blanc, inodore, doué
d’une saveur aigre ^caustique et métallique ; il rô^it
l’eau de tournesoïi Si,.après l’avoir desséché , on le met
sur des charbon^' incandescens , il se décompose , cède
une portion de son oxygène au charbon , et se trouve
transformé en oxyde blanc d’arsenic, qui se volatilise
et répand des vapeurs d’une odeur alliacée. Lorsqu’on le
mele avec du charbon et de la potasse pulvérisés et que
Ion chauffé le mélange dans un tube de verre étroit,
on obtient de rarsenic m étallique . ( F', page 8 8 Il est dé¬
liquescent, et par conséquent très-soluble dans l’eau. Sa
dissolution aqueuse concentrée est incolore , sapide , et
précipite en blanc les eaux de chaux; et de baryte : les
arséniates précipités se dissolvent facilement dans un
excès d’acide arsénique ; si on la verse dans l’acétate
( io4 ).
de cuivre dissdws , on obtient sur-le-champ un préci¬
pité blanc-bleuâtre; d’arséniate de cuivre ; le nitrate '
d'argent, cristallisé et dissous dans l’eau distillée, est
précipité en rouge brique par 1 acide arsénique : l’ar-
séniate d’argent formé , étant soluble dans l’acide ni¬
trique , ne se précipiterait point si on employait du ni¬
trate d’argent avec excès, d’acide. Si la dissolution' d’aeide
arsénique est faut la faire chauffer dans
une fiole à médecine avec de l’acide hydrdsülfurique
liquide : à mesure que le liquide s’échauffe-, il se
trouble et jaunit; au bout de quelques minutes d’ébul-
- lition , il devient d’un très-beau jaune , et laisse dé¬
poser parle refroidissement du sulfure jaune d’arsenic^
que l’on peut recpnnaîtré aux càractêres indiqués § 54;
il est évident qne,, dans dans cette expérience , l’oxy¬
gène de l’acide arsénique s’est combiné avec l’hydro--
gêné de l’acide hydrosulfurique pour former de Teau.
L’action de l’acide arsénique sur l’économie animale ,
ne diffère point de celle qu’exerce l’oxyde blanc d’ar¬
senic;, mais elle est encore plus énergique. (Fhr. § 5i.)
Des Arséniates solubles.
Comment peut - on reconnaître que retnpôisdhriè-
ment a e% lieu par ces arséniates?
67. Leè arséniates de potasse; dé soudé et d’amnio-
niaque , ocrent les caractères suivans. Ils sont solides y
blancs, inodôj-es, acides ou neutres, par conséquent
jouissant ou ne jouissant point de la propriété dé rou¬
gir l’eau de tourne''iSol. Lorsque après les avoir réduits
en poudré on les met sur dès chàrbons ardéns, ils ré¬
pandent des vapeurs «lanches dune odeiir aïliacéé, ce
(io5):
qui dépend de la décomposition de l’acide arsénique
et de la volatilisation de l’oxyde blanc d arsenic {'vôj''.
acide arsénique). Mêlés avec du cbarbon pulvérisé et
chauffés dans ün petit tube de verre , ils sont décom¬
posés et fournissent de i’ arsenic métallique (^.'pàge'88).
Ils se dissolvent dans l’eau ; le concentrë n est
point troüblé par l’acidé hydrocblorique {ce qui les
distingue dés arséiiites dont nous parlerons plus bas ).
Ils agissent sur le nitrate d’argent dissbus , sur la pierre
infernale , et sur l’acétate de cnivrej'cbmme l’aeideur-
sénique{uôjf. § 56). 'Ils précipitent le 'sulfate et le ni- '
trâtè' de büivrê en blanc bleuâtre ; le précipité esldel’ar-'
sénîàte dé cuivre. Ils fournissent avec rhydrbchlorate"
dé cobalt Un précipité rose d’arséniatede cobalt, pourvu
què T’hydrôclilorateùe soit pas acide ; car alorS l’arsé-'
nîatè de 'cobalt serait dissous par l’excès d’acide { et- le'
précipité ne paraîtrait point.' Si la 'dissolution -aqueuse
d’ârséèiate "^étkit tres-affaiblie ; on la 'traiterait par le"
sulfate dé cuivre dissous dans l’eau et on obtiendrait
un précipité Mën - clair d’afséniate de cuivre ; on le
laverait et bn le feraif sécberisur un filtre. ’L’arséniate
de cuivre ainsi' obtenu, mis' sûr lés charbons ardens , se '
décompose et répand une odeur alliacée ; traité par -le
nîtrâté 'd’argent , if se'transforme en aKéhiate dargènt
roügê-brique.
Les arséniates agissent surf économiéanîmale comme
les autres prépârâtions‘arsénicaies.T(Fï>jr- § 5 iv) '
( io6 )
Des composés d'oxyde hlcbric d'arsenic et d'une base
salifiable ( arsénites ).
- Comment peut- on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a été déterminé par ces composés ?
58. Les composés d’oxyde blanc d’arsenic et de po¬
tasse, de soude bu d’ammoniaque, sont solubles dans
l’eau; leurs dissolutions concentrées présentent les carac¬
tères suivans : i® elles sont décomposées par l’acide hy-
drochlorique , qui s’empare de la base , avec laquelle il
forme un sel soluble, et il se précipite de l’oxyde blanc
d’arsenic : celui - ci peut ctre dissous dans un excès
d’eàu; a® les sels de cuivre dissous dans l’eau, sont
précipités par ces composés, comme par la dissolution
d’oxyde blanc d’arsenic {'voy. § 49 bis')\ 3° les hy¬
drosulfates de potasse et de soude ne les troublent
point, malgré l’assertion de M. Harmand de Montgarny ;
4® lorsqu’on évapore ces dissolutions jusqu’à siccité , on
obtient un produit qui , étant mis sur les charbons
ardens, se décompose , et l’oxydé d’arsenic se dégage
sous forme de vapeurs blanches d’une odeur alliacée ;
5® si, au lieu de chauffer ainsi ces arsénites solides , on
les mêle avec du charbon pulvérisé, et que l’on élève
graduellement la température du mélange dans un petit
tube de verre, on obtient de l’arsenic métallique.
{Voy. page 88.)
Sg. Si la dissolution aqueuse de, ces composés est tr'es-
étendue^ on la traite par du sulfate de cuivre dissous,
qui la trouble d’abord , et y fait naître plus tard un
précipité d’arsénite de cuivre vert , dont les caractères
ont été exposés page 91.
( ,107 )
L’action des ârsénites sur l’économie animale est très-
énergique , ils produisent des effets analogues à ceux que
déterminent les autres préparations arsénicales § 5i.
Teinture minérale de Fowler. Cette teinture est com¬
posée d’oxyde blanc d’arsenic combiné avec de la po-.
tasse, d’eau distillée et d’une petite quantité d’esprit
de lavande composé, ou d’alcoholde melisse. Elle est li¬
quide , d’un blanc légèrement laiteux , et d une odeur
aromatique ; elle verdit le sirop de violettes ; le sulfate
de cuivre, et les hydrosulfates agissent sur elle comme
sur les dissolutions dont nous avons parlé S 58 ; l’acide
hydrochlorique ne la trouble point , ou la trouble à
peine ; ce qui dépend de la grande quantité d’eau qa’elle
renferme. Son action sur l’économie animale est la
même que celle de l’oxyde d’arsenic. ( Vojr, S 5 1 .)
TREIZIÈME LEÇOÎÎ.
§ IV. — Dès préparations cuivreuses.
Les préparations dont nous devons nous occuper
ici sont les oxydes , le carbonate et l’acétate de cuivre,
le vert-de-gris , le sulfate de cuivre , le sulfate de cuivre
ammoniacal , le nitrate de cuivre et le cuivre ammo¬
niacal.
Des oxpdes de cuivre.
Gomment peut-on reconnaître que l’émpoisonne-
ment a eu lieu par les oxydes de cuivre ?
6i. Il existe deux oxydes cxàsixe. Protoxyde de
cuivre. Il est solide, jaune-orangé s’il contient de l’eau,
rougeâtre s’il a été fondu. Il est soluble dansl’ammo-
niaque : la dissolution est incolore: mais elle passe au
( iô8.)
Meu V aussitôt quelle a le contact de l’air. L’acideni-
triqüé bouillant lui cède de l’oxygène et le fait passer
à L’état de deutoxyde. Ghauffé avec du charbon il se
comporte comme le déutQxyde. DeUtoxydè de cuivre
anhjdr-e ysec. Il est ' solide , bruii-noirâtre , insoluble
dans l’eàu , soluble dans l’ammoniaque qu il colore en
bleu suf-lè-cbamp , soluble sans effervescence dans
l’âcïde sulfurique faible et ù la température ordinaire.
( Whf'. les propriétés dû sulfate de cuivre qui en résulte
§ 65; ) IL suffit de lé mêler avec du charbon ou avec
dès corps gras , et de le chauffer jusqu’au rouge dans
uû creuset pendant demi-heure, pour le désOxyder '
et en séparer le cuivre. On reconnaîtra facilement ce
métal aux caractères suivansr il est solide , d’une belle
couleur rougedaunâtre ; il sé dissout à froid dans l’acide
nitrique moyennement concentre ; \q solutum , d’abord
vert , devient bleu lorsque la liqûéür est refroidie , et
jouit de toutes les propriétés dont nous parlerons § 67,
en faisant l’histoire du nitrate de^ cuivre (i). Deutoxyde
.(i) Le cuivre métallique, quelque divisé qu’il soit, n’est ‘
pointYénéneux. Dulait, du thé, du café, de la bière, etc.,
laissés pendant long-temps dans un vase de cuivre bien dé¬
capé , ne contractènt aucune propriété délétère : les accidens
fâcheux que l’on a souvent attribués à ce métal dépendaient
d’une portion d’oxyde qu’il contenait. Néanmoins" si on fait
boûiHié ‘de l’éâu-et^dû sèl' gris dans ûu chaudron dç cuivre
décapé , la dissoluliourenfèrme une certàmé quantité d’oxyde
de ce métal j que l’on peut teconUaitre par les réactife dont
nous pârlérons en faisant l’histoire du vert-de-gris il n’en
est pas dé même si On ajoute au mélange d’eau et de sel , de
la viande, de l’axonge et plusieurs autres substances qui
( 109.)
de cuivre hydraté ou combiné avec l’eaiu II est solide ,
bleu ; il passe à l’état de deutocarbonate. de cuivre
vert , lorsqu’il est en contact avec l’air ; l’eàu bouülante
le transforme en deutoxyde anhydre hïmîy àu. reste ^
l’ammoniaque , l’âcide sulfurique et le charbonr agis¬
sent sur lui comme sur le -deutoxyde sec. ^
' r Symptômes et lésions de tissu. 'yV-. § 35 et § 6.)
Du Sous-deutoçarbonate de cuivre (vert-dergris naturel).
éomnient peut-on reconnaître l’empQisonn^ment
produit par le carbonate de cuivre. -
- 62. Ce carbonate est solide ^ vert insipide! , et in¬
soluble dans l’eau (i) traité par le.cbarbén i, ppmîne
les oxydes de cuivre, il est déciwpftsé , et Idsse du
cuivre métallique f l’iimmoniaque^t l!açide_sulfup,que
agissent sur lui comme sur le deutoxyde, .excepté
que l’acide sulfurique eu- dégage racide . carbonique ,
et produit une effervescence plus ou, moins viveï Son
action sur 1 économie animale esLsemhlable à celle des
oxydes de -cuivre. ;
■ Du Deutoacétaie de cuivre (y evàel cvïstdéôisé).
■ - Comment, peut^^on reconnaître ^ que ld,mpoispnnfi-
- ment a eu- lieu par r.acétotp de, cuivre ?
jouissent de la propriété de' s’emparer de rox_yde de cuivre
à- mesure qu’il se produit, et de, former avec lui un composé
insoluble.
(i) L’insolubilité de ce. sel. explique-paurquoi, l’eau qui a
sejourné-dansdes fontaines dqntilaxSRçface interne ,est en-
- duité de carbanatg de ..cuivre, n^est pçintrv^éneuse.
C IIO ) '
L’acétate de cuivre est solide^ crystallise ou en poudre,
d’un bleu foncé , inodore , d’une saveur forte , styp-
tique, et entièrement soluble dans leau; ce qui le
distingue du vert-de-gris artificiel dont nous parlerons
bientôt.
63. Si l’on verse de l’acide sulfurique concentré sur
l’acétate de cuivre pulvérisé, on le décompose ; il se
forme du sulfate de cuivre , et il se dégage des vapeurs
d’acide acétique , reconnaissables à leur odeur de vi¬
naigre fort. Chauffé graduellement et jusqu’au rouge
dans un tube de verre étroit, et long de vingt-cinq à
vingt-huit centimètres , il est décomposé, et donne du
cuivre métallique fixe (vojez les propriétés de ce mé¬
tal, § 6i ) , et des produits volatils , semblables à ceux
que fournissent les acides végétaux que l’on traite par
le feu.
6^ bis. Si Vaxiétate de cuivre était dissous dans une petite
quantité d’eau^ on le reconnaîtrait aux caractères sui-
vans : la dissolution est transparente , d’un bleu foncé
et d’une saveiu* forte, styptique; la potasse , la soude
et l’eau de baryte la décomposent, s’emparent de l’acide
acétique avec lequel elles forment des acétates solubles ,
et il se pi'écipite du deutoxyde bleu , entièrement so¬
luble dans l’acide nitrique; l’ammoniaque, versée en
petite quantité dans l’acétate de cuivre dissous, y fait
naître un précipité bleu de deutoxyde de cuivre , qui
se dissout avec la plus grande rapidité , pour peu que
l’on ajoute quelques gouttes d’alcali volatil ; l’acétate de
cuivre ammoniacarproduit est d’jun très-beau bleu ; l’hy-
drocyanate de potasse et de fer (prussiate dépotasse)
précipite cette dissolution en brun marron ; l’acide
.. ( )
hydrosulfurique et les hydrosulfates la décomposent,
et en précipitent du sulfure de cuivre noir; ce qui
prouve que l’acide hydrosulfurique a également été
décomposé : en effet , son hydrogène s’unit à l’oxygène
du deutoxyde de cuivre pour former de l’eau , tandis
que le soufre se combine avec le cuivre. La dissolution
dJ oxyde d’arsenic dans la potasse {voyez § 58), pré¬
cipite sur-le-champ l’acétate de cuivre en vert; le
précipité est composé d’oxyde d’arsenic et de deu¬
toxyde de cuivre; il reste dans la liqueur de l’acétate
de potasse. Lorsqu’on plonge une lame de fer parfaite¬
ment décapée dans l’acétate de cuivre dissous , le cuivre
est mis à nu et se dépose sur le fer ; d’où il suit que le
fer s’empare de l’oxygène du deutoxyde de cuivre et
de l’acide contenu dans l’acétate : quelques heures suf¬
fisent pour produire ce phénomène. Le phosphore à
l’état solide agit d’une manière analogue sur cette
dissolution : il se combine avec l’oxygène du deutoxyde
et passe à l’état d’acide phosphatique ou phosphorique
incolores, tandis que le cuivre métallique se dépose
au bout de quelques minutes , et recouvre la portion
de phosphore qui n’a pas agi sur la dissolution.
Si la dissolution aqueuse d’acétate de cuivre était
tres-etendue ^ on lareconnaîtrait aux caractères suivans:
elle est incolore ou légèrement colorée en bleu; sa
saveur est très-légère ; les hydrosulfates de potasse et
d ammoniaque la colorent en brun clair etlaissentdépo»
ser au bout dun certain temps du sulfure de cuivre
noir; le prussiate de potasse la colore en rouge, et
fournit quelque temps après un précipité brun-mar-
î'on : 1 ammoniaque lui communique une couleur bleue.
(“!>.)
sans y bccasioner de précipité elle n’est aucunenient
troublée par la potasse, ni par ,1a soude. L’action de
l’aeétatede cuivre sur l’éçunpniie animale est la même
q,ue celle du ,yertrdergris , .™di^ elle est plus, énergique.
{.Fojez^
Du V^ert-de-gris artificiel.
Gomment peut-on reconnaître que l’em.poispnne-
nement a eu lieu par le vert-de-gris ?
64. Le vert-de-gris est forme de d&uto_àcMcite.d&
cuivre^ de deutoxyde de cuivre by.draté et de cuivré
métallique; on y trouve aussi quelques matières, étran¬
gères , telles que des rafles de raisin, etc. JYous croyons
devoir indiquer les moyens -de reconnaître r® le vert-
de-gris solide , 2^ dissous dans l’eau; 3® dissous et mêlé
avec des liquides qui ne l’ont point décomposé ; 4® dis¬
sous et mêlé avec des liquides qui l’ont décomposé;
5°- solide et faisant partie de quelques onguens, d’autres
médicamens ou des matières solides vomies, ou de
celles qui sont contenues dans le -canal digestif ; 6®. dé¬
composé par les tissus du canal digestif et combiné
avec eux.
I® ' Vert-de-gris solide, VS. est -d’une couleur vprte-
bleuâtre, sans odeur , et d’une saveur forte, styptique.
Lorsqu’on le chauffe jusqu!au rouge, il se comporte
comme l’acétate de cuivre ; il en est de même si on le
met en contact avec l’acide sulfurique concentré, § 63.
L’eau agit sur lui d’une manière différente suivant sa
température : si elle est froide , elle dissout l’acétate
de cuivre, et laisse précipiter une poudre d’un bleu
verdâtre formée par le deutoxyde de cuivre hj-
0x3 )
draté et par les autres corps insolubles qui entrent
dans la composition du vert-de-gris : si elle est bouil¬
lante, elle dissout également l’acétate de cuivre, et , il
se précipite une poudre d’un brun plus ou moins
foncé , composée de deutoxyde de cuivre anhydre (sec) ,,
et des autres substances insolubles contenues dans le
vert-de-gris : dans cette expérience l’eau bouillante
transforme le deutoxyde de cuivre hydraté en deu¬
toxyde de cuivre brun.
2° Vert-de-gris dissous dans teau. Cette dissolution
n’étant autre chose que de l’acétate de cuivre, nous
renvoyons à ce qui a été dit § 63 bis.
3® Vert-de-gris dissous et mêlé avec des liquides
qui ne Vont -point décomposé tels sont le vin rouge,
le lait , la bile , les liquides vomis par le malade , et
ceux qué l’on trouve dans le canal digestif après la
mort (i). S’il est vrai que la dissolution aqueuse con¬
centrée du vert-dei-gris est colorée en bleu, et que cette
couleur doit se faire remarquer dans plusieurs des
liquides dont nous parlons , il est également vrai que
l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves si
l’on vpulait s’en rapporter exclusivement à ce carac¬
tère pour prononcer sur l’existence du vert-de-gris
(i) Quelques-uns de ces liquides sont susceptibles de décom¬
poser le vert-de-gris dissous, et de le transformer, en un pro¬
duit insoluble ; dans ce cas , le poison ne se trouve plus dans le
liquide , et doit être recherché par les moyens que nous indi¬
querons page 1 16; mais il peut arriver que la décomposition
opérée par ce liquide soit incomplète : alors une portion du
sel se trouve en dissolution.
8
( ii4’)
dans ces mélanges; en effet la quantité de vert-de-
gris dissous peut être assez faible pour que la couleur
dont il s’agit manque ; les liquides mêlés avec ce poi¬
son offrent quelquefois une couleur brune , rouge , etc, ,
qui doit masquer ou altérer celle du vert-de-gris ; d’ail¬
leurs n’a-t-on pas observé dans certaines affections du
canal digestif, des vomisseraens de matières vertes,
bleues, etc., sans qu’il fût permis de soupçonner l’em¬
poisonnement par une préparation cuivreuse ? Ces con¬
sidérations nous portent à conclure que la couleur
bleue du mélange dans lequel on soupçonne la pré¬
sence du vert-de-gris dissous ne peut tout au plus four¬
nir que des indices sur l’existence du poison ; il en est
de même de l’action des réactifs dans certaines cir¬
constances , comme le prouvent les expériences sui¬
vantes : versez de l’ammoniaqpe dans un mélange de
vin rouge et dè vert-de-gris dissous , vous obtiendrez
un précipité gris-foncé ou noir , suivant la dose de vin
employé, tandis que le même alcali déviait précipiter
la dissolution de vert-de-gris en bleu (vaj-ez § 63 èis) :
mêlez une partie de dissolution concentrée de vert-de-
gris avec quinze ou vingt parties de decoctum de
café, la liqueur précipitera parle prussiate , l’arsénite
et l’hydrosulfate de potasse , de manière à ce qu’il
soit impossible de pouvoir présumer qu’elle contienne
un sel de cuivre.
Pour démontrer la présence de l’acétate de cuivre
dans les mélanges dont nous parlons , on doit diviser
la liqueur en deux parties, A et B. La portion A
sera successivement mise en contact avec, la potasse,
1 ammoniaque, les hydrosulfates, le prussiate de po-
( .
tasse et la lame de fer ; si l’on, obtient des précipités
semblables à ceux qui ont été décrits § 63 hîs^ Oti
conclura que la dissolution contient uq sel formé
par le deutoxydé de cuivre; si les précipités ob¬
tenus sont d’une couleur différente, oti versera dàns
la liqueur un excès d’hydrosulfate dè potasse, qui
y formera un précipité noir de sulfure dè çiiivre si
elle renferme un sel de ce métal (^. § 63 his pour
la théorie de cette décomposition ) : on lavera cé
précipité , on le laissera reposer, on décantera la li¬
queur qui le surnage, et on lé mettra sur un filtre ;
lorsqu’il sera sec, on le triturera et on le fera chauffer
pendant quelques minutes avec deux fois son poids
environ d’acide nitrique pur : il disparaîtra, et on ob^
tiendra du gazracide nitreux jaune-orangé et du sulfate
de cuivre d’un bleu verdâtre , facile à réconnaître
aux caractères que nous indiquerons, § 65. Théorie.
L’acide nitrique est décomposé en oxygène et en gaz
deutoxyde d’azote ( gaz nitreux); celui-ci se dégage,
absorbe l’oxygène de l’air, et passe à l’état de gaz acide
nitreux jaune-orangé ; tandis que l’oxygène se combine
avec le soufre et avec le Cuivre du sulfure, et forme
d’une part de l’acide sulfurique, et de l’autre du
deutoxyde de cuivré: ces deux corps se combinênt,
et donnent naissance au sulfate de cuivre dont nous
avons parlé.
La portion B sera évaporée jusqu’à siccité dans une
capsule de porcelaine , et le résidu sera mis en Con¬
tact avec l’acide Sulfurique concentré ; s’il y a dégage¬
ment dé vapeurs ayant rôdeur de vinaigre, on affir¬
mera que le mélange contient de l’acétate de cuivre ,
( ii6 )
à moins qu’il ne soit démontré que l’acide acétique
obtenu provient d’un autre acétate qui ferait partie
de la liqueur , ce qui n’est guère présumable. Quoi
qu’il en soit , il importe fort peu , lorsqu’on a prouvé
par les recherches faites sur la portion A que la li¬
queur contient un sel de cuivre, de déterminer au
juste la nature de l’acide faisant partie du sel puis¬
que tous les composés de ce genre solubles dans l’eau
sont vénéneux.
Si le sel de cuivre dont il s’agit était mêlé avec du
vin rouge , il serait préférable d’avoir recours au chlore
concentré et liquide , qui décolorerait le mélange j on
laisserait déposer le précipité rouge-brun qui se for¬
merait, on filtrerait, et la liqueur filtrée donnerait
avec les réactifs les mêmes précipités que la dissolu¬
tion aqueuse du sel , à moins quelle ne fut trop éten¬
due : alors il faudrait évaporer pour la concentrer.
4° Kert-de-gris dissous et mêlé avec des liquides qui
Vont décomposé. Ces liquides sont l’albumine , le lait ,
l’infusion concentrée de thé , le café , etc. En suppo¬
sant que la décomposition opérée par ces substances
soit complète ,. et qu’il ne reste plus un atome de sel
cuivreux en dissolution , on devra agir sur les por¬
tions solides faisant partie des matières vomies et
sur celles que l’on trouvera dans le canal digestif après
la mort; en effet, c’est dans ces matières qu’existe
le deutoxyde de cuivre. Après les avoir exprimées
dans un linge fin pour les séparer du liquide avec
lequel elles sont mêlées , on les desséchera , et on
les fera rougir pendant vingt-cinq ou trente minutes
dans un creuset : par ce moyen les substances végé-
(1^7)
taies et animales seront décomposées et transformées
en plusieurs produits volatils et en charbon : celui-ci
s^eriiparera de l’oxygène du deuf oxyde de cuivre, et
le métal sera mis à nu : en sorte qu’à la fin de l’expé¬
rience on trouvera dans le fond du creuset un mé¬
lange de charbon et de cuivre. Pour bien apercevoir
ce métal, on détachera le mélange, on le placera
dans un verre à expérience , et on l’agitera avec de
l’eau • le cuivre, beaucoup plus lourd que le charbon ,
ïie tardera pas à se précipiter au fond du vase , tandis
qîie le charbon restera en suspension dans l’eau, Il
pourrait se faire que le cuivre métallique fut en trop
petite quantité pour pouvoir être aperçu au milieu de
la niasse charboneuse dont nous parlons : alors on
traiterait celle-ci par l’acide nitrique à vingt-cinq de¬
grés, qui transformerait le métal en nitrate soluble,
susceptible de précipiter , comme l’acétatè , par la
potasse , l’ammoniaque , les hydrosulfates , etc. (
S 63:èïS. )
^^ Vert-de-gris solide , faisant partie de. quelques
onguens , d’ autres médicamerts , ou des matières sojides
vorrties , ou de celles qui sont contenues dans ïè canal
digestf. On traitera ces matières par cinq ou six fois
leur poids deau distillée bouillante ; si le vert-de-
gris s’y trouve à l’état de simple mélange, il sera dis¬
sous, et la dissolution filtrée jouira de toutes les
propriétés de 1 acétate de cuivre pur , ou de ce même
acétate mêlé avec des liquides colorés, (i) {V. % 63
^i) En effet, il pourrait arriver qu’uup des matières colo¬
rantes faisant partie du médicament ou des matières solides
bis et page 1 13, 3®. ) Si, au céntraire, il a été décomposé
par. quelques-unes des .substances contenues dans ces-
matières , ou qu’il soit assez fortement retenu par elles
pour ne pas pouvoir se dissoudre dans l’eau, il faudra
le rechercher par le procédé indiqué à la page 1 16, 4®.
6° Vert-de-gris décomposé par les tissus , du canal
digestif et combiné amü .eupe. Il pourrait arriver que
toutes les recherches dont nous avons parlé jusqu’à
présent fussent infructueuses pour démontrer la pré¬
sence du sel cuivreux , qui aurait été décomposé par
les tissUs du canal digestif : ce cas est excessivement
rare. On parvieB.drait à retirer le: cuivre .métallique ,
eu traitant, comme nous lavons dit page 116, 40 les
portions des membranes qui seràieut dures , et qui
offriraient une couleur bleuâtre^ *
SYmptômes de V empoisorinement déterminé par le
'vert-de-gris artifcielfVojrez %. 35.)
Lésions de. tissii produites par ce poisoTv:fV.%.fd bisi)
Action du 'vert-de-gris sur V économie animale. -Le com¬
posé dont nous parlons est vénéneux pour l’homme
et pour les chiens, soit qu’il ait :été introduit dans le
Canal digestif , soit qu’il ait été injecté dans les veines.
Lorsqu’il est appliqué sur le tissu lamineux sous-éu-
tané, il se borne à détermiiierl une légère irritation
qui n’est suivie d’aucun accident fâcheux. Il n’est pas
absorbé; les effets, qu’il détermine, et qui amènent
souvent la mort lorsqu’il a été introduit dans le canal
digestif , sont lé résultat de. l’inflammation qu’il occa-
dont nous parlons, fût dissoute’en même temps que l’acetaté^
de cuivre. ’ '
( ^^9 .) • .
sienne, et surtout de laetion sympathique sur le
système nerveux.
Action du vert-de-gris introduit dans le canal diges¬
te apres la mort de l’individu. Le vert-de-gris , appliqué
sur le rectum après la mort, ne détermine aucune trace
d’injlammation., quel que soit le temps qui s’est écoulé
depuis la mort de l’individu; on observe seulement qu’il
augmente l’épaisseur des parties qui ont été eh contact
avec lui , et qu’il les colore en bleu verdâtre. Au con¬
traire, il détermine la rougeur et l’ulcération des
parois des intestins , s’il a été injecté pendant là vie.
Du Deutosulfdte de cuivre. (Vitriol bleu , couperose
bleue.)
Gomment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le sulfate de cuivre ?
65. Sulfate de cuivre sans mélange. Il est solide , crys-
tallisé ou en poudre , d’une couleur bleue s’il contient
de l’eau , tandis qu’il est blanc et pulvérulent s’il a été
desséché eii le faisant chauffer dans un creuset : sa sa¬
veur est âcre , métallique , styptique : il est inodore.
L’acide sulfurique concentré versé sur le sulfate de
cuivre réduit en poudre , ne produit aucun phéno¬
mène sensible, ce qui n’a pas lieu avec l’acétate du
même métal. ( Voyez § 63.) Il est très - soluble dans
l’eau : la dissolution concentrée se comporte avec la
potasse, la soude , l’ammoniaque , l’hydrocyanate de
potasse et de fer (prussiate), l’acide hydrosulfurique
les hydrosulfates, l’arsénite de potasse, le phosphore
et le fer comme l’acétate de cuivre dissous dans une
petite quantité d’eau. ( Voyez %6'à. ) h’ eau de baryte.
- ( 120 )
versée dans cette dissolution la décompose et y fait
naître un précipité d’un blunc bleuâtre très -abon¬
dant, composé de deutoxyde de cuivre hydraté bleu
et de sulfate de baryte blanc; aussi suffit-il d’ajouter
à ce précipité quelques gouttes d’acide nitrique pur
pour opérer la dissolution du deutoxyde de cuivre (il
se forme du deutonitrate de ciiivre bleu) , et il reste
du sulfate de baryte blanc : ce caractère peut servir à
distinguer le sulfate de cuivre de l’acétate, du nitrate,
et de l’bydrochlorate du même métal. Si la dissolution
aqueuse de sulfate de cuivre était tres-ètendue ^ on la
reconnaîtrait en y versant de l’hydrosulfate de potasse,
de 1 ammoniaque et du prussiate de potasse ; le premier'
de ces réactifs la colorerait en brun clair, et laisserait
déposer, au bout d’un certain temps, du sulfure de
cuivre noir ; 1 ammoniaque lui communiquerait une
couleur bleue sans y occasioner de précipité ; enfin le
prussiate de potasse la colorerait en rouge , et on ob-
au bout de quelques heures un précipité brun-
marron ( vof. page III ). La potasse et la soude ne
précipitent point la dissolution de' sulfate de cuivre
très-étendue.
Sulfate de cuivre dissous et mêlé avec des liquides qui
ne l ont point décomposé ^ ou qui ne Vont décomposé
qu en partie ; tels sont le vin, le décoctum de café, les
liquides vomis. Tout ce que nous ayons établi pages
Ii3 et ii6 , relativement à la difficulté de découvrir
par les réactifs le vert-de-gris qui aurait été mêlé à ces
sortes de liquides, trouve ici son application ; le même
procédé doit être mis en usage.
Nous remarquerons de nouveau que la présence du
( I2I )
cuivre métallique suffit pour affirmer qu’il y a une pré¬
paration de ce métal dans la matière soumise à l’analyse;
mais qu’elle est insuffisante pour prouver que cette
préparation est du sulfate de cuivre : peu importe; le
point essentiel est de constater l’existence d’un com¬
posé cuivreux. Quelques auteurs , il est vrai *, ont con¬
seillé de traiter les matières suspectes par l’hydrochlo-
rate de baryte dissous , et de prononcer qu’il y avait
du sulfate de cuivre , si on obtenait un précipité blanc
de sulfate de baryte insoluble dans l’eau et dans l’acide
nitrique ; mais il suffit de réfléchir un instant pour
s’apercevoir combien ce caractère est peu concluant ;
en effet les matières alimentaires contiennent souvent
des sulfates de soude , de chaux, etc. , qui donnent ,
avec 1 hydrochlorate de baryte , un précipité blanc de
sulfate de baryte.
Symptômes et lésions de tissu développés par le sul~
fate de cuivre. ( Koy. § 35 et 6. ) -
Action de ce sel sur V économie animale. Il irrite for¬
tement les tissus avec lesquels il est mis en contact ;
il agit comme le vert-de-gris lorsqu’il est introduit
dans 1 estomac ; mais il est beaucoup plus énergique.
S il a été appliqué sur le tissu lamineux sous-cutané,
il est absorbé et porte son action meurtrière d’abord
sur la membrane muqueuse de l’estomac , puis sur
celle du gros intestin ; la lésion de cet organe n’est
sensible que lorsque la mort n’est pas très-prompte.
T>u Sulfate de cuivre ammoniacal.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu heu par le sulfate de cuivre ammoniacal ?
( 122 )
66. Il est ordinairement liquide, d’une couleur-
bleue intense , et d’une odeur ammoniacale 5 il verdit
le sirop de violettes ; mis en contact avec l’eau de ba¬
ryte, il se comporte comirtie le sulfate de cuivre; la
dissolution d’oxyde de blanc d’arsenic y fait naître
sur-le-champ un précipité vert composé d’oxyde d’ar¬
senic et de deutoxyde de cuivre, tandis que le sul¬
fate de cuivre ne fournit ce précipité qu’au bout de
vingt ou vingt-cinq minutes ; les hydrosulfates , le
prussiate de potasse , le fer et le phosphore a^ssent
sur lui comme sur le sulfate de cuivre ; la potasse et
la soude le décomposent , en dégagent l’ammoniaque ,
et précipitent du deutoxyde de cuivre bléu.
Du Deûtonitrate de cuivre.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu ^ar le nitrate dè cuivre ?
67. Le nitrate de cuivre est solide, pulvérulent ou
cristallisé , inodore et d’une belle couleur bleue : sa
saveur est âcre et très-caustique. Lorsqu’on le met sur
des charbons ardens , il se dessèche ; bientôt après,
l’acide nitrique se décompose, cède de l’oxygène au
charbon, et il reste du deutoxyde de cuivre; .cette
décomposition a lieu avec détonation et avec scin¬
tillation. L’eau dissout le nitrate de cuivre à toutes
•les températures. Si la dissolution est concentrée , elle
se comporte avec les hydrosulfates , la potasse , la
soude , l’eau de baryte , l’ammoniaque , le prussiate de
potasse , la dissolution d’oxyde d’arsenic dans la po¬
tasse, etc., comme l’acétate de cuivre dissous {^'voy.
§ 63 lorsqu’on la mêle avec de l’acide sulfurique
( 123.)
concentré, elle est décomposée 5 cet acide s empare du.
deutoxyde de cuivre , et il se dépose des cristaux de
sulfate de cuivre. SWa, dissolution aqueuse de ce nitrate
était tres-étendué , on la reconnaîtrait aux caractères
suivans que nous avons indiqués à l’occasion du sul¬
fate de cuivre très-étendu. ( Fdjr- § 65 .)
' Syjnptômes et lésions de tissu développés par ce poison.
Ils sont analogues à ceux que déterminent les autres
préparations cuivreuses, S 35 ét 6.)
Du Cuivre ammoniacal.
Comment peut -on reconnaître l’empoisonnement
produit par ce corps ?
68. Le cuivre ammoniacal est formé d’ammoniaque
et d’oxyde de cuivre. Il est liquidé, d’un bleu foncé
et d’une odeur ammoniacale ; il est précipité comme
le sulfate de cuivre par les hydrosulfates solubles , le
prussiate de potasse , l’arsénite de potasse , la potasse
et la soude ; l’eau de baryte y fait naître un précipité
de deutoxyde de cuivre bleuâtre , entièrement soluble
dans l’acide nitrique pur , caractère qui ne permet
pas de confondre le liquide dont nous parlons avec le
sulfate de cuivre ammoniaeal. ( Wojrez %, 66 .)
QUINZIÈME LEÇON.
Des Préparations d’argent.
Du Nitrate d’argent.
Comment peut - on reconnaître l’empoisonnement
par le nitrate d’argent ?
Pour résoudre cette question d’une manière, eom-
( 124 )
plète , nous devons examiner ; !« le nitrate d’argent
solide , contenant de l’eau ; 2® le même sel dissous
dans une quantité d’eau variable; 3® la pierre in¬
fernale ou le nitrate d’argent solide, privé d’eau*
4® le nitrate d’argent dissous et mêlé avec des liquides
qui ne le décomposent point, ou qui ne le décom¬
posent qu’en partie; 5® le nitrate d’argent dissous et
entièrement décomposé par des substances animales ,
ou par les hydrochlorates qui font partie de ces subs¬
tances ; 6° le nitrate d argent décomposé par les tissus
du canal digestif.
69. lo Nitrate d’argent solide contenant de Veau. Il
est blanc , crystallisé en lames minces ou pulvérulent ,
inodore , et doué d’une saveur amère , âcre , très-caus¬
tique. Réduit en poudre et mêlé avec de l’acide sul¬
furique concentré , il est décomposé ; il se foi’me du
sulfate d’argent, et il se dégage des vapeurs blan¬
ches d’acide nitrique. Si on le met sur des char¬
bons ardens , il se boursoufle , se dessèche et se dé¬
compose ; l’acide nitrique cède une portion de son
oxygène au charbon qui brûle avec plus d’éclat, et il
se dégagé du gaz acide nkreux d’un jaune orangé;
d’oxygène de Toxyde d’argent se porte également sur
le charbon, et l’argent métallique mis à nu reste sur
le charbon avec tout le brillant qui le caractérise. Il
se dissout rapidement dans l’eau distillée, et la disso¬
lution jouit de propriétés caractéristiques que nous
allons faire connaître.
2° Nitrate d argent dissous dans Veau. Dissolution
concentrée. Elle est transparente, incolore, inodore,
et douée d une saveur amère , âcre , très-caustique ;
( 125 )
elle tache la peau en violet. La potasse et la soude à
l’alcohol dissoutes dans l’eau distillée^ en précipitent
de l’oxyde d’argent olive , entièrement soluble dans
l’acide nitrique pur ; il en est de même de l’eau de
chaux préparée avec de la chaux pure et de l’eau dis¬
tillée. L’ammoniaque ne la trouble point le plus ordi¬
nairement ; quelquefois cependant, elle y détermine un
léger précipité, blanc , soluble dans quelques gouttes
du même alcali ; il se forme , dans* ce cas , du nitrate
d’argent ammoniacal soluble. L’acide hydrosulfurique
et les hydrosulfates la décomposent , et il se produit
du sulfqre d’argent noir, insoluble. ( Voyez page ni
pour la théorie. ) L’acide hydroqhlorique et les hy¬
drochlorates y font naître un précipité blanc ^e’chlo-
rure d’argent ( voyez § 12 pour les caractères de ce
précipité et pour la théorie de sa formation). L’acide
chromique et les chromâtes solubles la décomposent ;
il se produit du chromate d’argent d’un beau rouge
de carmin , insoluble dansîeau. Le sous-phosphate de
soude dissous dans l’eau y détermine la formation d’un
précipité de phosphate d’argent jaune.
Si la dissolution aqueuse de nitrate d'argent était
U'es~etendue^ on la reconnaîtrait en y versant de l’hy-
drochlorate de soude dissous, qui y ferait naître un
précipité blanc de chlorure d’argent : celui-ci, lavé,
desséché et calciné dans un creuset avec de la potasse
caustique, fournirait du chlorure de potassium et de
l'argent métallique,
3® La pierre ir^ernale , ou le nitrate d’argent neutre,
desséché et fondu, est le plus ordinairement sous forme
de cylindres bruns à l’extlfieur, d’une couleur plus
( I26‘ )
claire à l’intérieur, offrant des aiguilles rayonnées
dans leur cassure. L’acide sulfurique, les charbons ar-
dèns et l’eau distillée agissent sur lui comme sur le
nitrate d’argent solide contenant de l’eau. ( V ?jr.. § 6g. )
40 Nitrate d’’ argent dissous et mêlé avec des liquides
qui ne le décomposent point , ou qui né le décomposent
qu’en partie. Lorsque le nitrate d’argent est mêlé avec
des liquides végétaux ou animaux , il est quelquefois
impossible de démontrer sa présence par les réactifs
énumérés § 69 ; ainsi du vin rouge contenant un
dixième de son volume de dissolution de nitrate d’ar¬
gent , fournit avec le phosphate de soude un précipité
violacé,. au lieu d’un précipité jaune : l’infusion de thé
contenant un quinzième de son volume de dissolution
de nitrate d’argent, passe successivement au jaune,
au rouge et au noir sans perdre de sa transparence,
et l’acide hydrochlorique , versé dans ce mélangé ,
fournit un précipité jaune au lieu d’un précipité blanc.
Pour démontrer la présence de l’argent dans de pareils
liquides , on verse de i’hydrochlorate de potasse ou de
soude qui y font naître un précipité blanc de chlorure
d’argent : si, après avoir lavé et desséché ce précipité,
on le mêle avec de la pierre à cautère (potasse à la
chaux) , et qu’on le fasse rougir pendant quelques mi¬
nutes dans un creuset, on le décompose, et on obtient
de l’argent métallique et du chlorure de potassium :
il suffit de traiter ce mélangé par l’eau pour dissoudre
ce chlorure ; alors on aperçoit l’argent au fond du vase.
5° Nitrate d’argent dissous ét entièrement décomposé
par des substances animales^.ou par les hydrochlorates
qui font partie de ces substances. Ces matières sont
(.127)
Falbumine, le lait, le bouillon, la bile, les liquides
vomis, etc. En supposant que la décomposition du ni¬
trate d’argent ait été complète, on ne doit plus trouver un
atome de ce sel dans le liquide "qui surnage les matières
solides ; il faut donc exprimer celles-ci dans un linge
fin, les dessécher et les calciner dans un creuset avec
de la potasse : au bout d’un quart d’heure d’une cha-^
leur rouge, on obtiendra de l’argent métallique au
fond du creuset, si le nitrate de ce métal a été employé;
du reste on parviendra à séparer l’argent en' em¬
ployant le procédé que nous avons indiqué page 1 17 ,
en parlant du cuivre.
6» Nitrate d’argent décomposé par les tissus du canal
digestif. On desséchera et on calcinera, cqmmé nous
venons de le dire , les portions des tissus ulcérées et
scarifiées : on en obtiendra de l’argent métallique.
Symptômes de V empoisonnement par le nitrate d’ar¬
gent. {^Voy.%
Lésions de tissu développées par le nitrate d’argent.
Le nitrate d’argént est susceptible de déterminer les
diverses altérations dont nous avons parlé § 6. Il ré¬
duit quelquefois en bouillie la membrane muqueuse
de l’estomac; mais on remarque qu’il produit souvent,
lorsqu il a été pris à l’état solide, plusieurs eschares d’un
blanc grisâtre ou d’un noir très-foncé.
Action du nitrate d’argent sur l’économie animale.
Injecté dans les veines d’un animal, à la dose d’un demi
grain ou de trois quarts de grains , ce sel détruit immé¬
diatement la vie, en agissant sur les poumons et sur
le système nerveux. S’il est introduit dans l’estomac
ou dans, les intestins , à la dose de trente-six à quarante
( 1^8 )
grains, il détermine une inflammation plus ou moins
considérable susceptible d’o'ccasioner la mort au bout
de quelques jours ; tout porte à croire qu’il n’est pas
absorbé dans cette circonstance. Enfin il se borne à
brûler le tissu lamineux sous -cutané, la. peau et les
mûscles, si on l’applique sur l’un ou l’autre de ces
tissus J en sorte qu’il peut être employé , comme caus-
tique,avecbeaucoup de succès et sans aucun danger.
§ VI. — Des Préparations antimoniales.
Les préparations antimoniales dont nous croyons
devoir faire méntion dans cet article sont : le tartrate
de potasse et d’antimoine, le kermès, le soufre doré,
les oxydes d’antimoine, le beurre d’antimoine et les
hydrochlorates de ce métal.
Bu Tartratre acide de potasse et d' antimoine (émétique,
tartre stibié).
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par ce sel?
La résolution de ce problème ne sera complète
qu’autant que nous aurons indiqué les moyens de re¬
connaître le tartrate de potasse et d’antimoine à l’état
solide; 2® dissous dans une quantité d’eau variable;
3® dissous dans l’eau et mêlé avec des liquides qui ne
l’ont point décomposé ou qui ne Font décomposé qu’en
partie ; 4° à l’état solide uni à diverses substances mé¬
dicamenteuses solides; 5® combiné avec des alimens
ou des médicamens liquides ou solides qui en ont
opéré la décomposition ; 6® décomposé par nos organes
et mtimément combiné avec les tissus du canal digestif.
( 129 )
yo. 1°. Tartrate acide dépotasse et antimoine soiidè.
Il est blanc, crystallisé ou en poudre , inodore, et doué
d’une saveur âpre légèrement métallique. Lorsque après
l’avoir réduit en poudre on le met sur des charbons
ardens, il fait entendre un léger bruit (il décrépite),
puis se décompose; l’acide tartarique qui entre dans
sa composition et qui est formé d’oxygène , d’hydro¬
gène et de carbone, fournit plusieurs produits vola¬
tils et beaucoup de charbon ; les premiers se dégagent
dans l’air soUs forme de funiéè blanche ; le charbon
décompose l’oxyde d’antimoinè faisant partie de l’émé-
tiqüe, et s’empare de son oxygène avec lequel il forme
de l’acide carbonique ; d’où il résulte cpieX antimoine
métallique est mis à nu, et en effet ce métal reste
appliqué sur le charbon : il en est de même de la po-
towe provenante du tartraté de potasse et d’antimoine
décomposé. On reconnaîtra que le métal obtenu est de
1 antimoine aux caractères suivans:^. Il est solide ,
d’un blanc bleuâtre, cassant , et facile à pulvériser;
si on le fait bouillir. avec de l’acide nitrique il s’em¬
pare d’une portion d’oxygène de cet acide, se trans¬
forme en deutoxyde qui lié se dissout point dans l’a¬
cide, et qui reste au fond dé la fiole çous forme d’une
masse blanche terne; C, le deutoxyde dont nous par¬
lons se dissout à merveille dans l’acide hydrochlorique ,
et fournit un hydrochlorate liquide qui précipite en
blanc par leau, et en rouge orangé parlés hydrosul¬
fates. ( Hydrosulfate d’antimoine , § y3.)
Le tartatre de potasse et d’antimoine se. dissout
aisément dans l’eau distillée : la dissolution jouit d’un
certain nombre de propriétés que nous devons faire
9
(■ )
connaître, et qui, étant réunies aux précédentes, nç per¬
mettent point de confondre ce sel avec aucun autre
corps. ■ , .
^o his. 2° Tartràte acide de potasse et d’antimoine
dissous dans Veau. Dissolution concentrée. %\\e est inco¬
lore, transparente, inodore et douée d’une saveur âpre
métallique; elle rougit l’eau de tournesol, L’eau de
chaux y fait naître un précipité blanc très-abondant^
soluble dans l’acide nitrique et composé de tartrate de
chaux et de tartrate d’antimoine ; la liqueur qui surnage'
le précipité ne contient plus que de la potasse ; d’où il
suit que la chaux s’est emparée de l’acide tartarique
libre et de celui qui était uni avec la potasse. L’eau de
baryte agit de la même manière ; mais le précipité
blanc qui se forme est composé de tartrate de baryte
et de tartrate d’antimoine. La potasse caustique la
décompose et en sépare l’oxyde d’antimoine blanc;
un excès de potasse dissout facilement le précipité.
Les acides sulfurique et nitrique du commerce préci¬
pitent en blanc la dissolution concentrée d’émé¬
tique. L’acide hydrosulfurique et les hydrosulfates
solubles la décomposent et donnent naissance à un
précipité de sous - hydrosulfate d’antimoine jaune
orangé qui passe au. rouge brun si on les emploie en
plus grande quantité. Le déçoctum aqueux , et mieux
encore, Xinfusum alcoholique de noix de galle, déter¬
minent , dans la dissolution dont n^us parlons , la for¬
mation d’un précipité abondant, caillebotté, d’un blanc
sa:le , tirant un peu sur le jaune, dans lequel il est aisé
de démontrer la présence de l’oxyde d’antimoine.
Dissolution aqueuse tres-ètendue. Si la dissolutiôis
- C )
demétique est assez étendue pour ne point précipiter
avec les réactifs, comme nous venons de le dire , oa la
fait évaporer à une douce chaleur jusqu’à ce quelle
soit réduite à- la moitié ou au tiers de son volume ;
alors elle jouit des propriétés qui caractérisent la dis-
/Solution concentrée,
3® Tartrate acide d' anfîMoinè ét de potasse ^ mêlé
avec des liquides qui nè Font point décomposé , ou qui
ne Vont décomposé qu’en partie. Parmi les liquides vé¬
gétaux et animaux dont on fait usage comme aliment,
il en est un certain nombre qui ne décomposent point
là dissolution d’émétique , et qui, étant peu colorés ou
tout-à-fait incblorés , changent à peine la couleur des
précipités fournis par les réactifs que l’on verse dans
la dissolution aqueuse^ On commencera donc par re¬
chercher rémétique qui fait partie des mélanges dont
nous parlons, comme nous l’avons indiqué § 70
si les résultats ne sont pas exactement les memes que
ceux que nous avons annoncés dans lé même parâ-^
graphe, on âitra recours au procédé suivant ; on ver¬
sera dans une partie du mélange suspect, deux ou trois
fois son volume d’alcohol à 36 degrés de l’aréomètre
de Baume , et on agitera ; il pourra se faire qu’au bout
de quelques minutes on obtienne un précipité dont la
nature variera suivant les circonstances. A. Tantôt il
ne sera formé que d’émétique , phénomène qui tient
à ce que l’alcohol s’est emparé de l’eau contenue dans le
mélange , et à l’insolubilité de l’émétique dans cette
liqueur alcoholique : on laissera reposer le précipité : on
décantera la liqueur, on vérsera de l’eau sur le dépôt,
et on obtiendra une dissolution aqueuse d’émétique
c )
que l’on pourra reeonnaître à l’aide des réactifs indi¬
qués § ’jg bis. Pour obtenir les résultats que nous ve¬
nons d’énoncer, il faut, que le mélange contienne une
assez forte proportion d’émétique. .5. Quelquefois le
précipité, au lieu d’être formé par l’émétique seul,
contiendra quelcj^uesruns des principes fesant partie du
liquide végétal ou animal avecdequel l’émétique avmt
été mêlé; c’est ce qui arrivera, nécessairernent lOrsqual
ry aura dans ces liquides des substances insolubles dans
l’alcohol; alors on aura recours au procédé suivant : ori
.versera dans le mélange un excès diij^usum aleoho-
lique de noix de galle j on obtiendra sur-le-champ un
précipité cailleboté qui renfermera tout le protoxyde
d’antimoine de l’émétiquei qui fait partie du mé¬
lange, et le tannin provenant de la noix de galle em¬
ployée : on le laissera reposer , puis on décantera le
liquide surnageant, on mettra le précipité sur un filtre,
et . après l’avoir lavé et desséché, on le mêlera avec
de la: potasse pour le faire rougir dans Un creuset; le
tannin sera décomposé , et fournira du charbon qui
s’emparera de l’oxygène du protoxyde d’antimoine , et
laissera de l’antimoine métallique facile à reconnaître
aux earactères indiqués § 70. Ces résultats suffiront
pour affirmer qu’il y. avait une préparation antimoniale
dans le mélange dont nous nous occupons. '
; Le. procédé que nous, conseillons devrait être mis en
usage s’il s’agissait de découvrir l’émétique, qui aurait
été mêlé avéc du vin : en effet , lorsqu’on ajoute une
partie. de dissolution concentrée d’émétique à dix par-r
ties de vin rpuge , . le liquide fournit un précipité vert
par un excès d’hydrosulfate d’ammoniaque, la noix
( i33 )
de galle le précipite en violet clair, et l’acide sulfu¬
rique en violet foncé , nuances qui sont loin de res¬
sembler à celles que l’on obtiendrait avec la dissolu-r
tiqn aqueuse d’émétique sans mélange.
4° Tartrate acide de. potasse et éC antimoine^ solide
uni a diverses substances médicamenteuses solides. Il
est possible que l’on ait à décider s’il existe de Fémé-
tique dans un médicament solide : or voici les deux
cas qui peuvent se présenter !^. émétique n^ a pas
été décomposé , ou ne Va été qù en partie. On divise le
médicament , et on le fait bouillir pendant un quart
d’heure avec deux onces d’eau distillée : l’émétique
est dissous , et les caractères de la dissolution aqueuse
sont faciles à constater § qo bis'). U émétique a
été entièrement décomposé., ou bien il est fortement retenu
par les substances qui entrent dans la composition du
médicament. Dans ce cas l’ébullition du médicament
dans l’eau est infructueuse pour démontrer sa pré¬
sence ; et l’on doit s’attacher à démontrer que le mé¬
dicament dont il s’agit , contient de l’antimoine : pour
y parvenir on calcinera le mélange dans un creuset
avec du charbon pulvérisé et de, la potasse , et l’on
obtiendra de l’antimoine métallique , dont les carac-^
tères ont été exposés § yo. ^
5° Tartrate acide de potasse et d’antimoine combiné
avec des alimens , ou des médicamens liquides ou solides
qui.en ont opéré la décomposition. Parmi les corps dont
nous parlons, on doit citer particulièrement les sucs
des plantes , les décoctions de certains bois , des ra¬
cines, des écorces , etc. ; la décomposition opérée par
ces liquides est telle , qu’il se forme constamment un
CiM).
précipité composé d‘oxyde d’antimoine, et d’une por¬
tion de matière végétale. On démontrera la présence
de l’antimoine métallique dans ce' précipité par les
moyens indiqués page i33, 4°* II est évident que l’on
devrait agir de la même manière avec les matières
solides 'Vôiriiés , ou avec celles que l’on trouverait dans
le canal digestif après la mort ^ s’il était prouvé que la
portion liquide qui surnage ces matières ne contenait
point la substance vénéneuse.
6“ Taiirate acide de potasse et d antimoine décom-t
posé par nos organes et intimement combiné avec les
tissus du canal digestif. On dessèche les portions du
canal digestif qui sont le siège d’une lésion évidente ,
et l’on agit sur elles comme nous venons de le dire
(5«> ^ ^ ^
Symptômes de l’empoisonnement par Vémétiquet^ voy.
S3i).
7 1 . Lésions de tissu développées par l’emétique. Indé¬
pendamment de l’inflammation plus éu moins vive des
parties avec lesquelles l’émétiqUe a été en contact'^
ce poison détermine encore la phlogose des pounaons
et du canal digestif.
ya. Action de l’émétique sur l’économie animale.
L’émétique doit être regardé comme un poison sus-
ceptible d’occasioner des accidens très-graves et même
la mort : si, dans certains cas assez fréquens, les hommes
et les animaux avalent sans inconvénient de très-fortes
doses d’émétique , cela tient à ce que le sel est rejeté
en totalité dès les premiers efforts du vomissement. Les
effets délétères du poison se manifestent , soit qu’il ait
été injecté dans les veines , dans le canal digestif (si
( i35 )
toutefois il n’est pas entièrement vomi peu de temps
après son introduction dans l’estomac) ou dans les ca¬
vités tapissées par une membrane séreuse, soit qu’il ait
été mis en contact avec le tissu lamineux sous-cutané ou
le tissu propre des organes. Il agit particulièrement en
enflammant les poumons et la membrane muqueuse
qui revêt le canal intestinal depuis le cardia jusqu’à
l’extrémité inférieure du rectum. (Magendie). Il est
évidemment absorbé.
/ ■ \' SEIZIÈME LEÇON. ■
Du kernies minéral ( sous-liydro&ulfate d’antimoine ) et
■ du soi^re doré.
Comment peüt-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le kermès et par le soufre doré ?
y 3. Le kermès est composé de protoxyde d’anti¬
moine et d’acide hydrosulfurique. 11 est solide , d’un
rouge brun plus ou moins foncé, inodore et insoluble
dans l’eau. Lorsqu’on le fait bouillir pendant quelques
minutes avec une dissolution de potasse caustique ,
il est décomposé et transformé en protoxyde d’anti¬
moine et en hydrosulfate de potasse : ce dernier est
soluble, d’une couleur jaunâtre., et tient en dissolu¬
tion Une partie du protoxyde d’antimoine ; la majeure
partie dé cet oxyde se dépose sous la forme d’une
poudre d\un blanc jaunâtre ; si après avoir filtré la
liqueur, composée d’hydrosulfate de potasse et de
protoxyde d’antimoine , oh la mêle avec quelques
gouttes d’acide nitrique , celid-ci s’empare de la po¬
tasse et forme du nitrate de potasse soluble , tandis
( i36 )
que l’acide hydrosulfurique s’unit avec le protoxyde
d’antimoine , et donne naissance à de l’hydrosulfate
d’antimoine rougeâtre qui se précipite. Lorsque après
avoir mêlé le kermès avec son volume de charbon et
autant de sous-carbonate de potasse desséché , on le
fait rougir dans un creuset pendant un quart d’heure
environ , il est déconiposé et fournit de l’antimoine
métallique , dont les caractères ont été exposés § yo. ,
y4- soufre doré ( sous-hydrosulfete sulfuré d’an¬
timoine) est solide, d’un jaune orangé , inodore et
insoluble dans l’eau. Calciné avec du charbon et de la
potasse, il se comporte comme le kermès : la disso¬
lution de potasse agit sur lui comme sur le kermès»
L’action de ces composés sur l’économie animale est
analogue à celle de l’émétique. {Voj. § 72.)
Des Ooojdes d’ antimoine.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonner
ment a eu lieu par les oxydes d’antimoine?
yS. Protoæjde d’ antimoine. Il est solide et blanc ;
mêlé avec du charbon pulvérisé, et calciné dans un
creuset de terre, il cède son oxygène au charbon, et
l’antimoine est mis a nu. {y.% yo pour les caractères de
l’antimoine.) Si on le fait bouillir avec de l’acide ni¬
trique il passe à l’état de deutoxyde blanc, insoluble
dans ce liquide; d’où il suit qu’il enlève de l’oxygène à
l’acide nitrique; aussi celui-ci se trouve transformé
en gaz acide nitreux jaune-orangé , qui se dégage. Il se
dissout dans l’acide hydrochlorique, et fournit un hy¬
drochlorate qui sera décrit § y8,
Deutoocjde dJantimoiné. Il est solide et blanc ; il
( 1^7 )
■ agit sur le charbon et sur l’acide hydrochlorique
comme le précédent; mais il n’éprouve aucune alté¬
ration de la part de l’acide nitrique.
76. Pierre d’antimoine. (Oxyde d’antimoine sulfuré
vitreux.) Le verre d’antimoine est composé de pro¬
toxyde d’antimoine , de sulfure d’antimoine et de silice.
Il est solide, transparent et couleur d’hyacinthe ; il
fournit de l’antimoine métallique comme les précé-
dens lorsqu’on le calcine avec du charbon. Si après
l’avoir pulvérisé on le chauffe pendant quelques
minutes avec de l’acide hydrochlorique , il se dé¬
gage du gaz acide hydrosulfurique 3 et le verre
se dissout en entier, à moins qu’il ne renferme une
trop grande quantité de silice : la dissolution con¬
tient de l’hydrochlorate d’antimoine, dont nous fe¬
rons bientôt connaître les caractères. Théorie. Le pro¬
toxyde d’antimoine qui entre dans la: composition
du verre se dissout dans l’acide hydrochlorique : le
sulfure d’antimoine ( composé de soufre et d’anti¬
moine ) décompose l’eau faisant partie de l’acide,
le soufre s’empare de son hydrogène , et donne nais¬
sance à du gaz acide hydros ulfürique qui se dégage ;
tandis que l’oxygène de l’eaü s’unit à l’àntimoine , et
forme du protoxyde qui se dissout dans l’acide hydro¬
chlorique. Le verre d’antimoine est vénéneux, et agit
à peu près comme l’émétique , § 72.
Du heurre d antimoine (chlorure d’antimoine).
Comment peut-on reconnaîtr e que l’empoisonne -
ment a eu lieu par le beurre d’antimoine?
77. Lebeurre d’antimoine (chlorure d’antimoine) est
(1.38)
épais, d’une consistance graisseuse, incolore, demii
transparent, très- caustique , eft fusible au-dessous de la
température de l’eau bouillante. Lorsqu’on le met en
contact avec l’eau , il se transforme en sous-hydrocblo-
rate d’antimoine blanc , insoluble dans l’eau ; d’où il
suit que l’oxygène de l’eau se combine avec i’anti,-
môine du chlorure , tandis que l’hydrogène s’unit avec
le chlore pour donner naissance à de l’acide hydro-
chlorique. te sous - hydrochlorate produit se dissout
l’acide hydrochlorique , et forme de rhydrochlorate
d’antimoine dont nous allons exposer les caractères.
Le beurre d’antimoine agit comme un irritant très-
énergique, mais il n’est pas absorbé.;
lies Hjdrochloraies antimoine.
Comment peut -on reconnaître l’empoisonnement
déterminé par ces hydrochlorates ?
78. Il existe deux hydrochlorates d’antimoine; dans
l’un le métal y est à l’état de protoxyde ; l’autre contient
du deutoxyde. La dissolution de ces hydrochlorates est
acide , et roiigit l’eau de tournesol; elle est transparente
et douée d’une saveur caustique. La potasse, la soude et
l’ammoniaque en précipitent l’oxyde d’antimoine blanc.
L’eau la décompose, et y fait naître un précipité blanc
de sous-hydrochlorate d’antimoine , tandis qu’il reste
dans la liqueur un sur-hydroohlora te ou un composé
de beaucoup d’acide hydrochlorique et d’une jaetite
quantité d’oxyde d’antimoine. L’acide hydrosulfurique,
les hydrosulfates et la noix de galle agissent sur elle
eomme sur le tartrate acide de potasse et d’anti-
mome dissous. {F'ojez % yoèis.) Le nitrate d’argent la
( i39 )
décompose et y fait naître un précipité blanc, composé
dé chlorure d’argent et d’oxyde d’antimoine ; lorsqu’on
verse de l’acide hydrochlorique sur ce précipité, l’oxyde
d’antimoiné est dissous et le chlorure d’argent reste.
De lEmétine,
Comment peut -on reconnaître que l’empoisonne-
naent a eu lieu par l’émétine ?
79. L’émétine est un alcali végétal découvert par
M. Pelletier dans Tipécacuanha, et composé d’oxygène ,
d’hydrogène et de carbone (i). Il est solide , blanc ,
pulvérulent , légèrement amer ét très-peu soluble dans
l’eau , quoiqu’il se dissolve plus facilement que la mor¬
phine et la strychnine. Mi$ sur les charbons ardens il
se tuméfie , se décompose à la manière des substances
végétales q^ui ne contiennent point d’azote, et laisse
un charbon très-léger et spongieux. Il n’attire point
1 humidité de l’air. Tous les acides minéraux le dis¬
solvent , et forment des sels dont là noix de galle pré¬
cipite des flocons abondans d’un blanc sale. L’acide
nitrique concentré ne le fait point passer au rouge ^
comme cela à lieu pour la morphine, la strychnine et
la brucine. Il se dissout très-bien dans l’àlcohol , et la
dissolution rainene au bleu le papier de tournesol rougi
par ün aciâè. Il est peu soluble' dans l’éther. L’action
dè 1 émetine sur l’économie animale est en tout sem-
(i) L’émétine décrite pour la première fôis par MM. Pel¬
letier et Magendie , est nn composé d’émétinè , d’un acide
et d’une matière colorante. M. Pelletier est parvènû dans
ces derniers temps à séparer de ce sel l’émétine pure.
( i4o )
blable à celle Qu’exerce le tartrate de potasse et d’an¬
timoine. ( Vojr. § 72, )
§ -v:!!. — Des préparations de bismuth.
Les préparations de bismuth dont nous croyons
devoir nous occuper sont le nitrate et le sous-nitrate
(blanc de fard.)
Du nitrate de bismuth.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le nitrate de bismuth .î*
80 . Le nitrate de bismuth est solide., blanc, crystallisé
ou en poudre, inodore, doué d’une saveur styptique,
caustique, désagréable. Mis sur les charbons ardens , il
se boursoufle et se décompose ; il se dégage du gaz
acide nitreux jaune-orangé , et il reste sur les charbons
de l’oxyde jaune de bismuth. Lorsqu’on verse de l’acide
sulfurique concentré sur ce nitrate pulvérulent , il se
dégage des vapeurs blanches d’acide nitrique , d’où il
suit que le nitrate est décomposé. Traité par l’eau dis¬
tillée , il se partage en deux parties bien distinctes : A,
l’une soluble est du nitrate acide; B , l’autre insoluble
est du sous nitrate (blanc de fard.)
A. Dissolution concentrée de nitrate acide. Elle est
incolore, transparente, inodore, douée de la même
saveur que celle du nitrate , et rougit l’eau de tourne¬
sol. L’acide hydrosulfurique et les hydrosulfates la dé¬
composent, et y font naître un précipité noir de sulfure
de bismuth ; d ou il suit que 1 hydrogène du réactif se
combine avec l’oxygène de l’oxyde de bismuth , tandis
que le. métal s unit au soufre de l’acide hydrosulfurique.
( i40
L’ammoniaque, la potasse et la soude s’emparent de
l’acide, et en précipitent l’oxyde blanc hydraté ; il suffit
de mêler cet oxyde avec du charbon pulvérisé, et de
faire rougir le mélange pendant vingt ou vingt-cinq
minutes dans un creuset pour le décomposer, et obtenir
le bismuth métallique (i). U eau distillée, versée en
grande quantité dans cette dissolution , n’occasionne
point de changement remarquable d’abord 5 mais au
bout de quelque temps la liqueur se troublé, et il se
dépose du sous -nitrate de bismuth blanc : la liqueur
contient alors du nitrate trés-açide de bismuth ; d’où*
il suit que l’eau a décomposé la dissolution : pres-
qiie tout l’acide est rèsté dans la liqueur avec un peu
d’oxyde, tandis que la majeure, partie de l’oxyde s’est
précipitée avec un peu d’oxyde.
Dissùlution très- acide , par conséquent très-éten¬
due mYrate de bismuth. Elle se comporte avec la
potassé , l’ammoniaque , l’acide hydrosulfurique et les
hydrosulfates, comme la dissolution concentrée; elle
rougit fortement l’eau de tournesol : l’eau distilléé «<2 la
trouble point. . . . ■
Dissolution de nitrate plus ou moins acide de his-
inuth, pielee avec dés lupuides végétaux ou animaux, qui
ne V ont point décomposée. On ne connaît qu’un très-
petit nombre de liquides qui jouissent de la propriété
de former avec ce sel des mélanges solubles; par consé-
(i) Le bismuth est solide, d’un blanc jaunâtre, lamélleux ,
brillant , fragile et très-fusible ; il se dissout aisément dans
i’àcide nitrique: chauffé avec le contact de l’air, il absorbe
1 oxygène et passe à l’état d’oxyde jarme anhydre.
( i4a )
«juentj la résolution de çe problème fera rarement
l’objet des recherches médico-légales. Lorsqu’il faudra
prononcer sur un cas de ce genre, on versera dans la
liqueur les réactifs dont nous venons de parlér; s’ils
se comportent comme nous l’avons dit, on affirmera
quelle renferme une préparation de bismuth. Dan s^
le cas contraire, on la précipitera par un excès d’hy¬
drosulfate de potasse, et le sulfure déposé sera desséché
et calciné avec de la potasse dans un creuset ; par ce
moyen, on obtiendra du sulfure de potasse et du bis~
muth métallique. . ...
• Dissolution de nitrate plus ou moins acide de bismuth ^
inÀlée avec des substances qui Vont décomposée.
substances sont le vin , l’albumine, le lait, là bile, les
matières des vomissemens , celles que l’on trouve dans'
le canal digestif après la mort, enfin, les tissus qui
composent les organes avec lesquels le sel a été en
contact. Les résultats de cette décomposition peuvent
varier : tantôt , le sel a été entièrement décomposé, et
tout l’oxyde précipité; plus rarement, la décomposi¬
tion n’a été que partielle, et le liquide qui surnagé le
précipité contient encore une portion du nitrate que
l’on peut découvrir, comme il a été dit § %o. J. Quoi
qu’il en soit, si le procédé que nous conseillons ne
suffit point pour démontrer l’existence du poison , on
évaporera la matière suspecte, on la desséchera , on la
mêlera avec de la potasse , et on la calcinera dans un
creuset pour obtenir le bismuth métallique , dont la
présence prouvera l’existence d’un poison de cette
espèce, ;
B. Sous-nitrate de bismuth (blanc de fard), llestso-
( x43 )
lide, blanc, floconneux, ou sous forme de- paillettes
nacrées; il est inodore et insoluble dans l’eau. Il se
dissout à merveille dans l’acide nitrique, dont la tem¬
pérature est un tant soit peu élevée, et donne du ni¬
trate acide dont lés caractères ont été exposés §,8o.
Mis sur les charbons ardens , il se décompose et fournit
du gaz acide nitreux reconnaissable à son odeur , et de
l’oxyde jaune de bismuth. L’acide sulfurique concentré’
le décompose , et en dégage l’acide nitrique sous forme
de vapeurs blanches. Mêlé avec du charbon pulvérisé
et calciné pendant demi-heure dans un creuset chauffé
jusqu’au rouge, il cède son oxygène au charbon, et
laisse du bismuth métallique.
■ Blanc de fard mêlé avec de la faHne.{V'oy-ez Falsifi¬
cation de la farine, à la fin de ce tome). . /
Symptômes et lésions de tissu déterminés par le- ni¬
trate de bismuth, ( Voy, § 35 et d. )
Action de ces composés sur V économie animales Le;
nitrate et le sbus-nitrate de bismuth irritent et enflam¬
ment les tissus avec lesquels on les met en contact ; il
est probable que les accidens qu’ils déterminent , et qui
amènent souvent la mort , sont le résultat de cette in¬
flammation et de l’excitation sympathique du système
nerveux : toutefois , quelques faits sembleraient an¬
noncer qu’une partie de ces poisons pourrait être len-
tepient absorbée , et porterait son action meurtrière sur
le cœur.
( i44 )
g- yiii. — Des Préparations d’or.
De l’Hfdrochlorated’ar (pmïiiiXe).
Comment peut -on reconnaître l’empoi&onnement
par riiydrocliloratei d’or?
Si.Pour résoudre ce problème d’une manière con¬
venable, nous devons indiquer les moyens de recon¬
naître l’hydrochlora te d’or 1° à l’état solide ; 2® le même
sel dissous dans une quantité. d’eau variable ; 3°; dissous
et mêlé avec des liquides qui ne le décomposent point,
ou qui ne le décomposent qu’en partie 5 4® dissous et
décomposé par des matières liquides ou solides. /
- I® Hydrochlorate acide d’or a Vétat solide. Pi. est en
masse ou sous forme d’aiguilles d’un jaune, foncée
douées d’une saveur fortement styptique ; l’acide sul¬
furique concentré le décompose, et en dégage des va-
peürs blanches épaisses d’acide hydrochlorique; lors¬
qu’on le met sur les charbons ardens, il fournit de
Xor .métallique , du gaz acide hydrochlorique et du
chlore; il est - déliquescent et excessivement soluble,
dans l’eau : sa dissolution aqueusé jouit de propriétés
caractéristiques que nous allons faire connaître.
. oll ..Hydrochlorate acideid’ or dissous dans l’eau. Disso-.
lutionconcèntrée. Elle est transparente, d’un j aune foncé,
et d’une saveur styptique; elle rougit l’eau de tour¬
nesol, et tache la peau en pourpre. La potasse et le.
prussiate de potasse ( hy drocyanate ) ne la troublent
point à la température ordinaire : le premier de ces
réactifs y fait naître cependant un précipité d’oxyde
brun noirâtre , si elle n’est pas très-acide , et qu’on élève
( i45 ) :
sa température jusqu’au degré de rébullition. L’am¬
moniaque en sépare des flocons d’un jaune rougeâtre,
qui passent au jaune serin, si on y ajoute une plus
grande quantité d’alcali volatil. Les hydrosulfates so¬
lubles la décomposent , et en précipitent du sulfure
d’or d’une couleur de chocolat foncé. Le protosulfate de
fer, dont 1 oxyde est très-avide d’oxygène, décompose
cet hydrochlorate, s’empare de l’oxygène de l’oxyde
d’or pour passer à l’état de deuto ou de tritosulfate de
fer soluble , et l’or se précipite sous la forme d’une
poudre brune, susceptible de prendre par le frottement
tout l’éclat qui le caractérise : en outre, on voit à la
surface du liquide des pellicules d’or excessivement
minces. L’hydrochlorate acide d’or est décomposé par
le nitrate d’argent qui transforme l’acide hydrochlo-
rique en chlorure d’argent insoluble ; le précipité que
l’on obtient est d’une couleur rougeâtre.
Dissolution aqueuse d’hjdrochlorated' or tres-étendue.
Elle est transparente, d’un jaune clair; les hydrosul¬
fates y font naître un précipité brun, composé de soufre
et d’or ; si après avoir lavé et desséché ce précipité on
le fait chauffer avec de la potasse solide, on obtient
du foie de soufre et de l’or métallique.
S® Hjrdvochlorate d^ or dissous et mêlé avec des liquides
qui ne le décomposent point, ou qui ne le décomposent
qu en partie. Nous répétons ici ce que nous avons déjà
établi tant de fois pour d’autres poisons , savoir, qu’il
est impossible de déceler au moyen des réactifs la pré¬
sence de 1 hydrochlorate d’or mêlé avec des liquides
colorés, tels que le vin rouge, le décoctum de café, etc.
Dans ce cas , on aura recours au chlore concentré qui
( .46 )
décolorera le vin et le café; on. laissera reposer le
précipité de chlore et de matière végéto-animale qui
se formera, et on filtrera : la liqueur se compor¬
tera avec l’ammoniaque, le protosulfate de fer, etc.,
comme nous l’avons dit en parlant de la dissolution
d’or. Toutefois, ces menstrues ne fourniraient point
de précipité, si la liqueur était trop affaiblie : dans
ce cas il faudrait la concentrer par l’évaporation.
Si les liquides, mêlés avec rhydrochlor'ate d’or ,
n’étaient point susceptibles d’être décolorés par le
chloi’e, et que les précipités fournis par les réactifs
ne fussent point dé naturé à permettre de conclure à
l’existence de ce sel, on devrait avoir recours au pro-'
cédé suivant.
4° Hydrochlçrate d’or dissous et décomposé par des
matières liquides ou solides. L’albumine , la gélatine , le
lait, les fluides contenus dans l’estomac, la bile, plu¬
sieurs substances végétales astringentes, les matières
vomies , etc. , décomposent le sel dont nous parlons , et
le transforment en un produit insoluble; d’où il suit
que dans certaines circonstances il est impossible de
Constater sa présence dans le liquide qui fait partie de.
la matière suspecte : alors on doit évaporer celle-ci dans
une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle soit dessé¬
chée, puis on doit calciner le résidu dans un creuset;
quelques minutes d’tine chaleur rouge suffiront pour
décomposer le nouveau produit qui s’était formé; et
pour obtenir de l’or métallique mêlé à du charbon;
que l’on séparera comme nous l’avons dit en parlant
du cuivre page 117 ). On devrait agir de la
même manière avec les tissus du canal digestif, dans
^ )
le cas où les essais qui auraient été tentés pour dé¬
couvrir le poison seraient infructueux. ,
Symptômes et lésions de tissu produits par 1’ hydro-
chlorate d’or. Appliqué sur les gencives sous forme de
frictions et à la dose d’un dixième de grain, l’hydror
chlorate d’or augmente la transpiration cutanée et la
sécrétion de l’urine; si la dose est plus forte , il occa¬
sionne une fièvre plus ou moins .intense , et peut don-?
ner lied à l’inflammation de tel ou de tel autre , organe
(■Ghrestien) . Introduit dans l’.estomac , il agit comme les
poisons irritans ( voy. § 35 ) ; mais alors son action est
beaucoup moins intense que celle du sublimé corrosifr
A l’ouverture des cadavres oh trouve le plus souvent la
membrane muqueuse de l’estomac d’une couleur rosée,
offrant çà et là plusieurs petits ulcères. Il est très-
vénéneux lorsqu’il est injecté dans les veines , et il pa¬
raît occasioner la mort en agissant sur les poumons.
§ IX. — Des préparations de Zinc.
Du Surate de zinc.
82.1° Sulfate de zinc du commerce a l’état solide. Il est
sous forme de masses blanches, souvent tachées de
jaune (i), inodores, d’une saveur âcre, styptique, sans
action sur 1 acide Sulfurique, concentré , et fournissant
du zinc métallique , lorsque après les avoir mêlées avec
de la potasse et du charbon pulvérisé , on les fait rougir
pendant une demi-heure dans un creuset. Ce sulfate
(i) Le sufate de zinc du coinmerce contient toujours du
sulfate de fer et quelquefois du sulfate de cuivre.
(i48)
se dissout très-bien 'dans l’eau froide, et la dissolution
jouit de propriétés qui la caractérisent. Le sulfate de
zinc solide et diffère du précédent: i®par sa belle
couleur blanche ; 2® parce qu’il est le plus souvent cr js-
tallisé en prismes à quatre pans ^ 3*!* par les propriétés
dé sa dissolution aqueuse.
a® Sulfate de zinc du commerce dissous dans Veau.
Dissolution concentrée. Elle est incolore, ou légèrement
jaunâtre, douée daine saveur styptique , inodore et
Tougit l’eau de tournesol. L’ammoniaque en sépare
l’oxyde d’un blanc 'verdâtre^ que l’on peut facilemént
rédissoudre dans un excès d’alcali , et qui ne change
point de couleur à l’air ; si , au lieu d’en opérer la dis¬
solution, on le dessèche et qu’on le calcine avec du
charbon à une température très-élevée , on obtient du
zinc métallique. Le prussiate dépotasse (hydrocyariate)
la précipite en bleu foncé, et les hydrosulfates en noir:
L’infusion alçoholique de noix de galle y fait naître un
précipité d’ün violet foncé. L’hydrochlorate de baryte
y occasionne un préeipité blanc copiposé de sulfate de
baryte et d’oxydè de zinc ; lorsqu’on traite ce préci¬
pité ppl’acide nitrique pur j l’oxyde de zinc est dissous,
ét il reste du sulfate de baryte blanc. Sulfate de zinc
exempt dé fer) dissous dans leau.W est incolore,
et précipite en blanc par raramoniaque ; l’oxyde se
comporte à l’air, avec le charbon et avec un excès
d’ammoniaque, comme nous venons de le dire en par¬
lant du sulfate de zinc du commerce; le prussiate de
potasse le précipite en hlanc^ et les hydrosulfates en
blanc légèrement jaunâtre'^ l’infusion alçoholique de
noix de galle lui communique un aspect laiteux sans
(149.)
y occasioner de précipité; Thydrochlorate de Jaaryte
agit sur lui comme sur le sulfate du c.ommerce.
3® Sulfate de zinc mêlé avec des liquides qui ne le dé¬
composent point ^ ou qui ne le décomposent qu’en parties
Les réactifs dont nous venons de parler suffiront pour
démontrer la présence du sulfate de zinc , si les lir
quides avec lesquels il est mêlé sont incolores ; au con¬
traire ils seront insuffisans , s’il a été uni à du vin j.à du
café, etc.: dans ce cas, on aura recours au chlore con-
(çentré qui décolorera ces boissons ; on filtrera la li¬
queur, et on verra quelle précipite par les réactifs, à
peu près comme le fait le sulfate de zinc dissous dans
l’eau. Si on avait lieu de soupçonner que le liquide fil¬
tré fût trop étendu, on le concentrerait au moyen de
l’évaporation, pour que l’action des menstrues devînt
plus énergique.
- 4® Sulfate de zinc dissous et décomjtosé par des fna-
tiêres solides ou liquides. L’albumine , la, gélatine, le
lait , la bile ,- les sucs ^ de l’estomac, etc., peuvent dé¬
composer le sulfate de zinc, et le transformer en un
produit insoluble : cest en vain qu’on le chercherait
alors dans le liquide faisant pârtie de la matière suspecte.
Il faut s’attacher dans ce cas à démontrer la présence
du zinc métallique, en desséchant et en calcinant dans
un creuset les matières dont on peut disposer , après
les avoir mêlées avec de la potasse et du charbon;
cette opération n’est suivie de succès qu’àutant que la
température du creuset est très-élevée, et que l’on
-chauffe pendant long-temps. On agirait de la mêrne
manière sur les matières vomies, sur celles que l’on
trouverait dans le canal digestif après la mort , et même
(
sur îes tissus de l’estomac, si les réactifs ne fournis¬
saient point la preuve de l’existence du sulfate de zinc;
' Symptômes de F empoisonnement par le sulfate de zinc^
Ils sont semblables à ceux dont nous avons parlé § 35 ;
nous observerons seulement qu’étant doué à un très-
haut degré de la prcq)riété émétique, le sulfate de zinc
ne tarde pas à être vomi , et que le plus ordinairement
les aceidens qu’il a développés cèdent à l’emploi des
médicamens adoucissans que l’on administre.
Lésions de tissu produites parle sulfate de zinc. Elles
sont en général peu intenses et de la même nature que
celles: dont nous avons fait mention § 6.,
DIX-SEPTIÈME LEÇOK
§ X. — Préparations de Plomb.
Les préparations de plomb dont nous croyons de¬
voir faire Thistoire sont : l’acétate de plomb, les
oxydes , le sous - carbonate de plomb et l’eau impré-
gnée de ce métal.
De r acétate de plomb (sel ou sucre de saturne).
Comment peut- on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’acétate de plomb ?
Pour résoudre cè problème d’une manière com¬
plète, nous devons exaniiner l’acétate de plomb, à
l’état solide ; 2° dissous dans une quantité d’eau Va¬
riable 3® dissous et mêlé avec des liquides qui ne
l’ont P oint décomposé ou qui ne l’ont décomposé qu’en
partie; 4® solide, uni à diverses substances , médica¬
menteuses solides ; 5° combiné avec des aîimens ou.
( lOI )
des médicamens liquides ou solides qui en ont. opéré
Ja décomposition 5 6° décompose par nos organes , et
intiniement combiné avec les tissus du canal digestif.
1° Acétate de plomh solide. Il est blanc, pulvérulent
ou crystallisé, inodore et doué d’une saveur sucrée,
styptique. Mis sur les charbons ardens, il se boursoufle ,
se décompose, répand une fumée qui a l’odeur de" vi¬
naigre , et laisse de l’oxyde de plomb d’un jaune tirant
plus ou moins sur le rouge : quelquefois même on
aperçoit du plomb métallique , brillant ; c’e&t lorsqu’on
anime la combustion du charbon au moyen d’un
soufflet, et que la température se trouve assez élevée
pour que le charbon enlève l’oxygène à une portion
d’oxyde. Si on verse de l’acide nitr/ique concentté sur
l’acétate de plomb pulvérulent, ib se forme du nitrate
de plomb , et l’acide acétique se dégage en répandant
l’odeur de vinaigre. L’acétate de plomb se dissout à
merveille dans l’eau distillée, et la dissolution jouit
d’un certain nombre de propriétés caractéristiques que
nous allons faire connaître.
83. 2® Acétate de plomh dissous dans Veau. Dissolu-
tiori concentrée. Elle est limpide, incolore, inodore,
d’une saveur sucrée, styptique; elle verdit le sirop de
voilettes. La potasse, la soude , l’ammoniaque , les eaux
de chaiix, de baryte et de strontiane la décomposent,
.se combinent avec l’acide, et y font naître un préci¬
pité blanc de protoxyde de plomb hydraté , qui jaunit
à mesure qu’on le dessèche ; il suffit de mêler ce pré¬
cipité avec du charbon, et de faire rougir le mélange
pendant vingt minutes dans un creuset ., pour obtenir
du plomb métallique ; en effet le charbon s’empare
de l oxygène de l’oxyde. Si l’on verse de l’acide sitÿu-
rique, ou un sulfate soluble dans la dissolution dont
nous parlons, on obtient sur-le-champ un précipité
blanc de sulfate de plomb ; ce qui prouve que l’acide
sulfurique s’est combiné avec le protoxyde de plomb'
de l’acétate. -L’acide hydrosulfurique et les hydrosul¬
fates solubles la décomposent également et y font naître
un précipité de suture de plomb noir : d’où il suit que
l’hydrogène de Taeide hydrosulfurique s’est combiné
avec l’oxygène du protoxyde de plomb, tandis que le
Soufre du même acide s’est uni avec le métal. L’acide
chromique et les chromâtes solubles précipitent cette
dissolution en jaune serin ; le précipité est dy. chro-
mate de plomb. Si on verse du sous-carbonate de soude
dans 1 acétate de plomb dissous, oii obtient sur-le-
champ deTacétate de soude qui reste en dissolution, et
du sous-carbonate de plomb blanc insoluble qui se
précipite : ce qui prouve qu’il y a eu double décom¬
position.
Dissolution aqueuse d’ax;étate de plomb tres-étendue.
La dissolution aqueuse d’acétate de plomb peut être
assez étendue pour n’éprouver aucun changement sen¬
sible de la part de la potasse, de l’ammoniaque, des
acides sulfurique, hydrosulfurique et chromique. Dans
ce cas, on démontrera la présence du plomb en y ver¬
sant du sous-carbonate dè soude j la liqueur*se trou-
(i) Le plomb est solide , d’un blanc bleuâtre , brillant , assez
mou pour pouvoir être rayé avec l’ongle, très -malléable,
et tres-fusible; il se transforme en protoxyde jaune lorsqu’on
ié fait fondre avec le contact de l’air.
(i53)
Blera sur-le-champ , et , au bout de quelques heures,
on obtiendra un précipité blanc de sous-carbonate de
plomb ('vojrez plus haut , Dissolution concentrée) ; on
décantera la liqueur qui surnage le précipité; on lavera
celui-ci avec un peu d’eau distillée , et après l’avoir
laissé reposer , on décantera de nouveau; alors on
versera quelques gouttes de vinaigre distillé (acide acé¬
tique) : sur-le-champ l’acide acétique décomposera le
sous-carbonate de plomb, et l’on obtiendra de l’acétate
de plomb dissous et concentré , que l’on reconnaîtra
comirié il a été dit § 83, ét du gaz acide èârbonique,
qui se dégagera en produisant tiné effervescence plus
ou moins vive. A défaut de vinaigre distillé, bn em-
ploîra deux ou trois gouttes d’acide nitrique; le nitrate
obtenu sera soluble dans l’eau et se comportera avec
les réactifs comme l’acétate.
84- 3*^ Acétate de plomb mclé avec des liquides qui ne
Vont point décomposé^ ou qui ne Vont décomposé qu’en
partie. S il est vrai qué la plupart des liquides végétaux
et animaux décomposent l’acétate de plomb et le trans-
formerit en un produit insoluble , il est également vrai
que quelques-uns de ces liquides né lui font subir au¬
cune alteration , et que d autres ne le décomposent qué
partiellement; il peut donc arriver que l’on soit obligé
de démontrer sa présence dans certaines boissons , telles
que lés vins et le café., dans les liquides vomis ou dans
ceux que Ion trouve dans le canal digestf après la mort
de 1 individu , et l’on remarque alors ce que nous avons
déjà eu occasion d’observer tant de fois, c’est-à-dire
que, par son mélange avec des liquides colorés, l’acé¬
tate de plomb peut fournir , avec les réactifs , des
( ^54 )
précipites d'une nuance différente de celle qu’il aurait
donnés s’il eût été, simplement dissous dans l’eau.
Pour démontrer la présence d’un sel soluble de
plomb dans les liquides dont nous parlons , on fera sur
une petite portion les essais que nous avons indiqués
§ 83, en parlant de la dissolution aqueuse concentrée
ou étendue d’acétate de ce métal 5 si on obtient des
précipités semblables à ceux que nous avons décrits
dans le même paragraphe , on conclura que le liquide
contient un sel de plomb. Si, au contraire, les résul¬
tats ne sont pas les mêmes , et que le mélange soit
coloré, on en détruira la couleur, au moyen du chlore
concentré et liquide ; il se formera un précipité d’un
rouge brun; on le laissera déposer, puis on filtrera;
la liqueur filtrée se comportera avec les réactifs comme
la dissolution d’acétate de plomb, à moins qu’elle ne
soit trop étendue; dans ce cas il faudra la concentrer
par l’évaporation jusqu’à ce qu’elle soit réduite autièi^
de son volume : , ce procédé mérite la préférence sur
tous les autres pour découvrir l’acétate de plomb mêlé
avec du vin rouge ^ àndécoctum àe café ovi de tabac.
Si le médecin chargé de faire ces recherches manquait
de chlore 011 si la matière qui colore le mélange était
de nature à ne pas pouvoir être détruite par cet agent ,
on verserait dans toute la niasse du liquide un excès,
d’hydrosulfate de potasse qui y ferait naître un précipité
de sulfure de plomb noir {/voy\ % 83.) ; on laisserait re- ,
poser ce précipité ; on décanterait la liqueur qui le sur¬
nage , et on le laverait sur un filtre : lorsqu’il serait sec
on le mêlerait avec son poids de potasse à la chaux
(pierre à cautère) , puis on chaùfferait le mélange
( i55 ) .
clans un creuset : au bout de dix. minutes d’une cha¬
leur rouge, on retirerait le creuset, on le laisserait
refroidir, et on mettrait dans l’eau la matière qu’il
contient ; cette matière serait formée de sulfure de
potasse et de plomb métallique; le sulfure serait dis¬
sous par l’eau et le plomb resterait au fond du vase»
4° Acétate de plomb solide uni a diverses substances
médicamenteuses solides ^ telles que du tabac ou d’autres
poudres. Si l’acétate de plomb dont il s’agit n’a pas été
décomposé, ou qu’il ne soit jpas fortement retenu par
les matières qui entrent dans la composition du médi¬
cament solide , il suffira de diviser celui-ci et de le faire
bouillir pendant dix ou douze minutes dans l’eau dis¬
tillée. La dissolution contiendra l’acétate de plomb et
se comportera avec les réactifs comme nous l’ayons dit
en parlant de l’acétate de plomb dissous dans l’eau
ou mêlé avec des liquides qui ne l’ont point décom¬
posé. i^Voyez § 83 et 84-) Supposons maintenant que
1 acetate ait été dédomposé', ou qu’il soit très-fortement
retenu par quelques-unes des substances qui font partie
du médicament ; l’ébullition de celui-ci dans l’eau
sera insuffisante pour démontrer l’existence du plomb :
dans ce cas 3 il faudra déssécher le médicament, le
meler avec de la. potasse à la chaux (pierre à cautère)
et du charbon pulvérisé , et faire rougir le mélange
dans un creuset pendant un quart d’heure ; quelque
soit 1 état dans lequel se trouve l’acétate, on pb>-
tiendra du plomb métallique , dont la présence ne
suffira point pour affirmer que le médicament con¬
tenait de l’acétate de plomb , mais bien une prépara¬
tion de ce métal. .
( i56 )
Acétate de plomb combiné avec des alimens ou des
médicamens liquides ou solides qui en ont opéré la dé~
composition. Parmi les substances dont nous parlons
On doit citer particulièrement l’albumine, le bouillon
le lait, le café, le thé, la matière des vômissemens et
celle que l’on trouve dans le canal digestif après la
mort : ces substances décomposent l’acétate de plomb,
en s’emparant de l’oxyde avec lequel elles forment des
composés insolubles; quelquefois aussi les sulfates et
les carbonates quelles renfermént transforment une
portion de l’acétate en sulfate et en sous-carbonate de
plomb : toujours est-il vrai que si la décomposition a été
complète, on ne trouve plus d’acétate dans le liquide
qui est mêlé avec les parties solides : c’est dans celles-
ci qu’il faut chercher à démontrer la présence du plomb
en suivant le procédé que nous venons d’indiquer (4°).
Acétate de plomb décompjosé par nos organes et
întimément combiné avec les tissus du canal digestif.
On dessèche la partie du canal digestif qui est le siège
d’une lésion évidente , et on la traite par la potasse et
le charbon , comme nous venons de le dire (4°).
85. Symptômes de V empoisonnement déterrniné par
T (psétate de plomb introduit da:ns V estomac. L’acétate de
plomb , administré à la dose de plusieurs gros , donne
lieu à des accidens semblables à ceux que produisent
les autres poisons de cette classe. ( Voy. § 35.) S’il
a été employé à des doses beaucoup plus faibles , il
peut déterminer tous les phénomènes de la colique
des peintres.^ maladie qui est le plus souvent occa-
"sionée par les émanations de plomb. Alors le malade
éprouvé des coliques sourdes de peu de durée qui
' ( i57 ) .
ne tardent pas à revenir , et qui sont beaucoup plus
fortes; la bouche est aride , il y a nausées et vomis-
semens de matières amères , verdâtres ou noirâtres ;
ces vomissemens durent quelquefois pendant plusieurs
jpurs ; la constipation est opiniâtre, et ce n’est qu’avec
le plus grand effort que l’on parvient à rendre , des
excrémens jaunes , durs , arrondis , semblables à des
crottins ; il est fort rare que l’on observe le dévoiement;
l’abdomen s’affaisse surtout veys la région ombilicale
où il est tellenjent rentré en dedans, qu’il semble
appliqué sur l’épine du dos : cet effet est d’autant
plus marqué que les coliques sont plus intenses. Les
douleurs abdominales diminuent le, plus souvent par
une pression modérée sur l’ombilic : presque toujours
cette maladie est sans fièvre , et rarement l’individu
se plaint de céphalalgie, de vertiges , etc.
Lésions de tissus produites par une forte dose
d’acétate de plomb introduit dans V estomac. L’acétate
de plomb détermine, dans les tissus dq canal digestif ,-
des alterations semblables à celles que produisent les
autres irritans { voyez § 6); quelquefois cependant
on trouve dans l’estomac des animaux qui ont pris
une forte dose de dissolution aqueuse de ce sel , et
qui n ont point vomi, un enduit membraneux assez
épais, d’une couleur cendrée , que l’on détache facile¬
ment en grumeaux, et qui paraît être le résultat de
la décomposition d’une partie de Tacétate par les
fluides contenus dans l’estomac ; la membrane mu¬
queuse , placée au-dessous de cet enduit , est d’un gris
foncé, et paraît avoir agi sur le sel comme les fluides
dont nous parlons, A l’ouverture des cadavres d’indi-
( )
vidus qui ont succombé a la colique des peintres^ on
ne découvre aucune trace d’inflammation dans le canal
digestif; le dianiètre des gros intestins et du colon
en particulier est plus ou moins rétréci. Les autres
altérations cadavériques, signalées ^ par les auteurs ,
sont loin d’être le résultat de l’observation./ Il est im¬
possible de découvrir aucune préparation de plomb en
faisant l’analyse des matières contenues dans le canal
digestif, des excrémens , de l’urine , de la sueur, etc,
8y. Action de V acétate de plorAb sur V économie
animale. L’acétate de plomb agit comme les poisons
irriîans énergiques , et peut ôeasioner la mort dans
l’espace de quelques heures s’il est introduit dans l’es¬
tomac à forte dose; tandis qu’il peut ê^e employé à
la dosé de quelques grains sans déterminer aucun
accident facbeux ;. quelquefois cependant il donne
lieu à la colique des peintres , affection qui diffère
évidemment de celle que produit l’acétate à forte dose.
Lorsqu’on injecte dans les veines plusieurs grains de
ce sel dissous dans l’eau , il produit des accidens
graves suivis d’une mort plus ou moins prompte qui
paraît tenir/à la lésion du système nerveux.
Du Sous- Acétate de plomb soluble.
Comment peut - on rèconnaîtrè que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le sous -acétate de plomb so¬
luble?
88. Lé sous-acétate de plomb soluble peut se présent
ter sous plusieurs états ; tantôt il estciystallisé en lames
opaques et blanches, tantôt /il est en masses d’une
forme confuse ; enfin le plus souvent il est dissous
( x59 ) ^
dans l’eau. Cette dissolution , concentrée par l’évapo¬
ration 5 porte le nom & extrait de saturne.
Sous-acétate de plomb dissous dans Veau. Il est
transparent , d’un blanc tirant plu,s ou moins sur le
jaune, d’une saveur sucrée très-astringente : il verdit
fortement le sirop de violettes. Les alcalis, l’acide
hydrosulfürique, lesbydrosulfates, l’acide chromique,
les chromâtes , l’acide sulfurique et les sulfates agissent
sur lui , comme sur la dissolution d’acétate de plomb
(§ 83 );.mais il peut en être distingué, en y insufflant,
à l’aide d’un tube, de l’air qui sort des poumons , et
qui contient une plus grande quantité d’acide carbo¬
nique que l’air atmosphérique ; en effet, aussitôt que
ce gaz est en contact avec le liquide , il le précipite en
blanc , tandis qu’il ne trouble point la dissolution con¬
centrée d’acétate de plomb ce précipité est du sous-
carbonate de plomb formé aux dépens de l’acide car¬
bonique de l’air et de l’excès d’oxyde de plomb du
sous-acétate. La dissolution aqueuse d’acétate de plomb
serait également précipitée en blanc par l’air expiré,
SI, au lieu d’être concentrée, elle était étendue
assez grande quantité d’eau.
Extrait de saturne ou sotts-acétate de plomb dissous
et concentré pâr V évaporation. Il est liquide, jaunâtre,
et présente les mêmes propriétés que la dissolution
aqueuse du sous-acétate. Lorsqu’il a été préparé avec
du vinaigre contenant de l’acide tartarique, comme
cela arrive le plus souvent , il fournit par l’eau dis¬
tillée un précipité blanc, abondant de tartrate de
plomb.
( i6o )
Des Oxydes de ptoirib.
89. Gomment peut-on reconnaître que l’empoison¬
nement a lieii par les oxydes de plomb ?
Protoxyde. Il peut être sec ou combiné avec l’eau •
dans ce dernier cas il est blanc. Le protoxyde sec
porte le nom de massicot ow. de Uthargei, le premier
est jaune et pulvérulent ; l’autre est sOus forme de
petites écailles rougeâtres ou jaunâtres. Lorsqu’on
fait rougir , pendant quinze ou vingt minutes , dans un
creuset, un mélange de protoxyde de plomb et de
charbon, on obtient du plomb métallique. L’acide
nitrique, chauffé avec le protoxyde dont nous parlons,
le dissout sans produire de peroxyde puce i le nitrate
résultant précipite comme l’acétate de plomb par les
réactifs. {Voyez S 83.)
Deutoxyde de plomb (minium). Il est d’un beau
rouge très-pesant, et se comporte avec le charbon
comme le précédent. L’acide nitrique le décompose ,
même à froid, et le fait passer en. partie à l’état de
tritoxyde puce, insoluble dans l’acide , et en partie à
l’état àe protoxyde qui se dissout dans l’acide nitrique ;
en sorte que l’on obtient du nitrate de plomb facile
à reconnaître, après avoir filtré la liqueur, en la trai¬
tant par les réactifs propres à déceler les sels de
plomb. ( Voyez § 83. )
Les Oxydes de plomb exercent sur l’économie ani¬
male une action analogue à celle des autres composés
de plomb.
( i6i )
Du Sous- Carbonate de plomb ( céruse ),
Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne”
ment a été produit par le sous-carbonate de plomb ?
go. Le sous-carbonate de plomb est soKde, blanc,
pulvérulent , très-pesant , insipide et insoluble dans
l’eau; il se dissout auec effervescence dans l’acide ni¬
trique faible : le nitrate résultant précipite par les
réactifs comme l’acétate de plomb. {Voyez 83). Action
sur V économie animale. {^ Voyez § 87 )
De VÉaii imprégnée de plàrrd)^
Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne-
nient est produit par de l’eau imprégnée de plomb ?
91. L’eau qui a été transmise par des aquéducs de
plomb , .ou qui est tombée sur des toits couverts de
ce métal , peut tenir en dissolution une assez grande
quantité de ce poison poiir déterminer des accidens
graves ; il en est de mêmç de celle que l’on a gardée
pendant long-temps dans des vases de plomb exposés
à 1 air , ou que 1 on a puisée avec des seaux de ce
métal. Elle est transparente , incolore et inodore comme
l’eau ordinaire ; sa saveur est quelquefois légèrement
sucrée et styptique. Les sulfates , les hydrosulfates ,
les chromâtes et les alcalis agissent sur elle comme
sur la dissolution d’acétate de plomb. {Voyez § 83).
Les acides en dégagent de l’acide carbonique avec
effervescence , lorsque le plomb y est à l’état de car¬
bonate , ce qui arrive fréquemment.* Action sur V éco¬
nomie animale. ( Voyez S 87. )
îi.
( i62 )
Du Fin imprégné de plomb.
92. Le vin aigri qui séjourne sur la litharge très-
divisée peut en dissoudre une assez grande quantité
pour devenir vénéneux, sans perdre sensiblement sa
couleur s’il était coloré ; il acquiert une saveur astrin¬
gente légèrement sucrée. Les vins blancs litbargirés
fournissent avec les réactifs des précipités semblables
à ceux que nous avons fait connaître en parlant de
l’acétate de plomb ( voyez S 83 ) ; quant aux vins
rouges , on les analyse comme il a été dit § 84.
DIX-HUITIÈME LEÇON.
§ XI. — De la Bryone; de V Élatérium; de la
Coloquinte; de la Gomme-Gutte ; du Garou;
du Ricin; du Pignon d’Inde; de V Euphorbe;
de la Sabine; du Staphysaigre ; de la Gra-
tiole, de l’Anémone; du Rhus; du Narcisse
et de la Renoncule des prés; de la Chéli-
doine^elc.
g3. 'Symptômes de V empoisonnement déterminés par
ces substances. Ils ressemblent beaucoup à ceux qui
ont été décrits § 35 , excepté , i® que la saveur de ces
poisons est âcre , piquante , ou plus ou moins amère ;
2? que la matière dès vomissemens ne rougit point ou
rougit à peine l’eau de tournesol.
Lésions de tissu produites par ces poisons {^Foy. S d.)
Action sur î économie animale. Voy. V histoire de
chacun d'eux.
De la racine de Bryone.
Racine du Bryoia alba ou dioica ( couleuvrée hryoné
blanche) plante de la famille des cucurbitacées de '
Jussieu et de la monœciesyngénésie de Linnæus.
Comment peut -on reconnaître que l’empoisonne-
ment a eu lieu par la racine de hryone,
g4- Caractères de cette raÀcine. Elle est fusiforme , de
grosseur variable depuis celle du doigt jusqu’à celle
du bras ou de la cuisse d’un enfant ; elle est souvent
bifurquée et offre alors des parties qui sont comme
articulées; elle est charnue, succulente, d’un blanc
jaunâtre an dehors , et d’un blanc grisâtre à l’inté¬
rieur; son odeur est vireUse et nauséabonde ; sa saveur
âcre et caustique. Lorsqu'elle a été desséchée^ elle est
blanche, facile à rompre, coupée en rouelles,’ d’un^
grand diamètre, marquées par des stries. concintfi-
ques, d’une sâteur amère., -'âcre , légèrement causti¬
que , et d’une odeur d^gr^ble. x
Symptômes de C empoisonnement par la racine de
hryone. {^V. § 35.)
Lésions de tissu produites par celte racine. ( F. § 6. )
Action de la racine de hryone sur V économie ani¬
male. Les effets que détermine la racine de bryone
sur l’homme et sur les chiens j à la dose d’un ou de
deux gros, nous portent à conclure, quelle doit
etre rangée parmi les poisons irritans qui occasionnent
la mort , lors même qu’ils ont été appliqués sur le tissu
cellulaire de la partie intm’he de la cuisse; 2° que
son action est beaucoup plus intense quand elle a été
introduite dans le canal digestif, que dans le cas où
( i6-4 )
elle est appliquée sur des plaies ou sur le tissu lami-
neux sous-cutané; 3® quelle paraît agir spécialement
en déterminant aine vive inflammation des organes'
sur lesquels elle a été appliquée, et une irritation
sympathique du système nerveux; que ses pro¬
priétés délétères résident essentiellement dans le suc
et dans la partie soluble dans l’eau ; 5° quelle produit
les mêmes effets sur l’homme que sur les chiens.
De rElatériiim^
§5. L’extrait aqueux du momordica êlatérium (con-,
combre d’âne, concombre sauvage) , plante de lafamille
des cucurbitacées de Jussieu , et de la monœcié syn-
genésie de Linnæus, est préparé avec le fruit de cette
plante , dont voici les caractères i baie ovale ayant la
forme d’une olive, peu charnue, coriace, grosse comme,
la moitié du pouce, d’une couleur d’abord verte, qui
devient jaune en ihûrissant ; elle est uniloculaire , hé¬
rissée de piquans mous , s’ouvre avec élasticité et lance
les semences au loin; celles-ci sont ovales, anguleuses
et comprimées.
Symptômes et lésions de tissu produits par V extrait
d’ êlatérium. Voyez § 35 et 6.)
Action de rélatérium sur V économie animale. Les
expériences que nous avons tentées nous permettent
d’établir , que l’extrait Rélatérium à la dose de
deux à trois gros , détermine la mort des chiens
les plus robustes dans l’espace de huit, seize ou vingt-
quatre heures , soit qu’on l’introduise dans le cariai
digestif, soit qu’on l’applique sur le tissu lamineux
sous-cutane de. la partie interne de la cuisse; 2° qee
( i6d )
dans ce dernier cas, il est beaucoup moins actif qtlé
lorsqu’il a été introduit dans l’estomâc; 3® qü’il agit
à la manière des poisons irritans , en enflammant les
organes sur lesquels il a été appliqué , et en détermi¬
nant une irritation sympathique du système nerveux ;
4° qu’indépendamment de cette action locale , il est
absorbé, porté dans le torrent de la circulation, et
qu’alors il agit particulièrement sur le rectum ; du
moins nous avons constamment observé , même après
avoir appliqué Xélatérium sur le tissu cellulaire sous^
cutané de la partie interne de la cuisse , que le rectum
était phlogosé.
De la Coloquinte.
Fruit du cucumis colocjnthis ([coloquinte ou ehico-
tin ) plante de la famille des cucurbitacées de Jussieu
et de la monœcie syngénésie de L.
Gomment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par la coloquinte ?
96. Caractères du fruit. Il se rapproche beaucoup delà
baie, et il est composé d’une écorce, d’une substance
charnue , et d un grand nombre de graines ; l’écorce
est dure, unie, luisante , jaune ou verdâtre 5 mais comme
le plus souvent le fruit dont nous parlons est privé de
son écorce lorsqu’il nous arrive d’Espagne ou de l’Ar¬
chipel, nous croyons devoir nous- attacher à donner
la description de celui qui a été écorcé. Il est presque
rond, de la grosseur d’une orange, léger, spongieux,
sec, dun blanc jaunâtre, d’une odeur désagréable, et
dune saveur excessivèment amère; la substance char¬
nue à laquelle appartiennent les caractères dont nous
( i66 )
parlons, est composée de feuillets membraneux, et
présente un très-grand nombre de cellules dans les¬
quelles se trouvent renfermées plusieurs graines
petites, planes, oblongues, semblables à des pépins
de poires, brunes , et amères à l’extérieur, et dont l’a¬
mande est blanche, douce et charnue.
Symptômes et lésions de tissu occasionés par la colo-^
quinte, ( F. § 35 et 6).
Action de la coloquinte sur l’économie animale. II
résulte de diverses expériences que nous avons faites
sur les animaux, et des observations d’empoisonnement
recueillies chez l’homme, i® que la coloquinte, à la
dose d’un ou de deux gros, est un poison irritant éner¬
gique, susceptible de déterminer la mort dans l’es¬
pace de vingt-quatre heures , même lorsqu’elle est
appliquée sur le tissu cellulaire de la partie interne
de la cuisse ; a» qu’il est probable quelle est absoi-bée
et portée dans le torrent de la circulation; 3° que
ses effets meurtriers paraissent tenir essentiellement
à l’inflamination qu’elle détermine de l’organe sur
lequel elle a été appliquée, et à l’irritation sympa¬
thique du système nerveux; 4° que ses propriétés
vénéneuses résident à la fois dans la partie qui se dis¬
sout dans l’eau, et dans celle qui y est insoluble ;
5° quelle exerce le même mode d’action sur l’homme
que sur les chiens.
De la Gomme-Gutte.
La gomme-gutte est un suc résino-gomipeux ( com¬
posé de quatre-vingts parties de résine et dè vingt par¬
ties de gomme) qui découle des feuilles et des ra-
( 167 )
meaux du Giiitœfera vera^ et que l’on obtient le plus
souvent en incisant l’écorce. Cet arbre appartient à la
polygamie monœcie de L. ; il croît dans l’île de Geylan
et dans la presqu’île de Camboge. Suivant quelques
naturalistes , ce seraient les feuilles et les jeunes pousses
du stalagmitis gamiogiôïdes de Wildenow qui fourni¬
raient ce suc.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par la gomme-gutte?
97. Caracteres.W^^ est en masses cylindriques, d’un
jaune rougeâtre, passant au jaune serin lorsqu’on la
réduit en poudre , ou qu’on la mêle avec de l’eau ; elle
est très-friable et opaque ; sa cassure est brillante ; elle
n’a point, d’odeur ; sa saveur est légèrement âcre, et
se manifeste particulièrement lorsqu’on la laisse pen¬
dant quelque temps dans la bouche; l’eau et l’alcohol
la dissolvent en partie, et acquièrent une couleur
jaune; la dissolütiou alçobolique est troublée par
l’eau , et dépose peu à peu la résine jaune ; la gomme
gutte est entièrement soluble dans la dissolution
aqueuse de potasse.
Sjrmptomes et lésions de tissu occusionés par la
gomme-gutte. {Voyez S 35 et 6. )
Action de la gomme-gutte sur, l’économie animale.
Les expériences que nous avons tentées sur les ani¬
maux, dans le 'dèssein de constater l’action de la
gomme-gutte sur l’économie animale , nous portent à
conclure, i® ^qu’à la dose d’un ou de deux gros cette
substance détermine la mort des chiens les plus ro¬
bustes, dans l’espace de vingt-quatre heures, si tou¬
tefois on empêche le vomisse»ient ; 2® qu’on peut
la leur administrer impunément à cette même dose, si
on leur laisse la faculté de vomir, car alors ils ne tar¬
dent pas à la rejeter, et les matières vomies sont d’une
couleur jaune serin; 3® qu’étant appliquée sur le tissu
cellulaire sous-cutané de ces mêmes animaux , et à
la dose de deux à trois gros, elle les fait périr au
bout de seize, dix-huit ou vingt-quatre heures ; 4“ que
-les effets qu’elle détermine dépendent plutôt de l’in¬
flammation des organes sur^lesquels on l’a appliquée et
de l’irritation sympathique du système nerveux, que
de son absorption et de son transport dans le torrent
de la circulation.
Du Garou (sainbois).
Écorce et TSLcine du Daphné gnidium , plante de la
famille des thymélées de Jussieu, et de l’octandrie mo-
nogynie de Linnæus.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement
a eu lieu par le garou ?
g8. Caractères de Véeorce des tiges. On la trouve dans
le commerce sous la forme de fragmens longs de trois
ou quatre pieds, larges de un à deux pouces, très-
minces , pliés par le milieu , réunis en bottes et dif¬
ficiles à rompre. L’épiderme est brun ou d’un gris,
foncé, denii-transparent, offrant des rides transversales
qui sont le résultat de la dessiccation , tacheté çà et là,
et d’une manière assez régulière , de petits tubercules
blancs. Immédiatement au-dessous de l’épiderme , on
découvre des filamens soyeux, très-fins , blancs et lus¬
tres, au-dessous desquels se trouvent des fibres lon¬
gitudinales très - tenaces ; l’intérieur de l’écorce est
( 1% )
d’un jaune de paille ; sa saveur est âcre, piquante,
caustique ; son odeur très-faible et légèrement nauséa¬
bonde. Nous croyons devoir noter que l’on trouve aussi
dans le commerce, les rameaux de la plante dont nous
parlons; l’écorce est alors appliquée sur le bois et on
peut la détacher aisément pour constater les carac¬
tères qui viennent d’être indiqués.
Racine de garou. Elle est longue, delà grosseur du
pouce , fibreuse , grise à l’extérieur , blanche au de¬
dans , inodore , et d’une saveur très-âcre.
Symptômes et lésions de tissu occasionés par V écorce
de garou. ( Koyez% 98 et 6. )
 ction du garou sur V économie animale. Les effets fpie
détermine l’écorce de garou finemeirt pulvérisée , sur
rhommé et sur les chiens, à la dose d’un ou de deux
gros, nous permettent de conclure i® quelle doit être
rangée parmi les poisons irritans susceptibles d’occa-
sioner la mort, lors même quelle a été mise en contact
nvec le tissu cellulaire de la pàrtie interne de la cuisse;
2® quelle agit avec moips d’énergie quand elle est ap¬
pliquée sur des plaies ou sur le tissu cellulaire sous-cu-,
tané, quedansle cas où on l’introduit dans le canal diges¬
tif; 3°qu elle determineune inflammation très-énergique
etune irritation sympathiquedu système nerveux; 4° que
la mort qui est la suite de l’empoisonnement par cette
substance doit être attribuée à la lésion dont nous
parlons , plutôt qu’à l’absorption du poison ; 5° qu’elle
parait agir sur l’homme cortime sur les chiens.
Du Ricin.
Le ricin {rîcinus cammums\ onpalma-christi) est
( IJO •)
une plante de la famille des tkbymaloïdes de Jussieu,
et de la monœcie monadelphie de Linnseus.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne^
ment a eu lieu par les graines de ricin ?
99. Caractères des graines. Elles sont oblongues, un
peu aplaties, obtuses à leurs extrémités, etduYolume
d’un petit haricot; le test (enveloppe extérieure), est
mince , très-lisse , luisant , gris , jaspé ou tacheté de noir
et de blanc ; il est dur et cassant; l’amande est blanche,
très-huileuse et légèrement âcre. Ces graines sont ren¬
fermées au nombre de trois dans un fruit verdâtre (cap¬
sule) à trois loges, à trois valves, hérissé d’épines
molles. On pense assez généralement que l’acreté de
cette graine réside dans le test et dans le germe : sui¬
vant M. Guibourt, au contraire, le test est insipide,
tandis que l’amande et le germe contiennent un prin¬
cipe âcre dont on peut les priver par l’ébullition dans
l’eau.
Smjptômes et lésions de tissu occasionés par les graines
de ricin. ( Vojr. § 98 et 6. )
Action des graines de ricin sur l’économie animale.
Il résulte des expériences que nous avons tentées sur
les chiens, et des observations d’empoisonnement re-
cuéillies chez l’homme, que les graines de ricin
introduites dans l’estomac à la dose d’un ou de deux
gros produisent des accidens' fâcheux qui ne tardent
pas à être suivis de la mort , si toutefois elles ne sont
pas expulsées avec les matières des vomissemens et des
selles ; 2° quelles déterminent dans l’estomac et dans le
rectum une inflammation assez vive, à laquelle succède
une irritation sympathique du système nerveux, que
( ).
l’on peut considérer comme étant la cause de la mort ;
3° que leur action paraît être la même sur les chiens
que sur l’homme.
Du Pignon d’Inde.
Le pignon d’Inde ou de Barbarie (noix médicinale
de Barbarie, noix des Barbades) est la graine du jatro-
pha curcas de Linnæus; plante delà famille des tithyma-
loïdes , très-voisine du ricinus communis ^ et de la mo»-
nœcie monadelphie de Linnæus, A rile-de-France on
donné ce nom au fruit du ricinus inermis de L.
Comment peut -on reconnaître que l’empoisonne-
ment a eu lieu par cette graine ?
' loo. Caractères. Graine oblongue, convexe en dehors,
légèrement anguleuse du côté interne , presque cylin¬
drique. Coque ou tunique extérieure mince , sèche ,
cassante, rugueuse y brune ou noirâtre , et nullement jas~^
péey ou tachetée de noir et de blanc. Amande moins blan¬
che quenelle du ricin , souvent même jaunâtre ou d’un
jaune foncé, et douée d’une saveur beaucoup plus
âcre. Ces graines sont renfermées au nombre de trois
dans une capsule à trois loges , grosse comme une
noix, d’abord verte, puis jaune , enfin noirâtre.
D’après MM. Pelletier et Caventou, le pignon d’Inde
est compose d albumine non coagulée, d’albumine coa¬
gulée, de gomme, de fibres ligneuses, dmne huile et
d un acide particulier ^ auquel iis ont donné le nom
d acide jatrophique. ( Voj. Journal de pharmacie ^
année i8i8.)
Symptômes et lésions de tissu occasionés par le pignon
(r. § 93 et 6,)
( 17^ )
Action du. pignon d^înde sur V économie animale. Les
expériences que nous avons tentées sur les animaux,
et celles qui ont été faites par MM. Pelletier et Caven-
tou, nous permettent de conclure : i® que le pignon
d’Inde jouit de propriétés vénéneuses très-énergiques,
et qu’à la dose d’un demi-gros il peut déterminer la
mort des chiens les plus robustes dans l’espace de
vingt-quatre heures, lors même qu’il a été appliqué sur
le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la
cuisse ; 2® que son action est plus vive dans le cas où il
est introduit dans l’estomac, que lorsqu’il est appliqué
sur des plaies ou sur le tissu cellulaire sous-cutané;
30 que ses effets meurtriers dépendent plutôt de l’in¬
flammation qu’il occasionne, et à laquelle succède une
irritation sympathique du système nerveux, que de son
absorption ; 4® que TAM/’/e retirée de cette graine agit de
la même manière sur l’homme que sur les chiens , les
merles, les mouches, etc., soit qu’on l’introduise dans
l estomac , soit qu’on l’applique sur le tissu cellulaire
sous-cutané; 5° que l’action de cette huile est incompa¬
rablement plus vive que celle de la graine , puisqu’il
suffît de l’employer à la dose de quelques grains pour
déterminer la mort de quelques-uns de ces animaux ,
et pour donner lieu à des accidens fâcheux chez les
autres ; 6*^ que le principe acide odorant (l’acide jatro-
phique ) est extrêmement actif ; MM!. Pelletier et Ca-
ventou pensent même que l’huile dont nous avons
parlé doit ses propriétés vénéneuses à cet acide.
De VEuphorbe.
L euphorbe est le suc condensé obtenu par incision
l 173 )
des euphorbia qffwmarivm^ antiqitorum et canariensis
espèces du genre euphorbia^ de la famille des tithyma-
loides de Jussieu, et qui a été rangé dans la dodécan-
drie trigynie de Linnæus, quoiqu’il soit monoïque.
' Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’euphorbe?
loi. Caractères. Il est en larmes irrégulières ou en
grains isolés, demi-transparens, jaunâtres à l’extérieur,
blanchâtres à l’intérieur , un peu friables , quelquefois
percés d’un ou de deux petits trous coniques , se re¬
joignant par la base, et dans lesquels on voit souvent
des débris ligneux, ou des épines (aiguillons) de l’ar¬
brisseau. Il est presque inodore; sa saveur, d’aboéd
presque nulle, devient bientôt âcre et caustique; sa
cassure est vitreuse; réduit en poudre, il irrite les na¬
rines , lors même qu’il est à une grande distance. On
trouve encore dans le commerce une autre variété
d’euphorbe en masses irrégulières, mollasses, mêlées
^é corps étrangers, et d’une couleur plus foncée que
le précédent.
L’euphorbe ne contient point de gomme; il est formé
de résiné , de cire^ de malate de chaux et de potasse ,
de ligneux, de bassorine, d’eau et d’huile volatile.
Symptêmes et lésions de tissu occasionés par Veu-
phorbe. {Fojez % e% 6.)
Action de Vejiphorbe sur V économie animale. Elle
est semblable à eelle qu’exerce le garou. ( Voyez % 98.)
On observe des effets analogues lorsqu’on introduit
dans 1 estomac de l’hommè et des chiens Y euphorbia
lathyris (épurge), cyparissias, tyrucalli, peplus , helio-
scopia^ 'verrucosa^ platypkyllos, palustris, hiberna , cha-
( 174 ■)
raeias , amygdaloïdes , sjlvatica, exigua , maurîtanica,^
ner^olia et esula.
De la Sabine.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonné-
ment a eu lieu par les feuilles de sabine?
La Sabine s abina) est un arbrisseau de
la famille des conifères de Jussieu, et de la diœcie
ràonadelphie de Linnæus; on connaît deux variétés
de cet arbrisseau, la grande et la petite sabine. '
102. Caractères des feuilles dé la petite sabine. Feuilles
très-petites, toujours vertes, résineuses , d’une odeur
forte très-désagréable , d’une saveur amère, semblables
à celles du tamaris, très-serrées les unes contre les
autres, appliquées sur les rameaux et comme embri-
quéés, droites, opposées alternativement, décurrentes
à leur base, à pointe aiguë; celles que l’on remarqiie
à l’extrémité des rameaux supérieurs sont un peu
lâches.
Symptômes et lésions de tissu occasionés par les feuilles
de Sabine. ( T^oyez S 98 et 6. )
Action des feuilles de sabine sur V économie animale.
Il résulte des diverses expériences que nous avons faites
sur les animaux , i® que la sabine doit être considérée
comme un poison irritant assez énergique, susceptible
de développer l’inflammation des organes sur lesquels
on l’applique et de déterminer la mort des chiens les
plus robustes dans l’espace de vingt-quatre heures ,
lorsqu’elle est employée à la dose d’un ou de deux
gros; 2» que son action paraît un peu moins vive dans
le cas ou on 1^ met en contact avec le tissu cellulaire
( ly'J )
Soîis-cutané , que lorsqu’on l’introduit dans le canal
digestif; 3*^ qu’indépendamment de l’irritation locale
qu’elle exerce , elle est absorbée , portée dans le torrent
de la circulation, et qu’elle paraît agir spécialement
sur le système nerveux et iur le rectum ; du moins ,
pour ce qui concerne cet intestin, nouspouvons affitrmer
l’avoir vu constamment enflammé dans l’empoisonne¬
ment dont il s’agit, lors même que la sabine avait été
appliquée sur le tissu lamineux sous-cutané de la partis
interne de la cuisse.
Du staphysaigre.
. Comment peut on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par la graine de staphysaigre ?
Le staphysaigre {delphinium staphysagria) est une
plante de la famille des renonculacées de Jussieu , et
de la polyandrie trigynie de Linnæus.
io3. Caractères des graines. ^Mes sont de la grosseur
d’ur. petit pois, anguleuses (le plus souvent triangulaires
ou quadrangulaires) , courbées de manière qu’elles pré¬
sentent une convexité d’un côté et une concavité de
l’autre ; le test ( enveloppe extérieure ) est mince ,
fi’agile, fortement ridé ou chagriné, d’un brun tirant
le plus souvent sur le noir, et d’une saveur âcre , et
amère ; V amande est huileuse , blanche , rousse ou
brune , surtout lorsque la graine est desséchée ; sa sa¬
veur est également âcre; albumen corné, embryon
di’oit supérieur ; radicule infériéure. Gès graines répan¬
dent une odeur désagréable; elles sont renfermées dans
une capsule triangulaire. MM. Lassaigne et Feneulle
ont prouvé, dans ces derniers temps, qu’elles contien-
( lyê )
rtenî de l’acide malique combiné avec un alcali nou¬
veau, auquel ils ont donné le nom de delphine, deux
principes amers , l’un brun , l’autre jaune , de l’huile
volatile et de l’huile grasse , de l’albumine , une ma-
' tière animalisée, dü muqueux, du mucoso-sucré et des
sels minéraux.
De la Delphine.
104. La delphine peut être reconnue aux caractères
suivans : elle est solide, blanche, pulvérulente, opaque,
à moins quelle ne soit humide , car alors elle devient
crystalline; sa saveur est d’abord très-amère, puis âcre;
elle est inodore. On peut la fondre et lui donner l’aspect
de la cire liquéfiée; si on élève davantage sa tempéra¬
ture, elle se boursoufle, noircit, répand une fumée
blanche, inflammable à l’air, et laisse un charbon très-
léger. Elle est à peine solüble dans l’eau , tandis que
l’alcohol et l’éther la dissolvent très-facilement; la
dissolution alcoholique 'verdit fortement le sirop de
'violettes et ramène au bleu Veau de tournesol rougie
par un acide. L’acide nitrique concentré, loin de la
faire passer au rouge comme cela a lieu pour la mor¬
phine , la strychnine et la brucine, lui communique
une teinte jaune. Le sulfate , le nitrate , l’hydrochlo-
rate , l’oxalate et l’acétate de delphine sont très-solu¬
bles dans l’eau; leur saveur est excessivement amère
et âcre ; les alcalis en précipitent la delphine , sous
forme de gelée.
Symptômes et Usions de tissu déterminés par le sta-
physaigr.e. ( Voyez § et 6.)
Action du staphy s aigre sur V économie animale. 1° Le
• . ’ (. ^77 ) ' ,
stapliysaigre, réduit en poudre et introduit dans les-
îomac de l’homme et des chiens à là dosé d’une once,
détermine la mort dans Tespace de quarante à cin¬
quante heures; 2® il agit avec plus d’énergie lorsqu’on
l’applique sur le tissu cellulaire soiis- cutané; 3® il
doit ses propriétés vénéneuses à la delphine , sub¬
stance très -active , mais qui se trouve enveloppée
dans une grande quantité d’albumine, de muqueux et
d’huile; 4° le décoctum aqueux, obtenu avec une
quantité donnée de-staphysaigre, est beaucoup plus
énergique que la graine à la même dose, parce qu’il
renferme le malate acide de delphine dégagé d’une
grande partie des substances faisant partie du staphy-
saigre; 5® parla même raison, la graine humectée agit
avec plus d’intensité que lorsqu’elle est sèche; 6° les
effets quelle produit sur l’économie animale dépen¬
dent de son absorption , de la lésion du système ner¬
veux et de l’irritation locale quelle exerce.
Action de la delphine. Six grains de delphine dé¬
layés dans deux onces d’eau et introduits dans l’estomac
des chiens, dont on lie ensuite l’œsophage, détermi¬
nent, au bout de quelques minutes , des nausées et
des efforts de vomissement cet état dure pendant
deux heures environ ; alors , et quelquefois plus tard ,
les animaux sont agités , parcourent rapidement le la¬
boratoire pendant quelques minutes , puis éprouvent
des vertiges , et deviennent tellement faibles qu’ils
ne. peuvent plus se soutenir. Ils sont immobiles et
couchés sur le côté. Quinze, vingt ou trente mi¬
nutes après, la position étant toujours la même, ils
sont agités de légers mouvemens convulsifs dans les ex-
12
( lyS )
trémités, et dans les muscles qui meuvent l’os maxil¬
laire inférieur : cet état dure une, deux ou trois heures,
et se termine par la mort. Les organes de l’ouïe et de la
vue exercent leurs fonctions presque jusqu’au dernier
moment : on observe des déjections alvines pendant la
première période de l’empoisonnement. A l’ouverture
des cadavres, on trouve la membrane muqueuse de l’es¬
tomac légèrement phlogosée, et tapissée d’un mucus
noirâtre et filant; le ventricule gauche du cœur contient
du sang noir ; les pqumons sont plus denses et moins
crépitans que dans l’état naturel ; 2° six grains de del-
pbine dissous dans la plus petite quantité possible
d’acide acétique faible , et introduits dans l’estomac ,
produisent les mêmes effets, mais d’une manière beau¬
coup plus rapide : les animaux périssent ordinairement
dans l’espace de quarante à cinquante minutes; il est
rare alors que l’on trouve l’estomac enflammé ; 3° la
delphine est le. principe actif du staphysaigre ; 4° elle
est absorbée et porte son action sur le système ner¬
veux ; indépendamment de cette action à laquelle il
faut attribuer les accidens qu’elle détermine^ elle pro¬
duit une irritation locale, susceptible d’enflammer les
tissus, lorsque la mort n’a pas suivi de près son in¬
gestion.
DIX-NEUVIÈME LEÇON.
De la Gratiole.
La gratiole est une plante de la famille des scro-
pbulariées de Jussieu et de la diandrie monogynie de
Linnæus. ( V.. planche )
im)
io5. Caractères du genre. Calicé de cinq sépales, ac¬
compagné à sa base de deux bractées; corolle tubuleuse,
bilabiée; lèvre supérieure émarginée; lèvre inférieure
à trois divisions obtuses et égales; quatre étamines dont
deux seulement sont fertiles , les deux autres avortant
presque constamment ; style court terminé par uii stig¬
mate un peu oblique et concave.
Gratiole officinale (Gratiola officinalis, Linn. Sp.).
Sa racine est une espèce de souche rampante, ra¬
meuse, émettant des radicules chevelues de ses noeuds.
Sa tige est herbacée, dressée, un pèii rameuse, mar¬
quée d’un sillon longitudinal rompu à Châqùè pàiré
de feuilles, et haute d’environ un pied. Lés feuilles sont
Opposées , sessiles^ Ovales, lancéolées, aiguës, glabres,
un peu denticulées sur leurs bords. Lès fleurs sont soli¬
taires, rougeâtres, grandes, dressées, portées sur un
pédoncule aplati , à peu près de la longueur de la fleur,
et offrant, à son sommet, deux bractées lancéolées, ai¬
guës, entières, redressées et plus longues que le calice.
Calice composé de cinq folioles , ou sépales lancéolés,
aigus , un peu inégaux; le supérieur étant plus grand
que les quatre autres. Corolle bilabiée; tube allongé,
un peu plissé longitudinalement; limbe à deux lèvres,
la supérieure échancrée, l’inférieure à trois lobes égaux
et arrondis; les deux latéraux sont un péü redressés.
Étamines au nombre dé quatre', dont déUx seulement
sont fertiles et anthérifères , attachées à la partie supé¬
rieure du tube , deux autres âvoftées et soUs forme de
filamens capillaires attachés à la base du tube. L’ovaire
est ovoïde, terminé en pointe à son sommet; il offre
( i 8o ) ;
jdeiix loges polyspermes, et est appliqué sur un disque
liypogyne jaunâtre , qui forme un bourrelet circulaire
autour de sa base. Le style un peu oblique, glabre , lé¬
gèrement épaissi à son sommet , est terminé par un
stigmate' concave. Le fruit est une capsule ovoïde ,
glabre , à deux loges , et s’ouvrant en deux valves.
La gratiole croît dans les lieux humides, sur le bord
des étangs aux environs de Paris. Elle est en fleurs au
mois de juillet.
Symptômes produitspar la gratiole. Indépendamment
des symptômes qui sont le résultat de l’irritation oc-
easionée par cette plante, et que nous avons exposés
en détail § 98 , la gratiole paraît avoir déterminé dans
certaines circonstances tous les accidens de la nym¬
phomanie.^ ainsi que le délire qui accompagne ce mi--
sérable état. (Bouvier, Gazette de santé premier
août 1816.) Les femmes qui font le sujet des quatre
xîbservations rapportées par ce praticien avaient la
^eau lisse, garnie de poils très-noirs, les veines très-
développées, le pouls très-fort, et les membres chauds
elles étaient habituellement sujettes aux flueurs blan¬
ches , aux affections hystériques , et à la constipation.
Lésions de tissu développées par la gratiole. ( F'. § 6. )
Action de la gratiole sur V économie animale.. Il ré¬
sulte des expériences faites sur les animaux, et des
observations recueillies chez l’homme 1° que les
feuilles et l’extrait aqueux de gratiole doivent être
rangés parmi les poisons irritans énergiques suscepti¬
bles de déterminer l’inflammation des organes avec
lesquels ils ont été mis en contact ; 2® que la mort
occasionée par ces poisons peut être le résultat de
( )
leur injection dans l’estomac, dans l’intestin rectum',
et dans les veines, ou de leur application sur le tissu
cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse ;
3° que dans ce dernier cas les effets de l’extrait de
gratiole sont moins marqués que, lorsqu’il a été intro¬
duit dans le canal digestif ; son action est encore plus
vive quand il a été injecté dans les veines ; 4° ces
poisons ne sont pas absorbés , et qu’ils agissent en
enflammant les tissus sur lesquels on les applique ,
et en déterminant une irritation sympathique du svs-
tème nerveux; 5° qu’ils produisent sur l’honime les
îuêmes effets que sur les _ chiens ; 6° quHl n’est pas
encore mis hors de doute que la décoction de feuilles
de gratiole , introduite sous forme de lavement, exerce
une action spéciale sur les organes de la génération
de la femme ; 7® que néanmoins les observations rap¬
portées par le docteur Bouvier tendent à faire croire
qu’il en est ainsi.
De V Anémone pulsatille.
L’anémone est une plante de la famille des ï-ênoncula-
cees de Jussieu et de la polyandrie poly^-yniedeLinnaeUs.
io6‘; Caractères du, genre. Involucre à trois feuilles
simples ou decoupees , placé à une certaine distance de
la fleur , et d ou sortent une ou plusieurs fleurs pédi-
cellées ayant chacune de cinq à neuf pétales ; capsules
très-nombreuses, surmontées d’une queue plumeuse
ou d’une simple pointe. ,
Anémone pulsatille(^knexaone pulsatilla, L. Spec., ySq).
Tige haute de deux centimètres , cylindrique , velue ,
( )
sans feuilles , portant à son sommet une fleur isiolette
assez grande; feuilles radicales, pétiolées, allongées,
deux fois ailées ^ velues , blanchâtres dans leur jeu¬
nesse, presque glabres dans un âge plus avancé, à dé¬
coupures fines et pointues; fleur à pétales oblongs ,
droits, et un peu velus en dehors; involucre profon¬
dément découpé en lanières velues et étroites , placé à
deux centimètres au-dessous de la fleur; étamines nom¬
breuses, plus courtes que la corolle ; plusieurs capsules
ramassées en tête, surmontées d’une queue plu-
meuse; graines terminées par une longue arête velue.
On la trouve sur le bord des bois er dans les pays
montagneux.
Symptômes et lésions de tissu produits, par Vanér
mone pulsatille. ( Fi § ^3 et 6.)
Action de V anémone pulsatille sur V économie anU
male. Les effets que détermine l’anémone pulsatille
chez l’homme, et les expériences faites sur les chiens,
nous portent à conclure i° que les feuilles , la racine,
et l’extrait aqueux de cette plante fraîche , doivent
être considérés comme des poisons irritans énergiques ;
2- qu’ils produisent dans les parties sur lesquelles ils
ont été appliqués une inflammation intense, suivie bien¬
tôt de tous les symptômes qui annoncent la stupéfac¬
tion du ^sterne nerveux; 3*^ que la mort oceasionée
par ces poisons ai’rive plus promptement s’ils ont été
introduits dans le canal digestif , que dans le cas où ils
ont été appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané de
la partie interne de la cuisse ; 4® qu indépendamment
de l’action locale qu’ils exercent, et qui suffit pour
rendre raison dés phénomènes auxquels ils donnent
( i83 )
lieu, ils paraissent être absorbés et portés dans le tor¬
rent de la circulation pour' agir ultérieurement sur le
système nerveux; 5° que les effets des feuilles sont
beaucoup moindres, et même nuis, lorsqu’elles ont
été desséchées.
î)u hhus radicans et du Toxicodendron.
Le rhus radicans est une plante de la famille des
térébinthacées de Jussieu, et de la pentandrie digynie
de Linnæus ; il doit être considéré comme une variété
du rhus toxicodendron, d’après M. Bosc.
107. Caractères des feuilles. Elles sont alternes, ter-
nées , et naissent ordinairement au nombre de quatre où
cinq sur la pousse de l’année; il y a un pétiole com¬
mun presque cylindrique, plus ou moins velu, renflé
à sa base, long de deux à trois pouces , et large d’une
ligne ; chacune des folioles est ovale , lancéolée, acu-
minée, glabre ou velue, anguleuse ou entière; les an¬
gles, lorsqu’il y en a, sont toujours en petit nombre,
obtus , et ne se montrent qu’à la moitié , et plus sou¬
vent aux deux tiers de la longueur de la feuille ; les
moyennes sont longues de trois pouces sur deux de
largeur ; les inférieures sont presque sessiles , et par¬
tagées d’une manière inégale par la nervure.; la- supé¬
rieure est longuement pétiolée.
Action du rhus radicans sur V économie animale. Les
observations recueillies jusqu’à ce iour sur les effets
de cette plante permettent de conclure 1° que la par¬
tie la plus active est celle qui se dégage à l’état de
gaz , lorsqu’elle ne reçoit pas les rayons directs du
soleil; 2® quelle agit à la manière des poisons irri-
(i84)
tàfls : aussi a-t-on remarqué souvent que pîusieurâ
personnes ont éprouvé uue cuisson brûlante , suivie
d’inllammation ^ de démangeaison , de la chute de
l’épiderme , etc., pour avoir touché des feuilles de cette
plante, ou pour avoir plongé les mains sous un cy¬
lindre couvert d’un étui de carton nôir contenant une
certaine quantité du gaz qu’elle exhale ; 3® que l’extrait
aqueux enflamme aussi les organes sur lesquels il estap.
pliqué , et quai peut déterminer la mort à la dose de plu¬
sieurs gros , soit qu’il ait été injecté dans l’estomac ou
dans les veines , soit qu’il ait été mis en contact avec le
tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la
cuisse; 4° qu’indépendamment de cette inflammation
le rhus radicans paraît exércer une action stupéfiante
sur le système nerveux.
De la Chélidoine.
La chélidoine est une plante de la famille des papa-
véracées de Jussieu et de la polyandrie monogynie
de Linnæus.
io8. Caractères du genre. Calice caduc à deux folioles
ovales , concaves : corolle à quatre pétales : ovaire por¬
tant un stigmate en tête à deux lobes épais : capsule
allongée , presque cylindrique, semblable à une silî-
que , composée de deux ou de trois valves ; graines,
adhérant le long de deux placenta situés entre les
sutures des valves, et persistant même après leur sépa¬
ration.
Chélidoine éclaire ( Chelidonium majus ).
Tige cylindrique , rameuse , légèrement velue , s’éle-
{j85)
vant jusqu’à cinq décimètres; feuilles grandes , molles ,
découpées , ailées ou profondément piiinatifides, à lobes
ou découpures arrondis ou obtus , vertes en dessus
et d’une couleur glauque en dessous ; fleurs jaunes et
plus petites que celles de plusieurs espèces de chéli-
doine ; leurs pédoncules particuliers sont réunis sur
les pédoncules communs en manière d’ombelles ; les
siliques sont grêles, lisses, et n’ont pas six centimètres
de longueur. ( Lamarck et Decandolle. ) On la trouve
partout , dans les haies y les fentes des vieux murs et
les masures, surtout à l’ombre. Toutes les parties de
la chélidoine fournissent , lorsqu’on > les incise , un
sue jaunâtre , amer , caustique et d’une odeur désa¬
gréable.
Symptômes et lésions de. tissu produits par la chéli¬
doine. ( Voyez S 93 et 6. )
Action de la chélidoine sur V économie animale. Les
expériences que nous avons faites sur les chiens prou¬
vent , I? que le suc des feuilles de chélidoine , et
l’extrait de la même plante doivent être rangés parmi
les poisons irritans ; 2® qu’étant introduits dans le
canal digestif, ou appliqués sur le tissu lamineux sous-
cutané de la partie interne de la cuisse , ils ne tardent
pas à déterminer l’in-iammation des organes qu’ils
touchent ; 3» que la mort qu’ils occasionnent doit
être attribuée à cette inQammatfon et à l’irritation
sympathique du système nerveux ; 4*^ qn’il est pro¬
bable qu’ils sont absorbés et portés dans le torrent de
la circulation.
( ^86 )
Du Narcisse des prés.
Le narcisse des prés est une plante de la famille
des narcissées de Jussieu et de l’héxandrie monogynie
de Linnæus. ( planclie 2. ) ,
lop. Caractères du genre.Vo\aiÏTe est 'vaîè,ve\\ecd\ic&,
tubuleux à sa base a le limbe partagé en six divisions
étalées ; du sommet du tube s’élève un nectaire péta-,
loïde, de forme variée, tantôt raonophylle et cam¬
panule J d’autrefois court ou divisé ; les six étamines
sont Cachées dans le tube; le stigmate est trilobé ; le
fruit est uiie capsule à trois loges, s’ouvrant en trois
valves. Les fleurs, jaunes ou blanches sont renfermées
dans une spathe mince et scarieuse.
Narcisse faux Nakcisse (Narcissus pseudo narcissus , L.)
Son bulbe est arrondi , formé d’écailles très-serrées;
ses feuilles sont allongées, étroites, aplaties, obtuses,
un peu plus courtes que la hampe. Celle-ci est longue
d’environ un pied , très-comprimée , et offrant deux
côtés tranchans ; elle est terrUinée par une seule fleur
jaune, grande , un peu penchée, qui sort d’une spathe
membraneuse fendue longitudinalement d’un seul
côté ; le limbe du calice est à six divisions ovales ,
aiguës, étalées , jaunes ; le nectaire est> ti'ès-grand ,
campaniforme , allongé , jaune ; son bord est légère¬
ment frangé et d’unè couleur plus vive. Les six éta¬
mines sont renfermées dans l’intérieur du tube qu’elles
ne dépassent pas. Le style est simple , terminé par un
stigmate trilobé ; la capsule est obovoïde , comme à
six côtes; elle est à trois loges et s’ouvre entrois valves.
( i§7 )
Le narcisse faux narcisse , ou des bois , croît dans
les bois ombragés. Il nest pas rare aux environs de
Paris, où il fleurit pendant les mois de mars et d avril.
Symptômes et Usions de tissu produits par le narcisse
des prés. ( V oy. S pS et S 6- )
Actiop du narcisse des prés sur V économie animale,
Les expériences que nous, avons tentées sur les chiens
avec l’extrait de cette plante nous permettent de con¬
clure , 1° qu’il doit être considéré comme unpoison irri*
tant, susceptible d’ôccasioner la mort dans l’espace de
quelques heures lorsqu’il est employé à la dose de
deux ou trois gros ; 29 qu’il est essentiellement émé¬
tique 3® qu’indépendamment de l’inflammation qu’il
développe dans les organes avec lesquels il a été mis en
contact , et qui en général est peu intense , il est
absorbé et porté dans le torrent de la circulation ;
4° qu’il paraît agir spécialement sûr le système nerveux
en détruisant ta sensibilité , et sur la membrane mu¬
queuse de l’estomac dont il détermine l’inflammation ,
lors même qu’il a été appliqué sur des plaies ou sur le
tissu lamineux sous -cutané de îapartie interne de la
cuisse ; 5® que son action est moins énergique lorsqu’il
a été introduit dans le canal digestif, que dans les cas
d application extérieure dont nous venons de parler.
De la Renoncule des prés.
La renoncule est une plante de la famille des re-
nonculacées de Jussieu , et de la polygandrie polyginie
de Linnæus. { Ployez planche 3.)
I lo. CaracUres du genre '. Galice formé de cinq sépales
caduques ; corolle de cinq pétales offrant à leur base
( i88 .) •
interne une petite fossette glanduleuse; étamines et
pistils en grand nombre; les fruits sont des akènes or¬
dinairement terminées par un petit crochet oblique.
Renoncule âcre (Rànunculus acris, Linn., Sp. 77g.}
Sa racine est formée de longues fibres blanchâtres ,
presque simples; ses feuilles radicales sont pétiolées,
. velues, divisées très-profondément en trois ou cinq
lobes digités, incisés, dentés et aigus; dans les feuilles
de la tige, ces lobes sont linéaires , entiers; les pétioles,
légèrement velus , sont dilatés et membraneux à leur
base. La tige est dressée , haute d’environ deux pieds ,
fistuleuse, simple et un peu velue dans sa partie infé¬
rieure, divisée supérieurement en rameaux allongés,
cylindriques, non striés, qui servent de support aux
fleurs. Celles-ci , d’un beau jaune, sont nombreuses et
comme paniculées; les cinq sépales du calice, légère¬
ment concaves , sont étalés et pointus ; les pétales sont
subcordiformes, un peuémarginés à leur sommet. Les
fruits, ramassés en tête, sont assez gros, lisses, termi¬
nés par un petit crochet peu recourbé. <
Cette espèce est très-commune dans les bois un peu
coTiverts et humides. Elle fleurit durant une partie de
l’été.
Symptômes et lésions de tissu produits par la renon¬
cule des prés. [F. % gô et 6.)
Action de la renoncule des prés sur ï économie anirruile.
Il résulte des expériences faites sur les chiens, et des
observations recueillies chez l’homme, que le suc
obtenu en triturant les feuilles de cette plante avec de
l’eau, ainsi que l’extrait aqueux de la même plante,
( )
sont vénéneux, et susceptibles d’occasioner une mort
prompte ; a® qu ils agissent en déterminant une inflam¬
mation intense des organes avec lesquels on les a mis
en contact, et par suite une irritation sympathique du
système nerveux; 3° que leur action est moins vive
lorsqu’ils ont été appliqués sur le tissu lamineux sous-
cutané de la partie interne de la cuisse, que dans le
cas où ils ont été introduits dans le canal digestif;
4® qu’ils ne paraissent pas être absorbés ; 5^ qu’ils pro¬
duisent les mêmes effets sur les chiens que sur l’homme.
On remarque que les espèces suivantes offrent des
propriétés vénéneuses analogues : ranunculus scelera-
tus , ranunculus flammula, ranunculus bulb'osus, ranun¬
culus ficaria , ranunculus thord, ranunculus arvensis y
ranunculus alpestris , ranunculus polyanthemos , ranun¬
culus illyricus , ranunculus gramineus , ranunculus
asiaticus , ranunculus aquatilis, ranunculus platan^o-
lius , ranunculus bregnius , et ranimculus saf doits.
III. Indépendamment des végétaux irritans dont
nous venons de parler, il en est encore un certain
nombre dont nous nous bornerons à faire connaître
les noms, parce qu’ils ont été moins étudiés que les
précédens, que leurs usages sont beaucoup moins
nombreux , et que d’ailleurs tout porte à croire qu’ils
agissent de la même manière. Ces végétaux sont :
Les rhododendron chrjsanihum et ferrugineum.
'La couronne impériale {^fritillaria imperialis. )
• pédiculaire des marais {^pedicularis palustris.'^
Le cjrclam^n europæum.
La joubarbe des toits (jsedum açre.^
Le plumbago europœa.
( Ipo )
La scamraonée {convdlvulus scammortea.')
cerbera ahovaï eX nianghas.
Les cynanchutn. evectiim et ■vimialè.
Les lobelia longijlora et syphilitica.
Les apocynum androsæmifoliwn^ cannabinumex ve~
netum.
Les asclepias gigantea et vincetoxicum.
JJhydrocotile 'vulgaris.
Les clematitis uitalba^ Jiammula^ recta eX integri-
folia.
Le pastinaca sativa annosa.
Les scelantus quadragonus, Forskalii et glartdulosus.
Le phytolacca decandra.
Le croton tiglium.
Les arum rnaculatum^ esculentüm, seguinum y dra-
cunculusy dracôntiumy 'virginieum, colocasia et at-
borescens.
Le calla palustris.
Des Cantharides.
Comment peut -on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par les cantharides?
I^a cantharide des boutiques ( cantharis vesica-
toria, meloe 'vesicàtorius , lytta 'vesicatoria) y est un
insecte de l’ordre des coléoptères (i), de la section
(i) Les coléoptères ojit quatre ailes, dont les deus supé¬
rieures, pliées simplement en travers , sont en forme d’étui
crustacé et à suture droite ; ils ont des mandibules et des
mâchoires pour la mastication.
( ^91 )
des hétéromères (i), de la famille des’trachélides (2).
fig. 4, pl- 21.) .
H2. Caractères du genre caniharide. Crochets des
tarses profondément bifides; élytres de la longueur
de l’abdomen (3), flexibles, recouvrant deux ailes; an-^
tennes filiformes , manifestement plus courtes que le
corps , avec le troisième article beaucoup plus long que
le précédent ; palpes maxillaires un peu plus gros à leur
extrémité ; corps allongé , presque cylindrique ; tête
grosse, presqu’en cœur; corselet (thorax) petit, com¬
parativement à la longueur du corps, presque carré,
un peu plus étroit que l’abdomen ; articles des tarses
entiers; mandibules se terminant en une pointe en¬
tière. Cantharide 'vésicatoire.y ext doré, antennes noires.
Caractères de la poudre des cantharides. Lorsqu’elle
est impalpable, elle est d’un gris verdâtre, parsemée
de points brillans d’un très-beau vert ; son odeur est
âcre et nauséabonde; chauffée sur une plaque de
fer rougie au feu , elle se charbonne et dégage une
fumée d’une odeur fétide semblable à celle de la corne
qui brûle. Leau, letber et l’alcohol lui Communi¬
quent une teinte jaune , tiranf légèrement sur le vert
lorsqu on emploie l’étber, et sur le rouge si on fait
(1) Les hétéromères ont cinq articles aux tarses, antérieurs ,
et quatre aux deux derniers.
(2) Les trachélides ont la tête triangulairé du en cœur ,
séparée du corselet par un rétrécissement brusque en forme
de coL
(3) Elytres , du grec . £ Aurpoi/ , gaine, enveloppe, étui, ailes
supérieures des insectes qui en ont quatre.
(192)
usage d ’alcohol concentré et qu’on le laisse agir pen¬
dant long-temps.
Il 3. Caractères de l’alcohol cantharide (teinture al-
coholique des pharmacies , préparée avec l’eau-de-vie
ordinaire ). Elle est précipitée en blanc par l’eau ; en rose
clair par l’eau de tournesol ; en blanc tirant légèrement
sur. le jaune ^ et seulement au bout de quelques ins-
tans , par le prussiate de potasse et de fer ; en jaune
clair par les hydrosulfates solubles, et lé précipité est
grumeleux; en blanc:, par le sous-carbonate dé potasse;
le précipité est pulvérulent , et ne paraît qu’au bout de
quelques instans ; en jaune verdâtre par les acides hy-
drochlorique et sulfurique; le précipité est composé
de très-petites lames, et avant de se ramasser, la li¬
queur était trouble et d’un jaune serin ^ en jaune
l’acide nitrique ; ce mélange présente à sa surface, au
bout de vingt-quatre heures, une matière grasse, rou¬
geâtre, d’une odeur sembla,ble à celle de la graissé que
l’on a fait chauffer avec l’acide nitrique.
Symptômes déterminés par les cantharides. Les can¬
tharides introduites dans l’estomac, donnent lieu à la
plupart des symptômes dont nous avons fait mention
§ 93, à l’occasion des substances irritantes ; nous croyons
seulement devoir faire remarquer que les malades
éprouvent plus particulièrement une odeur nauséa¬
bonde et infecte , une ardeur considérable dans la
vessie , et presque toujours un priapisme opiniâtre et
très-douloureux; l’urine est quelquefois sanguinolente.
On observe aussi la plupart de ces symptômes lorsque
la poudre de cantharides a été appliquée à forte dose
sur la peau, et mieux encore sur le tissu cellulaire
sous-cutané.
( x93 )
Lésions de tissu produites par les cantharides. Les
parties qui ont été en contact avec les cantharides sont
le siège d’une inflammation ordinairement très - in¬
tense, ('t’ofez § 6); la vessie et les organes génitaux sont
le plus souvent phlogosés lorsque la poudre de cet
insecte a été appliquée sur la peau ou sur le tissu cel¬
lulaire , tandis que le canal digestif semble être dans
l’état naturel; mais il est jrare qu’on découvre des
traces d’inflammation dans la vessie et dans les parties
génitales, quand la mort est le résultat de l’introduc¬
tion des cantharides dans l’estomac , à moins que les
animaux n’aient succombé deux , trois -ou quatre jours
après l’empoisonnement.
Action, des canthnrides sur V économie animale. 1° La
poudre des cantharides est un poison irritant éner-
gique pour l’homme , soit qu’on l’introduise dans le
canal digestif, soit qu’on l’applique sur des plaies ou
sur ta peau ; 2° elle détermine une vive inflammation
des parties qu’elle touche, qui ne tarde pas àêtre suivie
d’une action marquée sur le système nerveux , et à la¬
quelle il faut attribuer la mort; 3® elle est absorbée
portée dans le torrent de la circulation , et agit sur la
vessie et sur les organes génitaux; en effet, on dé¬
couvre quelquefois l’inflammation de ces parties après
la mort,, et dans le cas où il est impossible de constater
cette lésion , on .peut s’assurer que l’individu soumis
à l’influence des cantharides, a éprouvé le priapisme,
une-grande ardeur de vessie et beaucoup de difficulté
à expulser 1 urine, qui d’ailleurs est fort rare , rouge ,
et quelquefois sanguinolente; . 49 la -partie active des
cantharides réside dans la matière; blanche découverte
ï3
( 194 )
par M. Robiquet ( çantharidine ) , et "dans le principe
Volatil huileux; auss^i la poudre privée par 1 ébullition"
de ce dernier principe seulement, agit-elle avec moins
d’énergie que celle que l’on n’â pas fait bouillir dans
l’eau, et elle n’exerce plus d’action délétère si on l’a
dépouillée à la fois des deux principes dont nous par¬
lons , en la traitant à plusieurs reprises par l’eau bouil¬
lante ; 5® l’huile verte et la substance jaune soluble dans
l’alcohol et insoluble dans l’éther, ne jouissent d’au¬
cune propriété vénéneuse ; 6° l’action des extraits
aqueux et alcoholique est plus vive que celle de la
poudre, parce qu’ils renferment, sous le même poids,
plus de cantharjdine; mais elle serait encore plus éner¬
gique s’ils n’avaient point été débarrassés du principe
volatil par l’ébullition.
Des Animaux qiii produisent des accidens graves
. lor s quHls sont introduits dans V estomac. ■
114. Il résulte d’un très-grand nombre d’observa¬
tions faites par le docteur Chisholm, que l’on pêche
dans les mers des Indes occidentales , et dans certains
endroits seulement, des poissons, que l’on peut manger
sans inconvénient , excepté depuis le mois de février
jusqu’au mois de juillet, époque pendant laquelle ils
’ contractent des qualités délétères., sans qu’on puisse
en assigner la véritable cause. Voici l’énumération de
ces poissons : le perça de Brown, le coracinus
fuscus.) le sparus chrjsops^ Xe^corpphœna kippuriis de
Lacépède , le scomher maximüs , le marœa congère le.
clupœa thrjssa de . Linnæus,. le minor et
quelques variétés du cancer rüricola.
La plupart de ces poissons déterminent, peu de
temps apres leur introduction dans l’estomac , une
démangeaison générale , des douleurs atroces dans plu¬
sieurs régions de l’abdomen et à l’oesophage, des nau¬
sées, des déjections alvines et des voraissemens fré-
quens , l’accélération du pouls, des vertiges , la perte de
la vue, des sueurs froides, l’insensibilité et la mort.
Quelquefois on observe aussi que la peàu se couvre de
taches larges, d’une couleur vermeille, bu que l’épi¬
derme tombe comme dans certaines espèces de lèpre.
Cette maladie peut se terminer d’une manière fâcheuse
dans l’espace de quelques minutes, d’une demi-heure
ou de plusieurs heures. Il nest pas rare, lorsque les
symptômes que nous venons de décrire cèdent à un
traitement convenable , d’observer pendant plusieurs
jours la |>aralysie dés membres abdominaux.
Des Moules.
1 15. Il est pariaitement démontré que des individus
ont éprouvé, peu de temps après avoir mangé des moules
fraîches , des symptômes analogues à ceux que détermi¬
nent certains poisons irritans ; mais il n’êst guère pos¬
sible, dans létat actuel de la science, d’indiquer au
juste la cause des accidens produits par ces mollus¬
ques, et que 1 on a fait dépendre tour à tour d’une al¬
tération morbide qu’ils auraient éprouyée, des subs¬
tances dont ils se nourrissaient, d’une petite étoile de
mer quel ort y trouverait constamment pendant les mois
où elles sont nuisibles, d’une matière que l’on appelle
crasse., et qui se trouve dans la mer; enfin d’üne dis¬
position particulière de l’estomac des personnes qui les
(î96)
mangent, etc. Voici les symptômes que l’on a observés
dans cette espèce d’empoisonnement ; malaise général,
pesanteur .d’éstomac , nausées, vomissemens , douleur
à l’épigastre et dans plusieurs parties de l’abdomen ,
anxiétés précordiales , respiration difficile, stertp-
reuse, ou spasmodique et convulsive j menaces de suf..
focation, pouls accéléré, petit, serré ; tuméfaction
générale ou partielle ; démangeaison quelquefois in¬
supportable sur diverses parties du corps , suivie le plus
ordinairement d’une éruption de vésicules , ou de pé¬
téchies blanches; quelquefois rougeur de la peau; en-
cbiffrènement; refroidissement des extrémités ; délire ;
soubresauts des tendons ; sueurs froides, etc. Çes symp¬
tômes disparaissent presque toujours par l’usage d’un
traitement approprié ; ils peuvent néanmoins être suivis
de la mort, et alors on découvre des traces d’inflamma¬
tion dans l’estomac et dans les intestins.
. Du Verre.
'' ri6. Le verre et l’émail en poudre ne jouissent d’au¬
cune propriété vénéneuse- Administrés sous forme dé
fragmens aigus, ils peuvent quelquefois irriter et en¬
flammer l’estomac, comme le ferait tout autre corps
dont l’action serait mécanique.
VINGTIÈME LEÇON.
DEUXIÈME CLASSE.
Des Poisons narcotiques.
1 17. Le xaot narcotique , dérivé du grec , assou¬
pissement^ a été employé pour désigner un très-grand
( 197)
nombi-e de poisons qui n’agissent pas évidemment de
la même manière ; ainsi la plupart des substances nar-
cotico-âcres ont été confondues avec les narcotiques ;
il en a été de même de quelques poisons tirés de la
classe des irritans. Aujourd’hui on désigne sous ce nom
tous les poisons qui agissent primitivement sur le sys¬
tème nerveux et sur le cerveau en particulier, sans dé¬
terminer l’inflammation des parties qu’ils touchent , et
qui donnent lieu à quelques-uns des symptômes sui-
vans : engourdissement, pesanteur de tête, somno-
lencé, vertiges, sorte d’ivresse, assoupissement, état
comme apoplectique, délire furieux ou gai, douleurs
légères d’abord, puis insupportables; cris plaintifs,
mouvemens convulsifs, partiels ou généraux; faiblesse
ou paralysie des membres, et en particulier des mem¬
bres abdominaux ; dilatation de la pupille ; sensibilité
diminuée des organes des sens ; nausées , vomissemens,
surtout si la substance narcotique a été appliquée sur
la peau ulcérée ou sur le rectum; pouls fort, plein,
fréquent ou rare; respiration comme dans l’état natu-'
rel ou un peu accélérée^
1 18. Lorsque cet empoisonnement se termine par la
mort , on observe que les vaisseaux du cerveau et des
méningés sont souvent engorgés de sang; les poumons
sont quelquefois d’une couleur violette, ou d’un rouge
plus fonce que dans l’état naturel ; alors leur tissu est
serré, gorgé de sang, et peu crépitant , du moins dans
quelques-unes de leurs parties. Le sang contenu dans
les cavités du cœur et dans les veines ne conserve pas
toujours sa fluidité, comme on l’a annoncé;. car on le
trouve souvent coagulé peu de temps après la mort.
( 1,98 } -
Les autres organes ne sont le siège d’aucune lésion re¬
marquable, et si on a quelquefois découvert une in¬
flammation du canal digestif, elle était évidemment
produite par des substances irritantes mêlées avec lé
poison narcotique , ou bien elle existait av^nt l’empoi¬
sonnement.
119. Les poisons narcotiques sont absorbés et portés
dans le torrent de la circulation , et ils déterminent les
mêmes accidens, soit qu’ils aient été mis en contact avec
la peau ulcérée, le tissu lamineux sous-cütané , le canal
digestif j la plèvre ou le péritoine, soit qu’ils aient été
injectés dans les veines. On est loin de remarquer
cette uniformité d’action dans la plupart des poisons
irritâns.
De r Opium.
-Avant de parler de l’opium, nous croyons devoir
faire connaître la morphine et le principe crystal-
lisable de Derosne , substances qui entrent dans sa
composition , et qui produisent sur l’économie anir
male des effets propres à éclairer son histoire toxicb
logique.
De la Morphine.
Comment peut-on reconnaître l’empoisonnement
par la morphine ?
1 20. Là morphine est solide , blanche , ou colorée eii
jaune ou en brun, suivant son degré de pureté; elle
crystallise en parallélipipèdes , et n’a point d’odeur.
Lorsqu’on la met sur des charbons ardent, elle se dé¬
compose à la manière des substances végétales qui ne
contiennent point d’azote, et laisse du charbon; si on
( 199 )
la fait fondre dans un petit tube de verre dont la tem¬
pérature est fort peu élevée , elle devient transpa¬
rente , mais elle reprend son opacité aussitôt que le
tube commence à se refroidir : elle est presque inso¬
luble dans l’eau; l’alcohol la dissout facilement à
chaud, et la laisse déposer en grande partie parle re¬
froidissement. Cette dissolution , d’une saveur arnere^^
jouit de propriétés alcalines; en effet, elle ramène au
bleu la couleur du tournesol, rougie par un acide.
L acide nitrique du comnierce , versé par gouttes sur
la morphine , lui communique une belle couleut
rouge \ l’acide acétique faible la dissout rapidement
à froid; du reste, tous les acides peuvent se combiner
avec elle et former des sels crystallisables.
Symptômes et lésions de tissu déterminés par la
morphine. Ils ne diffèrent point de ceux que produit
l’opium. ( F”. § laS. )
1 2 1 . Action de la morpMne sur l’économie animale.
Il résulte des expériences faites sur les chiens, et des
observations recueillies chez l’homme , i® que la mor¬
phine pure et à l’état solide peut être introduite dans
l’estomac des chiens les plus faibles à la dose de dix
ou douze grains, sans donner lieu à aucun phéno¬
mène sensible ; ce qui tient à la grande difficulté
avec laquelle lés sucs dé l’estomac en opèrent la dis¬
solution; toutefois , s’il y avait dans ce viscère une
assez g-rande quantité d’acide libre , la morphine se¬
rait dissoute , et occasionnerait tous les symptômes de
1 empoisonnement; a® quelle n’agit point lorsqu’on
1 applique à l’état solide sur le tissu lamineux sous-
cutané de la partie interne dé la cuisse des chiens ;
( 200 )
3° que les sels de morpliine produisent sur l’homme^
et sur les animaux les mêmes effets que l’extrait
aqueux d’opium ; le sulfate et l’hydrochlorate agissent
avec moins d’énergie que Tacétate , ce qui dépend
probablement de ce que les acides sulfurique et hy-
drochlorique neutralisent mieux les propriétés véné*^
neuses de la morphine que l’acide acétique ; 4® que
l’actioh de douze grains de morphine dissoute dans
l’acide acétique est plus vive que celle de la même
dose d’extrait aqueux d’opium ; cela tient à ce qu’il y
a beaucoup moins de douze grains de morphine dans
cette quantité d’extrait; mais il est extrêmement pro¬
bable que si on faisait dissoudre douze grains de môr-:
phine dans les acides qui font partie de l’extrait aqueux
d opium , on obtiendrait des effets beaucoup plus in¬
tenses qu’avec douze grains de cet alcali dissous dans
1 acide acétique, parce que les acides de l’opium neu¬
tralisent probablement la morphine avec moins d’é¬
nergie que l’acide acétique'; dans ce cas , l’alcali,
étant plus libre, agirait avec plus de force ; 5^ que
la dissolution de morphine dans l’huile d'olives exerce
sur l’économie . animale une action beaucoup plus
intense que celle de l’extrait aqueux d’opium : ainsi,,
une dissolution huileuse contenant six grains de mor-
phine est aussi énergique que douze grains d’extrait ;■
6° qu’il est probable , d’après quelques observations
recueillies chez l’homme , que la morphine dissoute
dans l’alcohol agit encore avec plus d’intensité que
la dissolution huileuse , mais que ce fait ne peut pas
être constaté sur les chiens, ï’alcohol , affaibli au
point de n’exercer aucune action sur ces animaux,
( 201 3
dissolvant une si petite quantité de morphine, qu’il
est impossible de déterminer chez eux le moindre
effet ; 7° que les préparations solubles de morphine
sont absorbées ; aussi leur action est-elle beaucoup
plus vive lorsqu’on les injecte dans les veines , que dans
le cas où on les applique sur le tissu cellulaire ou sur
le canal digestif; 8® qu’elles agissent sur l’écononiie
animale comme l’extrait aqueux d’opium. ( Voy. page
208. i3® pour les détails relatifs à cet extrait, et pour
le rôle que joue la morphine dans l’empoisonnement
par l’opium.)
Du Principe crystaïlisàbîe de Derosne.
Comment peut-on reconnaître l’empoisonnement
par le principe de Derosne ?
122. Le principe de Derosne , appelé aussi sel de De’-
rosne , narcotine existe dans l’opium indépendam¬
ment de la morphine. Il est solide , blanc ou légèrement
coloré en jaune, inodore, insipide et crystallisé en pris¬
mes droits à base rhomboïdale. Chauffé graduellement
dans un tube de verre, il fond comme les graisses, à
une température peu élevée, devient transparent, et se
conserve dans cet état même après le refroidissement : si
on élève davantage la température, ou qu’on le mette
sur des charbons ardens, il se décompose et répand une
fumée épaisse, d’une odeur ammoniacale. Il est à peine
soluble dans l’eau froide ; l’alcohol bouillant le dissout
à merveille , et le laisse déposer en grande partie par le
refroidissement. Il est très-soluble dans l’éther; l’huile
d olives et celle d’amandes douces le dissolvent len¬
tement à une température inférieure à celle de l’ébul-
, ( 202 )
\ilion. Aucune de ces dissolutions ne jouit de propriétés
alcalines. L’acide acétique, quel que soit son degré de
concentration, ne le dissout qu’à la température de
l’ébullition 5^ l’acide nitrique du commerce le dissout à
froid sans le faire passer au rouge : la dissolution est
jaune. Ces caractères suffisent pour distinguer le prin¬
cipe dont nous parlons de la morphine.
1 2^. Action du principe de Derosne sur V économie ani¬
male. n résulte des expériences que nous avons faites
sur les chiens, i® que dix ou douze grains du principe
de Derosne peuvent être appliqués sur le tissu cellulaire
de la partie interne de la cuisse, sans occasioner le
moindre accident ; 2° que huit, dix ou douze grains du
même principe, dissous dans six ou huit gros, d’huile
d’olives, et introduits dans, l’estomac, déterminent les
effets suivans : quinze ou. dix-huit heures après leur ad¬
ministration., les animaux éprouvent des nausées qui
ne tarderaient pas à être suivies de. vomissement, si on
ne s’opposait point à l’expulsion des matières conte¬
nues dans l’estomac ; ils paraissent plus faibles et
comme dans un état de stupeur ; leurs extrémités pos¬
térieures fléchissent peu à peu; la respiration est un
peu accélérée : bientôt après ils se relèvent pour se
porter en avant, et semblent plus éveillés. Cet état
dure plusieurs heures , jusqu’à ce 'que la faiblesse soit
assez considérable pour forcer les animaux à se cou¬
cher sur le ventre ou sur le côté , attitude dans la¬
quelle ils meurent au bout de quelques heures. La mort
est précédée de légers mouvemens convulsifs dans les
membres; elle arrive à la fin du deuxième/ du troi¬
sième ou du quatrième jour ; du reste , on n’observe
( 2o3 )
ni vertiges , ni paralysie des extrémités , ni cris plain¬
tifs, ni secousses convulsives fortes, comme cela a lieu
avec la morphine et avec l’opium ; les organes des sens
exercent librement leurs fonctions. A l’ouverture du
cadavre, on ne découvre point d’altération marquée
dans le canal digestif; 3® qu’un grain du même prin¬
cipe dissous dans l’huile, et injecté dans la veine jugu¬
laire, produit un état de stupeur analogue à celui dont
nous venons de parler, et peut oçcasioner la mort dans
l’espace de vingt-quatre heures; 4® que douze grains
dissous dans environ deux gros de vinaigre concentré
peuvent être injectés dans le tissu cellulaire de la partie
interne de la cuisse, sans qu’il en résulte d’inconvé¬
nient notable, tandis que la même dose d’acétate de
morphine, appliquée sur le même tissu, donne lieu 5
tous les symptômes de l’empoisonnement. ( page
ào8. 3° pour le rôle que joue çe principe dans l’em¬
poisonnement par l’opium.)
De F Opium.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par ropium?
ï 24. L’opium est formé de morphine, de deux acides
dont l’un a reçu le nom d’acide méconique, et paraît se
trouver dans l’opium à l’état deméconate , de principe
crystallisable (de Dérosne), d’une substance ayant quel¬
que analogie avec le caoutchouc, de gomme, d’ami¬
don, de résine, d’huile fixe, et d’une matière végéto-
animale ; enfin , on y trouve quelquefois du sable , des
cailloux, des débris de fibres végétales.
Caractères de Fopium, Solide^, d’un brun rougeâtre
( )
€n dehors, légèrement luisant, opaque, pliant, sus¬
ceptible d’adhérer aux doigts, d’une odeur particulière^
nauséabonde, d’une saveur âcre, amère, chaude, so¬
luble en partie et à toutes les températures dans l’eau
et dans les acides faibles, se ramollissant dans l’eau
chaude de manière à fournir une pâte molle. Mis sur
les charbons ardens , il se décompose comme les subs¬
tances végéto- animales, répand une fumée épaisse
d’une odeur ammoniacale, et laisse du charbon pour
r4?idu. Il brûle avec flamme lorsqu’on l’approche d’une
bougie allumée. .
Dissolution aqueuse di opium. Liquide transpare/it ,
ayant X odeur èt la saveur, de l’opium, roug^sant le pa¬
pier de tournesol , et précipitant en jaune brunâtre
par une petite quantité d’ammoniaque; ce précipité
renferme de la morphine et du principe de Derosne.
Extrait aqueux d’opium. Il est solide, brun, doué
d’une saveur amère, et d’une odeur qui ressemble à
celle de quelques autres extraits, mais qui diffère es¬
sentiellement de celle de l’opium. Il se dissout très-
bien dans l’eau ; la dissolution rougit le papier de tour¬
nesol, et précipite des flocons d’un blanc jaunâtre
(morphine et sel de Derosne) par l'eau de ehaux ou
par une petite quantité d’ammoniaque.
Laudanum liquide de Sydenham. Liquide préparé
avec l’opium , le safran , la cannelle, le girofle et le vin
d’Espagne, Il offre une couleur rouge-orangée foncée ;
sa saveur est extrêmement amère ; son odeur à la fois
de safran et de girofle est très-forte ; sa consistance est
assez épaisse; il rougit le papier de tournesol. L’eau
distillée ne le trouble point : il en est de même de l’am-
( 2o5 ) .
moniaque; l’eau de chaux y fait naître un précipité
blanc- jaunâtre, soluble dans un excès d’eau de cbaux.
1 2 5 . Srmptômes de V empoisonnement. par V opium. Les
symptômes que l’on observe chez les personnes sou¬
mises à l’influence de l’opium ou de son extrait sont
très-variables; quelquefois le malade éprouve un délire
qui le porte à extravaguer, puis tombe dans un assou¬
pissement profond. Dans d’auti’es circonstances il y a
propension au sommeil, état comateux, assoupisse¬
ment ; cependant le malade peut être réveillé pour
quelques minutes à l’aide d’une forte secousse. Les
yeux sont immobiles, languissans et abattus, la pu¬
pille dilatée , l’iris insensible à la lumière ; les muscles
des membres et du tronc sont dans le relâchement;
il y a immobilité et insensibilité parfaites. On observe
des nausées, desvomissemens; la déglutition est difficile
ou impossible; la respiration, souvent peu apparente
est quelquefois pénible , stertoreuse et intercèptee :
l’état du pouls varie extraordinairement suivant les in¬
dividus, et chez la même personne, suivant l’époque
de la maladie et plusieurs autres circonstances qu’il est
difficile d apprécier; quelquefois les artères tempo¬
rales battent avec une sorte de frémissement ; la face
est pâle comme cadavéreuse :,il peut y avoir distor¬
sion de la bouche. Ces symptômes augmentent, et la
mort arrive.
Lorsqu’on administre une forte dose d’opium à des
chiens, op observe constamment les mêmes phéno¬
mènes : assoupissement, pesanteur de tête, vertiges,
faiblesse des extrémités postérieures, qui ne tardent pas
a etre paralysées ; le pouls est plein, fort, souvent accé-
( 2o6 )
léré; cris plaintifs, mouvemens convulsifs d’abord lé¬
gers, mais qui deviennent bientôt tellement intenses
que l’aniràal est déplacé : sa tête se renverse sur le dos;
ses extrémités se roidissent par intervalles ; loin d’être
profondément endormi, il peut être réveillé au moindre
contact, par le plus léger bruit, et il n’est pas rare alors
de déterminer un accès convulsif plus ou moins fort.
Tous ces symptômes augmentent d’intensité; les extré¬
mités postérieures finissent par être entièrement para^
lysées , et la mort arrive ordinairement peu d’heures
après l’empoisonnement.
Lésions de tissu produites par l’opium. (^. § 1 1 8 .)
126. Action de V opium sur V économie animale.
1° L’opium en substance détermine la mort des chiens
les plus robustes dans l’espace de vingt à trente
heures, lorsqu’il a été introduit dans l’estomac' à la
dose de deux ou trois gros.
2° L’extrait aqueux d’opium obtenu avec de l’eau
froide, et qui n’a subi qu’une évaporation, est beau¬
coup plus actif que l’opium en substance, et que les
extraits préparés en suivant un autre procédé; en effet,
il occasionne la mort des chiens dans l’espace de trois
ou quatre heures, quand il a été introduit dans l’es¬
tomac à la dose de deux ou trois gros.
3° Il agit avec plus d’énergie lorsqu’il est injecté
sous forme de lavement , à moins qu’il ne soit subite¬
ment rejeté. ,
4° Son action est encore plus vive quand il est ap¬
pliqué sur le tissu cellulaire , et surtout lorsqu’on l’in¬
troduit dans lés veines, dans la plèvre ou dans le' pé¬
ritoine.
( 207 )
5° Injecté dans la carotide, il détermine encore la
mort a?fec plus de rapidité.
6° Il en faut une assez grande quantité pour tuer les
animaux dans la vessie desquels il a été introduit.
7° Son application siu*le cerveau n’est pas mortelle.
8® L’extrait d’opium privé de morphine et du prin¬
cipe de Derosne^ peut être administré à forte dose sans
déterminer les symptômes de l’empoisonnement, et
s’il conserve quelquefois une légère action , cela tient à
ce que la séparation de ces principes n’a pas été Com¬
plète.
9® L’extrait dL .oyixixsx^ privé seulement du principe de
Derosne au moyen de l’éther, comme l’a indiqué M. Ro-
biquet, jouit de toutes ses propriétés vénéneuses, agit
avec là même énergie, et paraît même plus excitant
que celui qui contient encore lê même principe.
lo® L’eau distillée d’opium, fortement saturée du
principe qui se volatilise, peut déterminer des vertiges,
le sommeil, et même la mort , si elle a été prise a forte
dose. '
1 1° Le marc d’opium , du l’opium épuisé par l’eau,
dans lequel il y â beaucoup de principe de Defosrie et
de la morphine, administré en substance à la dose de
deux gros, occasionne des accidens analogites à ceux
que produit le principe de Desrone {vop. § laS) ; néan ¬
moins les animaux se rétablissent d’eux-mêmes au
bout de quelquès jours. ;
12® Deux gros du même marc , laissés pendant dix
heures dans un mélange de deux onces d’eau et de deux
onces de vinaigre du comraérce, puis introduits dans
l’estomac, déterminent la mort des chiens dans l’espacé
' ( 2o8 )
dé trente à quarante heures, après avoir donné lieu â
des accidens semblables à ceux que produit le principe
de Derosne ; ce que l’on peut expliquer facilement par
la rapidité avec laquelle,le vin aigrç affaibli dissout le
principe de Derosne et la morphine qui font partie du
marc. Ce résultat s’accorde à merveille avec un fait que
nous avons établi dans notre Tiaité de Toxicologie,
savoir , que l’opium agit avec plus d’énergie lorsqu’il
est administré avec l’eau vinaigrée, que dans le cas
où il est simplement mêlé à l’eau ; en effet, l’eau ne
dissout point les principes actifs du marc , tandis que
l’eau vinaigrée s’empare de tout ce que l’eau simple
aurait pu dissoudre , et en outre du principe de De¬
rosne , et de la morphine qui restent dans le marc.
i3®., D’après ce qui précède , et d’après ce qui a été
dit aux articles morphine et principe de. Derosne ,
nous croyons pouvoir établir, A ^ que l’opium doit
ses propriétés vénéneuses à un sel de morphine et au
principe de Derosne ; B , que ces deux composés agis¬
sent d’une manière différente , que nous avons signalée
en faisant leur histoire ; C , que l’action de l’opium
résulte de l’action combinée de ces deux composés; D ,
que c’est au sel de morphine qu’il particulièrement
attribuer les effets toxiques de l’opium , puisque l’ex¬
trait, privé de principe de Derosne, et contenant en¬
core le sel dont nons parlons , tue les animaux dans
le même espace de temps que l’extrait ordinaire ; E ,
que le principe de Derosne ne peut pas être considéré
comme le principe excitant de l’opium , tandis que la
morphine en serait le principe narcotique , comme
vient de l’annoncer M. E.obquet, d’après les'expé-
( 209 )
riences de M. Magendie (i). ( le premier bulletin
de la société médicale d’émulation . )
i4°. L’opium ne détruit point la contractilité des
muscles avec lesquels il a été mis en contact ; un
cœur , plongé dans une dissolution d’opium , se con¬
tracte encore pendant long-temps. Il agit sur le cer¬
veau après avoir été absorbé et porté dans le torrent
delà circulation.
i5® Ses effets délétères ne dépendent point de
l’action qu’il exèrce sur les extrémités nerveuses de
l’estomac , puisque les animaux , soumis à l’influence-
de l’opium, et auxquels on a coupé la paire vague
des deux côtés, meurent dans le même espace de
temps que si la section n’eût pas été faite.
i6° L’opium n’agit point sur l’économie animale
comme les boissons alcoholiques. ( Koy.AXcoYioX. )
De la Jusquiame,
La jusquiame est une plante de la famille des sola-
nées de J ussieu , et de la pentandrie monogynie de
Liniiæus. {^Voyez planche 4*)
(i) On peut se convaincre de cette vérité en administrant
comparativement à deux chiens de même force à peu près ,
douze grains de morphine et de principe, de Derosne dis¬
sous dans l’huile d’amandes douces (vaj. pour les effets,
§121 et 123 ). Nous ne savons à quoi attribuer la diffé¬
rence qui èxiste entre les résTiltats des expériences de M. Ma¬
gendie et lés nôtrës ; le principe crystallisable dont nous
avons fait usagé avait été préparé par M. Dérosné ; l’extrait
aqueux d’opium privé de ce principe par l’éthèr, et qui
( 210 )
1 2^. Caractères du genre. Calice campanule , allongé .
persistant, à cinq dents; corolle infundibuliforme, à
cinq angles inégaux et obtus ; cinq étamines déclinées ;
capsule à deux loges , s’ouvrant par une espèce de cou¬
vercle qui occupe son tiers supérieur.
Jusquiame noire (Hyosciamus niger , Linn, sp. sSy).
Sa racine est fibreuse et annuelle; sa tige , haute
de dix -huit pouces, à deux pieds, est cylindrique,
épaisse , rameuse à sa partie supérieure , toute couverte
de poils longs et visqueux : ses feuilles sont éparses,
alternes, et quelquefois opposées en même temps sur le
même pied; elles soint grandes, ovales, aiguës, pror
fondément sinueuses sur les bords, sessiles, molles,
velues et visqueuses. Ses fleurs , d’un jaune sale , sont
veinées de lignes pourpres; elles sont presque sessiles,
disposées en longs épis et toutes tournées d’un même
côté. Le calice est monosépale, campanulé, persistant,
à cinq dents grandes écartées et aiguës ; il est vis¬
queux et velu à l’extérieur. La corolle est infundibu¬
liforme , oblique et irrégulière ; son tube est cylin¬
drique, plus étroit que le calice ; le limbe est à cinq
divisions inégales et obtuses. Les étamines, au nombre
de cinq , sont déclinées , à peine saillantes hors de la
corolle : leurs filets sont subulés et velus; les anthères
sont ovoïdes, à deux loges de couleur pourpre foncée.
produit le même effet que l’extrait ordinaire, nous avait été
fourni par.M. Robiquet ; enfin nous avons tellement varié
et multiplié les expériences, que nous n’hésitons pas à sou¬
tenir la conclusion que nous venons de tirer.
( 2II ) . ,
L’ovaire est presque globuleux, glabre , à deux loges
renfermant chacune un très-grand nombre de petits
ovules attachés à deux trophôspermes convexes et
appliqués sur le .milieu de la cloison; cet ovaire est
surmonté par un style violacé que termine un stigmate
simple, convexe et glanduleux. Le fruit est une sorte
de capsule ovoïde très-obtuse, enveloppée de toutes
parts par le calice, offrant deux loges qui renferment
une grande quantité de petites graines réniformes : elle
s’ouvre par une espèce d’opercule ou de couvercle
placé à sa partie supérieure , à la manière des boîtes
à savonnette. Ce caractère distingue le genre jusquiame
de toutes les autres plantes de. la famille des solanées.
La jusquiame croît très-abondamment aux environs
de Paris , le long des chemins . des murailles, dans les
décombres et les lieux incultes ; elle fleurit en été^»;
Symptômes et lésions de tissu produits par la jus¬
quiame noire. {^V^oyez § iiy et ii8.)
Action de la jusquiame noire sur V économie animale.
Les expériences^que nous avons faites sur les chiens , et
les observations d’empoisonnement recueillies chez
l’homme , nous permettent de conclure 1° que le suc ,
le décoctum des racines de jusquiame noire en pleine
végétation, les feuilles et l’extrait aqueux de la même
plante convenablement préparés , jouissent de pro¬
priétés vénéneuses très - énergiques , susceptibles de
déterminer la mort dans un court espace de temps ; ùP
que le suc obtenu avec la racine est plus actif que
celui que fournissent les feuilles; 3® que ses effets
sur l’économie aniihale sont beaucoup moins mar¬
qués, si au lieu de i’ employer lorsque la jusquiame
est, en pleine végétation, on en fait usage au com¬
mencement dû printemps; 4° que l’extrait aqueux ob¬
tenu par décoction de la plante peu développée ou
trop desséchée jouit à peine, de propriétés vénéneu¬
ses , tandis qu’il est doué d’une grande activité s’il a
été préparé avec le suc de la plante fraîche en pleine
végétation , que l’on a fait évaporer au bain-marie •
5® que les effets fâcheux de ces, substances se mani¬
festent peu de temps après leur emploi, soit qu’on
les applique sur le tissu laminêux sous-cutané de la
partie interne de la cuisse , soit qu’on les introduise
dans l’estomac ou dans l’intestin rectum , soit enfin
qu’on les injecte dans les veines; 6® que ce dernier
mode d’introduction est celui qui est le plus prompte¬
ment suivi d’accidens graves; y^'que l’empoisonnement
produit par là plante dont nous parlons n’est point
le résultat d’üne action locale , puisqu’il est impossible
de découvrir la moindre trace d’irritation sur les par- '
lies sur lesquelles elle a été appliquée ; 8° qu’il doit être
attribué à son absoiption. et à l’action remarquable
quelle exerce sur le système nerveux, et en particu¬
lier sur le cerveau; 9® quelle détermine une sorte
d’aliénation mentale à laquelle succède une stupéfac¬
tion marquée; 10® qu’elle paraît agir sur l’homme
comme sur les chiens.
Les hyosciamus alhus , aureus , physaloïdes et sco-
polia^ jouissent également de propriétés vénéneuses
très-marquées, et paraissent exercer sur l’économie
animale le mêmè mode d’action que l’espèce précé-
dentCi
Cai3)
De V acide hjdrocyanique ( prussique).
Comment peut -on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a éu lieu par l’acide hydroeyanique ?
Pour résoudre cette question d’une manière conve^
nable, nous croyons devoir exposer les caractères phy¬
siques et chimiques de l’acide hydroeyanique pur^ et
de celui de Scheele, qui contient uné très-grande
quantité d’eau.
Acide hydroeyanique pur, découvert par M. Gay->
Lussac. Il est liquide à la température ordinaire, sans
couleur et transparent ; il est doué d’une odeur très-
forte, insupportable, semblable à celle des amandes
amères; sa saveur , d’abord fraîche , devient âcre et
irritante; il rougit faiblement l’eau de tournesol. Il
est très - volatil et entre en ébullition à a6o 5' , tb.
centigr. , sous une pressionde ^6centimètres. Lorsqu’on
en verse une ou deux gouttes sur l’extrémité d’une
petite bande de papier , il crÿstallise en partie, meme
à la température de 20°, th. centigr. ; une autre por¬
tion' se vaporise presque instantanément : cette pro¬
priété, qui n’appartient qu’a ce liquide, dépend de
ce que la partie qui se transforme en vapeur, enlève
assez de calorique à l’autre portion pour la faire passer
à 1 état solide. Abandonné à lui-même dans un vaisseau
fermé, il se décompose, brunit et finit par noircir ;
cette décomposition, qui a quelquefois lieu en moins
d uné heure , s’opère presque constamment avant le
quinzième jour. Il s’enflamme à l’air par rapproche
dun corps en combustion. Il est peu soluble dans
1 eau : l’alcohol le dissout plus facilement. Il fournit du
( 2i4 )
hleu de Prusse , lorsque après l’avoir étendu d’eau on
le mêle av£c du fil de fer et qu’on l’expose à l’air. Il
précipite le nitrate d’argent en blanc.
129. Acide hjdrocf unique dé Scheele. Il ne diffère
du précédent que parce qu’il est étendu d’eau : comme
lui il est liquide , incolore et transparent; il offre la
même odeur et la même saveur, mais à un degré
moins prononcé ; il n’altère point la couleur du papier
de tournesol lorsqu’il a été privé de l’acide sulfurique
dont on s’ést servi pour le préparer (i); néanmoins
celui que l’on trouve dans le commercé rougit sensi¬
blement cette couleur; il est moins volatil que le pré¬
cédent , et ne se congèle point lorsqu’on en verse quel¬
ques gouttes sur du papier à la température ordinaire
de l’atmosphère; il n’éprouve point la même altéra¬
tion que l’acide découvert par M. Gay-Lussac, quand
on le laisse dans un vaisseau fermé; il ne s’ en¬
flamme, point lorsqu’on le met en contact avec un
corps allumé; mais si on le chauffe et qu’on reçôive
sa vapeur dans un récipient , celle - ci est suscep¬
tible de s’enflammer par l’approche d’un morceau de
soufre allumé ( Scheele ). Si on le mêle avec quelques
gouttes de potasse dissoute dans l’eau , et qu’on ajoute
du sulfate de fer dissous , il sei^Jbrme un précipité brun-
rougeâtre^ qui disparaît par l’addition d’une petite
quantité d’acide sulfurique ; alors la liqueur est bleue,
et il ne tarde pàs a se déposer du bleu de Prusse : quel¬
quefois le précipité bleu paraît sur-le-champ. L’a¬
cide hydrocyanique de Scheele , mis en contact avec
(i) Mémoires de Scheele, tom. II, pag. i65.
( 2i5 )
du fil de fer et de l’air , fournit du bleu de Prusse au
bout de quelques heures.
i3o. Symptômes de V empoisonnement d-éterminé par
V a/^ide hydrocyanique. On observe chez les animaux
soumis à l’influence de l’acide hydrocyanique un
trouble momentané de la respiration , la paralysie
générale ou partielle, et les différens degrés du nar-
cotisme. (/^. § 1 17.) Indépendamment de ces effets , qui
sont communs à tous les animaux , on remarque une
douleur épigastrique dans l’homme et dans le chien ;
des convulsions dans les animaux à sang chaud diurnes ,
les Crustacés èt les insectes aériens-, tandis que les
mammifères nocturnes, les oiseaux de nuit, les ani¬
maux à sang froid, et les insectes aquatiques , n en
éprouvent point; \q. 'vomissement ^ chez les bimanes,
les carnivores , les oiseaux rapaces , passereaux , galli¬
nacés, phénomène que l’on n’ observe presque jamais
dans les rongeurs , et jamais dans les chevaux , les plan¬
tigrades, les reptiles batrachiens , sauriens , ophidiens ,
les insectes, et les zoophytes ; la peHe du mouvement
et de la sensibilité des membres thoraciques sxant celle
des membres abdominaux , dans les taupes ; les lézards ,
les- écrevisses , les insectes , ce qui a lieu dans un
ordre inverse pour les autres animaux ; des déjections
abondantes dans les carnassiers; la. salivation chez ces
memes animaux, et quelquefois dans l’homme; une
secrétion particulière aux gastéropodes , aux vers à sang
rouge , etc. L invasion de. ces divers symptômes est-
soudaine, la marche de la maladie très-rapide. ( Gpu-
lon, Recherches sur l’acide hydrocyanique.)
Lésions de tissu produites par V acide hydrocyanique.
( 2i6’ )
L’acide hydrocyanique ne détermine point rinfiamma-
tion des tissus sur lesquels il a été appliqué; et si des
observateurs dignes de foi ont émis une opinion con¬
traire', c’est que l’acide bydrocyanique qui faisait le
sujet de leurs observations avait agi sur les organes en
même temps que des substances irritantes. Les vaisseaux
dont l’ensemble constitue le système sanguin veineux
sont gorgés de sang noir', huileux , épais. La contractir
lité des muscles volontaires d’abord^ puis celle du cœur
et des intestins , est anéantie immédiatement ou peu
de temps après la mort. Plusieurs partiesdu corps , et
surtout l’estomac , le sang jet le cerveau exhalent
assez souvent une odeur d’amandes amères. Les ca¬
davres peuvent être conservés long -temps sans se
T^ouxiv, (^Fojr. S ii8 pour les autres lésions produites
par, les narcotiques .) /
Action de V acide hjdrocyanique sur V économie ani¬
male. I® L’acide bydrocyanique de M. Gay-Lussac est
le plus actif de tous les poisons connus; celui de
Scheele qui contient beaucoup d’eau n’agit avec autant
d’intensité que le précédent , qu’autant qu’il est èm-f
ployé à une dose beaucoup plus forte ; du reste , à
cette différence près., leur mode d’action est identique ;
les effets de l’acide bydrocyanique sont moins
marqués lorsqu’il a été dissous dans l’eau , que dans
le cas où il a été dissous dans l’alcobol et surtout
dans l’étber ; 3® il perd ses propriétés vénéneuses par
son exposition prolongée à l’air , la vapeur d’acide
bydrocyanique qui se dégage alors tendant sans cesse
à ramener le liquide à l’état aqueux; ép ib jouit en¬
core d’une assez grande énergie quand il a été trans-
( 217 )
formé en partie en une substance charbonneuse par
son séjour dans des vaisseaux fermés, à moins qu’il
ne' se soit écoidé assez de temps pour que sa décom¬
position ait été complète ; 5*^ il est nuisible aux diffé¬
rentes classes d’animaux , plus à ceux qui ont le sang
chaud qu’aux autres : parmi les insectes , ceux qui ont
un point de contact avec les animaux à sang froid,
comme les aquatiques , périssent plus lentement que
les aériens qui se rapprochent davantagé des animaux
à sang chaud ; mais, dans ces derniers , les parties ces¬
sent de se mouvoir dans un ordre inverse à celui qui
a lieu pour les animaux à sang chaud ; 6® son action
est d’autant plus intense , tout étant égal d’ailleurs ,
qu’il est employé en plus grande quantité, qu’il reste
plus long-temps en contact avec les organes , que les
individus sont plus jeunes , la sensibilité plus exquise ,
la circulatioti plus active , et que les organés de la
respiration ont plus d’étendue ; y® Ji exerce son ac¬
tion délétère , quel que soit le tissu sur lequel il ait
été appliqué , les nerfs , la dure-mère et tous les or¬
ganes blancs exceptés; 8° cependant il est des ani¬
maux , tels que les chiens et les lapins , dont la
peau est tellement dure , qu’il serait impossible de
déterminer rempoisonnement chez eux en appli¬
quant cet acide sur le système cutané ; 9° l’intensité
de son action varié suivant la partie avec 'laquelle il
a été mis en contact; ainsi il est très-vénéneüx lors¬
qu il est introduit dans le système artériel; il l’est
moins , injecté dans le système véihèux , la trachée-
artère , les poumons; moins encore s’il est introduit
dans les cavités séreuses; son action est moins éner-
( 2i8 )
gique lorsqu’on l’administre à l’intérieur sous forme
de boisson ou de lavement 5 enfin il agit encore plus
faiblement quand on l’applique sur des blessures et
la mort arrive plutôt dans le cas ou la blessure a été
faite aux membres antérieurs; 10° il agit avec moins
d’énergie- lorsqu’il est appliqué sur une partie qui ne
communique plus avec le cerveau ou avec la moelle'
épinière; ii» il est absorbé, porté dans le torrent
de la circulation pour agir d’abord sur le cerveau, et
ensuite sur* les poumons , sur les organes du sentiment
et sur les muscles des mouvemens volontaires dont il
détruit l’irritabilité ; 12® il anéantit également la con¬
tractilité du coeur et des intestins; iS^ ir paraît agir
sur 1 homme comme sur les chiens. (Résultats des tra¬
vaux de MM. Schrader, Ittner, Robert, Gazan , Cal-
lies , et surtout d’Emmert et de M. Coulon. )
1 3 1 . Le laurier cerise, le pêcher, le merisier à grappes ,
les amandes amères , etc. , contiennent de l’acide hy-
drocyanique et une huile essentielle : il en est de même
de leurs eaUx distillées. Les exemples d’empoisonne¬
ment chez l’homme par ces diverses substances sont
tellement nombreux et bien constatés, qu’il est impos¬
sible de les révoquer en doute , soit qu’on attribue les
effets deleteres qu elles produisent à l’acide hydrocya-
nique , ou à l’huile exclusivement, soit qu’on les fasse
dépendre de l’un et de l’autre. L’action de ces poisons
étant à peu près la même que celle de l’acide hy-
drocyanique, nous renvoyons à cet article pour les
symptômes ^ les lésions de tissu ^ etc. ; nous observerons
seulement qu’ils agissent avec moins d’énergie que cet
acide.
( 219 )
On reconnaîtra les eaux distillées de cés plantes , -
1° à leur odeur d’amandes amères, 2°, à la propriété
qu’elles ont de fournir du bleu de Prusse au bout de
quelques heures lorsqu’on les mêle avec une petite
quantité de potasse ou de magnésie, dé sulfate de fer
et d’acide sulfurique. ( § 129.)
^ De la Laitue -vireuse.
La laitue est une plante de la famille des cbicoracées
de Jussieu.
182. Caractères du genre. Involucre oblong, em-
briqué, composé de folioles membraneuses sur les
bords; réceptacle glabre, ponctué; aigrette pédicel-
lée, capillaire j molle et fugace.
Laitue vireuse, lactuca virosa. Tige lisse-, cylin¬
drique, dure, blanchâtre, haute de six à neuf déci¬
mètres, offrant çà et là quelques épines vers sa partie
inférieure : feuilles inférieures oblongues, dentelées,
non lobées , se soutenant dans une position horizon¬
tale, lisses, embrassantes , oreillées à leur base , et ayant
leur côte postérieure taès-épineuse ; les feuilles supé¬
rieures sont entières , sagittees , et présentent seulement
quelques dents presque épineuses à leurs oreillettes.
Fleurs jaunes, petites, formant un panicule allongé ,
et peu garni. On la trouve dans les champs, les haies
et sim le bord des murs.
Symptômes et lésions de tissu déterminés par la laitue
'vireuse.{Foy.%ïïrjetii%.)
Action de la laitue vireuse sur l’économie animale.
Les faits recueillis jusqu’à ce jour s’accordent pour
prouver, 1» que la laitue vireuse agit sur le système
( 220 )
nerveux à la manière des narcotiques ; 2° que l’extrait
de cette plante est plus énergique lorsqu’il a été pré¬
paré en faisant évaporer le suc à une douce chaleur,
que dans le cas où il a été obtenu par l’ébullition des di¬
verses parties de la plante dans l’eau; 3° que l’action du
suc et de l’extrait est beaucoup plus vive quand ils sont
injectés dans la veine jugulaire, que lorsqu’ils ont été
appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané dé la partie
interne de la cuisse; dans ce dernier cas, les effets sont
plus marqués que lors de leur introduction dans l’es¬
tomac. /
i33. Après avoir fait connaître en détail les poisons
narcotiques les plus actifs , nous croyons devoir indiquer
succinctement les noms et les principales propriétés
dè ceux ^ qui agissent avec moins d’énergie, et de
qùèlques autres dont les effets sur l’économie animale
n’ont pas encore été suffisamment constatés.
Diverses espèces de solanum. Les baies et l’extrait
aqueux de solanum dulcarriara (douce-amère) peuvent
être administrés à l’homme et aux chiens à des doses
très-fortes , sans qu’iLen résulte d’inconvénient marqué
(Dunal.) L’extrait de solanum nigrum (morelle) est peu
vénéneux; néanmoins il est absorbé, et détruit la sen¬
sibilité et la motilité, lorsqu’il a été convenablement
préparé; il détermine la mort des chiens dans l’espace
de quarante à quarante-huit heures, s’il a été introduit
dans l’estomac à la dose de six à sept gros; il agit avec
plus d’énergie quand il est appliqué sur le tissu cellu¬
laire de la partie interne de la cuisse. Les baies sont
loin d’être aussi vénéneuses qu’on l’a cru; les auteurs
qui ont parlé de leurs effets délétères les ont probable*
( 221 )
ment confondus avec ceux que déterminé Vatropa hel~
ladoha , planté qui était rangée parmi les solanum par
les botanistes antérieurs à Tournefort. Le solanum Suf~
catum paraît jouir d’une plus grande activité que le pré¬
cédent. Le suc des solanum villosum , nodiflorum , mi-^
niatum, est légèrement narcotique. ( Vojez le beau
Mémoire de M. Dunal publié en i8i3. )
If ( Taxas baccata. ) Le sue des feuilles d’if, et
l’extrait qu’il fournit par l’évaporation,, ont déter¬
miné quelquefois un léger narcotisme; les baies ne
paraissent jouir d’aucune propriété malfaisante.
Actæa spîcaia.
Phf salis somnifera. ■
Azalea pontica,
Eroum ervilia.
Lathjrus cicera. .
Peganum harmela.
Paris quadrifolia.
Il est très-^peu délétère pour les chiens.
VINGT ET UNIÈME LEÇON-
TROISIÈME CLASSE.
Des Poisons narcotico - acres.
134. On ne devrait désigner sous ce nom que les poi¬
sons qui déterminent à la fois le nareotisme etl’inflam?
mation des parties qu’ils touchent; mais il n’en est pas
ainsi , les auteurs ayant rangé parmi les poisons nar-
cotico-âcres un très-grand nombre de substances qui
n enflamment point les tissus , et d’autres qui ne pro¬
duisent le nareotisme qu’après avoir donné lieu à la
( 222 ) .
plus vive excitation; d’où nous croyons pouvoir con¬
clure que cette classe renferme des objets fort dispa¬
rates 5 dont il est impossible d indiquer les caractères
dans une définition générale. Il nous semble utile d’é¬
tablir plusieurs groupes dans chacun desquels nous
rangerons les poisons qui se rapprochent le plus par
leur mode d’action.
§\er — Scille; de VOEnanthe crocata; de
r Aconit; de V Ellébore; du Colchique; de la
Belladona; du Datura; du Tabac; de la Di¬
gitale; Aes diverses espèces de Ciguës; et du
Laurier-Rose.
i35. Symptômes déterminés par ces poisons. Agita¬
tion, cris aigus, délire plus ou moins gai; mouvemens
convulsifs des muscles de la face , des mâchoires et des
membres; pupilles souvent dilatées; pouls fort, fré¬
quent, régulier ou petit, lent, irrégulier; douleurs
plus ou moins aiguës à l’épigastre et dans diverses par¬
ties de l’abdomen; nausées, vomissemens opiniâtres,
déjections alvines. Quelquefois , au lieu d’une grande
agitation, on observe une sorte d’ivresse, un grand
abattement, de l’insensibilité, un tremblement géné¬
ral , et les malades n’ont aucune envie de vomir. Les
symptômes que nous venons d’énumérer peuvent ne
pas se présenter tous chez le même individu; mais
ceux qui se sont manifestés ne cessent jamais complè¬
tement pour reparaître quelque temps après__, comme,
cela a lieu pour les poisons rangés dans deux autres
groupes de cette classe dont nous paiderons bientôt.
: 1 36., Lésions de tissu produites par ces poisons. Les or-
( 223 )
ganes qui ont été pendant quelque temps en contact avec
les substances qui font l’objet de ce paragraphe, sont le
siège d’une inflammation plus'ou moins intense,; sem¬
blable à célle que produisent les irritéms. {Vof. § 6.)
Les poumons , le sang et le cerveau présentent des alté¬
rations analogues à celles qne développent les poisons
narcotiques. § ii8.)
1 37. Action de ces poisons sur V économie animale.
Nous dirons en parlant de chacun d’eux tout ce qu’il
importe de connaître à cet égard; nous croyons de¬
voir nous borner ici à indiquer qu’ils sont tous absorbés
qu’ils agissent particulièrement sur le cerveau ou sur
quelques autres parties du système nerveux, et que
l’inflammation qu’ils déterminent ne peut pas être re¬
gardée comme la causé de la mort.
DelaScille.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par la bulbe de scille .? {Scilla maritima ,
plante de la famille des liliacées de Jussieu et de
l’hexandi-ie monogynie de Linnæ.us. ) -
138. La bulbe de scille rouge (ognon) est très-volu- .
mineuse ; elle offre souvent la grosseur d’une tête d’en¬
fant; elle est composée de' plusieurs lames ou squames
superposées; les plus extérieures de ces tuniques sont
grandes ; larges , minces , transparentes , rouges, pres¬
que sèches , et friables ; les plus Jntérieures sont .
blanches , très-épaisses; celles qui sont placées entre
les deux couches dont nous parlons sont très-amples,
épaisses et recouvertes 4 une pellicule d’un blanc
rose; elles renferment un suc visqueux sans odeur.
( 224 )
très- amer et très-irritant. La bulbe de scille répand
une odeur subtile, fort âcre et pénétrante, comme
celle de raifort. D’après M. Vogel elle est composée
de seillitme, de gomme, de tannin, de citrate de
chaux, dé matière sucrée, de ligneux, et d’un prin¬
cipe âcre et irritant.
Symptômes et lésions de tissu produits par la scille.
( F. § et i36.)
Action de la scille sur V économie animale. Lés faits
observés chez l’homme, et lés expériences que nous
avons faites sur les chiens , nous portent â conclure
i“ que la scille, peu de temps après son administra¬
tion , excite le plus souvent des nausées et dés vomis-
semens; 2°. quelle déterminé l’irritation et l’inflamma¬
tion des organes sur lesquels elle a été appliquée , et
ces effets sont d’autant plus marqués que l’animal sou¬
mis à l’influence de ce poison tarde plus à périr;
3° que les accidens qu’elle produit ne doivent point
être attribués à l’inflammation dont nous parlons,
mais à l’action qu’elle exerce sur le système nerveux
après avoir été absorbée ; 4“ que cette absorption est
suivie de Symptômes fâcheux, et même de la mort,
lorsqu’on applique sur le tissu cellulaire sous-cutané
de la partie interné de la cuisse un demi-gros ou un
gros de poudre de scille mêlée avec autant d’eau ; 5® que
la difficulté de respirer qu’éprouvent le&animaux empoi-,
sonnés par cette substance paraît tenir à l’influence
nerveuse plutôt qu’à une lésion organique des pou¬
mons ; 6“ que c’est probablement à la scillitine que la
scille doit ses propriétés vénéneuses.
( 225 )
De VOEnantlie crocata,
L’œnanthe crocata est une plante de la famille des
ombellifères de Jussieu , et de la pentandrie digynie
de Linnæus. {^V. planche 1 3.)
iSp. Caractères du genre. L’involucre est composé de
plusieurs folioles linéaires , ainsi que les involucelles ;
les pétales des fleurs centrales sont égaux , cordi-
formes ; ceux des fleurs de la circonférence sont iné-
gaux entre eux ; les fruits sont ovoïdes , allongés ,
marqués de côtes longitudinales , couronnés par les
cinq dents du calice et par les deux styles , qui sont
fort longs et persistans.
OEnanthe cxocsXdL.i^OEnanthe safranée. Lin. , Sp. 365. )
Sa racine, qui est vivace, est composée d’un fais¬
ceau de tubercules charnus , allongés , de la grosseur
du petit doigt, remplis d’un suc laiteux blanchâtre
qui devient d’une couleur jaune-safranée quand il est
exposé à l’air; sa tige est dressée , rameuse, cylindri-
que, fistuleuse, cannelée , haute de trois à quatre pieds,
également laiteuse. Les feuilles sont grandes, à pé¬
tioles dilates a la base , trois fois ailées et' formées de
folioles profondément incisées , et à divisions obtuses;
elles sont vertes et luisantes ; les ombelles sont com¬
posées de rayons courts et nombreux , en sorte que
les ombellules sont très-rapprochées les unes des
autres; linvolucre est formé par plusieurs petites
folioles linéaires , ainsi que les involucelles ; les fleurs
sont blanches et serrées les unes contre les autres ; les
pétales des fleurs extérieures sont inégaux et plus
i5
(.226 ) , ^
-grands; les denx styles sont grêles et très-longs ; les
fruits sont ovoïdes , allongés , relevés de côtes longi¬
tudinales , et couronnés par les cinq dents du calice et
par les deux styles, qui soîit persistans.
Cette plante croît dans les prés et les lieux humides
de la France.
Action de Vœnanthe crocata sur V économie animale.
Les accidens produits chez l’homme par la racine
d’oenanthe crocata nous permettent d’établir i® quelle
’ doit être rangée parmi les substances vénéneuses ;
2° qu’elle détermine le plus ordinairement les symp¬
tômes suivans lorsqu’elle est introduite dans l’es¬
tomac : chaleur vive au gosier et à la région épigas¬
trique , cardialgie, diarrhée, somnolence, vertiges,
aliénation d’esprit, convulsions violentes, état spasA-
modique très-marqué des muscles de la mâchoire ; la
peau se couvre quelquefois de taches rosacées , de
figure irrégulière , et qui s’élargissent successivement;
3° qu’elle développe une inflammation plus ou moins
vive dans les organes avec lesquels elle a été mise en
contact; 4° que ses effets délétères paraissent dépendre
de son absorption et de son action sur le^ système
nerveux.
De r Aconit nap.el.
L’aconit est une plante de la famille des renoncu-
lacées de Jussieu, et de la polyandrie trigynie de Lin-
næus. ( Voyez planche 6.)
i4o. Caractères du genre. Galice coloré, pétaloïde, ca-
duç, pentasépale; sépale supérieur, en forme de casque
grand et concave en dessous; corolle le plus souvent
-( 227 ''l
formée de deux pétales (nectaires, Lin.) longuement
unguicul'és à la base, termines supérieurement par une
sorte de petit capuchon , dont l’ouverture inférieure
offre une petite languette allongée. Ces deux pétales
sont cachés sous le sépale supérieur; les capsules sont
au nombre de trois ou de cinq.
Aconit napel (Aconitum napellus, Lin. sp. 78 1).
Sa racine est vivace, pivotante, napiforme, allongée,
noirâtre , donnant naissance à une tige dressée, simple,
cylindrique, glabre, haute de trois à quatre pieds.
Les feuilles sont alternes , pétiolées , partagées jusqu’à
la base de leur limbe eh cinq ou sept lobes allongés,
subcunéiformes , profondément incisés et découpés en
lanières étroites et aiguës. Les fleurs sont grandes,
d’un bleu violet, occupant la partie supérieure de la
tige ; elles sont un peu pédonculées et disposées en un
épi long souvent d’un pied. Le calice est pétaloïde ,
irrégulier, formé de cinq sépales inégaux; un supé¬
rieur plus grand, en forme de casque ou de capuchon,
est dressé, convexe; deux latéraux planes , inégalement
arrondis, poilus sur leur face interne; deux inférieurs,
un peu plus petits, ovales, entiers, également poilus
à leur face interne. La corolle est formée de deux pé¬
tales irréguliers, longuement onguiculés et canaliculés
à la base , terminés supérieurement par une espèce de
petit capuchon recourbé à son sommet, qui est cal¬
leux, offrant antérieurement, à son ouverture une
petite languette roulée en dessus; ces deux pétales sont
dressés et cachés sous le sépale supérieur. Les étamines,
au nombre d’environ trente , sont d’inégale grandeur ,
( 228 )
beaucoup plus courtes que le calice ; lés filets sont
planes à leur partie inférieui-e, subulés à leur partie
supérieure les plus extérieurs sont recourbés de¬
hors ; les anthères sont cordiformes. Trois, pistils oc-,
cupent le centre de la fleur, et sont allongés, -glabres
presque cylindriques, terminés en pointe au sommet:
Vovaire , qui en forme la plus grande partie , est à
une seule loge qui renferme environ une vingtaine
d’ovules , disposés sur deux rangées longitudinales et
attachés du côté interne. Le fruit est formé de trois
capsules allongées , qui s’ouvrent par une suture lon¬
gitudinale placée du côté interne.
L’aconit napel croît dans les pâturages élevés des
montagnes, dans le Jura, la Suisse; etc. Il fleurit en
mai et juin. .
Symptômes et Usions de tissu produits par V aconit
napel. {Foyezli?»^ et xZG.)
Action de V aconit ij.apel sur V économie animale. Les
effets produits sur l’homme et sur les chiens par
l’aconit napel nous portent à conclure, i® que les
feuilles, la racine et les extraits aqueux et résineux de
cette plante jouissent de propriétés vénéneuses très-
énergiques , susceptibles de déterminer la mort dans
ùn court espacé de temps; 2° que la racine paraît plus
active que les feuilles, et l’extrait résineux plus que
l’extrait aqueux ; 3^^ que ce dernier est incomparable¬
ment moins actif lorsqu’il a été préparé en faisant
bouillir la plante et en évaporant le décoctum à
température élevée , que dans le cas où il a été obtenu
en exprimant le suc de la plante fraîche, et en le con¬
centrant à l’aide d’une chaleur douce ; que les effets
( 229 )
fâcheux de ces diverses substances se manifestent peu
de temps après leur emploi , soit qu’on les ait intro¬
duites dans l’estomac ou dans le rectum , soit quon les
ait appliquées sur le tissu lamineux sous-cutane de la
partie interne de la cuisse , soit enfin que l’on ait in¬
jecté dans les veines le liquide par lequel elles ont été
traitées pour en dissoudre le principe actif; 5° que ce
dernier mode d’introduction est celui qui est le plus
promptement suivi d’accidens graves; 6° que l’empoi¬
sonnement déterminé par cette plante est le résultat
de son absorption, de l’action spéciale qu’elle exerce
sur le système nerveux , et notamment sur le cerveau ;
7° qu’ellé produit une espèce d’aliénation mentale ;
8° qu’indépendamment de ces effets elle occasionne
une inflammation plus ou moins intense des organes
sur lesquels on l’applique; 9® enfin quelle paraît agir
sur l’homme comme sur les chiens.
Les aconitmn cammarum, -^nthora et lycoctonum
sont également très-vénéneux, et paraissent exercer sur
l’économie animale le même mode d’action que le pré¬
cédent'
De l’ElUhore noir.
L’ellébore noir est une plante de la famille des re-
nonculacées de Jussieu et de la polyandrie polyginie de
Linnæus. (FûjrÆZ planche 7. )
i4i» Caractères du genre, Galice formé de cinq sé¬
pales, obtus et assez grands, pérsistans; corolle com¬
posée de huit à dix pétales (nectaires, Linn.), tubuleuxi
rétrécis inférieurement, tronqués au sommet; étamines
nombreuses; fruits capsulaires, allongés, à une .seule
( 23o ) ^
loge , renfermant plusieurs graines elliptiques attachées
sur deux rangées longitudinales. Les racines de toutes
les espèces sont violemment purgatives.
, Ellébore noir (Hellebôrus niger, Linn. Sp. 783).
Souche ou tige souterraine, horizontale, charnue,
comme articulée , présentant la cicatriçe des feuilles
dont la base a servi à la former ; elle est noirâtre à l’ex¬
térieur, blanche en dedans, donnant naissance par son
extrémité supérieure aux feuilles, et par les déférens
de sa surface extérieure aux fibres radicellaires , qui
sont simples, très-allongées, charnues, brunâtres et
deviennent noires en se desséchant. Les feuilles, toutes
radicales, sontpétiolées, pédalées, à sept ou huit lobes
très-profonds , obovâies , lancéolés , acuminés , co¬
riaces , glabres , dentés en scie dans leur partie supé¬
rieure ; les pétioles sont cylindriques , rougeâtres ,
longs de deux à six pouces, dilatés et membraneux à
leur partie inférieure. Les hampes sont de la même
hauteur que les pétioles, et supportent une ou deux
fleurs roses, très-grandes, pédonculées et penchées;
ces fleurs sont accompagnées d’une ou de deux bractées
foliacées , de figure variable , vertes Ou colorées en
rosé. Le calice est grand, pétaloïde, coloré, comme
campanulé, ouvert, formé de cinq ou six sépales très-
grands, inégaux , obovâies , arrondis, très-Obtus; les
cornets ou pétales (nectaires de Linnæus) , au nombre
de dix à douze , sont beaucoup plus courts que le ca¬
lice; ils sont pedicellés, un peu arqués , inégalement
tronqués à leur orifice, qui est comme bilabiée ; leur
couleur est jaune-verdâtre. Les étamines sont extrê-
(a3x)
memeîit nombreuses, et moitié plus courtes que le
calice. Les pistils, au nombre de six ou huit, quelque¬
fois même davantage , réunis et rapprochés au centre
de la fleur, sont glabres 5 l’ovàire est oblong, comprimé
latéralement, un peu courbé, se terminant supérieure¬
ment en un style allongé, recourbé en dehors à son
sommet, marqué sur son côté interne d’un sillon glan¬
duleux, qui s’élargit à sa partie supérieure , et forme le
stigmate. Les pistils se changent en autant de capsules
à une seule loge , renfermant plusieurs graines , et s’ou¬
vrant par une suture longitudinale qui règne sur le côté
iriterne.
L’ellébore noir fleurit depuis le mois de décembre
jusqu’en février et mars. Il croît dans les lieux ombragés
et frais des montagnes en Dauphiné , en Provence , dans
les Yosges. Les jardiniers le désignent sous le nom de
rose de No'èl^ époque à laquelle il est toujours en fleurs.
1 42. Sjinptômes déterminés par la racine d’eïLéhorenoir.
« Peu de temps après avoir administré cette racine ajix
animaux des classes supérieures, ditM. Schabel (i),la
respiration devient pénible et lente ; les battemens du
cœur se ralentissent, et peu de minutes après l’envie de
vomir se manifeste^ 1 animal vomit des matières bi¬
lieuses et muqueuses ; il salive et présente tous les phé¬
nomènes que Ion observe ordinairement dans les
(i) Dissertatio inauguralis de effeciihus reneni radicum
'veratri alhi et kellebon nîgri, par Schabel, Tubingœ
La plupart de ces symptômes avaient déjà été décrits par
nous dans la première édition de la Toxicologie générale.
{Année i8i5.)
( 232 )
grandes doiiîeurs de ventre ; il chancelle , vacille
comme s’il avait des vertiges, et s’affaiblit de plus en
plus. On remarque un tremblement dans les muscles
des extrémités postérieures d’abord, puis, et seule¬
ment dans certaines circonstances , dans ceux des
pâtes antérieures ; il arrive tantôt que la respiration
et la circulation sont plus rares et plus irrégulières;
tantôt, au contraire, ces fonctions sont altérées, et
alors la respiration est douloureuse. Les animaux ha¬
lètent comme les chiens qui ont très-chaud, la langue
est pendante; la faiblesse des muscles augmente à un
tel point que la démarche devient impossible , et l’ani¬
mal reste étendu par terre : â cette époque , lés efforts
pour vomir cessent le plus ordinairement, les convul¬
sions se déclarent, augmeîitent de temps à autre, et
ne tardent pas à être suivies de l’opisthotonos , de
l’emprosthotonos et de la mort. »
« Dans certaines circonstances , la respiration et les
mouvemens du cœur deviennent plus rares ; ceux-ci
sont intermittens tandis que la respiration est pénible ;
la chaleur intérieure êt extérieure diminue, phéno¬
mène qui est de la plus haute importance pour les
physiologistes. Plus tard, la sensibilité diminue, l’a¬
nimal languit et reste couché ; la respiration est rare et
faible , et de temps à autre on aperçoit quelques signes
de vie qui seteint par degrés. Quelquefois, surtout
chez les oiseaux, ces poisons agissent comme purga¬
tifs, ils déterminent rarement l’éternument; la pupille
est resserrée ou dilatée. »
/ i43. Lésions de tissu produites par la racine d’ellébore:
noir. Lorsque les animaux soumis à l’influence de cette
( 233 -)
racine tardent quelque temps à périr, on voit que les
parties qui ont été en contact avec le poison sont en¬
flammées ; il en est de même de l’intestin rectum. Les
poumons sont gorgés de sang , plus pesans que 1 eau et
parsemés de taches brunes; quelquefois ils sont em¬
physémateux, Les gros troncs veineux et les cavités
droites du cœur renferment une grande quantité de
sang noir qui est fluide, si on a procédé à l’ouverture
du cadavre péu de temps après la mort. Les vaisseaux
et la vésicule biliaires, ainsi que les intestins grêles,
contiennent beaucoup de bile. Le foie est souvent
gorgé de sang, ,
Action de la racine d’ellébore noir sur l’économie ani¬
male. II résulte des exj)ériences tentées sur les animaux
et des observations recueillies chez l’homme , i® que
la racine de cette plante est vénéneuse pour les mam¬
mifères, les oiseaux, les reptiles, les mollxisques, les
insectes, et probablement pour tous les autres ani¬
maux; 20 que ses propriétés délétères résident dans la
partie soluble dans l’eau ; 3° quelle agit avec moins
d’énergie si on l’introduit dans le canal digestif, que
dans le cas où on la met en contact avec des plaies sai¬
gnantes, ou avec la membrane muqueuse des voies aé¬
riennes, on avec le tissu cellulaire sous-cutané; 4® que
son action est nulle quand on la place sur l’épiderme ,
les organes fibreux ou les nerfs ; 5® que sa dissolution
aqueuse injectée dans les vaisseaux sanguins, dans les^
cavités séreuses, ou appliquée sur des organes pourvus
de vaisseaux sanguins, est beaucoup plus active que
lorsqu on la met en contact avec toute autre partie;
6 que la racine dont nous parlons est absorbée , portée
(:^34) .
dans le torrent dé la circulation, et détermine des vo-
missemens violens et diverses lésions du système ner¬
veux, auxquelles les animaux ne tardent pas à suc¬
comber; 7° que néanmoins elle peut ne pas occasioner
la mort, lorsque ayant été introduite, dans l’estomac,
pn laisse aux animaux la faculté de vomir; 8° qu’au¬
cune des sub$tances vénéneuses employées jusqu’à ce
jour ne détermine aussi promptement le vomissement
que cette racine lorsqu’elle est appliquée sur des plaies
saignantes ; 9*^ que la mort, qui est le résultat de cet em¬
poisonnement, a le plus souvent lieu en une demi-heure
ou une heure; quelquefois elle n’arrive qu’au bout de
plusieurs heures ; dans d’autres circonstances , quelques
minutes suffisent pour la déterminer.
De VElléhore blanc.
L’ellébore blanc ( 'veratrwn album ) appartient à là
famille des joncoïdes de Jussieu et à la polygamie
monœcie de Linnæus.
i44* Caractères de la racine. Elle a la forme d’un
cône trpnqué ; elle est noirâtre et ridée au dehors ,
blanche à l’intérieur et d’une saveur âcre ; sa longueur
est de deux ou trois pouces , sa largeur d’environ un
pouce : les radicules sont nombreuses, longues de
trois à quatre pouces , de la grosseur d’une plume de -
corbeau , blanches à l’intérieur et jaunâtres à l’exté¬
rieur. La racine d’ellébore blanc est formée de gallate .
acidede-2;4ra^rz«e, de matière grasse composée d’élaine,
de stéarine et d’acide volatil , d’une matière colorante
jaune , d’amidon , de ligneux et de gomme.
Symptômes et Usions de tissu déterminés par la ra¬
cine d'ellébore blanc. ( Voy. § 142 et i43.)
( 235 ) ,
Action de V ellébore blanc sur V économie animale.
Tout ce que nous venons de dire en parlant de la ra¬
cine d’ellébore noir s’applique à la racine de cette
plante ; nous ajouterons seulement que l’ellébore
blanc doit toutes seS propriétés vénéneuses à la •vé-
ratrine qu’il renferme.
De la Kératrine.
145. La vératrine est une substance végétale alcaline ,
composée d’oxygène, d’hydrogène et de carbone , ré¬
cemment découverte par MM. Pelletier et Caventou ,
dans la racine d’ellébore blanc, dans les graines de
cévadille {^'veratrum sabadilla') et dans la racine de
colchique (^colchicum autumnale). Elle est solide,
blanche , pulvérulente , inodore , d’une saveur excessi¬
vement âcre sans mélange d’amertume , fusible à là
température de 5o® H- 0° , et ayant alors l’apparence
de la cire. Elle est décomposée par le feu , et laisse
un charbon volumineux. Comme la morphine et la
strychnine , elle est très-peu soluble dans l’eau ; l’al-
cohol la. dissout à merveilie; ce solutum ramène au
bleu le papier de tournesol rougi par un acide ; elle
est moins soluble dans l’éther que dans l’alcohol.
L acide nitrique se combine avec la vératrine sans la
faire passer rouge comme cela a lieu avec la mor¬
phine, la strychnine et la brucine ; elle . forme , avec
les acides des sels incrystallisables et avec excès d’a¬
cide : cette dernière propriété la rapproche de la pi-
crotoxine. (Fôjr. § 166.)
Action de la 'vératrine sur V économie animale. Il ré¬
sulte des expériences faites sur les chiens par M. Ma-
( 236 )
(gendie, que la vératrine exerce sur réconomie
animale une action analogue à celle de l’ellébore
blanc, du colchique et de la cévadille d’où elle est
extraite ; 2®, qu’elle détermine promptement l’inflam-
mationdes tissus sur lesquels on l’applique; 3® qu’étant
injectée dans les veines , elle exerce encore une action
irritante sur le gros intestin ; 4° que si elle est introduite
dans le canal digestif à très -petite dose, elle ne pro¬
duit que des effets locaux ; tandis qu’elle est absorbée
et produit le tétanos , si la quantité employée est
plus considérable ; elle le produit à plus forte raison
lorsqu’on l’injecte directement dans les veines. ( Jour¬
nal de physiologie expérimentale , n» )
Du Colchique. (Golchicum autumnale) , de Vhexandrie
trigynie de L. et de la famille des colchicées.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par la racine de colchique ?
146. a Le colchique , tel que le commerce
le présente, est un corps ovoïde, de la grosseur d’un
marron, convexe d’un côté, et présentant la cicatrice
occasionée par la petite tige (i), creusé longitudina¬
lement de l’autre ; d’un gris jaunâtre à l’extérieur , et
marqué de sillons uniformes causés par la dessiccation ;
blanc et farineux à l’intérieur , d’une odeur *’nulle ,
d’une saveur âcre et mordicante ( Guibourt ). « Le col¬
chique a été analysé par MM. Pelletier et Caventou ,
et a fourni les mêmes principes que la racine d’ellébore
blanc, et en outre une très-grande quantité d’inuline.
(i) Une des deux tiges à fleur; elle est enveloppée d’une
spathe.
( .37 )
Action du colchique sur Véconomie animale, La ra¬
cine fraîche de colchique contient un suc laiteux
âcre et caustique dans lequel se trouve le gallate
acide de vératrine ; elle nous paraît agir sur récono-
mie animale , à peu près comme la racine d’elléhore
blanc, mais avec moins d’intensité : et si plusieurs
auteurs out élevé des doutes sur. les propriétés véné¬
neuses de cette racine , cela tient probablement à ce
qu’ds l’ont employée lorsqu’elle n’était pas en pleine
végétation , ou bien lorsque le principe actif avait
été détruit en partie par la dessiccation.
/a (Atropa belladona).
La belladone est une plante de la famille des sola-
nees de Jussieu, et de la pentandrie monogynie de
Linnæus. .{Voy. planche 5. )
i47* Caractères du genre. Le calice est à cinq divisions
profondes; la corolle campanulée , plus longue que
le calice, partagée en cinq lobes peu profonds et égaux
entre eux; les étamines , au nombre de cinq , ont des
filets filiformes; lefrüitestunebaie cérasiforme, offrant
deux loges et un grand nombre de graines.
Atropa hdladone (Atropa belladona, L. Sp. 260).
Sa racine est vivace, épaisse et rameuse; sa tige est
dressée, haute de deux à quatre pieds, cylindrique,
velue, rameuse, dichotome. Ses feuilles, alternes ou
géminées à la partie supérieure de la tige , sont grandes,
courtementpétiolées, ovales, aiguës, velues et presque
entières. Les fleurs sont grandes, solitaires , pédoncu-
lées, pendantes, de cotdeur violette très-foncée; elles
( 238 )
offrent un calice campaniforme, un peu velu , à cinq
divisions ovales , aiguës; une corolle monopétale régu¬
lière, en cloche allongée , rétrécie inférieurement en
un tube court , et présentant cinq lobes égaux , obtus /
peu profonds. Les cinq étamines sont plus courtes que
la corolle , à la base de laquelle elles sont insérées ; les
filets sont subulés , les anthères presque globuleuses^
Le pistil se compose d’un ovairé ovoïde, aminci en
pointe, à deux loges polyspermes, entouré et appliqué
sur un disque hypogyne jaunâtre ; d’ün style grêle et
cylindrique, à peu près de la longueur de la corolle,
terminé par un stigmate aplati, convexe, légèrement
bilobé. Le fruit est une baie arrondie , un peu aplatie,
delà grosseur d’une cerise, d’abord verte, puis rouge,
et enfin presque noire à l’époque de sa parfaite matu¬
rité ; elle est environnée par le calice et offre deux logés
qui contiennent plusieurs graines réniformes. .
La belladone est très-commune aux environs de
Paris ; on la trouve le long des vieux bâtimens , dans
les décombres, etc. Elle fleurit pendant les mois de
juin , juillet et août.
Symptômes et lésions de tissu produits par la hella-
dona. (^Voyez% i35 et i36*.).
Action de la helladona sur Féconomie animale. Il
résulte des expériences faites sur les chiens et des ob¬
servations recueillies chez l’homme i® que les feuilles ,
la racine , les baies , le suc et l’extrait aqueux de bel-
iadonasont très-vénéneux, et susceptibles de déterminer
des accidens fâcheux peu de temps après leur emploi ;
2® qu’ils occasionnent des symptômes analogues à ceux
dont nous avons parlé § i35 , qui dès lors sont insuffi-
( 239 )
sans pour caractériser cet empoisonnement comme on
l’avait pensé; 3® qu’ils n’agissent pas tous avec la
même énergie ; 4° que l’extrait préparé en évaporant
à une très - douce chaleur le suc de la plante fraîche
est incomparablement plus actif quel les extraits du
commerce, dont l’énergie est, au reste, très-variable,
suivant la manière dont ils ont été obtenus ; 5® que
l’intensité des effets de ces poisons varie suivant l’or¬
gane avec lequel ils ont été mis en contact : ainsi leur
action est plus vive lorsqu’on les injecte dans les veines
que dans le cas où ils ont été appliqués sur le tissu
lamineux sous-cutané de la partie interne de la cuisse,
et leur introduction dans l’estomac est suivie d’effets
moins fâcheux que ce dernier mode d’application , tout
étant égal d’ailleurs ; 6® qu’ils enflamment les tissus sur
lesquels on les applique ; mais que la pblogose qu’ils
déterrpinent est trop légère pour qu’il soit permis de
la regarder comme la principale cause de la mort;
7® que celle-ci doit être attribuée à l’absorption du
poison , à son transport dans le tondent de la circula¬
tion et à son action sur le système nerveux, et en par¬
ticulier sur le cerveau ; 8® qu’ils paraissent agir sur
l’homme comme sur les chiens.
Du Datura stramonium.
Le datura est une plante dé la famille des solanées
de Jussieu, et de la pentandrie monogynie de Linnæus.
( planche 8.)
i48- Caractères du genre. Le calice est grand, dilaté
à sa base , plus rétréci à la partie* supérieure , à cinq
dents, et comme à cinq angles; la corolle tubuleuse
( 24o )'
â sa base, est en forme d’entonnoir; elle offre cinq plis
longitudinaux qui correspondent aux cinq dents de son
limbe; le stigmate est bifide ; les cinq étamines atta¬
chées au tube de la corolle. Le fruit est une capsule à
quatre loges , communiquant ensemble deux à deux,
par leur partie supérieure, et s’ouvrant en quatre
valves.
Stramoine pomme épineuse ( Datura stramonium , Lin-
næus, sp, 255).
C’est une planté annuelle, dont la tige dressée, ra^-
meusè , cylindrique , creuse intérieurement , glabre ,
s’élève à trois ou quatre pieds. Ses feuilles sont alternes,
grandes, pétiolées, glabres, ovales, aiguës,' anguleuses
et sinueuses sur leurs bords. Ses fleurs sont très-
grandes , solitaires ; situées ordinairement à la bifur¬
cation des rameaux ; le calice est vert , vésiculeux , à
cinq angles et à cinq dents; la corolle est grande,
blanche ou légèrement lavée de violet ; son tube , plus
long que le calice, va en s’évasant insensiblement pour
former le limbe, qui offre cinq dents, cinq angles et
cinq plis. La capsule est ovoïde , hérissée de pointes
roides ; elle est à quatre loges , qui renferment cha¬
cune un grand nombre de graines réniformes, brunes
et à surface chagrinée, attachées à un trophosperme
saillant; elle s’ouvre en quatre valves.
Cette plante paraît originaire d’Amérique ; elle s est
naturalisée en France avec tant de profusion, quelle
y paraît indigène. Elle fleurit en été et en automne.
Symptômes et liions de tissu produits par le datura
stramonium {Voyez § i35 et i36’.)
( 24l )
Action, du dntura stramonium sur V économie ani^
male. Les feuilles, la racine, le suc, l’extrait de cette
plante , ainsi que le décoctum des capsules , agissent
avec la plus grande énergie sur l’homme et sur les ,
chiens : leur mode d’action a tant de rapports' avec
’^'elui de la belladona, que nous croyons pouvoir nous
dispenser de le faire connaître pour éviter ides répéti¬
tions fastidieuses ; nous observerons seulement que
le datura paraît exciter plus fortement le cerveau et
déterminer une action générale plus intense que la
belladpna.
De la Poudre dé tabac.
Symptômes et Usions de tissu produits par le
tabac, {roy. % iZS et 1^6.)
Action du tabac sur V économie animale. Les diverses
expériences qui ont été fkites sur les chiens, et les ob¬
servations recireiliies chez l’homme, prouvent, i® que
les feuilles de tabac dont on fait une aussi grande con-
sômmation dans le commerce sont très-vénéneuses, soit
qu’on les applique sur le tissu cellulaire sous-cutané de
la partie interne de la cuisse, soit qu’on les introduise
dans le canal digestif; 2° qu’elles produisent une irri¬
tation locale susceptible de développer une inflamma¬
tion plus bu moins vive ; 3° que les accidens fâcheux
qui sont la suite de leur emploi, et parmi lesquels on
- distmgue surtout des vomissemens opiniâtres et un
tremblement général, paraissent dépendre particuliè¬
rement de l’absorption de leur principe actif et de
son action sur le système nerveux; 4° que ce prin¬
cipe réside , dans la portion soluble , dans l’eau : en
16
( )
effet on observe que le tabac qui a été traité à plu¬
sieurs reprises par l’eau bouillante, conserve à peine
quelque action sur l’économie animale, tandis que le
liquide dans lequel ôn l’a fait bouillir jouit des pro¬
priétés vénéneuses les plus énergiques; que l’ac¬
tivité de ce principe est plus grande lorsqu’on l’injecte^
dans l’anus, que dans le cas où il est appliqué sur le
tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la
cuisse , et à plus forte raison que lorsqu’il est intro¬
duit dans 1 estomac; 6® que Y huile empyreumatiqüe
préparée en distillant les feuilles de tabac à la tempéra¬
ture de loo® th. centigr., jouit de la plus grande
énergie, lorsqu’on la met en contact avec la langue
ou l’intestin rectum; 70 quelle agit sur le système ner¬
veux d’une manière qu’il n’est pas encore facile de
déterminer ; 8® qu’elle n’agit point directement sur le
cerveau, ni sur les troncs des nerfs; 9° que ces divers
poisons paraissent déterminer les mêmes effets che2
l’homme que sur les chiens.
L’extrait de nicotiana rustica est moins actif que le
précédent; il produit des accidens analogues.
Delà Digitale pourprée.
La digitale est une plante de la famille des scrophu-
lariees de Jussieu et de la didynamie angiospermie de
Linnæus. ( Voy. planche 9. )
/ i5o. Caractères du genre. Calice persistant, à cinq
divisions profondes ét inégales. Corolle irrégulière¬
ment évasee, a limbe ouvert, oblique, à quatre ou cinq
lobes inégaux; style terminé par un stigmate bifide;
capsule ovoïde , acuminée , s’ouvrant en deux valves.
(^43)
Veuilles alternes ÿ fleurs disposées en longs épis.
Digitale pourprée (Digitalis purpurea , Lînn. Sp.).
Racine bisannuelle , allongée , garnie de fibrilles
nombreuses, tige dressée, simple, cylindrique, to-
menteuse , blanchâtre , haute de deux à trois pieds.
Feuilles alternes, pétiolées, grandes, ovales, aiguës,
denticulées et sinueuses sur les bords , blanchâtres et
tomenteuses en dessous , d’un vert clair en dessus.
■Fleurs très-grandes, d’un beau. rouge pourpre, pé-
donculées, accompagnées chacune à leur base d’une
bractée foliacée , formant à la partie supérieure de la
tige un long épi dans lequel les fleurs son t toutes pen-
ehéès et tournées d’un seul côté. Le calice est monosé¬
pale , tomenteux en dehors, profondément partagé eh
•cinq lanières un peu inégales , lancéolées, aiguës. La
-corolle est monopétale, irrégulière, courtement tubu¬
leuse à sa base , considérablement dilatée à sa partie
supérieure, qui est partagée en cinq lobes irrégu¬
liers et arrrondis ; elle est de coideur pourpre-cîâir ,
tachee en dedans de points noirs environnés d’un
cercle blanc, et garnis de quelques poils longs et
mous. Les étamines, au nombre de quatre, sont didy-
names, et appliquées contre la partie supérieure de la
corolle; lés anthères sont formées de deux loges' ar¬
rondies , écartées à leur partie inférieure ; les filets
sont un peu aplatis et un peu courbés à leur base, vers
le point^nù ils s’attachent à la corolle. Le pistil se com¬
pose : I® d’un ovaire central, pyramidal et terminé en
pointe, à. son sommet; il offre deux loges contenant
( ^44 )
un grand nombre d’ovules attachés à un gros trophos-
perme, saillant sur le milieu de la cloison; 2® d’un
style assez long, cylindrique, un peu incliné vers la
partie inférieure de la corolle; 3® d’un stigmate petit
et légèrement bifide. Le fruit, qui succède à ce pistil;
est une capsule ovoïde , un peu pointue, environnée à
sa base par le calice , et s’ouvrant lors de sa maturité
en deux valves.
La digitale pourprée n’est point rare aux environs
de Paris; elle y croît dans les bois montueux, à Meu-
don, Versailles, Ville-d’Avray, etc. Elle est excessi¬
vement commune dans le Nivernais et dans d’autres
provinces de la France, où elle couvre tous les champs»
Elle fleurit en juin , juillet et août.
. Symptômes et lésions de tissu produits par la digitale
j)Qurprée [Foy. % ï'io et
Action de la digitale sur V économie animale. Il ré¬
sulte des expériences faites sur les chiens , et des ob¬
servations recueillies chez l’homme , lOque les feuilles,
les extraits aqueux et résineux, ainsi que la teinture.
" alcoholique de digitale pourprée, jouissent de pro¬
priétés vénéneuses très-énergiques à une certaine dose;
2° que la poudre est moins active que l’extrait aqueux,
et celui-ci moins que l’extrait résineux ; 3° que l’inten¬
sité des effets déterminés par ces poisons varie suivant
l’organe avec lequel ils ont été mis en contact ; ainsi
l’action des extraits de digitale introduits dans l’esto¬
mac est moins vive que. s’ils avaient été appliqués sm
le tissu lamineux sous-cutané de la partie int^ne de la
cuisse, et dans ce dernier cas elle est moins énergique
que lorsqu’ils ont été injectés dans la veine jugulaire;
( ^45 )
4® qu’ils déterminent d’abord le vomissement ; 5° qu’ils
exercent sur les organes de la circulation une action
qui varie suivant la disposition des individus ; en effet,
tantôt les battemens du cœur sont ralentis , tantôt ils
sont accélérés, intermittens, etc.; d’autres fois il est
impossible d’observer le moindre changement dans la
manière dont la circulation s’opère (i) ; 6® que les effets
meurtriers de ces composés dépendent de leur absorp¬
tion et de leur action sur le cerveau, dont ils déterminent
une sorte de stupéfaction momentanée; 7® qu’indé-
pendamment de cette action ils enflamment les tissus
avec lesquels on les met en contact; 8® que l’extrait
résineùx, introduit dans l’estomac, ou appliqué sur le
tissù cellulaire sous-cutané , semble agir particulière¬
ment sur le cœur ou sur le sang; du moins on trouve
ce fluide coagulé lorsqu’on ouvre les cadavres immé¬
diatement apres la mort; p°que la digitale paraît agir
sur l’homme comme sur lef chiens.
De la grande Cigus (Conium maculatum).
La grande ciguë est une plante de la famille des
ombellifères de Jussieu, et delapentàndrie digynie de
Linnæus. planche 10.)
(i) Le docteur Gérard, médecin distingué de Beauvais,
pense que la digitale est un puissant sédatif du cœur et du
système nerveux , pourvu qu’elle soit placée dans un estomac
sain; car si cet organe est affecté de pMegmasie aiguë ou
clironique , au lieu de ralentir la circulation , la digitale dé-
'termine des phénomènes opposés. (Dissertation inaugurale
soutenue à l’école de Paris. Année 1819.)
C 246 )
1 5 1 . Caractères du genre. L’ovaire est infère , le limbe
du calice entier ; les cinq pétales inégaux , obcordés ; le
fruit est globuleux, comme didyme ; chaque moitié
latérale est relevée de cinq côtes longitudinales tuber¬
culeuses. Les fleurs sont blanches ; l’involucre se com¬
pose de quatre à huit folioles réfléchies; les involu-
eelles sont formés d’une seule foliole large, trifide
dirigée du côté externe des ombellules.
ùrande ciguë {ü\cvi\z. major, Lam. Fl. fr. 3, p. io4i.
Lionium maculatum, L. Sp. 349).
Racine bisannuelle , allongée , fusiforme , blanche
et un peu rameuse , de la grosseur du doigt indicateur.
Tige herbacée, dressée, très-rameuse, glabre, cylin¬
drique , striée , offrant des taches d’une couleur pourpré
foncée, haute de trois à six pieds, fistuleuse. Feuilles
alternes , sessiles , très-grandes , trip innées , à folioles
ovales , lancéolées , incisées et denticulées , les plus
inférieures presque pinnatifides, d’une couleur verte
foncée , un peu luisante en dessus. Fleurs blanches ,
petites, ombellées ; ombelles composées d’environ dix à
douze rayons , à la base desquels on trouve un involucre
régulier de quatre à huit petites folioles réfléchies , lan¬
céolées , aiguës , étroites ; ombellules accompagnées
d’un involucelle formé d’une seule foliole étalée i,
tournée en dehors, large et profondément trifide.
Ovaire infère, globuleux, strié, rugueux, biloculaire.'
Limbe du calice formant un petit bourrelet circulaire
entier. Corolle de cinq pétales étalés, un peu inégaux,
obcordiformes. Cinq étamines alternés avec les pé¬
tales , un peu plus longues qit’eux ; filets subulps ; an-
( 247 )
thères globuleuses à deux loges blanchâtres. Le sommet
de l’ovaire est surmonté d’un disque épigyne blan¬
châtre , à deux lobes un peu aplatis , qui se confon¬
dent avec deux styles très-courts, divergens, terminés
chacun par un petit stigmate globuleux. Le fruit est
presque globuleux et comm<e didyme , offrant , sur
chaque moitié latérale , cinq côtes saillantes et tuber¬
culeuses,
La grande ciguë croît dans les lieux incultes , le long
dès fossés , dans les décombres. Elle fleurit au mois de
juin.
De la Ciguë aquatique ( Gicutaria aqüatiea, de Lamk. ).
La ciguë aquatique est une plante de la famille des
ombelliferes de J ussieu , et de la pentandrie digynie
de Linnæus. ( planche ii bis.')
iSa. Caractères du genre. L’involucre général est
composé d’une à trois folioles linéaires; quelquefois il
manque entièrement; les involucelles sont formés de
plusieurs petites folioles très-étroites , quelquefois aussi
longues que les ombellules; les pétales sont étalés,
presque égaux, subcordiformes, leur sommet étant re-
leve en dessus. Le fruit est globuleux , presque didyme ;
il est couronne par les deux styles et les cinq petites
dents du calice : chacune de ses faces latérales offre
cinq cotes peu saillantes et d’une couleur plus foncée.
Çieutàire aquatique (Gicutaria aqUatica, Lamk. Ciguë
'vireuse^ Gicuta virosa, Linnæus).
Plante vivace , dont la racine, assez grosse, blan¬
châtre et charnue, est garnie de fibres. allongées ^ et
(248)
creusée intérieurement de lacunes ou cavités remplieâ
d’un suc laiteux et jaunâtre. Sa tige est dressée ra¬
meuse , cylindrique , creuse , glabre , striée , verte
liante de deux à trois pieds. Ses feuilles, surtout les
inférieures, sont très-grandes, décomposées, tripin-
nées; les folioles sbnt lancéolées, aiguës, étroites
très-profondément et irrégulièrement dentées en scie;
assez souvent, deux ou trois de ces folioles sont réunies
et confluentes par leur base ; les pétioles des feuilles
inférieures sont cylindriques, creux, striés longitu¬
dinalement; les feuilles supérieures, moins composées,
ont des folioles presque linéaires et dentées. Les om¬
belles situées à l’extrémité des ramifications de la tige ,
sont composées de dix à quinze rayons presque égaux ;
l’involucre, quand il existe, est formé le plus souvent
d une seule foliole linéaire ; les involucelles sont dé
plusieurs folioles linéaires, aussi longues et même plus
longues que l’ombellule elle-même. Les fleurs sont
petites et blanches ; les petales étalés , en rose , sont
presque égaux entre eux; ils sont ovales, un peu con¬
caves, subcordiformes , ayant le sommet relevé en
dessus. Les deux styles sont assez courts et divergens.
Les fruits sont globuleux, presque didy mes, couronnés
par les styles et les cinq dents du calice, et offrent sur
chacune de leUrs faces convexes et latérales, cinq côtes
peu saillantes et simples.
La Cicutaire aquatique gu. Cigué vireuse ^ croît en
France , sur le bord des fossés , des ruisseaux et des
étangs (i).
(i) Il existe à l’égard de cette plante une erreur très-
(^49)
Delà petite Ciguë (OEthusa cynapium).
La petite cigùë est une plante de la famille des om-
bellifères de Jussieu et de la pentandrie digynie de
Linnæus. ( Voy. planche 12.)
grave , et qui nous parait des plus dignes d’être signalées.
Presque toutes les figures que l’on a données , dans ces
derniers temps , du cicuta ■virosa , représentent une autre
espèce du même genre, originaire de l’Amérique septeur
trionale , et que l’on cültive dans tous les jardins de bo¬
tanique , savoir , le cicuta maculata , L. Bulliard nous, pa¬
raît être le premier qui , dans son Herbier de la France ,
ait commis cette erreur ; en effet la plante qu’il a repré¬
sentée, planche i5i , sous le nom de cicuta virosa , est évi¬
demment le cicuta maculata ; il aura infailliblement dessiné
sa figure d’après un échantillon cueilli dans un jardin où
la plante de l’Amérique septentrionale prospère très-bien. La
plujiart de ceux qui après lui ont voulu donner une figure
de la ciguë vineuse , ont simplement copié la sienne , et ont
par conséquent commis la même erreur que lui ; ainsi la
figure de la Flore du Diçtionnaire des Sciences médicales , et
plusieurs autres ne représentent pas la ciguë vireuse.
C’est afin dé relever cette erreur et de la rendre patente
aux yeux de tous les médecins et des botanistes , que nous
avons fait figurer comparativement ces deux plantes; notre
planche 1 1 bis représente la véritable ciguë vireuse ( cicu-
iaria aquatica , Lamk.) ; le dessin en a été exécuté sous la
direction de M. Achille Richard fils, à qui nous devons la
communication de ces observations ; il a été fait d’après des
échantillons authentiques recueillis en Picardie et en Alsace.
Notre planche 1 1 donne la figure de la cicuta maculata que
( 25o )
i53. Carac€eres du genre. Le caractère distinctif de
ce genre d’îivec.la ciguë est d^ffrir un fruit dont les
côtes sont lisses au lieu d’être tuberculeuses. Le limbe
de son calice est subquinquédentë; les pétales inégaux,
l’on a jusqu’à présent représentée comme la véritable ciguë
vireuse.
Voici au reste les caractères distinctifs de ces deux espèces
que l’on peut suivre comparativement sur les deux figures
que nous en donnons.
1“ La ciguë vireuse Sl une racine blancbâtre , charnue ,
perpendiculaire , creusée intérieurement de lacunes pleines
d’un suc laiteux.
La ciguë maculée a une racine longue et rampante hori¬
zontalement sous la terre , et qui donne naissance , par ses
ramifications, aux tiges.
2° La ciguë vireuse a la tige entièrement verte.
La ciguë maculée est marquetée de taches pourpres comme
la grande ciguë {conium maculatum , Lin.).
3^ Les folioles de la ciguë vireuse sont très-allongées,
lancéolées, étroites, aiguës, profondément découpées en
dents de scie irrégulières.
Dans la ciguë maculée les folioles sont ovales , aiguës , ré¬
gulièrement dentées en scie.
4° Enfin dans la ciguë vireuse les folioles des involu-
ceUes sont aussi longues et souvent pltls longues que les om-
bellules , tandis qu’elles sont constamment plus courtes dans
la ciguë maculée.
Nous pourrions pousser plus loin cet examen comparatif,
mais nous croyons en avoir dit assez pour bien faire res¬
sortir les différences spécifiques qui existent entre ces deux
plantes, différences que l’on saisira encore plus facilement
en comparant les deux figures que nous en donnons ici.
( a5i )
blancs et obcordés ; le fruit globuleux , offrant dix
stries lisses. L’involucre manque souvent , ou se .com¬
pose d’une à deux folioles; les involucelles sont formés
de quatre à cinq folioles linéaires, allongées, rabattues
et pendantes d’un seul côté.
Ethuse petite ciguë (OEthusa cynapium, Linn. Sp. 3 67)!
Raeihe annuelle , fusiforme , terminée en pointe trésor
longue , blanche , donnant naissance à des ramifications
latérales grêles. Tige dressée, rameuse, cylindrique,
iistuleuse, lisse, glabre, glauque, souvent rougeâtre
dans sa partie inférieure, haute de trois à quatre pieds.,
à rameaux courts et peu étalés; Feuilles alternes, ses-
siles, bi ou tripinnées, à segmens très-aigus , incisés
et dentés, d’un vert foncé, luisantes en dessous. Fleurs
blanches , disposées en ombelles planes , composées
d’environ une vingtaine de rayons inégaux ; ceux delà
circonférence plus longs que ceux du centre. Point d’im
volucre. Involucelles de quatre à cinq folioles linéaires,
rabattues et pendantes d’un seul côté. Ovaire infère,
ovoïde, sùbglobuleux, strié : limbe du calice offrant
cinq petites dents. Corolle de cinq pétales, presque
égaux, obcordés, étalés. Cinq etamines, un peu plus
longues que les pétales. Disque épigyhe , blanchâtre , à
deux lobes couronnant le’ sommet de l’ovaire; deirx
styles, divergens, courts , terminés par deux stigmates
très-petits. Fruit globuleux, un peu comprimé, d’un
vert foncé, offrant cinq eÔtes saillantes, lisses sur cha¬
cune de ses moitiés latérales.
La petite ciguë est très-commune dans les lieux cul¬
tivés, les jardinspôtagers, etc. , où elle croît souvent me-
( aSa )
langée avec le persil et le cerfeuil. Elle fleurit en juillet.
Caractères propres a la distinguer du persil. Les pé¬
tales da persil sont arrondis, égaux, courbés en cœur
{ydy. pl. 12, fig. 2). Les ombelles du persil sont tou¬
jours pédonculées et souvent garnies d’une collerette
à une seule foliole j les ombelles de la petite ciguë sont
dépourvues de collerette générale. Les femlles du persil
ontitne odeur agréable ; celles de là petite ciguë répan¬
dent une odeur nauséeuse lorsqu’on les froisse entre les
doigts. Les feuilles dé la petite ciguë sont d’un vert noi¬
râtre en dessus, et luisantes en dessous; enfin la racine
du persil est plus grosse que celle de la petite ciguë.
Symptômes et lésions de tissu produits par ces trois
especes de ciguë. ( Voyez § i35 èt i36.)
Action de ces diverses espèces de ciguë sur Véconomie
animale. Les expériences tentées sur les animàüx vi-
vans et les observations recueillies chez l’homme nous
permettent de conclure 1° que les feuilles, la racine
et le suc de ces plantes en pleine végétation , jouissent
de propriétés vénéneuses très-énergiques; 2° que l’ex¬
trait aqueux obtenu en évaporant ait bain -mark
le suc fourni par lés feuilles ou les racines en pleine
végétation, est encore plus actif; tandis qu’il jouit
à peine de quelques propriétés toxiques, ou même
quil est tout-a-fait inerte lorsqu’il a été préparé en
évaporant à une température élevée , le décoctum
aqueux de la poudre séché ^ 3° que ces diverses parties
sont beaucoup moins activés quand les plantes dont
nous parlons ont été cueillies quelque temps avant la
floraison; 4° que leurs effets sont beaucoup plus mar¬
qués lorsqu on les applique sur le tissu lamineux sotis-
( ao3 )
cutané de la partie interne de la cuissé, que dans le
cas où on les introduit dans l’estoinac; 5° que le suc
des feuilles et des racines , ainsi que l’extrait aqueux ,
agissent encore avec beaucoup plus d’énergie , quand
on les injecte dans la veine jugulaire, que lors de leur
application sur le tissu cellulaire sous-cutané ; 6® que
ces diverses préparations enflamment les tissus avec”
lesquels on les met en contact; qu’indépendamment
de cette lésion , elles sont absorbées , portées dans le
torrent de la circulation , et vont agir sur le système
uerveux, et particulièrement sur le cerveau; action
à laquelle il faut attribuer la mort , qu’elles détermi¬
nent ; 8“ qu’elles paraissent agir sur l’homme comme
sur les chiens; p» que la ciguë aquatique ('virosa, de
Linuæus ) est plus vénéneuse que la grande ciguë;
loo que le suc fourni par les feuilles de cette dernière
qui n’est pas encore en pleine végétation , paraît plus
actif que celui que l’on peut obtenir avec les racines,
tout étant égal d’ailleurs.
Du Laurier-Rose.
i54. Sjnnptômes et Usions de tissu produits par le
laurier-rose. {Voj. § i35 et i36.)
Action dulaurier-rose sur V économie animale. Il ré¬
sulte des observationsrecueillies chez l’homme, et des
expériences faites sur les chiens , les chevaux , les mou¬
tons , etc. , 1° que le bois et les feuilles du laurier-rose,
ainsi que 1 extrait et l’eau distillée de ces mêmes feuilles,
jouissent de propriétés vénéneuses plus ou moins éner¬
giques; a® que l’extrait est plus actif que les feuilles,
dont l’énergie surpasse de beaucoup celle de l’eau dis-
C ^54 )
tillée; 3® que l’activité de ces poisons varie suivant l’of«
gane avec lequel ils ont été mis en contact ; ainsi l’ex¬
trait déterinine des accidens beaucoup plus fâcheux’,
lorsqu il est injecté dans la veine jugulaire, que dans le
cas où il a été introduit dans l’estomac, ou appliqué
sur le tissù cellulaire sous-cutané de la partie interne de
la cuisse^ 4® occasionnent presque Constamment
le vomissement ; 5° qu’ils enflamment légèrement les
tissus sur lesquels on les applique 5 6° qu’indépendam-
ment de cette lésion ils sont absorbés , portés dans le
torrent de la circulation , et qu’ils agissent sur lè sys¬
tème nerveux et sur le cerveau , dont ils déterminent
la stupéfaction.
VINGT-DEUXIÈME LEÇON,
§ II. — De la Noix vomique; de la Fève de
Saint-Ignace; de VUpas tieuté et de la Strych¬
nine.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’une ou l’autre de ces substances ?
De la Noix vomique.
La noix vomique est la graine du strychnos nux
vomica^ arbre des Indes orientales et del’île de Gey-
lan , rangé par Linriæus dans la pentandrie mono-
gynie , et par Jussieu dans un groupe voisin de la fa¬
mille des apocynées.
i55. Caractères. Graine ronde , large d’environ un
pouce, aplatie comme des boutons, épaisse de deux
à trois lignes , de couleur jàune-grisâtre , offrant vers
( 255 ) •
le centre, de l’un et de l’autre côté, une sorte d’ombilic.
Toute la surface de cette graine est recouverte d’un
nombre infini de soies très - courtes , très-serrées
( sorte de velours ) , de couleur cendrée , fauve , cornée
ou noirâtre, fixées obliquement sur une pellicule
très-mince, et dirigées du centre à la circonférence
où celles d’une des deux faces s’entre-croisent avec
celles de l’autre ; un des points de cette circonférence,
ùn peu plus saillant que les autres , doit donner issué
à là plantule. L’intérieur de cette graine est Corné ,
Ordinairement blanc et demi - transparent , quelque¬
fois noir et opaque; il offre une grande cavité dont
les parois sé touchent, et sont partout de l’épaisseur
d’environ une ligne. Cette graine est inodore, et
douée d’une saveur âcre très-amère.
Elle est formée , suivant. MM. Pelletier et Caventou,
de strychnine ^ covakmiée avec un acide nouveau auquel
on a donné le nom. à’ igasurique , de cire, d’une
huile concrète , d’une matière^ colorante jaune , de
gomme, d’amidon , de bassorineet défibré végétale.
De la Fève de SainUignace ( Noix igasur des Phi- ’
lippines ).
La fève de Saint-Ignace est la graine àeYîgnatia
amara , petit arbre des îles Philippines , rangé dans
la pentandrie monogynie’, à côté des strychnos, avec
lesquels il a beaucoup de rapports.
i56. Caractères des graines. Elles sont grosses comme
des olives , arrondies et convexes d’un côté , angu¬
leuses et à trois ou quatre faces de l’autre , offrant
a une extrémité la cicatrice du point d’attache. Leur
( 256 )
substance intérieure est cornée^ demi-transparente
plus ou moins brune et très-dure ; elles sont opaques
à leur surface , et Comme recouvertes d’une efflores¬
cence grisâtre qui y adhère, et qu’on peut plus facile¬
ment gratter avec un couteau que le reste. Elles ont
une saveur très-amère et sont inodores. (Guibourt,
Histoire abrégée des drogues simples. ) Ces graines
sont entassées au nombre de vingt environ dans une
enveloppe ligneuse et épaisse, qui constitue une sorte
de drupe ou de baie pyriforme ovale , uniloculaire ,
de la grandeur et de la forme d’une poire de bon
chrétien. ;
La fève de Saint -Ignace est formée des mêmes
principes que la noix vomique, mais dans des pro¬
portions différentes; ainsi' elle paraît contenir à peu
près trois fois autant de strychnine que la noix vo¬
mique. ( Pelletier et Caventou. )
De l’Upas tieuté.
i5y. Lupas tieuté est un extrait obtenu en faisant
évaporer le suc d’un végétal sarmenteux, du genre des
strychnos ( noix vomique), qui croît au Java;
il est employé par les naturels du pays pour empoi¬
sonner leurs flèches. ,
De la Strychnine.
i58. La strychnine, décrite d’abord sous le nom de
'vauqueline , est un alcali végétal auquel on doit attri¬
buer les propriétés vénéneuses de la noix vomique,
de la.fève de Saint-Ignace et àustrychnos coliibrim-,
comme nous l’avons dit en parlant de ces graines. II
( ^37 )
découvert en i8i8 par PÆM. Pelletier et Gaventou i
on le reconnaîtra, aux caractères suivans. Il a l’appa»
rence d’une poudre blanche qui pourtant est l’assem¬
blage d’une multitude de prismes à quatre pans ,
presque microscopiques et terminés par des pyramides
à quatre faces surbaissées ; il est inodore, et doué
dune saveur amère insupportable il verdit le sirop
de violettes et retahlit la couleur bleue, du papier de
, tournesol rougi par un acide , lorsqu’il a été dissous
-dans l’alcohol. Mis sur les charbons ardens, il se
boursoufle, se décompose à la manière des substances
végétales qui ne contiennent point d’azoté , répand
une fumée assez épaisse et laisse un charbon très-volu^-
mineux. Il est inaltérable à l’air et insoluble dans
1 eau 5 du moins il faut six mille six cent soixante-
sept parties de ce liquide à la température de dix
degrés pour en dissoudre une partie ; l’eau bouillante
en dissout un peu plus du double. Il se dissout beau¬
coup mieux dans 1 alcohôl et dans les huiles volatiles ,
surtout à l’aide de la chaleur. Il se combine avec les
acides, convenablement affaiblis, et forme des sels
en général solubles dans l’eau. L’acide nitrique con¬
centré exerce -sur la strychnine une action remar¬
quable ; il lui communique sur-le-champ une couleur
qiu passe instantanément au rouge
sang; à cette couleur succède une teinte jaune qui
devient de plus en plus prononcée et passe au verdâtre.
Symptômes de P empoisonnement déterminé par ces
substances. L’homme et les chiens soumis à l’influence
de lun ou de l’autre de ces poisons présentent les phé¬
nomènes, suivans : malaise général ; contraction géné-
. • 17.
( 258 ) ,
raie de tous les muscles du corps , pendant laquelle la
colonne vertébrale est redressée : à cette contraction ,
dont la durée est fort courte, succède un calme marqué
suivi lui-même d’un nouvel accès qui se prolonge plus
que le premier , et pendant lequel la respiration est
accélérée. Tout à coup les accidens cessent , la respi¬
ration se ralentit, et l’individu paraît'étonné : peu kIc
temps après , nouvelle contraction générale ; alors
on observe sur les chiens la roideur et le rapproche¬
ment des pâtes antérieures qui se dirigent eii ar¬
rière, le redressement de la colonne vertébrale et le
renversement de la tête sur le cou ; la respiration est
très-accélérée : bientôt après, roideur et immobilité des
extrémités postérieures; la poitrine et la tête sont sou¬
levées; les animaux tombent d’abord sur la mâchoire
inférieure, et bientôt sur le côté; à cette époque, le
tétanos est complet , et il y a immobilité du thorax et
cessation de la respiration. Get état d’asphyxie, an¬
noncé d’ailleurs par la couleur violette d.e la'^langue et;
des gencives, dure une à deux minutes, pendant les¬
quelles les organes des sens et du cerveau continuent
à e?:ercer leurs fonctions, à moins que l’asphyxie ne
soit portée au plus haut point ; car alors l’action de ces
organes commence > s’affaiblir : la fin de cet accès est
annoncée par la disparition siibiîe du tétanos jet par le
rétablissement graduel de la respiration. Bientôt après ,
unenouvellë attaque a lieu ; cette fois les contractions
sont des plus violentes; les secousses convulsives très-
fortes et semblables à celle que déterminerait un cou¬
rant galvanique dirigé sur la moelle épinière d’un ani¬
mal récemment tué; il y a asphyxie et mouvemens
( ^59 )
convulsifs des muscles de la face. La mort arrive le
plus souvent à la fin du troisième , du quatrième ou du
cinquième accès , ordinairement sept pu huit minutes
après la manifestation des premiers accidens , quelquer
fois plus tard. Une chose digne de remarque , et que
l’on n’observe que dans l’empoisonnement qui nous
occupe, et dans celui que produisent la fausse an-
gusture et la brucine , c’est que le contact d’une partie
quelconque du corps, la menace ou le bruit détermi-
minent facilement cette roideur tétanique générale.
Lésions de tissu produites par cés poisons. Les, nom¬
breuses ouvertures de cadavres d’animaux empoi¬
sonnés par ces différentes substances prouvent mani¬
festement que l’on remarque dans les organes intérieurs
la même altération que chez lès individus qui ont été
asphyxiés ; mais on n’a jamais observé la moindre trace
de lésion dans le canal digestif. Néanmoins l’observa¬
tion suivante, recueillie chez l’homme au mois de
juin 1820, tend a faire croire que la noix vomique
peut déterminer l’inflammation des membranes du
canal alimentaire.
Daste (Pierre), âgé de quarante-cinq ans, d’un
tempérament bilieux, d’une constitution sèche, vi¬
goureuse, en proie aux fureurs de la jalousie, résolut
de s’empoisonner. C’est dans cette intention qu’il prit ,
le i3 juin , sur les neuf heures du soir , une quantité
considérable de noix vomique concassée (pour douze
sous ) , dont il saupoudra ses alimens. Presque immé¬
diatement après l’ingestion de cètte substance vé¬
néneuse , il fut atteint de violentes convulsions. Ap¬
pelé près de lui , un officier de santé le fit vomir en le
( 200 )
gorgeant de lait et d’eau chaude , et le fit transporter
ensuite à l’hôpital Saint-Louis , où il arriva sur les dix
heures du soir. Ses traits étaient profondément al¬
térés; il éprouvait une dédolation générale : ses forces
étaient pour ainsi dire brisées, des accès convulsifs se
manifestaient à des intervalles rapprochés (pendant un
de ces accès , Daste fit une chute qui n’eut d’autre ré¬
sultat qu’une légère contusion au front); leur durée
était d’une à deux minutes : ils étaient marqués par le
roidissement vigoureux de tous les muscles ; le tronc
et les membres étaient dans une extension violenté,
les .mâchoires fortement rapprochées. Singiilièrement
ngité , lé malade poussait dès cris entrecoupés et im¬
plorait de prompts secours : le pouls ne présentait
encore aucune altération remarquable. (Deux grains
d’érnétique provoquèrent des vomissemens aljondans ;
hsoissons et lavemens laxatifs). Dans la^nuit, lêrseris
de la vue et de l’ouïe acquièrent une sensibilité exa-,
gérée : telle est l’irritabilité des muscles , qu’il suffit de
-toucher le malade pour exciter en lui dés mouvemens
convulsifs; le bruit le plus léger suffit même pour
produire cet . effet. Pendant lés convulsions le pouls
est fréquent, agité; le malade est baigné de sueur,
phénomène dont l’explication se présente d’ elle-même.
Le !4 J ù sept heures du matin, l’état du malade est
plus calme; les accès convulsifs sont moins fré-
quens ; moins longs , moins violens ; cependant les
causés indiquées tout à l’heure suffisent encore pour
les faire éclater. Le pouls n’offre aucune agitation
fébrile ; sentimeift de lassitude et de brisement dans
tout le corps; nulle douleur dans l’abdomen (potion
( 26i )
calmante, saturée en quelque sorte d’opium, 6 gr. dans
I IV de véhicule). A neuf heures du matin , les mou-
vemens convulsifs ont cessé , l’orage, s’est pour ainsi
dire dissipé, et tout semble annoncer une heureuse
terminaison : ce calme insidieux sé. maintient le reste
du jour et pendant .la nuit. Le iS, même état, pbiiit
de convulsions ; il ne reste qu’un sentiment de fai¬
blesse et de douleur générales (.potion ut supra).
soir,, la douleur semble, se concentrer dans là région
épigastrique ; peau sèche , poids fréquent. Le i6 , à
six heures dir matin , poùls petit, presque impercep¬
tible, sécheresse et chaleur de la peau, rougeur des
bords de. la langue, douleur vivè dans la région épigas¬
trique battemens dans cette région ; accablement ,
prostration extrêmes , régularité des fonctions intel¬
lectuelles , yeux étonnés , altération des traits , phy¬
sionomie décomposée, mort à dix heures du. matin.
(Aucune roideur dans les membres , sueuj visqueuse
sur toute l’habitude du corps.) \ .
Ouverture quarante - huit heures apres la màrt.
1° Cavité encéphalique. Environ une once de sérosité
dans les ventricules latéraux du cerveau : nulle al'térâ-
tion appréciable dans les méninges et la pulpe céré¬
brale; épanchement d’une assez grande quantité de
sérosité dans la cavité de ; l’arachnoïde rachidienne;
la partie postérieiue de cette membrane est parsemée
et comme plaquée de lamés cartilagineuses irrégulières,
dune grandeur variable , très-nombreuses^— 2® Cæ-
vite addominale. — Foie volumineux ; l’estomac con¬
tient quelques cuillerées d’un liquide muqueux, san¬
guinolent , brunâtre : sa surface intérieure présenté ,
( 26a )
dans divers points , une teinte qui varie du rouge au
noir foncé , sans qu’on puisse trop dire si cette colo¬
ration est l’effet d’ecchymoses ou d’un travail in¬
flammatoire. Le duodénum , rempli d’un liquide jaune
muqueux, est manifestement enflammé ; la rougeur et
rinjection de sa membrane interne s’étendent en s’af¬
faiblissant et en éprouvant une sorte de dégradation à
celle de l’intestin grêle : la portion moyenne de celui-
ci est rétrécie , ses parois sont épaissies ; la membrane
muqueuse est parsemée d’ulcér/stions aux endroits ou
l’intestin se trouve resserré. La vessie, petite, con¬
tractée , vide , est légèrement phlogosée , et contient
une cuillerée d’un liquide puriforme. — S® Cavité
thoracique. — Quelques adhérences entre les plèvres
pulmonaire et costale ; poumons gorgés de sang , prin- '
cipalement à leur base, qui est comme teinte en rouge.
Cœur dans son état naturel. 4° Habitude extérieure.
Roideur considérable des membres (on se rappelle,
qu’ils étaient souples immédiatement après la mort);
teinte violacée de presque toute la surface de la peau:
cette nuance était toutefois plus prononcée aux par-
ties les plus déclives , sur lesquellès la pesanteur avait
détermine lé sang. ( Observation communiquée par
M. Jules Cloquet. )
i5g. Action de la noiæ vomique^ de la fève de Saiht-
Jgnace, de ï upas tieuté et de la sti'jchnine sur V économie
animale. Il résulte des expériences tentées sur les ani¬
maux vivans , et de plusieurs observations recueillies
chez l’homme, I® que ces diverses substances sont très-
vénéneuses pour l’homme et pour un très-grand nombre
d animaux ; 2° qu’il en est de même des extraits aqueux
(^63)
et alcolioliques de noix, vomique et de fève dé Saint-
Ignace; 3° que de toutes ces matières, la stryclanine et
les sels qu’elle forme avec les acides, sont celles qui
jouissent de la plus grande énergie ; 4° qtié les sels exer¬
cent une action plus vive que la base elle- même, et
cela en raison de leur grande solubilité par la présence
d’une petite quantité d’acide ; 5® que les extraits aqueux
sont plus actifs que les poudres dé ces graines; mais
qu’ils le sont moins qire leurs extraits âlcoholiques ;
6® que l’extrait aleoboiique de fève de Saint-Ignacë est
plus énergique que celui de noix vomique, tout étant
égal d’ailleurs; 7® que c’est à la strychnine que la noix
vomique et la fève de Saint-Ignace doivent leurs pro¬
priétés vénéneuses ; 8® qu’il en est probablement de
même del’upàs tieuté; 9® que si la matière grasse re¬
tirée par l’éther de la noix voMque et de la fève de
Saint-Ignace, agit à la manière dés poisons énergiques,
cela doit être attribué à la strychnine qu’elle renferme;
lo'^ que Ion doit eGnsidérer ces. poisons, comme des
excitans de la moelle épinière produisant constam¬
ment le tétanos, rimmobilité du thorax, et- par con¬
séquent 1 asphyxie à laquelle les animaux succombent,
• comme l’ ont démontré MM. Magendie et Helille , pour
1 upas tieuté et la noix vomique; ti® quelles agissent
avec la plus grand.e énergie lorsqu’on les introduit
dans les cavités thoracique et abdominale, ou dans la
veine jugulaire, tandis que; leur action est moins vive
quand on les applique sur le tissu cellulaire sous-cu-
tane, ou qu’on les injecte dans les artères éloignées du
cœur : elle est encore moins vive lorsqu’on les introduit
dans le canal digestif, ou qu’on les applique sur les sur-
(-264)
faces muqueuses ; 12° qii’elles n’agissent point sur les
animaux auxquels on a enlevé la moelle épinière à
l’aide d’une tige de baleine; 1 3" que lors même qu’il,
serait prouvé par des observations ultérieures qu’elles
enflamment constamment les tissus avec lesquels on
les met en contact, on ne devrait pas regarder cette>
irritation locale comme étant la cause de la mort;
i4® que celle-ci dépend de l’absorption du principe,
actif de ces matières qui paraît s’opérer par l’inter-i
mede des veines, suivant M. Magendie , de son transr:
port dans le torrent de la circulation, et de l’excitation
qu’il détermine dans la moelle épinière.
De r Ecorce défausse angusture et de la Brucine.
Gomment peut - on reconnaître que l’empoisdnne-
ment a eu lieu par l’une ou l’autre de ces substances?
Dé r Écorce de fausse angusture ( aiïgusture fine ).
Ecorce appartenante , suivant quelques naturalistes ,\
SXL brucœa antidj^sénterica ou ferruginea ^ et suivant
d’autres , à un arbre dont on ignore encore le nom,
160. Caractères. Ecorce ordinairement roulée sur
elle-même, compacte, pesante et beaucoup plus épaisse
que celle de la vraie angusture. Couleur ^ï&e-i^nnktrè -
à l’intérieur, variable à l’extérieur, ce qui dépend des
différences que présente l’épiderme; en effet, tantôt
il est mince, d’un gris -jaunâtre et parsemé d’excrois¬
sances blanchâtres ; tantôt il est recouvert d’une matière
ayant la couleur de rouille de fer; tantôt enfin il est
fortement rugueux et offre des taches diversement ^
colorées : dans ce dernier cas, l’écorce est en général
( 265 )
plus épaisse et plus volumineuse , ïnak un jpeu moins
ferrugineuse que les autres. presque nulle, ana¬
logue à celle de l’ipécacuanha. très -amère;
l’amertume persiste très -long- temps au palais, sans
laisser d’âcreté à l’extrémité de la langue. Couleur de
la poudre : elle présente quelques différences suivant
l’état de l’épiderme; mais, en général, elle est d’un
blanc légèrement jaunâtre.
Lorsqu’on agite pendant quelques minutes la poudre
de fausse angusture avec de l’eau aiguisée d’acide hy-
drochlorique , on obtient une liqueur jaunâtre qui, par
l’addition du prussiate de potasse et de fer , devient
verte sur-le-champ, et laisse déposer , au bout de quel»,
ques heures, du bleu de Prusse.
La dissolution aqueuse de cette écorce rougit à peine
la teinture de. tournesol; elle trouble légèrement le
sulfate de fer, auquel elle communique une couleur
vert-bouteille ; le prussiate de potasse et de fer- y fait
naître un léger trouble, et le mélange devient verdâtre-
par l’addition de l’acide hydrochlorique ; enfin la po¬
tasse , employée en petite quantité , lui communique
une couleur vert-bouteille, qui passe à l’orangé-foncé
avec une teinte verdâtre , par l’addition d’une nouvelle
quantité d’alcali; la liqueur conserve sa transparence.
La dissolution aqueuse d^ angusture 'vraie ^ air contraire ,
détruit la couleur de tournesol , fournit avec le sul¬
fate de fer un précipité gris-blancbâtre très-abondant,
soluble dans un excès de sulfate de fer, et n’est point
troublée par le prussiate de potasse et de fer , à moins
qu on n’ajoute de l’acide hydrochlorique , car alors
elle donne un précipité jaune très-abondant ; enfin la
(J 266 )
potasse caustique la fait passer à l’orangé- verdâtre et y
détermine un précipité , quelle que soit la quantité
d’alcàli employé. (M. Güibourt.)
L’analyse chimique de l’écorce de fausse angusture
faite dans ces derniers temps par MM. Pelletier et Ca-
ventou, prouve quelle contient de l’acide galliqué
combiné avec un alcali nouveau , auquel on a donné
le nom de brucme,mxe matière grasse, beaucoup de
gomme, une matière colorante jaune, semblable à celle
qui existe dans la noix vomique, beaucoup de ligneux,
et quelques traces de sucre. , '
De la Brucine.
161. Cdrax^teres. La brucine est une substance
alcaline, composée d’oxygène, d’hydrogène et de car¬
bone , découverte en 1819 par MM. Pelletier et
Gaventou dans l’écorce de fausse angusture {hrucçea
antidj^senterica ) , qui lui doit ses propriétés véné¬
neuses. Elle est solide , tantôt sous la forme de pris¬
mes obliques, allongés, à base parallélogrammiqrue,
tantôt en masses feuilletées , d*un blanc nacré, ayant
1; aspect d’acide borique 5' quelquefois enfin elle res¬
semble à certaina champignons ; elle est inodore , et
douée d’une saveur amère très-prononcée; elle jouit
de la propriété de verdir sirop de violettes, et de
vétahlir. la couleur bleue du papier de tournesol rougi
par un acide , surtout lorsqu’elle a été dissoute dans
lalcohol; elle est inaltérable à l’air; chauffée dans un
petit tube de verre , elle fond à une température un
peu supérieure à celle de l’eau bpuillante, puis se
congèle comme de la cire lorsqu’on la laisse refroidir;
( 23-7 ) .
si on continue à la chauffei’ elle se décompose , ré¬
pand de la fumée, et laisse du charbon, comme la
plupart des substances végétales qui ne contiennent
point d’azote. Une partie de brucine se dissout dans
huit cent cinquante parties d’eaù froide , et dans cinq
cents parties du même liquide bouillant ; Fa-lcohol la
dissout presqu’en toutes proportions. Les acides affai¬
blis se combinent avec elle, et forment des sels, pour
la plupart solubles dans l’eau; l’acide nitrique con¬
centré agit sur elle comme sur la strychnine. [V. § i58.)
Symptômes et lésions de tissu développes par -ces poi¬
sons. Ils ont la plus grande analogie avec ceux que
déterminent la noix vomique, la fève de Saint-Ignace ,
l’upas tiéuté et la strychnine. ( V. S page 307 etsuiv<)
Action de V écorce de fausse angustuve et de la brur
cinei, sur V économie animale. Les expériences faites
sur les animaux et les observations recueilbes chez
l’homme prouvent , i® que ces substances sont très-
vénéneuses pour l’homme, les mammifères en général ,
les oiseaux, les poissons et les reptiles, lorsqu’on les
applique sur les membranes muqueuses , les blessures ,
la plèvre , le péritoine , etc. ; 2® qu’elles sont inertes
ou très-peu actives quand on les met en contact avec
les nerfs les tendons ou l’épiderme non lésé; 3® qu’il
en est de même des extraits aqueux et alcoholique
de, fausse angusture ainsi que de la matière jaune pré¬
parée par M. Planche, et dont nous avons parlé dans
notre Traite de toxicologie, t. 2, p. 352 (deuxième
édition); 4® que de toutes ces matières, la brucine
et les sels quelle forme avec les acides sont celles qui
agissent avec le plus d’énergie; 5° que c’est à la bru-
( 268, ) . '
cine que l’on doit attribuer les propriété^ vénéneuse
de ces divers composés, et que si la matière jaune
amère est plus active que l'écorce pulvérisée, c’est
parce qu’elle contient beaucoup plus de brucine sous
un volume donné ; 6° que ces poisons agissent sur l’é¬
conomie animale comme la noix vomique, la fève de
Saintrlgnace , etc. (-voj'ez l’action de ces substances
depuis io°. § iSp); 7° qu’ après la mort des animaux
les muscles involontaires conservent encore leur irri¬
tabilité , lorsque les muscles volontaires n’en donnent
plus aucun signe.
Du Ticunas ^ du Woorara et du Curare.
162. Ces divers poisons ne sont autre chose que des
extraits obtenus avec le suc de certaines lianes , au^
quel on a ajouté, des sucs provenant d’autres plajitès
qui ne sont pas toujours vénéneuses. Ils peuvent être
regardés comme ne différant pas entre eux. Les anir
maux soumis à leur influence sont plongés dans ùn
état de langueur; leur pouls est dur et fréquent , la
respiration courte et accélérée ; les muscles , surtout
ceux des membres pectoraux , se paralysent, après
avoir éprouvé une contraction convulsive; le corps se
refroidit , et la respiration cesse ; ces poisons agissent
plutôt sur la moelle épinière que sur le cerveau ; en
effet ils n’occasionnent ni stupeur ni anéantissement
de la- sensibilité, et ils suspendent la respiration; leur
action diffère de celle de l’upas tieutéen ce qu’ils para¬
lysent plus promptement les muscles volontaires , sans
exciter des convulsions et des spasmes aussi viplens
et aussi fréquens ; elle diffère de celle de l’upas antiar
( 269 )
(vof. plus loin) en ce qu’ils ne déterminent pointla
paralysie du cœur ni des déjections alvines. Ils sont
employés pour empoisonner les flèches.
VINGT-TROISIÈME LEÇON.
5 in. — Du Camphre; de la Coque du Levant;
et de la Picrotoxine.
Comment peut-on reconnaître que , l’empoisonne¬
ment a èû lieu par l’une où l’autre dé ces substances?
Dit Camphre.
163. Caractères. IaQ camphre/ est un des produits
immédiats des végétaux composés d’oxygène, d’hy¬
drogène et de carbone ; il est fourni par les lau¬
riers, et particulièrement par le laurus camphora ; on
le trouve aussi dans beaucoup de labiées et dans quel¬
ques ombellifères. p. est solide, blanc, transparent,
plusJLéger que l’eap, et doué d’une odeur très-forte
qui le caractérise; sa saveur est amère, chaude et pi¬
quante. Il est très-volatil et très-inflammable; il brûle
avec une flamnie blanche, répand une vapeur abon¬
dante, et ne laisse point de résidu. L’alcohol, l’éther,
les huiles fixes, les huiles volatiles, les acides acétique
et nitrique , le Rissolvent à merveille : il est à peine so¬
luble dans l’eau.
164. Caractères de V alcohol camphré. Liquide, trans- '
parent, incolore, doué à la fois d’une odeur alcoho-
lique-et camphrée, ne rougissant point le tournesol,
et précipitant en blanc par l’eau; le précipité, qui n’est
autre chose que du camphre , ne tarde pas à se rassem-
( 270 )
bler à la surface du liquide ; si on le sépare aû moyen
du filtre , on voit qu’il a une odeur camphrée , et qu’il
s’enflamme lorsque après avoir été desséché on l’appro¬
che d’une bougie enflammée. L’alcohol camphré brûle
quand on le met en contact avec un corps en ignition,
et laisse pour résidu du camphre qui crystallise par le
refroidissement, ou une matière charbonneuse légère ,
semblable à de la suie ; dans ce dernier cas , on remarque
qu’il se dégage des vapeurs blanches vers la fin de la
combustion : cette différence dans les produits tient à
ce que la combustion a été plus vive dans un cas que
dans l’autre.
J 65. Caractères de F huile camphrée. L’huile conserve
sa couleur et sa transparence à mains quelle ne con¬
tienne beauéoiip de camphre en dissolution. Son odeur
est très - sensiblement camphrée. Elle ne s’enflamme-
point lorsqu’on la met en contact avec un corps en
ignition , après l’avoir placée dans une capsule.
De la Coque du Cevant.
La coque du Levant est le fruit du menispermum
cocculus., arbrisseau de l’Inde, rangé dans la famille
des ménispermes et dans la diœcie décandrie de Lin-
næus.
i66. Caractères. Il offre le volume d’un gros pois ; il
est presque rond, et présente à la partie de sa surface
qui correspond à l’insertion du placenta une dépres¬
sion marquée , ce qui lui donne jusqu’à un certain point
la forme d’un rein. Il est composé i° d’une tunique
extérieure mince, sèche, friable, noirâtre, rarement
lisse et le plus souvent couverte de rugosités, à laquelle
( 271 )
on a donné le nom de hrou et & écorce; 2° d’une coque
blanche, ligneuse, à deux valves, recouverte par la tu¬
nique dont nous parlons; 3° d’un placenta central, ré¬
tréci par le bas, élargi par le haut , et attaché à la por*
tîon de la surface qui est déprimée, de manière que la
coque se trouve divisée intérieurement en deux petites
loges; 4° d’une blanchâtre ou roussâtre d’une
saveur amère très-prononcée, partagée en deux lobes
par le placenta, et remplissant l’espace compris entre
celui-ci et la coque; cette amande s’atrophie avec le
temps , en sorte que les fruits dont nous parlons finis¬
sent par être presque entièrement vides. La coque
du Levant est inodore et contient, d’après M. Boul-
lay , de la picrotoxine (substance alcaline) , un acide
nouveau désigné sous le nom de ménispermique , deux
sortes d’huile fixe, ûne matière albumineuse, fine
partie colorante jaune, du ligneux , une certaine quan¬
tité de matière sucrée et des sels.
De la Picrotoxine.
167. La picrotoxine (i) est un alcali renfermé dans
la coque du Levant, composé d’oxygène, d’hydrogène
et de carbone, et caractérisé par les propriétés sui¬
vantes. Il est blanc, brillant, demi- transparent, crys-
tallisé en aiguilles , sans odeür et d’une saveur amèré
insupportable; Mis sur les charbons ardens , il se bour¬
soufle, et répand une fumée blanche d’une odeur de
résine. Il se dissout dans trois parties d’alcohol, dans
vingt-cinq parties d’eau bouillante et dans cinquante
(i) Du grec amer, et de 7<5|wcv, poison.
( ^7^ )
parties d’eau froide. 'Le solutum aqueux change en
hleu jla couleur du papier de tournesol rougi par les
acides , et surtout par l’acide acétique. L’acide nitrique
concentré dissout la picro toxine à froid sans dégage¬
ment de gaz nitreux ; la dissolution est d’un jaune ver¬
dâtre. ^
Symptômes de V empoisonnement déterminé par ees
substances. Lorsqu’on a fait avaler à un chien deux pu
trois gros de camphre dissous dans une once d’huile
d’olives, ou trois ou quatre gros de coque du Levant
finement pulvérisée, ou dix ou douze grains de picro-
toxine, on observe au bout de quelques minutes, si
l’animal ne vomit pas (car assez souvent ces substances
déterminent des vomissemens opiniâtres), qu’il est in¬
quiet, agité, que sa démarche est chancelante, et que
les muscles de la face offrent quelques mouvemeps con¬
vulsifs. Cinq, quinze, vingt-cinq minutes après, il
éprouve un accès violent, caractérisé par les symp-’
tomes suivans : chuté sur le côté, tête fortement ren¬
versée en arrière, ou dans l’état naturel; convulsions
horribles particulièrement dans les extrémités; cul¬
bute en arrière dans laquelle la tête frappe d’abord
le sol avec véhémence, et le corps roule en tout
sens; conjonctive injectée, yeux saillans et insen¬
sibles aux impressions extérieures. L’animal nehtend
plus; on peut le déplacer, le heurter, crier autour de
lui , sans qu il donne le moindre signe de connais¬
sance ; la bouche est remplie d’une écume épaisse , la
langue et les gencives sont livides; la respiration est
comme suspendue. Cette attaque dure trois ou quatre
minutes, et se termine quelquefois par des efforts de
( 273 )
vomissement. L’animal reste pendant quinze, vingt où
vingt-cinq minutes sans prouver aucun accident; il
semble avoir recouvré l’usage des sens , on le croirait
guéri; cependant il ne tarde pas à se manifester un
nouvel accès semblable au précédent, mais beaucoup
plus fort, et pendant lequel l’animal fait entendre des
cris horribles ; la respiration est laborieuse et accom¬
pagnée de l’exhalation d’üne grande quantité de vapeur
d’une odeur camphrée (i). Gette attaque, à laquelle
l’animal succombe le plus ordinairement, dure six ou
huit minutes: elle est souvent précédée de vertiges, de
tournpiemens et d’un affaiblissement plus ou moins
considérable des extrémités antérieures : ces symp¬
tômes précurseurs durent quelquefois huit ou dix mi¬
nutes;’
Les observations d’empoisonnement recueillies chez
l’hom-me prouvent que le camphre détermine chez lui
des accidens analogues à ceux dont nous venons de
parler.- ' j
Lésions de tissudeçeloppées par ces poisons. Sï oti îeàit
1 om erture des eadavres immédiatement après la mort
des animaux, on observe que le ventricule gauche du
cœur rénfèrrne du sang rouge-brun : cet organe ne^se
contracte plus. Les poumons sont affaisses , peu crépi-
tans , d un tissu plus serré qu’à l’ordihairè , et d’une cou¬
leur- foncée par plaques. Le cérveâii n’est le siège duü-
cune altération remarquable. Le Canal digestif offre le
plus souvent des traces d’inflammation ou d’ulcération,
lorsque 1 empoisonnement a été déterminé parle cam-
■j) Seulement lorsque faminal a pris du camphre.
i8
('274)
phre, tandis quil est siin dans le cas où la mort a été
produite par la coque du Levant ou par la picrotoxine.
Action de ces poisons sur V économie animale, i» Le
camphré , à la dose de trois à quatre gros dissous dans
V huile d'olives , est vénéneux pour l’homme et pour
les chiens lorsqu’il est introduit dans le canal di¬
gestif; 2® il est absorbé, et agit comme un excitant,
énergique du cerveau et du système nerveux, sus¬
ceptible de déterminer une mort prompte au milieu
des convulsions les plus horribles , s’il n’est pas rejeté
promptement par le vomissement ou par les selles -
3° cette mort est le résultat immédiat de l’asphyxie,
ou du moins de la gêne avec laquelle la respiration
s’exerce pendant les violentes secousses convulsives;
4° l’action de la dissolution huileuse dont nous par¬
lons est beaucoup plus vive si elle est injectée dans les
veines , et beaucoup moins forte si elle a été appliquée
sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de
la cuisse ; 5° le camphre en fragmens enflamme , ulcère
les tissus de l’estomac , et peut occasioner la mort au
bout de deux ou trois jours; il ne produit des phéno¬
mènes nerveux semblables à ceux que détermine
l’huile camphrée, qu’autant qu’il a été très-divisé;
6® le camphre artificiel , obtenu avec l’huile de téré¬
benthine et le gaz acide hydrochlorique , agit comme
le camphre en fragmens, mais beaucoup plus lente¬
ment , lors même qu’il a été introduit dans l’estomac
à la dose d’une demi-once , après avoir été dissous dans
l’huile d’olives ; y® la coque du Levant, finement pulvé¬
risée , occasionne la mort, des chiens les plus robuses ,
et par le même mécanisme que la dissolution huileuse
( 275 )
de camplire, si on l’introduit dans restomac à la dose
de deux ou trois gros et qu’elle ne soit pas Tomie, ou
bien si on l’applique sur le tissu lamineux sous-cutané
de la partie interne de la cuisse; 8® elle borne ses
effets à produire des nausées et des vomissemens si
on l’emploie peu divisée; 9® elle n’enflamme point les
tissus avec lesquels on la met en contact ; lo® elle doit
toutes ses propriétés vénéneuses à la picrotoxine qu’elle
renferme ; aussi remarque-t-on que celle-ci est beau¬
coup plus active , et qu’elle produit les mêmes effets
sur l’économie animale; ii® il suffit d’injecter dans la
veine jugulaire d’un chien ùn grain et demi de cet
alcali dissous dans une demi-once d’eau , pour déter¬
miner la mort dans l’espace de quelques minutes;
12° quels que soient les rapports qui existent entre
l’action de ces poisons et celle qu’exercent la noix
vomique, la fève de Saint-Ignace , la strychnine , l’upas
tieuté, la fausse angusture et la brucine , ôn aurait
tort de les confondre dans un même groupe , ces subs¬
tances agissant particulièrement sur la moelle épi¬
nière, tandis que le camphre, la coque du Levant et
la picrotoxine affectent tout le ‘système nerveux , et
surtout le cerveau. ^
De rUpas antiar.
Nous croyons pouvoir nous dispenser, dans un
ouvrage de ce genre , de parler en détail de ce poison ,
parce quil ne se trouve que dans l’Inde, et qu’il n’a
jarnais donné lieu à des rapports judiciaires : voici les
faits principaux sur lesquels il nous semble devoir fixer
l’attention.
( 27^ ) •
Lhtpas ahtiar ^'SVlG laiteux, amer et jaunâtre d’un
arbre d’un genre nouveàu qui croît dans l’Inde , est
très-vénéneux quand il est injecté dans les artères,
dans les veines ou dans les cavités séreuses ; il l’est
moins lorsqu’on l’applique sur le tissu cellulaire sous-
cutané, et beaucoup moins quand il est introduit dan§
l’estomac; il est émétique et purgatif ; il détermine des
phénomènes nerveux semblables à ceux que produit la
dissolution huileuse de camphre, (/^.pag. 274-)
M. Brodie , il rend le cœur insensible à l’action du
sang. I.es Indiens s’en servent pour empoisonner leurs
flèches.
§ VI. — - Des Champignons vénéneux.
Comment peut - on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par des champignons ?
On ne peut résoudre ce problème qu’aütant que
l’on parvient à distinguer les champignons vénéneux
de ceux .qui ne le sont point, et que l’on connaît
leur mode d’action sûr Téconoinie animale ; c’est ce
qui nous engage à faire de ce sujet la matière de
deux articles , sous- le titre 1° de caractères des
champignons vénéneux ; 2° àe symptômes et lésion f dé
tissu qu'ils déterminent,
, A.. Caractères des Champignons vénéneux.
Genre amanita.
Le genre amanita appartient à la famille des aga-
ricoïdées , laquelle fait partie de l’ordre des champi-
( 277 )
gfions proprement dits {^fùngi^ hymenomyci') de Per-
soQn (i).
i68. Caractères du genre Amanita (Agaric bourse),
dhampigrion sortant d’une bourse où d’ùn -volva ;
cbapeau garni de feuillets ou de lamelles rayonnantes
en dessous ^ et supporté par un pédicule plus bu
moins renflé à sa base. ( Voy, planche 14, figure 2. )
Description dès espèces. -
lO Fausse oronge (variété de Y Amanita aurantiaca
de Persopn , Agaricus muscarius de Linnæus, Agaricus
pseudo - aurantiacus àe Bulliard). ( Foy. planche i4 ,
figure : demi-grandeur naturelle. )
. 169. Caracferes. Son chapeau atteint quatorze à dix-
huit centimètres ( de cinq à sept pouces); il est
d)abord convexe, et ensuite presque* horizontal; sa
couleur rouge écarlate est plus foncée au centre ; il
(i) Caractères de l’ordre 2® de Persooa gui comprend
les éhampignons proprement dits. « Ils sont cîiarnus , co¬
riaces, tremelleux et volumineux, simples, ou branclius, ou
étalés en plaque^ mais ordinairement munis d’un corps di¬
laté ou chapeau, qui est ouvert et pourvu d’une membrane
sporulifere ou hymemum d’une forme très- variée,- portant
des graines peu apparentes. » '
Y, hyménium est une memlirane composée de petites ves¬
sies libres ou cohérentes entre elles, et situées à la surface
inférieure du chapeau ; sa couleur est le plus souvent diffé¬
rente de celle du chapeau , et elle se forme pendant la matu-
rité. (Persoon , Traité des Champignons comestibles , pàg. 28
et 381) • •
( 278 ) .
est un peu rayé sur le bord,' et presque toujours
tacheté de tubercules ou verrues blanches qui sont
les débris du volva^ le pédicule, long de huit à douze
centimètres, est blanc, plein , cylindrique, excepté
à sa base où il est épais ; les feuillets ( lames ) sont
blancs , inégaux , recouverts dans leur jeunesse d’une
membrane qui se rabat sur le pédicule et forme son
collier. Le volva est incomplet , c’est-à-dire , qu’il ne
le recouvre pas entièrement à sa naissance , et forme
quelques écailles le long du pédicule. Ce champignon
est très-commun dans l’Europe septentrionale.
L’Oronge vraie ( Amanita aurantiaca ) , que l’on
mange souvent, se distingue du précédent , i® parce
que dans sa jeunesse elle est enveloppée dans le
qui lui donne delà ressemblance avec un œuf;
2^* par la couleur orangée du chapeau , qui du reste
n’est point tacheté de verrues blanches ; 3*^ par les
feuillets, qui sont jaunâtres^
2° Amanite vénéneuse (Amanita venenosa de Per-
soon ). Cette espèce comprend XAgaricus bulbosus et
Y Agariciis bulbosus vemus de Bulliard. {Foj. pl. i4,
figure 2. )
170. Caractères de T espèce. Couleur blanche, sulfu-
rine ou verdâtre, pédicule bulbeux, entouré à sa
base d’un volva qui couvre son chapeau avant son
développement , et sur lequel il reste des lambeaux
qui sont difformes et larges vers le bord, mais plus
petits et polyèdres au milieu ; il y a en outre à la tige
un anneau ou collet assez large et épais , et souvent
rabattu. Les feuillets sont blancs , et conservent tou¬
jours cette couleur sans devenir rougeâtres. Le cha-
(279 ) -
peau est convexe , charnu, large de trois à quatre
doigts, rarement dépourvu de verrues; l’odeur en est
vireuse , assez forte ; la saveur âcre et styptique
surtout , après quelques instans quand on èn a mâché.
( Persoon. ) -
Première variété. Amanita bulhosa alba de Persoon
{^Agaricus bulbosus -vernus de Bulliard, Oronge-cigu'è
blanche de Paulet.) {Voy, Planche i5, fig. : gran¬
deur naturelle.)
171. Caractères. est entièrement blanche , quel¬
quefois un peu jaunâtre au sommet; le chapeau, qui
était d’abord convexe; devient concave parce que les
bords se relèvent en vieillissant; ses feuillets sont nom¬
breux, divisés en feuillets et en parties de feuillets.
On peut la distinguer de l’agaric comestible de Bul¬
liard (champignon de couche) , p^ce que ce dernier n’a
point de bourse ni de pied bulbeux, qu’il peut être
pelé facilement , par l’irrégularité de son collet qui est
rongé à ses bords , parce que sa superficie est sèche ,
qu il est toujours au-dessous d’une couleur rose ou vi¬
neuse, d’abord tendre et ensuite plus foncée, et à la
fin d’un brun noirâtre , tandis que les feuillets delà va¬
riété que nous décrivons sont toujours blancs. Elle est
très-commune dans les bois , et a souvent causé des
accidens fâcheux, parce qu’elle a été confondue avec
le champignon comestible.
Deuxième variété. Amanita cîtrina ou sutfurine de
Persoon ( Oronge-ciguë jaunâtre àe Paulet, Agaricus
bulbosus de Bulliard. [J^oyez planche i5, fig. 2 : demi-
grandeur naturelle.)
172. Caractères. Le chapeau et l’anneau offrent une
( 28o )
couleur citrine- pâle ; le pédicule , long de trois à
quatre pouces, est bulbeux et légèrement strié à son
sommet. On la trouve abondamment , en automne
mêlée avec les feuilles sèches dans les endroits som¬
bres des bois.
Troisième variété. Amanita viridis { Oronge^ ciguè
'verfe de Paulet , Agaricits bulbosus de Bulliard .) ( Kojez,^
pl. 1 5, fig. 3: demi-grandeur naturelle.)
x’y'à.. Caractères. Chapeau presque toujours glabre,
sans lambeaux ou débris du volva ; le renflement
(bulbe) qui est à la base du pédicule est plus arrondi
que dans les deux variétés précédentes ; il n’est pas
aplati comme dans ces variétés (i). Elle a une, couleur
d’herbe quelquefois olivâtre ou grisâtre, et elle est plus,
grande que les précédente^ O n la rencontre en. automne
dans les bois touffus j.mais elle est moins commune que
les deux autres.
Oronge 'visqueuse, dartreuse, ou Grivelé visqueux ,
QU Hrpophillurù rnaculatum Ae Paulet. ( Vop. pl. i6,
fig. 4 : un tiers de grandeur naiturelle. )
. 174, Caractères. Ghampignoxi blanc ou d’un blanc
tirant sur le gris , dont la grandeur varie , mais qui a
pour rordinaire trois pu quatre pouces de hauteur , et
qui. offre des pellicules grisâtres , des feuillets, une
tige, un bulbe parfaitement blancs, et une surface
visqueuse. Chapeau tendre , .large de trois ou quatre"
pouces, , et à peine .charnu ; il est légèrement rayé.
(1) Ces caractères-ne sdnt-ils point sufnsans pour faire -^dé
ce champignon une espèce particulière ,-coînîne»ra indiqué
M, Persoon .? . . . . . .
- ÈLcile à peler, et sujet à se fendre. Feuillets entre¬
mêlés de petites portions de feuillets vers les bords;
ils sont blancs , et ont leur tranche taillée un peu en
dents de scie; ils s’insèrent circulairement comme à
un bourrelet qui ne touche point à la tige , et sont
couverts en naissant d’un voile qui se rabat sur la tige
en manière de mante'au, et forme un collet plus ou
moins apparent. Le pédicule , d’abord plein , finit par
devenir creux en grande partie , ainsi que le bttlbe.
On le trouve aux environs de Lagny et dans la forêt
de Senard. ( Paulet. ) . .
Oronge blanche, ou citron, ou bulbeux jaune etblanc,
ou Hjrpophillum albo - citrînum de. Paulet. ( pl, ly,
fig. i : demi-grandeur naturelle. )
I j5. Caractères. Champignon de taille moyenne et de
. forme très-régulière, tantôt d’un blanc sali de jauné ,
avec des parcelles de coiffe jaunâtre ou terreuse, ou
d’un brun sale; tantôt avec un chapiteau uni , d’hn
blanc quelquefois net, et d’autres fois avec une légère
teinte jaune. Bulbe fort, saillant j et très-arrondi. Pé¬
dicule droit et cylindrique , blanc , ou diversement
coloré , (Mtome nous venons de le dire en parlant du
champignon en général; il est d^abord plein, puis il
se creuse en partie , et s’évase à son insertion au cha¬
peau, avec lequel il semble se confondre . Chapeau
circulaire à surface plus nu moins humide. Feuillets
blancs , dont la tranche forme une surface égale et
unie; presque tous de longueur égale à l’exeeption
de quelques petites portions de feuillets qu’on trouve
vers les bords-, et dont la base semble tenir aux autres
feuillets- complets comme par de petites brides : ces
( ) ,
feuillets s’insèrent circulairement sur une sorte dè bour¬
relet qui leur sert de soutien , et ne touchent point au
pédicule. Ge champignon présente assez coUstamment
un léger collet , qui était primitivement un voile fin
qui couvrait les feuillets. On le trouve en automne
dans les bois des environs de Paris. ( Paulet. )
Oronge a pointes de trois quarts j ou Palette a dards ,
ou Hfpophillwn tricuspidatum de Paulet. ( /^. pl.
fig. ^ : demi-grandeur naturelle.)
176. Caractères. Champignon haut de cinq à six
pouces , blanc , avec des feuillets qui tirent sur le vert.
Chapeau régulièrement circulaire, couvert de pointes
triangulaires égales , de forme pyramidale , d’un blanc
sale 5 fortement adhérentes par leur base à la peau qui
recouvre le chapeau. Feuillets ordinairement couverts
d’une poussière semblable à une fleur de farine , et
d’un voile fin qui finit par tenir uniquement à la tige
et lui sert de collet. Pédicule blanc ^ cylindrique ,
plein , offrant à sa base un bulbe qui finit par devenir
creux comme la tige. On le trouve en automne dans
le parc de Saint-Maur. (Paulet.)
Oronge a pointes de râpe , ou Petite râpe , ou Hj-
pophillim rapula de Paulet. ( F”, pl. 17 , fig. 3 : demi-
grandeur natimelle. )
177. Caractères. Petit champignon dont le chapeau,
de couleur noisette en dessus, offre une multitude de
pointes inégales , semblables à celles d’une râpe ordi¬
naire, et d’une couleur plus foncée que celle du cha¬
peau. Feuillets minces, très-serrés, blancs, couverts
d’abord d’un voile tendre , mais très-apparent , qui se
déchire en plusieurs portions , et finit par s’effacer.
( 283 )
entièrement. Pédicule blanc, plein d’une substance
moelleuse. On le trouvé en automne dans la forêt de
Saint-Germain. (Paulet.)
Oronge souris , ou Oronge serpent, ou Hjpophillum
anguineum. de Paulet. {^V. pl. i6, fig. 2 : demi-gran¬
deur naturelle. )
178. Caractères. Champignon élancé , de forme co¬
nique , de couleur gris de souris , et comme satiné
en dessus , avec des feuillets blanchâtres et une tige
blanche , un peu tortueuse , qui s’élève à la hauteur
de quatre à cinq pouces, portant un chapiteau qui
peut en avoir un et demi d’étendue , et dont la subs¬
tance intérieure, étant coupée, semble résulter de pe¬
tits grains gris qui , à quelque distance , la font pa¬
raître de couleur cendrée. Ses feuillets, entremêlés
de petites portions de feuillets , sont d’un blanc lavé
et d’une légère teinte jaune. La tige, d’un blanc sale ,
est pleine d’une substance très-blanche , et porte à sa
base les débris d’une enveloppe mince qui couvrait
le champignon. On le trouve en automne, surtout
en Piémont. (Paulet.)
Oronge croix de Malte , ou Hppophilliim crux me-
litensis de Paulet. ( V . pl. 16 , fig. i : demi-grandeur
naturelle.*)
179. Caractères. Champignon bulbeux à bourse, de
couleur de chair pâle. Chapeau découpé en cinq ou
six parties égales, ce qui lui donne presque l’aspect
d une croix de Malte , offrant au centre un boulon ar¬
rondi un peu relevé et régulièrement circonscrit. Ses
lobes ont environ deux lignes d’épaisseur. Feuillets
presque tous égaux et de la couleur du chapeau ^ ils
. ( ^84- )
s’insèrent circulairemént et en rayonnant à une espèce
de bourrelet sans toucher à la tige. Pédicule droit et
colleté, haut de trois ou quatre pouces, d’abord plein
et qui finit par se vider en grande partie pour devenir
fîstûïeux. Collet et bourse d’un beau blanc ; chair fraî¬
che, un peu humide, de la même couleur en dedans
quen dehors. On le trouve, au mois d’août, au bois
de Pantin , près Paris. ( Paulet. )
Laiteux pointu rougissant , ou laiteux rougissant ^ on
Hfpophillum pudibundum de Paulet. {J^ôy. pl. ly,
fig. 4 : grandeur naturelle). , -
i8o. Caractères, Chapeau dont le centre est élevé
en pointe aiguë , qui finit par s’effacer pour faire place
à une cavité. Il est blanc, mais sa chair ainsi que
lè suc quil fournit, lorsqu’on le coupe, acquièrent
une couleur rouge carmin par leur exposition a l’air, *
hes feuillets sont blancs, taillés en biseau et de loh-
g'üetir inégalé. Sa tige, qui est une continuité delà
substance du chapeau , est cylindrique et' pleine d’une
substance moelleuse. Ce champignon est plus rare én
France qu’en Italie et dans le Piémont. (Paulet.) '
■ Oronge pèaussiere d:e Picardie^ HfpôphflluTnpeÙitûm
dè Paulet, (/%•. planche 1 6, fig. 3 : Un tiers de gran¬
deur naturelle. )
■ i8i. Caractères. Ce champignon , que nous ne Con¬
naissons qUe par la figure qu’en a donnée M. Paulet,
laquelle n’est accompagnée d’aucune description, nous
paraît d’après son port appartenir à la section des
dTon^es .{^Amanita , Pers.). Sort pédicule est cylin¬
drique, gros, un peu renflé à sâ partie inférieure,
gui, d’après la figure nous paraît nue; il est haur<>
( 285 )
d'enviion six pouces j vers sa partie supérieure il pré¬
sente un collet circulaire , rabattu , membraneux et iné-
gaiement frangé à son bord libre. JCe pédicule est d’un
blanc sale. Le chapeau est inégalement convexe , d’en¬
viron six pouces de diamètre ; son contour est comme
sinueux ; il est d’un gris jaunâtre A sa face supérieure et
recouvert de petites plaques irrégulières plus foncées
qui nous paraissent être les restes du voha, dans lequel
toutes les parties du champignon étaient renfermées
avant leur entier développement. Il croît en .Picardie; .
Genre Agaricus.
Le genre Agaricus appartient à la famille dès agarh
coïdes , laquelle fait partie de l’ordre des champignons
proprement dits ( fiingi hymenoMyci de Persoon. )
( Fô/. la note de la page 277.).
182.- Caractères du genre Agaricus de Persoon .'Cham¬
pignon à pédicule dépourvu de bourse ou volva, et
dont le chapeau a des feuillets rayonnans , ordinaire¬
ment simples, et alternativement plus courts. {Voyez
planche 18, fig. 3.) .
Le genre Agaric peut être subdivé en plusieurs
groupes j nous allons nous occuper seulement de ceux
qui présentent des espèces malfaisantes.
Groupe des Agarics lactaires ou lactésiens de Persoon
( Poivrés laiteux de Pàulet. )
La chair de ces champignons est ferme, cassante, et
renferme un, liquide laiteux d’une saveur poivrée qui eu
découle aussitôtqu’on l’entame; leur surface est sèche et
un peu rude au toucher ; leur tige est en général courte;
( 286 )
leurs feuillets fins et d’une longueur inégale ; le cha¬
peau finit par se creuser et prendre la forme de sou,
coupe ou d’entonnoir. Sans être aussi nuisibles que les
précédens , ces champignons peuvent donner lieu à
des indigestions et à d’autres accidens fâcheux , sur¬
tout lorsqu’ils n’ont pas été apprêtés d’une manière
convenable. >
Description des especes.
1° Agaric meurtrier, Agarieus necator de Buillard
et Torminosus de Schœffer , Mouton zone de Pauleti
( Fq/ez planche 19, fig. 3: demi-grandeur naturelle. )
ï83. Caractères. Chapeau d’abord convexe, puis
, plane , puis concave dans le centre , et dont les bords
roulés en dedans, très -velus et frangés, grandissent
souvent plus d’un noté que de l’autre; il est quelque¬
fois marqué de zones concentriques dont le diamètre
ne dépasse pas le plus ordinairement trois pouces, et
d’une couleur pâle, incarnate ou même tannée qui
s’éteint vers la marge ; le dessous du champignon est
blanchâtre ou d’un jaune pâle. La surface du chapeau
est couverte de peluchures plus foncées, qui lui don¬
nent un aspect velu et disparaissent avec l’âge. Pédi¬
cule cylindrique, plein, nu, épais, long de trois à
quatre pouces au plus. Le petit nombre de feuillets
qui sont entiers forment un bourrelet à leur insertion
au pédicule. Il est très-commun dans les bois, parmi
les gramens, en été et en automne.
2° Agarieus acris de Bulliard. Poivré à feuillets
roussâtres de Persoon, et connu sous les noms vul¬
gaires àe lathfron, de roussette. {Fofez planche 18,
fig. 3 : demi-grandeur naturelle.
( 287 )
i84- Caractères. Chapeau charnu, large de trois à
quatre pouces environ , d’abord convexe et irrégulier,
ensuite plane , puis eoncave , et dont le bord velu , roulé
en dedans, onduleux, quelquefois %oxié est un peu vis¬
queux pendant un temps pluvieux. Pédicule nu, plein ,
cylindrique, charnu, long d’environ un pouce et presque
aussi épais. Feuillets nombreux, souvent bifurqués,
un peu decurrehs sur le. pédoncule. Ce champignon
est blanc, excepté les feuillets, qui, suivant leur âge,
offrent une couleur rose ou d’un roux clair. On le
trouve dans les bois et sur les pelouses.
3° Agaricus piperatus des auteurs. Agariciis Lacti-
fluus acris^ou Agaric laiteux âcre de Bulliard. Laiteux
poivré blanc de Paulet. Il est regardé par les auteur/
de la Flore française comme une variété de Y Aga¬
ricus acris. [ Vojez planche 19, lig, 4 ; demi-gran¬
deur naturelle.)
i85. Caractères. Chapeau très-blanc et bien arrondi
aans 1 état de jeunesse ; ce chapeau perd en vieillis¬
sant sa blancheur , prend la forme d’un entonnoir ,
et ses bords , qui sont légèrement cotonneux ou gla¬
bres , deviennent inégaux. Pédicule plein , court
épais et continu. Feuillets entiers , semidécurrens ’
rares ou très-multipliés , dont la couleur blanche se
change en couleur de paille à mesure que le cham¬
pignon vieillit; quelquefois , au lieu de feuillets en¬
tiers , on ne voit que des parties de feuillets. On le
trouve fréquemment au printems et en automne dans
les bois.
Agaricus pyrogalus àe Bulliard. pl. 18,
fig- 2 : demi-grandeur naturelle. )
( 288 )
■V QÎci la description qui en a été donnée par les auteurs
de la Flore française. « Pédicule cylindrique , nu , plein-
d’un jaune livide, long de trois à quatre centimètres (un
pouce à un pouce et demi) , épais de huit à dix millimè¬
tres. Chapeau d’abord convexe , puis presque plane, un
peu déprimé au centre , de la même couleur que le pé¬
doncule , souvent marqué de'zones concentriques noi-,
râtres ; il atteint seize centimètres de diamètre (environ
cinq pouces). Ses feuillets sont nombreux, un peu
rougeâtres , inégaux , adhérens un peu au pédicule. »
On le trouve dans les bois.
Groupe des agarics a pédicule nul,, latéral ou excem
trique ( Flore française ).
Especes. Agaricus stypticus , Agaric styptiqüê dè
Bulliard, Agaricus semipetiolatus. de Scbœffer. ( Eojez
planche i8, fig. 4 -deux. tiers de grandeur naturelle,
et fig. 2 de la planche 19 : grandeur naturellé. )
Caractères. Couleur générale de cannelle plus ou
moins foncée; superficie sèche ; chair mollasse, se dé¬
chirant facilement. Chapeau hémisphérique , avec les
deux extrémités un peu prolongées et arrondies, res¬
semblant assez bien à une oreille d’homme ; ses bordé
sont toujours roulés en dessous ; son grand diamètrè
est tout au plus de trois centimètres ( un peu plus d’uii
pouce). Feuillets étroits, tous entiers, susceptibles
d’être détachés de la chair et remarquables par la
manière dont ils se terminent sur une ligne circu¬
laire qüauxcun d'eux ne dépasse. Pédicule nu , plein
continu avec le chapeau, latéral, très-évasé à sa partie
supérieure , court (de dix à quinze millimètres). On le
; (
trouve dans les bois , en automne et pendant une partie
de rhiver , sur les troncs d’arbres coupés horizontale¬
ment. (Bulliard.)
Groupe dès agarics a pédicule plein, a chapeau charnu,
a feuillets non adhérons au pédicule, qui ne noircis¬
sent point en vieillissant (Flore française.)
Espece. Agarkiis urens. Agaric brûlant , dé Bulliard.
( Vojr. pl. i8 , fig. I : demi-grandeur naturelle.)
Caractères. Chapeau d’abord convexe, ensuite
plane, assez régulier, de quatre à cinq centimètres (un
pouce et demi à deux pouces) , d’un jaune pâle et sale.
Feuillets roux, inégaux, parmi lesquels ceux qui sont
entiers n’atteignent pas jusqu’au pédicule , mais s’ar¬
rêtent tous régulièrement à un ou deux millimètres de
distance. Pédicule cylindrique long de dix à quinze
centimètres (quatre à six pouces), un peu épai^ et velu
à sa base, nu, plein, continu avec la chair dubhapeau,
d’un jaune pâle et terreux, un peu strié de roux. Ce
champignon croît sur les feuilles mortes.
Groupe des agarics d pédicule pourvu dhin collet.
Espèce, dgaricus annularius. Annulaire de Bulliard.
Agaricus poljmjces de Persoon. Tête de Méduse de
Paulet. {Eoj. pl. ip, fig, : demi-grandeur naturelle.)
187. Caractères. Champignon d’une couleur fauve
ou rousse. Chapeau convexe, un peu proéminent vers
le centré (cette proéminence appelée mamelon est
velue) , tacheté de petites écailles noirâties ou gla¬
bres, et dont les bords sont entiers ou un peu smueux
non étalés. Feuillets d’abord blancs, entremêlés depe-
^9
■( ZQO )
titea portions de feuillets, et adhérant fortement an
pédicule, où ils se terminent par des nervures fines
en se confondant avec sa substance : ces feuillets finis¬
sent par prendre une légère teinte rousse. Pédicule
charnu, cylindrique, souvent un peu courbé à sa base,
où il est un peu renflé ; long de neuf à dix centimè¬
tres (trois pouces et demi à quatre pouces ) , ayant de
quatre à cinq lignes de diamètre, muni d’un collier
entier redressé en foïme de godet , glabre ou garni de,
petites écailles. Ce champignon croît en automne sur
la mousse, au pied des chênes , et en groupes plus ou
rnoins nombreux, composés quelquefois de quarante
% cinquante individus. Voici comment Paulet explique
la formation du collet èt, du chapeau de ce champignon.
«H porte, dit-il, des chapiteaux qui n’ont pas plus d’un
pouce et demi d’étendue : ces chapiteaux, d’abord em¬
preints comme de croûtes brunes , surtout au centre ,
ont leurs feuillets couverts en naissant d’un voile blanc ,
épais, ferme, qui leur donne une forme globuleuse, et-
qui se déchire ensuite pour se convertir en collet : ces
têtes finissent par prendre la forme d’un chapeau.»
B. Des symptômes et des lésions de tissu déterminés
par les Champignons vénéneux, ainsi que de
leur action: sur V économie animale.
Symptômes de cet empoisormemmi hes malades
éprouvent d’abord des tranchénes, des nausées et des
évacuations par haut et par bas; bientôt la chaleur des
entrailles , les langueurs , les douleurs deviennent pres¬
que continues et atroces; les crampes, les convulsions
tantôt générales, tantôt partielles, une soif inextin-
( 291 )
guible, s’ensuivent; le pouls est petit, dur, serré, très-
fréquent, Si la maladie, loin de diminuer, continue à
faire des progrès , on observe quelquefois des vertiges,
un délire sourd , de l’assoupissement. Ces symptômes
ne sont interrompus que par les douleurs et les convul¬
sions. Dans certains cas, il n’y a point d’assoupisse-?
ment; les douleurs sont extrêmement vives, les con¬
vulsions horribles ; il y a aussi des défaillances et des
sueurs froides; le malade conserve l’usage des sens,
et ne tarde pas à expirer. (Rapport fait à la société de
médecine de Bordeaux le 26 juin 1809.)
Il est rare' que les champignons vénéneux détermi¬
nent les accidens dont nous parlons peu de temps après
leur introduction dans l’ estomac, le plus souvent ce
n’est qu’au bout de cinq ou de sept heures , quelquefois
il s’en écoule douze ou seize, plus rarement vingt-
quatre ; ce qui dépend dé la lenteur avec laquelle s’o-
père.la digestion de ces champignons.
Lésions de tissu produites par les champignoris vénér
neux. Taches violettes, très-étendues et nombreuses
sur les tégumens, ventre très-volumineux, conjonctive
comme injectée , pupille contractée, estomac et intes¬
tins phlogosés et parsemés de taches gangreneuses,
sphacèle dans quelques portions de ce viscère, contrac¬
tions très-fortes de l’estomac et des intestins, au point
que dans ceux-ci, les membranes épaissies avaient
entièrement oblitéré le canal ; œsophage phlogosé et
gangrené dans l’un des sujets ; dans un autre, iléum in¬
vaginé de haut en has dans l’étendue de trois pouces,
ün seul individu avait les intestins gorgés de matières
fécales. On n’a trouvé dans aucun des vestiges de cham-
( 292
pignons; ils avaient été complètement digérés ou éva¬
cués. Les poumons étaient enflammés et gorgés de san»
noir; le mêmè. engorgement avait lieu dans presque
toutes les veines des viscères abdominaux , dans le foie
dans la rate , dans le mésentère ; taches d’inflammation
et taches gangreneuses sur les membranes du cerveau,
dans ses ventricules , sur la plèvre, les poumons, le
diaphragme, le mésentère, la vessie, la matrice, et
même sur le foetus cUune femme enceinte : le sang
était très-fluide chez cette femme ; il était presque coa¬
gulé dans d’autres individus. La flexibilité extrême
des membres n’a pas été constante. (Rapport fait à la
société de médecine de Bordeaux le 26 juin 1809.)
Action des champignons sur V économie animale. Il
n’est guère possible d’indiquer d’une manière générale
le mode d’action des champignons , chacun d’eux pro¬
duisant des effets particuliers; néanmoins il est évi¬
dent que la plupart agissent à la manière des poisons
irritans ou des narcotico-âcres. {Voy. pour les détails
§ 35 et i35.)
188. Le médecin , chargé par le magistrat de faire-un
rapport dans un cas de mort subite dont on attribue
la cause à des champignons, peut-il retirer quelque
tavantage de l’examen des propriétés physiques de ces
champignons , des lieux où ils croissent , etc. , pour par¬
venir à donner une solution satisfaisante de la ques¬
tion? Nous ne le pensons pas, car caractères qui
peuvent faire suspecter les champignons^ et cpû. sont
tirés de l’odeïir, de la couleur et delà saveur qu’ils pré¬
sentent, ainsi que de leur aspect, de l’état de leur
chair, de la présence d’un suc laiteux âcre, des lieux
(.293)
où ils croissent, etc. , ces caractères disons-nous , sont
trcp sujets a' varier. Ils ne sont vraiment utiles que
pour guider les personnes, qui cueillent des champi¬
gnons, dans le choix qu’elles doivent faire: aussi les
avons-nous exposés dans notre ouvrage vnûtxûé Secours
ù donner aux personnes empoisonnées et asphyxiées ,
deuxième édition , page 1 18.)
VINGT-QUATRIÈME LEÇON.
S Seigle ergoté (Secale cornutum).
Comment peut- on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par le seigle ergoté ?
Les graines céréales et le seigle en particulier éprou¬
vent quelquefois une altération marquée , caractérisée
par la présence d’uné production végétale en forme
d’éperon ou de corne , semblable à un ergot d’biseau
et à laquelle on a donné, à cause de cela , le nom
àé ergot. A la vérité l’usage du seigle ergoté, comme
aliment , n’est pas toujours suivi chez Thomme d’acci-
dens funestes ; mais il arrive quelquefois qu’iF déter¬
mine des symptômes graves et même la mort , sans
quil soit permis encore d’indiquer au juste les diverses
circonstances d’où peuvent dépendre ces exceptions.
189. Nature et caractères de V ergot. L’^ergot , d’après
Wildenow , est une graine dégénérée dont ralbumen
a pris un accroissement considérable aux dépens de
1 embryon qui a été entravé dans son développe¬
ment. MM. Paulet et Decandolle pensent que l’ergot
nest autre chose qu’une espèce de ( cham¬
pignon ) , développé dans la balle qui devait con-
( 294 )
tenir le g^ain de seigle. Quoi qù’il en soit de ces opiv
nions diverses , il résulte de l’analyse chimique du
seigle ergoté, faite par M. Vauqüelin, qu’il ne con¬
tient plus d’amidon , que le gluten s’y trouve altéré ,
et qu’il renfermé une huilé épaisse et de l’ammo¬
niaque; produits que l’on ne rencontre pas dans le
seigle ordinaire. Voici la description de l’ergot qui a
été donnée par M. Tessier dans un mémoire intitulé
Observations faites en Pologne en 1777. L’ergot est
un grain ordinairement courbe et allongé ; il déborde
de beaucoup la balle qui lui tient lieu de calice; ses
deux extrémités, moins épaisses que la partie moyenne,
sont tantôt obtuses ^ tantôt pointues , rarement il est
arrondi dans toute sa longeur , le plus souvent on y
remarque trois angles mousses et des lignes longitu¬
dinales qui se portent d’un bout à l’autre. On aperçoit
dans plusieurs grains d’ergot de petites cavités qu’on
croirait formées par des piqûres d’insectes ; la cou¬
leur de l’ergot n’est point noire , mais violette avec
différens degrés d’intensité. On remarque sur la plu¬
part des grains dont il s’agit quelques taches blan¬
châtres à l’une des extrémités ; c’est par où l’ergot
était adhérent à la balle. L’écorce violette de ces grains
recouvre une substance d’un blanc terne et d’une
consistance ferme , dont elle ne se sépare pas même
après une longue ébullition. Les grains ergotés se
rompent facilement, et se cassent net en faisant un ,
petit bruit comme ixné amande sèche. Dans l’état de
grain , l’ergot n’a une odeur désagréable que quand
il est frais et réuni en quantité ; mais s’il est réduit
en poudre , cette odeur est plrfs sensible et plus dé-
( '293 )
'▼eloppée ; il imprime alors sur la laague une saveur
légèrement mordicante et tirant sur celle du blé
corrompu. L’ergot ne saurait être confondu ni avec
le charbon ni avec la carie. L’ergot s’observe rare*
ment dans les années arides 5 il est au contraire très-
abondant lorsque les années sont pluvieuses j les
terrains maigres et humides favorisent singulièrement
cette dégénérescence ; et , d’après la remarque de Wii-
denow , on peut la déterminer à volonté en arrosant
souvent la plante qui a été sêraéê dans un terrain
humide.
19p. Caractères du pùn contenant du seigle ergoté.
Il est taché en violet; la pâte présente quelquefois
une teinte de la même couleur.
Effets produits par unie petite quantité de seigle ergoté.
Sentiment incommode de titillation ou de fourniille-
ment aux pieds ; bientôt après vive eardialgie ; con¬
traction telleÀient forte des doigts que l’homme le
plus robuste peut à peine la maîtriser; les articula¬
tions paraissent comme luxées ; cris aigus ; les ma¬
lades sont dévorés par un feu qui leur brûle les
pieds et les mains. Après ces douleurs, la tête est
pesante ; il se manifeste dés vertiges, un nuage telle¬
ment épais couvre les yeux, que certains individus
deviennent aveugles ou voient les objets douMes ; il
y a perversion des facultés intellecttt^les ; la manie >
la mélancolie ou le coma se déclarent , les vertiges
acquièrent plus d intensité et les malades paraissent
ivres. L opisthotonos ne tarde pas à aggraver l’état du
malade ; la bouche contient une écünié jaune , vèr-
-datre ou sanguinolente ; la langue est souvent dé-
( âgô }
ehirée par la violence des convulsions ; elle se tu¬
méfie quelquefois au point d’intercepter la voix et de
donner lieu à une sécrétion abondante de salive. A
ces symptômes succède une faim canine , et il est
rare que les malades aient de l’aversion pour les ali-
méns. Le pouls est dans l’état naturel. Les membres
se roidissent lorsque les convulsions ont cessé. Plu¬
sieurs malades ont la face couverte de taches sem¬
blables à des piqûres de puce ; cette éruption a rare¬
ment lieu aux pieds; elle tarde ordinairement plusieurs
semaines à disparaître. La durée de cette maladie
varie depuis quinze jours jusqu’à trois mois, avec des
intervalles de repos. La plupart des individus qui
ont éprouvé des accidens épileptiques succombent ;
ceux qui après le fourmillement des membres de¬
viennent froids et roides ont beaucoup moins de
distension dans les mains et les pieds (J. A. Srinc Sa-
- tjr. medicor. Siles. Specim. ni ). On a donné à cette
affection le nom ^ ergotisme convulsif .
Effets du seigle ergoté a plus forte dose , ou d'une
petite dose- employée pendant long-temps. Douleur
très-vive avec chaleur intolérable aux orteils, et qui
né tarde pas à se faire sentir au pied et à, la jambe;
froideur, pâleur et lividité du pied ; bientôt après,
refroidissement delà jambe, qui continue à être dou¬
loureuse , tandis que le pied est devenu insensible ;
exacerbation des douleurs pendant la nuit; le malade
ne peut se mouvoir ni sé soutenir sur ses pieds; il
éprouve de la soif; du reste, nulle altération mar¬
quée dans les fonctions digestives. Bientôt après appa¬
rition de taches violettes et d’ampoules, signes pré-
(297)
curseurs de la gangrène , qui se manifeste au pied et
monte jusqu au genou; la jambe se détache de son
articulation : la plaie qui en résulte est' vermeille et
se ferme avee ■ facilité , à moins que le malade , mal
nourri , habitant un lieu froid et humide , couché
dans un lit infecté, ne soit de nouveau soumis à l’in¬
fluence des miasmes. ( Lettre de M. François au ré¬
dacteur de \ÿL Gazette de santé ^ année i8i6 ). On a
donné à cette affection le nom dé ergotisme gangreneux.
Indépendamment des poisons narcotico-âcres dont
nous avons parlé jusqu’ici* il en est un certain
nombre , dont nous nous bornerons à faire con¬
naître les noms parce qu’ils ont été moins étudiés
que les précédons , et que d’ailleurs tout porte à
croire qu’ils exercent un mode d’action analogue à
celui dont nous avons fait l’histoire en détail. Ces
végétaux sont : i
Uanagallis aroensis {mouron des champs).
aristolochia clematitis ( aristoloche ).
Le lolium temulentum ( ivraie ).
La Rue. •
Jdhippomane mancinella ( mancenillier ).
Le mercurialis perennis ( mercuriale des campagnes ).
chœrophjllum sylvestre {^cerfeuil sauvage^
Le siurn latifolium.
Le coriaria myrtifolia.
§ VI. — De VAlcohol.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a, eu lieu par l’alcohol.^*
. 19 1. Caractères de T ahohol. L’alcohol est im liquide
(^98)
transparent, incolore, doué d’une odeur forte qui îe
caractérise, et d’une saveur chaude et caustique. Une
rougit point Xir^usum de tournesol^ il est plus volatil
que l’eau, et brûle avec une flamme blanche lorsqu’on
l’approche^’un corps en ignition.
Ahokol tenant du camphre ou du phosphore en dir^
solution, {f^ojrez % a.)
Sjrmptomes détermines par les liqueurs alcoholiques.
Les boissons spiritueuses prises à une certaine dose
occasionnent l’ivresse , maladie dans laquelle on peut
distinguer trois degres différens , qui nous semblent
avoir été parfaitement décrits par M. Garnier, médecin
à Montargis. Le premier degré , dit-il, s’annonce par
la rougeur du visage, lés yeux s’animent, le front se
déride , la figuré s’épanouit et respire une aimable
gaieté; l’esprit est plus libre, plus vif; lés idées sont
plus faciles, : les soucis disparaissent, les bons mots,
les doux épanchemens de l’amitié , de tendres aveux
les remplacent; on parle beaucoup, on est indiscret,
les propos sont un peu. diffus, et déjà l’on commence
à bégayer.
Le second degré de l’ivresse est caractérisé par une
joie bruyante , turbulente, par des éclats de rire im¬
modérés, dés discours insensés, des chants obscènes,
des actions brutales, en rapport avec l’idiosyncrasie
des individus, par une démarche vacillante, incertaine,
analogue à celle des enfans ; par des pleurs stériles , le
trouble des sens, la vue double, les yeux hagards,
sombres, et des tintemens d’oreille; la langue, em¬
barrassée , articule avec peine les sons ; il y a quel¬
quefois écume à la bouche ; le jugement devient faux ,
( 299 >
la raison disparaît ; rien ne règle plus nos penchans et
nos appétits grossiers. Quelquefois un délire furieux
succède, le pouls est plus développé, le battement
des artèrés carotides plus sensible; la face est rouge,
vultueuse; les veines du cou sont gonflées, la respi¬
ration précipitée ; l’haleine est vineusé ; il y a des rap¬
ports aigres, dés envies de vomir , des vertiges , des
chutes imminentes, puis complètes ; la somnolence et
letat de vertige croissent , la face devient pâle , cada¬
véreuse , les traits sont affaissés ; des vomissemens
abondans de matières quelquefois aigres, l’excrétion
involontaire de l’urine et des matières, fécales se ma¬
nifestent , ainsi qu’une céphalalgie violente ; la perte
totale des sens ; enfin un sommeil profond qui dure
plusieurs heures , et pendant lequel la transpiration est
très-abondante et amène la terminaison de cet état pé^
nible. Les fonctions reviennent peu à peu à leur état
primitif; la tête ëst encore douloureuse et pesante,
la langue est chargée, la bouche pâteuse , il y a soif,
et il reste du dégoût pour les alimens et des lassitudes
dans tout le corps.
Le troisième degré de l’ivresse est un état vraiment
apoplectique ; on observe rabolition des sens , de l’en¬
tendement; la face est livide ou pâle, la respiration
stertoreuse , l’individu ne peut plus se soutenir ; la
bouche est écumeuse , le coma se déclare et le senti¬
ment est plus ou moins complètement perdu. Get état
peut durer pendant trois ou quatre jours et se terminer
par la mort. Morgagni fait mention d’un homme d’un
âge mur qui resta ivre avec aphonie pendant trois jours,
ôt mourut le. quatrième sans éprouver de convulsions.
( 3oo )
Lésions de tissu développées par les liqueurs alcoho-
tiques. Lorsqu’on introduit dans i’estomac une assez
grande quantité d’alcohol pour déterminer la mort on
obserŸe,. en faisant l’ouverture du cadavre, que ce vis¬
cère est fortement enflammé , il en est quelquefois de
même dé quelques autres parties du canal intestinal.
Action de V alcohol sur V économie animale, x « L’hom¬
me, les chats , les lapins et les chiens, soumis a l’in¬
fluence de l’alcohol, éprouvent à peu près les mêmes
symptômes; une petite dose de cette liqueur étendue
de beaucoup d eau suffit même pour enivrer les
chiens ; l’ivresse produite par l’alcohol peut être le
résultat de l’injection de cette liqueur dans l’estomac
et dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou de l’inspira¬
tion d’un air fortement chargé de vapeurs alcoholiques ;
3° l’action de l’alcohol est plus vive lorsqu’il est intro¬
duit dans l’estomac , que dans le cas où il est appliqué
sur le tissu cellulaire sous-cutané ; 4® d commence par
exciter fortement le cerveau , puis il détermine le coma
et l’insensibilité ; il agit par conséquent autrement que
l’opium. ( Voyez § 126.) 5® Les accidens fâcheux qu’il
occasionne paraissent être le résultat de l’action qu’il
exerce sur les extrémités nerveuses et qui se propage
au cerveau , plutôt que de son absorption ; 6<^ à la
vérité, il développe une vive inflammation de l’es¬
tomac lorsqu’il a été mis en contact avec cet organe;
mais cètte inflammation ne semble pas pouvoir être
regardée comme la cause des effets qu’il produit, puis¬
qu’on les observe également lorsqu’on l’injecte dans le
tissu cellulaire sous-eutané , et que dans ce cas il est
impossible dé découvrir la moindre trace d’inflamma-
( Soi )
tion en faisant l’ouyerture du cadavre ; 7® il coagule,
le sang et tue subitement les animaux quand il est
injecté dans la veine jugulaire.
De VÉther sulfurique.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a eu lieu par l’éther sulfurique ?
192. Caractères de Véther sulfurique. Il est liquide ,
incolore , doué d’Une odeur forte et suave qui le ca¬
ractérise , et d’une saveur chaude et piquante ; il est
beaucoup plus léger que l’eau et très- volatil; il bout
à 35° 6' sous la pression de vingt-huit pouces ; il ne
rougit point l’eau de tournesol lorsqu’il a été convena¬
blement purifié. Il brûle avec une flamme blanche
très-étendue et fuligineuse quand il est mis en contact
avec un corps en ignition.
Éther sulfurique phosphore. {^Voye'^ %%.')
Mélange de paHies égales d’étheir et d’alcohol (Li¬
queur minérale anodine d Hoffmann. ) Ce mélange a
une odeur éthérée; lorsqu’on l’approche d’un corps
en ignition , il brûle d abord avec une flamme blanche
qui ne tarde pas à être mêlée de bleu ; il ne laisse
point de résidu. Si après avoir mis dans un verre à
expérience environ une once d’eau distillée, on verse
peu à peu un scrupule de ce liquide, il reste à la sur¬
face; si on agite pendant une minute, aine grande partie
de l’éther se vaporise, l’autre partie se dissout dans
leau ainsi que lalcohol, en sorte qu’on ne remarque
plus les .deux couches. En substituant Y éther à la li¬
queur d Hoffmann , on obtient les deux couches , lors
même que l’agitation a été prolongée pendant plus de
( 3o2 )
deux minutes : Valeofiol au contraire se mêle intime¬
ment avec l’eau dès qu’on l’agite avec ee liquide.
Action de l’éther sulfurique sur l’économie animale.
L’éther agit sur les animaux à peu près comme l’al-
cohol, mais avec plus d’énergie. {Voyez pag. 3oo.)
QUATRIÈME CLASSE.
Des Poisons septiques ou putrflans.
On a désigné sous le nom de poisons septiques ceux
qui déterminent des syncopes , une faiblesse générale ,
et l’altération des liquides sans troubler le plus souvent
les facultés intellectuePes ; tels sont particulièrement
l’acide bydrosulfurique , les liquides venimeux fournis
par certains animaux , et les matières animales pu¬
tréfiées.
Du Gaz acide hydrosuf urique. ( Hydrogène sulfuré. )
Gomment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment a été produit par le gaz acide bydrosulfurique.^
ipS. Le gaz acide bydrosulfurique est incolore, trans¬
parent, et doué d’une odeur fétide semblable à celle
des œufs pouris. Il brûle avec une flamme bleuâtre
lorsqu’on l’approcbe d’une bougie allumée ; les parois
de la cloche se recouvrent d’une couche de soufre
d’un blanc jaunâtre , à mesure que la combustion du
gaz a lieu. Il se dissout dans l’eàu, et la dissolution
précipite ea. noir les sels de plomb, de cuivre, de,
bismuth et d’argent ^ et en jaune-clair la dissolution
d’oxyde d^arsenic.
Si l’acide bydrosulfurique était combiné avec l’am¬
moniaque, et mêlé à -l’air atmosphérique , comme cela
( 3o3 )
a souvent lieu dans les fosses d’aisance, on le recon¬
naîtrait aux caractères qui seront indiqués , § ao j.
Action du gaz acide hydromlf urique sur V économie
animale. 1° Il suffit de laisser pendant quelques se-r
Gbndes un animal quelconque dans une atmosphère
de/ ce gaz pour déterminer sa mort ; il tarde un
peu plus à périr, si au lieu de gaz acide hydrosulfu¬
rique pur on lui fait respirer un mélange de ce gaz
et d’une très-grande quantité xl’air atmosphérique ;
Taction de ce poison est moins énergique lorsq^u’on
l’introduit dans la plèvre ou dans la veine jugulaire ;
elle 1 est encore moins quand il est injecté dans le tissu
cellulah’e, dans 1 estomac ou dans les intestins ; enfin
elle est encore moins rapide lorsqu’on l’applique sur
la surface de la peau : néanmoins elle est assez éner¬
gique dans ce dernier cas pour faire périr en quel¬
ques minutes les lapins, les canards, les jeunes ca-
Liais , dont tout le corps, excepté la tête, plonge
dans des vessies remplies de ce gaz; 2° les effets délé¬
tères qu’il produit lorsqu’il est appliqué sur la peau
sont d’autant plus marqués que les animaux sont
plus petits; aussi l’homme peut-il se soumettre sans
inconvénient à l’usage des bains hydrosulfurés , pourvu
qu il n y reste pas trop long-temps , et que le gaz qu’ils
laissent dégager n’entre pa^dans les poumons; 3*^ on
peut injecter une petite dose de gaz acide hydrosul¬
furique dans la veine Jhgulaire des animaux sans que
l’on détermine des aécidens fâcheux : si la dose in-^
jectée est plus forte , l’animal périt , e,t la mort ne
saurait etre attribuée à la distension du cœur pulmo-
aaire par de gaz puisque celui-ci est très-soluble dans
( 3o4 )
le saiig ; l’eau saturée de gaz acide hydrosulfurique
tue i-apidement les lapins , les grenouilles et les chiens ’
lorsqu’elle est injectée dans le tissu cellulaire sous-cu¬
tané , dans les intestins ou dans l’estomac ; 5° si les ani¬
maux soumis à l’influence de ce gaz ou de l’eau hy-
drosulfurée , ne périssent pas instantanément, iis
éprouvent une vive agitation , et poussent des cris
aigus; leurs membres se roidissent et offrent des'
mouvemens convulsifs ; l’urine est rendue involon¬
tairement ; 6® à l’ouverture des cadavres on trouve les
vaisseaux sanguins , et particulièrement ceux qui ayoi-^
sinent la partie sur laquelle le gaz a été appliqué,
remplis de sang épais , brunâtre ou verdâtre ; l’organe
qui a été en contact avec le gaz est mou, se déchire
avec la plus grande facilité, offre une couleur bru¬
nâtre, et passe très-promptement à la putréfaction ;
assez souvent ce changement de couleur et de consis-
^tance s’étend aux différens viscères et aux muscles
qui ne jouissent plus de l’irritabilité. Lorsque la mort
est le résultat de l’inspiration de ce gaz , les bronches
et les fosses nasales sont en outre enduites d’une'
mucosité visqueuse et brunâtre.
VINGT-CINQUIÈME LEÇON.
Des Animaux 'venimeux.
Les animaux venimeux peuvent être rangés en deux
sections; ceux qui renferment un réservoir à venin ,
et dont la morsure donne lieu à des accidens fâcheux ,,
suivis quelquefois de la mort : tels, sont les vipères ,
les serpens à sonnettes , et plusieurs insectes ; 2® ceux
( 3o5 )
dont les liquides ont été tellement pervertis par des
maladies antécédentes, que leur contact détermine
des affections graves, comme la pustule maligne , la
rage, etc. Nous ne nous occuperons ici que des ani¬
maux offrant un réservoir à venin , la pustule, maligne
et la rage ayant été parfaitement décrites dans plu¬
sieurs des ouvrages élémentaires qui traitent de la
médecine.
De la J^ipere commune. fVipera berus, coluber
laevxis de Linnœus.)
Gomment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment est le résultat de la morsure de la vipère com¬
mune?
194. Caractères dit genre Vipère. Reptile de l’ordre
des ophidiens , offrant des plaques transversales sous le
ventre, deux rangs de demi-plaques sous la- queue, et
dont la tête est triangulaire, aplatie , large postérieu-
rer&ent , terminée en forme de museau à bords saillaiis.
Crochets a venin à l’extrémité antérieure de la mâchoire
supérieure.' ( pi. 20, fig.
Vipère commune. Sa longueur totale est ordinaire¬
ment de deux pieds, rarement de vingt-six à trente
pouces; celle de la queue est de trois à quatre pouces.
Sa grosseur dans le milieu du corps est d’environ un
pouce; elle est beaucoup moindre du côté de la queue ;
celle-ci est communément plus longue et plus grosse
dans le male que dans la femelle. Sa couleur est d’un
cendré olivâtre , verdâtre ou grisâtre , plus intense
sur le dos que sur les flancs. Depuis la nuque jusqu’à
1 extrémité de la queue, le long du dos, on remarque
20
( 3o6 )
une bande noirâtre composée de taches de la miême cou-
leurj^de forme irrégulière, qui, en se réunissant en
plusieurs endroits les unes aux autres , représentent
assez bien une chaîne dentelée en zig-zag. On voit sur
chaque côté du corps une rangée de petites taches noi,
râtres, symétriquement espacées, dont chacune cor¬
respond à l’angle rentrant de la bande en zig-zag. Un
nombre infini d’écailles carénées ( vaj, planche 20
fig. 2) couvrent la tête et le dos; la couleur de ces
écailles varie suivant; quelles répondent aux taches
noirâtres dont nous avons parlé , ou aux autres parties
du dos. Le ventre et le dessous de la queue sont garnis
de plaques transversales d’une couleur d’acier poli : les
plaques abdominales sont simples, et au nombre de
•cent cinquante-cinq ; les plaques caudales , plus petites ,
d’unuoir bleuâtre , avec le bord plus pâle , sont dispo¬
sées sur deux rangs, et au nombre de trente-neuf paires.
La tête est en cosur, plus large postérieurement, plus
plate et moins longiiè que celle des couleuvres ; quoique
sa largeur soit un peu plus considérable que celle du
corps, elle est encore susceptible de s’élargir dans la
colère; parmi les écailles qui la recouvrent, celles qui
sont au-dessus des yeux sont un peu plus larges ; le
bout du museau, comme tronqué, forme un rebord
saillant, retroussé comme le boutoir des cochons, sm*
lequel on voit une grande écaille trapézadoïle tachetée
de blanc et de noir. Le sommet de la tête présente
deux lignes noires, divergentes d’avant en arrière, très-
écartées , de manière à représenter la lettre V ; ces
lignes sont séparées par une tache noirâtre en forme
,de fer de lance. Les yeux sont très- vifs , étincelans ,
( 3^7 )
l'iris rouge et la prunelle noire ; bn voit dëiTière
chaque fèil une bah.de noire large qui sè prolonge
jusqu’à la quinzième plaque abdominale. Le bord dè
la mâchoire supérieure est blanc , tacheté de noir f
celui de l’os maxillaire inférieur est hoir. La langUè
est fourchue , grise, susceptible de s’allonger, molle
et incapable de blesser ; l’animal la darde souvent
lorsqu’il est en repos. La queue , plus courte que
celle des couleuvres, est un peu obtuse. La vipère
commune ne se trouve qu’eh Europe (i).
i^-L) Appat-eil venimeux i^vQy. pl. 20, fig. 3). Le vemn de la
vipère est secrété par deux glandes a situées une de chaque
côté de la tête , derrière le globe de l’eeilsous le muscle cro-
taphyte ( témporo-maxillaire) ; ces glandes présentènt un ca¬
nal excréteur h. La mâchoire supérieure ùlfte une ou plus
communément deux dents très-différéntès del autres , con¬
nues sous le nom dé crochets à venin à, éjLvitôiinëes jus¬
qu’aux deux tiers d’une poche membraneuse c ihobilè d’a¬
vant en arrière , sur là cohvéxité desqméllès oh aperçoit une
petite cannelure qui conduit à un canal dont l’intérieur de la
dent est creusé. D’autres dents, beaucoup plus petites que
îes précédentes , et destinées à les remplacer iorsquelles sont
rcassées se trouvent également attachées à f os maxillaire su¬
périeur. Lorsque l’animal veut mordre, il ouvre sa bouche;
le muscle élévateur de la mâchoire supérieure, en se con¬
tractant, presse la glande et facilite la sécrétion du venin:
eelui-ci sort du canal excréteur , arrivé à la base de la dent ,
traverse la gaine qui l’ enveloppe et entre dans sa cavité par
le trou qui se trouve à cette hase; alors il ccûlè le long de
la rainuré dés dents ét'sôft par le trou qpi est près dé leur
pointe pour pénétrer dans la blessure..
( 3o8 )
195. Symptômes qui se manifestent apres la morsure
de la 'vipere commune. On éprouve une douleur aigüe
lancinante dans la partie blessée , qui augmente par
la pression 5 qui ne tarde pas à se répandre dans
tout le membre, et qui se propage même jusqu’aux
organes internes ; l’enflure se manifeste ; la tumeur
est d’abord ferme et pâle, puis rougeâtre , livide
comine gangréneuse et d’une dureté excessive ; elle
augmente et gagne peu à peu les parties voisines ; les
défaillances, les vomissemens bilieux et. les mouve-
mens convulsifs surviennent , et sont quelquefois
suivis de jaunisse ; la sensibilité de l’estomac est telle¬
ment exaltée, qu’il ne peut rien garder; le malade
éprouve quelquefois des douleurs dans la région om¬
bilicale; le pouls est fréquent, petit, concentré, irré¬
gulier ; la respiration difficile ; le corps se couvre
d’une sueur froide; la vue et les facultés intellec¬
tuelles sont troublées. Le sang qui s’écoule d’abord
par la plaie est souvent noirâtre ; quelque temps après
il en sort une humeur fétide ; mais lorsque l’enflure
est bien prononcée, les petits vaisseaux ne permet¬
tent plus au sang de circuler, la peau qui les recouvre
se refroidit et le pouls est à peine sensible. Ces di-,
vers symptômes acquièrent plus d’intensité , et la
mort arrive.
Action du venin de la vipere suf T économie animale.
I® La morsure de la vipère , abandonnée à elle-même,
est toujours suivie d’accidens graves ; elle peut déter¬
miner la mort surtout chez les personnes faibles et sus¬
ceptibles de s’effrayer facilement; 2° lorsque -la vipère
estprise depuis peu, sa morsure est plus délétère que dans
( 3o9 )
le cas où on l’a gardée long - temps; cependant elle ne
perd pas entièrement ses qualités vénéneuses, lors même
qu’on l’a tenu enfermée sans lui donner de là nourriture;
3® si lavipère mord plusieurs fois dansla même journée,
la première morsure est la plus délétère tout étant
égal d’ailleurs ; 4® les animaux meurent plus promp¬
tement s’ils sont mordus un égal nombre de fois dans
deux parties, que s’ils ne le sont que dans une
seule ; 5° la partie qui a reçu seule autant de mor¬
sures que les autres ensemble est sujette à une ma¬
ladie externe beaucoup plus grave ; 6® le danger que
courent les animaux qui ont été mordus est en raison
dé l’intensité des symptômes et de la promptitude
avec laquelle ils se manifestent ; 'f les climats, les
saisons/, le tempérament influent singulièrement sirr
la nature et la marche plus ou moins rapide des
symptômes occasionés par la morsure de ces ani¬
maux; 8° en général l’action du venin de la vipère
n’est pas instantanée ; l’invasion des symptômes a
lieu le plus ordinairement au bout de trois , dix ,
vingt-cinq ou quarante minutes ; 9® ce venin peut
être appliqué impunément «ur les nerfs ; 10° il ne
produit aucun changement sensible sur |es parties
qui viennent d’être détachées d’un animal, et qui par
conséquent palpitent encore; 11° il conserve toute
son énergie dans une tête de vipère qui a été coupée
depuis long - temps , ou simplement lorsqu’on l'a
laisse dans la cavité de la dent qui a été séparée de
1 alvéole; 12® il est beaucoup moins sûr de déve¬
lopper les symptômes en appliquant le venin sur une
partie incisée , qu’en la faisant mordre par la vipère ;
( 310 )
mais dans le eàs où ils se manifestent , ils sont iden¬
tiques et aussi funestes pour les petits animaux; 1 3®
venin dont il s’agit peut être introduit impunément
dans l’estomac; i4® les acGidens qu’il détermine parais¬
sent dépe^idre de son absorption, de son transport dans
le torrent de la çireulation, et de l’action qu’il exerce
sur le sang qu’il coagule en partie , et sur l’irritabi¬
lité nerveuse qu’il détruit; iS® desséché depuis vingt-
six mois et conservé avec soin ^ il agit encore avec la
plus grande iniensitéo
Il existe plusieurs autres espèces de vipère dont la
morsure produit des effets analogues à ceux que nous
venons d’indiquer, et que par cela ipême nous pouvons
nous dispenser de faire connaître en détail : telles sont
la vipère naja {colvher naja de L. chinta nàgoo des In¬
diens, cobra de capello); la vipère élégante de, Daudin
{coluber russelianus , katuka rekidapoda des Indiens)}
le rodroo para des Indiens {coluber gramineus deShaw);
g€4i paragoodoo des Indiens ( boa de Russe!) ; le
bungarum pamak des Indiens et sakeene du Rengal
( boa de Russel ), ( Vop. notre Toxicologie générale ,•
T. 2 , pag. 474, deuxième édition. )
Des Serpens a sonnettes.
Comment peut- on reconnaître que rempoisonne-^
ment est le résultat de la morsure des serpens à son--
nettes?
ïpè. Les serpens à sonnettes font tous partie du
genre Crotahis^ dont voici les caractères : il appartient à
1 ordre des ophidiens et à la famille des hétéroder-
ïnes; il offre des plaques transversales simples sous le
( )
corps et sous la queue;, rextrémité de celle-ei est garnie'^
de plusieurs grelots éçqilleux^ emboîtés lâchement les uns
dans les autres , et se mouvant en résonnant légèrement
quand l’animal rampe; il est muni de crochets à venin.
« Les os maxillaires supérieurs sont fort petits , portés
sur un long pédicule analogue à l’apophyse ptérigoïde
externe du sphénoïde, et très-mobile; il s’y fixe une
dent aiguë , percée d’un petit canal qui donne issue
à une liqueur empoisonnée, sécrétée par une glande
considérable située sous l’œil. G’est cette liqueur qui,
versée dans la plaie par la dent, porte le ravage dans
le corps, des. animaux. Cette dent se cache dans un
repli de la gencive quand le serpent ne veut pas s’en
servir, et il y a derrière elle plusieurs germes desti¬
nés à la remplacer si elle vient à se casser. Ce venin
est d une qouleur verte » ^ Dictionnaire des sciences
naturelles ).
La morsure des serpens à sonnettes est très-dan¬
gereuse; elle donne lieu à dès aceidens serablables à;
ceux que produit la vipère. ( Vo^. § i^S. )
Insectes venimeux.
Bu Scorpion d’Europe..
*97' Caractères du genre Scorpion, Genre d’arach¬
nides, ordre des pulmonaires , famille des pédipalpes
de Latreille ( vop. pl. ai, Êtg. 3 ). Abdomen intime¬
ment uni au tronc par toute sa largeur, offrant a sa
hase inférieure deux lames mobiles en forme de pei¬
gnes ; dessus du tronc, recouvert de trois plaques dont,
la première très- grande , en forme de corselet , porte
( 3i. )
six à huit yeux; deux de ces yeux sont situés au milieu
du dos rapprochés, et plus grands , les autres sont placés
près des bords latéraux et antérieurs; trois ou deux de
chaque côté ; mandibules en pince. Corps allongé et
terminé brusquement par une queue longue, compo-
séè de six nœuds dont le dernier, plus ou moins ovoïde
finit en une pointe arquée et très-aiguë , sorte de dard
sous l’extrémité duquel sont deux petits trous servant
d’issue à une liqueur vénéneuse contenue tians un ré¬
servoir intérieur. Les pieds palpes sont très-grands , en
forme de serres , avec une pince au bout , imitant , par
sa figure, une main didactyle ou à deux doigts, dont
un mobile. Tous les tarses sont semblables, de trois
articles, avec deux crochets au bout du dernier. -
Scorpion d’Europe ( Scorpio europæus ). Il a envi¬
ron un pouce de longueur ; son corps est d’un brun
très-foncé, noirâtre; ses bras sont anguleux, avec la
main presque en cœur, et l’article qui la précède est
iinidenté; la queue est plus courte que le corps,
menue; le cinquième nœud est allongé; le dernier
est simple , d’un brun jaunâtre ainsi que les pâtes ; les
peignes ont chacun neuf dents. On le trouve en Lan¬
guedoc , en Provence, et en général dans l’Europe mé¬
ridionale, sous les pierres et dans l’intérieur des habita¬
tions.
, La piqûre du scorpion détermine , chez l’homme,
une marque rouge qui s’agrandit un peu, noircit lé¬
gèrement vers le milieu, ,et est ordinairement suivie
de douleur, d’inflammation, d’enflure, et quelquefois
de pustules; dans certaines circonstances , les malades
éprouvent de la fièvre, des frissons, de l’engourdisse-
(3i3),
ment', des vomissemens , le hoquet, un tremblement
général, etc. Les symptômes, qui sont le résultat de
la piqûre du scorpion , varient suivant la grosseur de
l’animai , et le climat auquel il appartient ; en général
ils sont plus graves dans les pays méridionaux que dans
les autres.
De la Tarentule ( Lycosa Tarentula, Latreille , voyez
pl. 21, fig. I.)
198. Càr acier es de la Tarentule. Insecte de l’ordre
des pulmonaires , famille des afanéïdes , tribu des
citrigrades , du genre lycosa. (Latreille). Longueur du
corps environ trois centimètres ; palpes safcanés avec
l’extrémité noire ; mandibules noires avec la base su¬
périeure safranée ; bord antérieur du tronc et contour
des yeux de la seconde ligne de cette couleur; yéux
rougeâtres ; dessus du tronc noirâtre , avec une bande
longitudinale dans le milieu de sa longueur ; une autre
tout autour des bords et des lignes en rayon, partant
de la bande du milieu , d’un gris cendré ; une^^ ligne noi¬
râtre longitudinale de chaque côté, sur la bande de la
circonférence ; dessus de l’abdomen , noirâtre , ponc¬
tué de gris-cendré ; une suite de taches presque noires ,
plus foncées au bord postérieur dans le milieu de sa
longueur; les deux supérieures, la première surtout,
allongées en fer de flèche , bordées tout autour de gris-
roussatre ; les suivantes, transverses; en forme de cœur
élargi, bordées postérieurement de gris -cendré, ou
séparées par des lignes chevronnées dé cette couleur;
ventre safrané avec une bande très-noire , transverse
au milieu; poitrine et origine des pâtes très -noires;
( 3i4; )
pâtes d’un gris cendré en dessus , grises en dessous
avec deux taches aux cuisses et aux jambes , et les tarses
noirs; dessous des cuisses et des jambes antérieures
ayant une teinte roussâtre. On la trouve dans l’Italie
méridionale , particulièrement en. Galabre et aux en¬
virons de Naples.
Piqûre de la Tarentule. {Foy. Araignée des caves.)
De r Araignée des caves ( Segestria Gellaria ^
pl. 21 5 fig. 2.)
199. Caractères du Segestria. Genre d’araeh-;
nides , de l’ordre des pulmonaires, de la famille des
aranéides, tribu des tubitèles. Mâchoires élargies au
coté extérieur près de leur base ; droites ; six yeux, dont
quatre , plus antérieurs , formen t une ligne transverse,
et les deux autres situés, un de chaqtje côté, derrière
les latéraux précédens; la premièfe paire de pâtes, et
la seconde ensuite, les plus larges de toutes; la troi¬
sième la plus courte.
Araignée dés. caves. Gorps long d’environ deux cen¬
timètres, velu, d’un noir tirant sur le gris de souris ^
avec les mândibules vertes ou d’un bleu d’acier, et une
suite de taches triangulaires , noires le long du milieu
du dos et de 1 abdomen. On la trouve en France et en
Italie ( Latreille. )
Il se développe , autour de la partie qui a été piquée
par cette araignée et par tarentule., une enflure de
couleur livide, quelquefois avec phlyctènes ; dans cer¬
taines circonstances , on observe aussi des symptômes
analogues à ceux dont nous avons parlé à l’article scor¬
pion ; néanmoins nous pensons qu’on a beaucoup exa-
( 3i5 )
géré les dangers de la piqûre faite par ces animaijx ; on
devrait vouer à l’oubli cette multitude de récits fabu¬
leux relatifs à la tarentule, et qui étaient é'V'idemment
enfantés par l’ignoranee et par la superstition.
De rAheille domestique ( Apis mellifica, vaj, pl. 21 ,
fig. 8). Insecte de l’ordre des hyménoptères , famille
des apiaires.
200. Caractères du genre. Languette filiforme com¬
posant, avec les mâchoires , une sorte de trompe cou¬
dée et fléchie en dessous; premier article des tarses
postérieurs grands, très-comprimé en palette carrée;
point d’épine à l’extrémité des deux dernières jambes.
Abeille domestique. noirâtre comme le coiv
selet ; abdomen de la même couleur, avec une bande
transversale et grisâtre formée par un duvet à la base'
du troisième anneau et des suivans. La longueur du
eorps de l’abeille domeshque ouvrière est de o “ or 2;
celle du mâle et de la femelle est de o ^ oiS. Qn la
trouve dans toute l’Europe, en Barbarie, etc. ( La-
treille. )
La piqûre de rabeille occasionne souvent une vive
douleur et une tuméfaction érysipélateuse fort dure
dans so^ milieu, qui blanchit et persiste amant que
l^iguiUûu reste dans la plaie; dans Gertaines çircons-,
tape^ en a YU cette piqûre déterminer la gangrène,
et la mort. ,
Du Bourdon ((^'voy.
aoi. Caractères, du genre.., In&ecle de l’ordre des
nyménoptères, section des porte -aiguillons, famille
( 3i6 )
des mellifères. Lés femelles et les mulets offrent à la
face extérieure de la jambe des pieds postérieurs ,
un enfoncément lisse pour recevoir le pollen dés
fleurs , et une brosse soyeuse sur le côté interne du
premier article de leurs tarses ; deux épines au bout
de ces jambes ; labre transversal; fausse trompe sensi¬
blement plus courte que le corps.
Bourdon des pierres (Bombus lapidarius de Latr.,
Apis lapidaria de L. ) Il est tout noir, à l’exception de
l’anus qui est d’un jaune rougeâtre. Il a été désigné
ainsi parce qu’il fait son nid dans la terre, entre les
pierres, au bas des murs , etc. Les effets de la piqûre
du bourdon ressemblent beaucoup à ceux que nous
venons de décrire eiï parlant de l’abeille.
' De la Guêpe.
Insecte de l’ordre des hyménoptères, section des
porte-aiguillons , famille des diploptères , tribu des
guêpiaires. Latr.
202. Caractères de la Guêpe-frêlon (Vespra crabro,
■voy. pl. 21 , fig. 7.) Longueur d’un pouce au moins;
antennes obscures avec la base ferrugineuse; tête fer¬
rugineuse , pubescente; lèvre supérieure jaune; man¬
dibules jaunes à la base, noires à l’extrémité;' corselet
noir , pubescent, avec sa partie antérieure et souvent l’é¬
cusson d’un brun ferrugineux ; le premier anneau de, l’ab
domen noir, avec la base ferrugineuse et les bords jau¬
nâtres ; les autres anneaux noirs à la base, jaunes à l’ex¬
trémité, avec un petit point noir latéral sur chaque ; les
pâtes d’un brun ferrugineux; les ailes ont une légère
teinte roussâtre. On la trouve dans toute l’Europe. (Lat.)
( 3i7 .)
2o3. Caractères delà Gitêpe commune (Vespa vulgarîs;
voyez planche 21, fig. 6). Longueur, huit à neuf ligfaes;
antennes èt tête noires; contour des yeux et lèvre
supérieure d’un jaune obscur ; mandibules jaunes,,
noires à l’extrémité ; corselet noir , légèrement pubes-
cent , avec une tache au devant des ailes , un point
calleux à leur origine, une tache au dessous et quatre
sur l’écusson, jaunes; l’abdomen jaune, avec la base
des anneaux noire et un point noir distinct de chaque
côté ; le premier anneau a une teche noire en losange
au milieu; les autres ont une tache presque triangu¬
laire, contiguë au noir de la base; les pâtes sont d’un
jaune fauve avec la base des cuisses noire. On la trouve
dans toute l’Europe. (Latr.)
La piqûre de la guêpe commune et du frêlon est
suivie d accidens semblables à ceux que détermine la
piqûre des abeilles ; elle est plus ou moins dangereuse ,
suivant la nature de la partie piquée , le climat , la
saison, la quantité de venin, etc.; les accidens sont
plus gravés dans le cas où l’aiguillon reste dans la
plaie, ou lorsque les insectes ont sucé des^plantes yé-
néneuses, des matières animales en putréfaction , ou
des cadavres d’animaux morts de maladies pestilen¬
tielles. ,
Des matières animales décomposées.
On a. déjà observ e plusieurs fois que l’usage prolongé
d alimens corrompus , déterminait chez l’homme des
accidens plus ou moins graves, tels que des vomisse-
tnens, la syncope, la gangrène sèche des extrémités,
le scorbut , etc. Il est également prouvé , par des ex-
périences que nous at'ons tentées sur les chiens , qug
l’application sur le tissu cellulaire de sang , dé bile
et de matière cérébrale pouris, est suivie de vcœis.
semens , de fièvre , de cris plaintifs et d’un abattement
extrême. La. mort arrivé ordinairement dans les vingt*
quatre heures ; êt à l’ouverture des cadavres on dé¬
couvre une inflammation très-vive des parties sur les¬
quelles les matières pouries ont été appliquées èt de
celles qui les entourent.
Le docteur Kerner, médecin à Weihsberg, vient de
publier en allemand un travail qui nons semble se
rattacher à ce sujet , et dont nous allons donner un
extrait détaillé , pàrCe qu’il est entièrement neuf et
qu il peut intéresser la médecine légale (i).
Plusieurs personnes ont éprouvé des accidens graves
qui ont été quelquefois suivis de la mort pour avoir
mangé des boudins que l’on ayait exposés à l’action de
la fumée aussitôt après leur confection , et que Ion t
avait laissés quelquefois pendant des mois entiers. Les
accidens dont il s’agit ont paru tellement fréquens, qüè
M. Kerner n’hésite pas à comparer les ravages de ce
poison à ceux qu’exerce le venin des serpens dans les
régions voisines des tropiques. Les boudins blancs ont
paru plus actifs que les noirs , et leurs effets délétères
ont semblé proportionnés à la quantité employée.
Les phénomènes de l’empoisonnement se dévelop-
(i^ Nouvelles observations sur les empoisonnemens mor¬
tels qui arrivent si souvent dans le l?V^urteniberg , par l’usage
des boudins fumés i parle docteur Kerner ; Tubingue, 1820.
Brochure in- 12.
( 3i9 )
pent communément vingt -quatre heures après Tin-
gestion de cet aliment , rarement plus tôt , quelquefois
plus tard. Une douleur vivé et brûlante se fait alors
sentir dans la région épigastrique , et il survient en
même temps des vomissemens de matières sanguino¬
lentes ; bientôt les yeux deviennent fixes , les pau¬
pières immobiles , les pupilles se dilatent et restent
insensibles à l’action de la lumière ; le malade voit
double ; la voix est altérée ; souvent il y a aphonie
plus ou moins complète; la respiration est gênée;
on ne sent plus les battemens du cœur ; syncopes fré¬
quentes j pouls plus faible que dans l’état naturel ;
veines du cou dilatées et saillantes ; la déglutition est
d’une difficulté extrême ; les boissons tombent dans
/l’estomac comme dans un vase inerte ; les- alimens
solides s’arrêtent dans l’œsophage; toutes les sécré¬
tions paraissent suspendues ; constipation opiniâtre ou
bien les matières excrétées Sont sèches et dures,
comme terreuses, la bile ne les colore point; les
facultés mtellectuelles se conservent intactes , " seule¬
ment dans beaucoup de cas le caractère devient iras¬
cible; il y a rarement insomnie ; appétit souvent con¬
servé ; soif très-grande ; les tégumens perdent de leur
sensibilité ; le malade perçoit à peine les impressions
du chaud et du froid ; paume des mains dure et cc-
riace ; il en est de même de la plante des pieds qui
semble tapissée par une lame cornée , absolument in¬
sensible ; la peau en général est froide et sèche;
rien ne peut râppeller la transpiration dont elle était
le siégé ; urines tres-abondantes , leur excrétion est
difficile; mouvemens lents à cause des syncopes
( 320 )
dont le malade est menacé au moindre effort ; cepen¬
dant nulle fatigue dans les muscles du dos ni des
ylombes. La mort, quand elle a lieu, arrive du troi¬
sième au huitième jour ; la respiration s’embarrasse
la voix se perd entièrement , le pouls tombe et la
vie s’éteint, quelquefois après de légers mouvemens
convulsifs, le malade ayant conservé jusqu’au dernier
instant sa pleine connaissance. Dans le cas de gué-
rison , la convalescence est extrêmement longue; ü
se fait souvent une sorte d’exfoliation à la surface des
membranes muqueuses. Le malade reste long-temps
exposé à des syncopes ; les battemens du cœur ne re¬
paraissent que fort tard. Ces symptômes présentent
quelques variétés dans les différens cas ; on peut ne
pas les observer tous chez le même individu , et
quelquefois on en remarque un certain nombre dont
nous n’avons pas parlé ; tels sont la diarrhée , l’hydro-
phobie , un délire furieux , des vertiges, l’atrophie des
testicules , etc. '
A l’ouverture des cadavres , on trouve , les mus¬
cles très-contractés , les membres roides et inflexibles ,
le ventre dur et tendu; 2° souvent des traces d’in¬
flammation dans le pharynx et dans l’œsophage : quel¬
quefois seulement à la surface externe de ce dernier
et à sa partie inférieure ; 3® une ou plusieurs plaques
inflammatoires , gangréneuses , dans quelques cas de
la largeur de la main , occupant la surface interne
de l’estomac aux environs du cardia ; quelquefois la
membrane interne de ce viscère se détache aisément ;
4 les intestins enflammés en divers endroits , ou
même en partie gangrenés ; 5° le foie sain dans la
. ( 321 ) ,
plupart des cas , quelquefois seulement il est pénétré
de sang noir j la vésicule considérablement distendue,
dans certains cas enflammée et alors remplie d’un
fluide sanguinolent ; 6® la rate saine de même que les
reins et le pancréas , qui pourtant offraient une in¬
flammation manifeste dans deux cas de ce genre ;
7° la vessie pleine ou vide, saine ou enflammée ;
8° la trachée-artère souvent enflammée et remplie
d’un mucus sanguinolent ; les poumons parsemés de
taches nuirâtres ou bien hépatisés ; 9® le cœur flasque
et affaissé sur lui-même , quelquefois enflammé dans
ses cavités : l’aorte , dans un cas , était très-rouge et
comme maroquinée à l’intérieur. L’auteur dit aussi
avbir observé que les cadavres de ces individus ne
répandent aucune espèce d’odeur , même dans leurs
cavités intérieures. -
■ M. Kerner pense que le poison , contenu dans les
boudins , agit particulièrement en paralysant tout le
système nerveux des ganglions et les nerfs cérébraux
qui ne sont point exclusivement destinés aux organes
des sens. Suivant lui , le cerveau , la moelle et les
nerfs qui lui appartiennent en propre , ne se ressentent
nullement de ce genre de lésion. Il regarde les in¬
flammations locales comme une suite de la lésion du
système nerveux ; et il fait remarquer que dans un cas
de ce genre l’inflammation s’était propagée le long
de 1 œsophage, non à sa surface interne qui était
parfaitement saine , mais à sa surface externe en
s\xï\axit \Q trajet des nerfs -vagues.
Mais quel peut être le principe vénéneux contenu
dans ces boudins ? pi. Rerner assure qu’il a été im-
ni
( 322 )
|)Qssible jusqu’à présent d’y démontrer la présefle^
d’aucune substance vénéneuse , minérale ou végétale :
il rejette l’opinion de ceux qui ont pensé que ce
principe pouvait être l’acide prussique, et il croit
devoir attribuer l’empoisonnement à un commence¬
ment de décomposition putride^ éprouvée par les bou¬
dins pendant le temps qu’on les laisse exposés à l’ac-,
tion de la fumée. Voici les raisons qui lui font adopter
cette manière de^voir : les accidens sont plus
fréquens au mois d’avril, et après que les boudins ont
gelé et dégelé plusieurs fois de suite; or, rien n’est
plus propre à hâter la putréfaction ^des matières ani¬
males ; 2® les boudins qui ont produit des accidens
avaient une saveur et une odeur putrides ; on y re¬
marquait des masses graisseuses, molles et plus ou
moins semblables au gras des cadavres ; 3® il y a beau¬
coup d’analogie entre les phénomènes observés éé
ceux qui dépendent des exhalaisons putrides (i).
(i) M. Cadet dé Gassicourt annonce, en rendant un
compte sommaire des travaux de M. Kerner , dans le Journal
de Pharmacie , qu’il a été appelé quelquefois: pour analyser
des mets qui avaient occasioné des empoisonnémens , et qui
avaient été achetés chez des charcutiers de Paris ; et il lui aété
impossible de découvrir la moindre trace de poison minéral
soit dans les alimens , soit à la surface des vases métalliques
dans lèsquels ils avaiens été cuits. Nous avons également été
invités deux fois par l’autorité , pour des cas de ce genre , et
nos résultats ont été conforihes à ceux qui ont été obtenus
par M. Cadet. La cause des accidens observés à Paris serait-
elle la même que celle qui â produit les effets décrits par
■ ( 323 )
VIÎÏGT-SIXIÈME LEÇOK.
De V Empoisonnement par les substances gazeuses intro*
duites dans les voies aériennes.
La plupart des gaz permanens peuvent donner lieu
à des accidens fâcheux, et même déterminer une mort
prompte, lorsqu’ils sont introduits dans les voies aérien¬
nes , seuls ou mêlés, en quantité suffisante, à de l’air at¬
mosphérique. L’empoisonnement qu’ils déterminent a
été désigné sous le nom àéasphjæie par les gaz. Nous
ne pensons pas devoir retracer en détail les effets ré-
Sultans de l’inspiration de toutes lés substances gazeuses,
plusieurs d’entre elles étant le produit de l’art, et ne se
trouvant qu’aceidentellement dans l’atniosphère : nous
nous attacherons particulièrement à faire connaître les
divers cas d’empoisonnement de ce genre qui peuvent
être l’objet d’uU rapport judiciaire. Il aurait été peut-
être plus rationnel de ranger les substances dont nous
parlons dans l’une ou l’autre des classes de poisons que
nous avons établies, que de les rassembler dans un ar¬
ticle séparé; néanmoins nous avons cru ne pas devoir
le faire , parce qu’il nous a semblé difficile d’indiquer,
d’une manière exacte, la place que chacune d’elles de¬
vait occuper.
Du Gaz acide carbonique.
Comment peut - cm reconnaître que l’empoisonne-
M. Kerncr? Nous ne le pensons pas, car les mets que nous
avons analysés, loin d’être pouris, étaient parfaitement con¬
servés.
( 3â4 )
ment est le résultat de l’inspiration du gaz acide car¬
bonique ?
204. Le gaz acide carbonique se trouve dans cer¬
taines grottes des pays volcaniques ; il est mêlé à l’air
atmosphérique dans les celliers , au-dessus des cuves en
fermentation , et dans les fours à chaux. Lorsqu’il s’agit
de constater sa présence , on vide un flacon plein de
sable parfaitement sec, dans l’atmosphère dont nous
parlons, puis on le bouche; par: ce moyen le vase se
trouve rempli du gaz faisant partie de l’atmosphère
suspecte : on le place dans une cuve ou dans une ter¬
rine pleine d’eau, et mieux encore de mercure , de ma¬
nière à ce que le goulot soit en bas ; on le débouche et
on transvase le gaz dans plusieurs petites cloches rem¬
plies de mercure ou d’eau, et dont l’extrémité ouverte
plonge dans le liquide contenu dans la cuve ou dans
la terrine : on constate alors les propriétés suivantes :
I® le gaz acide carbonique est incolore ; 2® il rougit
faiblement l’eau de tournesol , surtout lorsque après
avoir fermé , avec la main ou avec un obturateur,
l’extrémité ouverte de la cloche, on agite le liquide
pendant quelques instans; 3p‘il éteint les corps en com¬
bustion ; 4^ il se dissout dans l’eau ; 5° il précipite l’eau
de chaux en blanc ; le sous-carbonate précipité se dis¬
sout dans un excès d’acide carbonique, ou dans quel¬
ques gouttes d’acide nitrique.
Si l’on veut s’assurer que le gaz , soumis à l’examen ,
contient de l’air atmosphérique , on en prend une nou¬
velle portion , on la mêle avec de l’eau et de la potasse
caustique, et on agite pendant sept à huit minutes;
par ce moyen l’acide carbonique s’unit à la potasse et
( 325 )
à l’eau, et il ne reste plus que l’air atmosphérique
dont on peut constater les caractères. Il est inutile
d’indiquer que ces diverses opérations doivent etre
faites sous l’eau, pour empêcher que le gaz ne se
répande dans l’atmosphère.
Symptômes et lésions de tissu que détermine V cLcide
carbonique seul ou mêlé a l’ air ^ lorsqu’il à été introduit
dans les voies aériennes. -
Il résulte des expériences faites par Nysten sur les
chiens : i” que le gaz acide carbonique peut être in¬
jecté en assez grande quantité dans le système vei¬
neux, sans arrêter la circulation, ce qui dépend de
la facilité avec laquelle il est dissous par le. sang ;
2® que dans le cas où la quantité injectée est trop
forte , pour pouvoir être dissoute par le sang , il
détermine la distension du cœur pulmonaire, et la
mort; 3° qu’il n’agit pas primitivement sur le cerveau ;
4° qu’il n’occasionne qu’une faiblesse musculaire , qui
cesse au bout de quelques jours, lorsqu’il est injecté avec
précaution ; 5® qu’il peut être injecté à plus forte dose ,
sans déterminer aucune lésion pulmonaire ; 6® qu’il n’est
point délétère par lui-même, et qu’il ne déterniine la
mort que parce qu’il ne contient point d’oxygène libre.
Le cadavre conserve sa chaleur pendant long-temps;
les muscles jouissent de leur irritabilité ,. même vingt-
quatre heures après la mort; les vaisseaux sanguins, et
notamment ceux du poxmion, sont gorgés de sang
d’une couleur foncée..
( 326 )
De la- vapeur du charbon ( Gaz provenant de la coin,
bustion du charbon à l’air libre. )
Comment peut -on reconnaître que l’empoisonne¬
ment est le résultat de l’inspiration de la vapeur du
charbon
2o5. Les gaz qui se forment lorsque le charbon corn-
mence a brûler^ contiennent sur cent quatre-vingt-huit
parties en volume , vingt-six parties de gaz acide carbo¬
nique, trente-huit parties d’air atmosphérique, quatre-
vingt-dix-huit parties de gaz azote, et vingt-six de gaz'
hydrogène carboné ; tandis que les gaz produitspendant
la combustion du charbon parfaitement enflammé y
renferment, sur cent soixante-quatorze parties, environ
vingt d’acide carbonique, quatre-vingt-un d’air atmo¬
sphérique et soixante-treize d’azote. On se procurera un
flacon de ce gaz , en agissant comme il a été dit § 204 ,
et on verra qu’il jouit dés propriétés suivantes^ : i» il
est incolore et transparent; 2® il éteint les- corps en,
combustion ; 3® il précipité l’eau de chaux en blanc ;
le précipité est du sous-carbonate de chaùx solubio
dans l’acide nitrique ; 4» il rougit sensiblement l’eau
de tournesol. ^
Sjmptômés et Usions de tissu déterminés par la va¬
peur du charbon. Les symptômes qu’éprouvent les in¬
dividus soumis à l’action delà Vapeur du charboii sont :
une grande pesanteur de tete, suivie, le plus ordinai¬
rement , d’une vive céphalalgie ; un sentiment de com¬
pression à la région des tempes ; une grande propension
au sommeil; des vertiges; le trouble de la vue; un
bourdonnement d’oreilles et la diminution des forces.
( ^27 ')
La respiration devient très - difficile et stertoreusej
les battemens du cœur sont fréquens et violens ; bien¬
tôt après la respiration, la circulation et les mouve-
mens volontaires sont suspendus. Il en est de même
des fonctions des organes des sens; la vue se perd'
entièrement ; le coma est profond , et le malade est
dans un état de mort apparente ; néanmoins le corps
ne se refroidit point; il conserve pendant long-temps
la même température qu’il avait avant l’accident ; les
membres sont le plus souvent flexibles ; quelquefois
cependant ils se roidissent et se contournent ; la face
est tantôt rouge ou livide par suite de l’engorgement
des vaisseaux sanguins ; tantôt elle est pâle et plom¬
bée ; l’urine et les excrémen| sont quelquefois rendus
involontairement, ce qui tient au relâchement des
sphincters. Certains individus sont tourmentés de nau¬
sées dès le commencement de la maladie. Enfin il en
est d autres qui paraissent éprouver une vive sensation
de plaisir.
Après la mort on remarque que la chaleur se con¬
serve pendant long-temps, et que la rigidité cadavéri-
■que, qui ne se manifeste qu’après le refroidissement
du cadavre, tarde beaucoup à s’emparer des muscles;
tout le corps est légèrement tuméfié, et présente le
plus souvent des .taches violettes; le visage, plus gon¬
flé qu aucune autre partie , est plus rouge qu’à l’ordi-
nairè; les yeux sont vifs et luisans; les lèvres sont ver¬
meilles; le système veineux contient beaucoup de sang
noir et très-coulant , surtout dans les poumons et dans
le cerveau , tandis qu’il y en a peu ou presque pas dans
le système artériel ; la langue est tuméfiée ; l’épiglotte
( 328 )
toujours relevée, et les poumons emphysémateux ; les
membranes muqueuses, et notamment celle de l’esto¬
mac et des intestins , sont rougeâtres , et parsemées
quelquefois de taches noires qui sont de véritables
ecchymoses.
Dé VAir non renouvelé. '
, Comment peut-on reconnaître que l’empoisonne¬
ment est le résultat de l’inspiration de l’air non re¬
nouvelé ? ^
206. L’air non renouvelé , qui a été respiré pendant
long-temps par un ou par plusieurs individus , contient
à peuprès autant d’azote que l’air atmosphérique, mais
il renferme beaucoup nipins d’oxygène et beaucoup
plus d’acide carbonique et de vapeur pulmonaire. Si
après en avoir rempli un flacon par les moyens que nous
avons indiqués § 204, on cherche à constater ses pro¬
priétés , on voit qu’il jouit des caractères suivans :
1° il est incolore et transparent; 2® il éteint le plus
souvent les corps en combustion ; 3® il rougit faible¬
ment la teinture de tournesol; 4® il précipite abon¬
damment l’eau de chaux en blanc. Si on l’agite pen¬
dant quelque temps avec de l’eau et de la potasse
caustique pour en absorber l’acide carbonique comme
nous lavons dit § 204, et qu’on en sépare ensuite
l’oxygène au moyen du phosphore , il ne reste plus
que de l’azote , dont nous ferons bientôt connaître les
caractères. ( page 333).
Symptômes déterminés par Vair non renouvelé. Lors<-
qu on place des animaux sous une cloche contenant
de l air atmosphérique qui n’est point renouvelé , on
( 3^9 )
voit qu’ils ne tardent pas à être inquiets , la respira¬
tion et la circulation sont accélérées ; bientôt après
la première de ces fonctions se ralentit, l’animal tombe
dans la stupeur et meurt. Les détails suîvans , extraits
de l’histoire des guerres des Anglais dans l’Indostan ,
peuvent donner une idée des effets produits par l’air
non renouvelé sur l’homme. « Cent quarante-six per¬
sonnes furent renfermées dans une chambre de vingt
pieds carrés, qui n’avait d’autre ouverture que deux
petites fenêtres donnant sur une galerie ; le premier
effet qu’éprouvèrent ces malheureux prisonniers fut
une sueur abondante et continuelle ; une soif insup-
portaWe. en fut hientôt la suite : à cette soif succé¬
dèrent de grandes douleurs de poitrine et une diffi¬
culté de respirer approchant • de la suffocation. Ils
essayèrent divers moyens pour être moins à l’étroit
et se procurer de l’air : ils ôtèrent leurs habits , agi¬
tèrent l’air avec leurs chapeaux , et prirent enfin le
parti de se mettre à genoux tous ensemble et de se
relever simultanément au bout de quelques instans j
ils eurent recours trois fois dans une heure à cet ex¬
pédient, et chaque fois plusieurs d’entre eux, man¬
quant de force, tombèrent et furent foulés aux pieds
par leurs compagnons.- Ils demandèrent de l’eau, on
leur en donna; mais se disputant pour s’en procu¬
rer , les plus faibles furent renversés et succombèrent
bientôt après : l’eau n’apaisa pas la soif de ceux qui
purent en boire, et encore moins leurs autres souf¬
frances ; ils étaient tous dévorés d’une fièvre qui re¬
doublait à tous momens. Avant minuit , c’est-à-dire
durant là quatrième heure de leur réclusion, tous
( 33o )
ceux qui restaient encore en vie, et qui nWaient poinj
respiré aux fenêtres un air moins infect , étaient
tombés dans une stupidité léthargique ou dans ua
affreux délire : on se bâtit de nouveau pour avoir
accès aux fenêtres. A deux heures du matin , il n’y
avait plus que cinquante vivans ; mais ce nombre
étant'encore trop grand pour que tous^.pussent rece¬
voir de l’air frais, le combat se continua jusqu’à la
pointe du jour. Le chef lui-même , après .avoir ré¬
sisté long-temps , était tombé asphyxié : on le releva,
on l’approcha 4e la fenêtre et on lui donna des secours ;
bientôt après la prison fut ouverte : de cent quarante-
six hommes qui y étaient entres il n en sortit que vingt»
trois vivans ; ils étaient dans le plus déplorable état
-qu’on puisse imaginer, portant peinte dans tous leurs
traits la mort , à laquelle ils venaient d’échapper. »
{Dictionnaire des Sciences médicales^)
Lorsqu’on ouvre les cadavres d’individus morts
pour avoir respiré de l’air non renouvelé, on voit que
les cavités du cœur et les vaisseaux sanguins contien¬
nent du sang noir 5 il y en a beaucoup plus dans
1 oreillette et le ventricule du côté droit et dans le
système veineux que dans les autres parties. .
Du Gaz qui se dégage des fosses' d’’ aisance.
207. Ce gaz, connu vulgairement sous le nom de
plomb est le plus souvent formé de beaucoup d'air
atmosphérique et d’une certaine cpi^ntitéà'hjydrosulfate
d'ammoniaque (composé de gaz acide hydrosulfu-
riqueet de gaz amihoniac) , qui est fourni par l’eau
de la fosse : en effet il résulte des expériences de
(33i)
M. Thénard que l’eau dont il s’agit contient quelque¬
fois jusqu’à un tiers de son volume de cet hydrosul¬
fate. Quelquefois a;ussi , mais plus rarement , lè gaz des
fosses d’aisance , loin d’être composé comme le pré¬
cédent , est formé d’environ quatre-vingt-quatorze par¬
ties de gaz azote, de deux parties de gaz oxygène, et
de quatre d’acide carbonique ou de carbonate d’ammo¬
niaque. On peut aisément se procurer l’une ou l’autre
de ces variétés de gaz en suivant le procédé décrit S 204.
Caracferés du gaz composé d’air atmosphérique et
d’hjdrosulfate d’ammoniaque. Il a une odeur très-
marquée d’œufs pouris et d’alcalj volatil 5 il irrite forte¬
ment les yeux; il n’éteint point les corps en combus¬
tion ; il précipite à l’état de sulfure noir les dissolu¬
tions de nitrate d’argent et d’acétate de plomb; enfin
il produit , par son mélange avec le^gaz acide hydro-
chlorique, un nuage blanc très-épâis , formé d’acide
hydrochlorique et d’ammoniaque.
Caractères du gaz composé de beaucoup dé azote j d’un
atome d’ oxygène et d’un peu d’acide carbonique. Il
est incolore et transparent, il éteint les corps en com¬
bustion; il rougit faiblement l’eau de tournesol et il
piécipite 1 eau de chaux en blanc. Lorsqu’on eii sépare
1 acide carbonique au moyen de la potâsse caustiqTie ,
comme nous 1 avons indiqué § 204, on voit que lerésidu,
qui est presque entièrement formé d’azote , éteint en¬
core les corps en combustion , mais il ne rougit plus
1 eau de tournesol et il ne précipite plus l’eàu de chaux.
Si le gaz dont il s’agit contient du sous -carbonate
d ammoniaque au lieu d’acide carbonique , il offre
nne odeur, d’alcali volatil , verdit le sirop de violettes ,
( 332 ) -
et donne naissance à des vapeurs blanches plus ou
moins épaisses lorsqu’on le mêle avec du gaz acide
hydrochlorique ; du reste il agit sur les corps en com*
bustion , sur l’eau de chaux et sur la potasse caus¬
tique , comme s’il était simplement formé d’azote
d’oxygène et d’acide carbonique.
Symptômes et Usions de tissu déterminés par le gkz
qui se dégage des fosses d'aisance. Ces symptômes va¬
rient suivant qu’ils sont le résultat de l’inspiration de
l’une ou l’autre des variétés de gaz dont nous venons
de parler. A. Si le gaz inspiré est composé d’air atmos¬
phérique et d’hydrosulfate d’ammoniaque, il déter¬
mine des maux de tête, des nausées , des défaillances,
des douleurs vives à l’estomac et dans les articulations ,
un resserrement au gosier, des cris involontaires, quel¬
quefois modulés et le plus souvent semblables aux
mugissemens d’un taureau , le délire , le rire sard^oni-
que , des contractions violentes de peu de durée, mais
qui sont remplacées par des mouvemens convulsifs
avec courbure du tronc en arrière. La face est pâle, la
pupille dilatée et immobile , la bouche remplie d’écume
blanche ou sanglante, la respiration convulsive , les
mouvemens du cœur désordonnés, et la peau froide. A
ces symptômes succèdent ordinairement l’asphyxie et
la mort. On les observe plus particulièrement chez les
individus qui n’ont été affectés, que plus ou moins de
temps après leur entrée dans la fosse. Quelquefois la
mort arrive tout à coup ; c’est ce qui a le plus souvent
lieu lorsque les accidens.se manifestent en entrant
dans la fosse. A l’ouverture des cadavres des individus
qui ont succombé à l’action de ce gaz , on découvre
( 333 )
des altérations analogues à celles dont nous ayons fait
mention en parlant de l’acide hydrosulfurique ( Doyez
§193.)
B. Si le gaz inspiré est composé d’azote , d’un
atome d’oxygène et d’un peu d’acide carbonique ou de
carbonate d ammoniaque , l’individu éprouve de la
gêne dans la respiration , qui devient grande , élevée
et plus rapide que de coutume ; un affaiblissement
progressif sans aucune lésion des fonctions nerveuses;
ICI la mort n’a lieu que par défaut d’air respirable,
aussi le plus souvent les malades reviennent-ils à leur
premier état, sans se ressentir aucunement de ce qu’ils
ont éprouvé, dès l’instant où ils sont exposés à l’air
libre. A l’ouverture des cadavres, on trouve que le
système artériel est rempli de sang noir.
208. Après avoir fait connaître en détail lès gaz qui dé¬
terminent le plus souvent l’asphyxie, et dont rhistoirê
intéresse par conséquent le médecin chargé de faire des
rapports en justice, nous devons exposer succincte¬
ment les caractères distinctifs de quelques autres sub¬
stances gazeuses qui peuvent se trouver accidentelle¬
ment dans l’atmosphère et donner lieu à des symptômes
fâcheux.
Gaz ammoniac. Il est incolore, transparent, élas¬
tique, doué d’une odeur forte, piquante, d’alcali vo¬
latil; il est très-soluble dans l’eau et verdit le sirop de
violettes.
Gaz azote. Il est incolore, transparent, élastique,
insoluble dans l’eau et sans action sur la teinture de
tournesol ; il éteint les corps en combustion et né pré-
cipite point l’eau de chaux.
( 334 )
Gaz chlore. Il est jaune verdâtre , transparent , doué
d’une odeur forte qui lui est particulière; il -détruit la,
couleur du tournesol et lui communique une teinte
jaune; il attaque le mercure sur-le->champ ; il né détonne
point lorsqu’on le chauffe.
, Gaz hydrogène. Il est incolore , transparent , beau¬
coup plus léger que l’air, insoluble dans l’eau, et s’en¬
flamme par l’approche d’une bougie allumée; il ne se
forme que de l’eau pendant cette combustion : aussi ne
se dépose-t-il aucun corps sur les parois de la cloche
dans laquelle on le fait brider , et l’eau de chaux n’est-
elle point troublée lorsqu’on la verse dans cette même
cloche après la combustion.
Gaz hydrogène arsénié. Il est incolore , transpa¬
rent, doué d’une odeur fétide, alliacée; il s’enflamme
lorsqu’on le met en contact avec une bougie allumée ,
et donne naissance à de l’eau et à une matière bru¬
nâtre que l’on croit être de l’hydrure d’arsenic, et qui
tapisse les parois de la cloche dans laquelle s’opère la
combustion.
Gaz hydrogéné carhoné. Il est incolore , transpa¬
rent , doué d une odeur désagréable , susceptible de
s enflammer lorsqu’on l’approche d’une bougie allü-
mée , et de donner naissance à de Y eau et à^de l’acide
carbonique : aussi remarque-t-on qu’il ne se forme
aucun dépôt sur les parois de la cloche dans laquelle
on l’enflamme; mais le ^az produit pendant la com¬
bustion précipite l’eau de chaux en blanc.
; Gaz hydrogène sulfuré. ^J^oy. §193.)
Gaz acide nWreiix ( vapeur d’acide nitreux ). Il est
jaune-orangé, rougeâtre ou d’un rouge foncé; son
( 335 )
odeur est insupportable ; il se dissout rapidement dans
l’eau; il rougit la teinture de tournesol, et attaque
rapidement le mercure.
Gaz protoæjde d’azote. Il est incolore , transparent ;
il fait brûler avec éclat une bougie qui né présente
qu’un point en ignitioh ; il se dissout dans Feau à
laquelle il communique une saveur légèrement sucrée.
Gaz acide sulfureux. Il est incolore , transparent ,
doué d’une odeur vive , pénétrante, semblable à celle
du soufre qui brûle il est rapidement dissous par
l’eau ; il rougit d’abord et décolore ensuite la tein¬
ture de tournesol.
VIHGT-SEPTIÈME LEÇON-
SECTION TROISIÈME.
De r Empoisonnement considéré d’une manière
générale.
Après avoir indiqué, dans les histoires particulières,
les caractères et le mode d’action de chacun des poi¬
sons , nous devons nous élever à des considérations gé¬
nérales , et chercher à résoudre les deux problèmes sui-
vans : Comment peut - on reconnaître qu’il y a eu
empoisonnement; 2° quelle est-la substance vénéneuse
qui a occasioné les accidens.
A R T I c n E I — Premier prohteme.
Comment peut-on reconnaître qu’il y a eu empoi-
sonneraent.3 ( S 2i5).
Avant de résoudre cette question, nous croyons
devoir examiner successivement ;
( 336 )
Les phénomènes que l’on observe généralement
avant la niort des individüs soumis à l’influence des
poisons ;
2® Les altérations dé^ tissu produites par les sub-
tances vénéneuses, et que l’on constate après la mort.
3° Les maladies qui simulent l’empoisonnement
soit à cause de leurs symptômes , soit à raison des lé¬
sions qu’elles déterminent dans les organes.
§ — Phénomènes que Von obserye généra^
lement avant la mort des individus soumis à
Vinfluence des poisons.
2og. Lorsqu’un individu avale, par mégarde ou dans
l’intention de se suicider, une substance vénéneuse
“douée de propriétés énergiques , il ne tarde pas à
éprouver un certain nombre des symptômes suivans:
odeur nauséabonde et infecte ; saveur variable , acide,
alcaline, âcre, styptique ou amère; chaleur âcre au
gosier et dans l’estomac; sécheresse dans toutes les
parties de la bouche, qui est quelquefois écumeuse;
sentiment de constriction dans la gorge; langue et
gencives quelquefois livides , d’un jaune citrin , blan¬
ches, rouges ou noires ; douleur plus ou moins aiguë,
augmentant par la pression, et ayant son siège dans
toute l’étendue du canal digestif, ou plus particuliè¬
rement dans la gorge, dans la région épigastrique,
et dans quelques autres parties de l’abdomen : cette
douleur est souvent très-mobile, et se fait sentir suc¬
cessivement dans toutes les parties du canal intesti¬
nal, et même dans la poitrine ; fétidité de l’haleine;
rapports fréquens; nausées; vomissemens douloureux,
( 337 )
muqueux , bilieux ou sanguinolens , d’une couleur
blanche , jaune , verte , bleue , rouge ou brunâtre ,
produisant dans la bouche une sensation variable ,
bouillonnant quelquefois sur le carreau, et dans ce
cas rougissant l’eau de tournesol, ou bien n’exerçant
aucune action sur le carreau, et alors pouvant verdir
le sirop de violettes; hoquet; constipation ou déjec¬
tions alvines plus ou moins abondantes , avec ou sans
ténésmè de couleur et de nature différentes' , comme
la matière des vomissemens ; difficulté de respirer,
angoisses ; toux plus ou moins fatigante ; pouls fré¬
quent, petit, serré, irrégulier, souvent imperceptible ,
Ou fort et régulier; soif ardente; les boissons augmén-
. teiit quelquefois les douleurs et ne tardent pas à être
Vôrnies ; frissons de témps à autre ; là peau et les mehi-
bres inférieurs sont comme glacés; quelquefois cepen¬
dant il y a chaleur intense ; émptiori doiüoùreuse à la
peau; suèurs froides et gluantes; dysurie; strarigüriè;
îschurie; physionomie peu altérée d’abord; bientôt
après le teint devient pale et plombé ; pèrfé de la vue
et dé l’ouïe; quelquefois yeux rouges, saillâns, hors
des orbites , dilatation de la pupille. Agitation , cris
aigus; impossibilité de garder la même position; dé¬
lire furieux ou gai ; mouvémens convulsifs des mus¬
cles de la face, dés mâchoires et des extrémités; rire
sardonique; trismüs; contorsions horribles; tête sou¬
vent renversée sur le dos; roidêür extrême dès mem¬
bres , accompagnée d’une contraction générale des
muscles du thorax, qui détermine l’immobilité de ses
parois ; quelquefois stupeur, engourdissement, pesan¬
teur de tête, envies de dormir, légères d’abord, puis
• (338 )
insurmontables 5 vertiges; paralysie ou grande faiblesse
des membres abdominaux ; état comme apoplectique*
prostration extrême des forces ; altération de la voix •
priapisme opiniâtre et très-douloureux.
Le plus souvent., lorsque le malade n’est point se¬
couru, les symptômes dont nous venons de parler
augmentent d’intensité depuis le moment de leur ap¬
parition jusqu’à la mort ; il existe cependant des cas
ou les accidens cessent complètement , et ne reparais¬
sent qu’au bout d’un eertain temps ; il y a évidemment
un intervalle lucide ; on dirait que l’empoisonnement
est intermittent.
Si on ajoute, à ce qui vient d’être dit , tout ce que
nous avons rapporté en parlant des accidens qui ré¬
sultent de la morsure ou de la piqûre des animaux
venimeux , on aura une idée exacte des divers phéno¬
mènes que l’on peut observer pendant la vie d’un in¬
dividu soumis à l’influence d’une substance vénéneuse
qui aurait été introduite dans le canal digestif ou qui
aurait été appliquée sur la peau ulcérée ou le tissu la-
mineux sous-cutané.
^ 210. Il arrive cependant quelquefois que la mort,
dans le cas dont il s’agit n’est point précédée des symp¬
tômes que 1 on observe le plus ordinairement ; ainsi
M. Ghaussier parle d’un homme robuste et de moyen
âge qui avala de 1 oxyde blanc d’arsenic en gros frag-
mens, et qui mourut sans avoir éprouvé d’autres
symptômes que de légères syncopes.
( 339 )
§ II. — Altérations de tissu produites par les
substances vénéneuses ^ et que Von constate
après la mort.
21 1. A 1 ouverture des cadavres d’individus dont
la mort doit etre attribuée à l’action d’un poison , on.
découvre quelques-unes des altérations suivantes : la
bouche , le pharynx , l’œsophage , l’estomac et le canal
intestinal, sont le siège d’une inflammation pltis ou
moins intense ; tantôt la membrane muqueuse seule
offre , dans toute son étendue ou dans quelques-unes
de ses parties une couleur rouge de feu j tantôt cette
couleur est d’un rouge cerise ou d’un rouge noir ; dans v
ce cas presque toujours les autres tuniques qui com¬
posent le canal digestif participent à l’inflammation , et
l’on découvre une quantité plus ou moins considérable
d’ecchymoses circulaires ou longitudinales, formées
par du sang noir extravasé, entre les membranes ou
dans le chorion dela tunique muqueuse ; quelquefois on
remarque de véritables eschares , des ulcères qui peu¬
vent intéresser toutes les membranes; alors il y a per¬
foration, et les bords de la partie perforée peuvent
offrir une couleur jaune , verte ou rouge. Dans cer¬
taines circonstances les tissus sont épaissis; dans d’au¬
tres, ils sont ramollis et comme réduits en bouillie,
dont la couleur diffère; en sorte que la membrane
muqueuse se détache facilement de la tunique mus¬
culeuse. Quelquefois , au lieu de la rougeur générale
dont nous ayons parlé, le canal digestif présente des
alterations d’un autre genre; la bouche, rœsophage,
la couronne des dents, la membrane interne del’esto^
(34-0)
maCj du cWodéîium et du jéjunum offrent une teinte
blanchâtre, grisâtre, et le plus souvent jaunâtre; il
est des cas où l’on observe ça et là, sur le canal di¬
gestif, les nuances dont nous parlons ; tandis que les
autres parties de ce canal sont d’une couleur rouge
plus ou moins vive, ou ne s’éloignent point de l’état
naturel. Dans certaines circonstances, la bouche, le
pharynx , l’œsophage, l’estomac et les intestins ne pré¬
sentent aucune altération. On observe quelquefois une
constriction marquée des intestins.
Les poumons peuvent offrir une couleur violette
ou. d’un rouge foncé; alors leur tissu est serré , dense,
gorgé de sang et moins crépitant; ce que l’on doit
attribuer tantôt à l’action qu’exerce la substance vé¬
néneuse sur ces organes, tantôt à des efforts répétés
et, infructueux de vomissement. Les diverses cavités
du cœur sont plus ou moins distendues par du sang
rouge ou noir, fluide ou coagulé suivant l’époque où
l’on fait l’ouverture du corps ; la membrane- qui revêt
la face interne des ventricules du cœur et des oreil¬
lettes , les pelotons graisseux qui se trouvent dans ces
cavités , sont quelquefois -enflammés, scarifiés ou ùL
cérés. La membrane interne de la vessie, présente dans
certains cas des traces manifestes d’inflammation.
On trouve quelquefois les vaisseaux veineux qui
rampent à la surface du cerveau et des méninges gor¬
gés de sang noir; dans certaines circonstances le cer¬
veau, le foie , les muscles et plusieurs autres organes
offrent une teinte verdâtre. Enfin, il est des cas où
la peau se recouvre de taches noires comme gangré¬
neuses.
C 3^11 )'
212. Après avoir indiqué les altérations de tissu que
produisent le plus ordinairement les poisons des di¬
verses classes , nous devons remarquer, qu’il n’ar¬
rive jamais que l’on observe sur le même individu
l’ensemble des lésions dont nous venons de parler;
qP que tel poison qui aurait déterminé une vive inflam¬
mation d’un ou de plusieurs organes , s’il avait agi
pendant quelques heures, se bornera quelquefois à
exciter une légère rougeur , et même pourra ne point
altérer les tissus , parce que la mort de rindividu aura
suivi de près son ingestion; 3® que dans certaines
circonstances , et par des causes qui nous sont incon¬
nues , des substances vénéneuses qui auraient dû occa-
sioner une. inflammation plus bu moins intense des
tissus du canal digestif, ne l’ont point déterminée ;
c’est ainsi que dans le fait rapporté parM. Gliaussier,
et dont nous avons fait mention S 2to, il fut impos¬
sible de découvrir la pins légère apparence (l’érosion
ou de phlogose dans le canal digestif. Étnvidler rap-
pc)rte qu’une jeune fille mourut plusieurs heures après
avoir pris de l’arsenic, et qu’il fut impossible de dé¬
couvrir la moindre trace d’inflammation dans l’esto¬
mac et dans les intestins; la peau seule avait une teinte
livide et bleuâtre; cependant l’arsenic fut trouvé dans
le canal digestif.
Tl ne sera pas inutile , avant de quitter ce sujet ,
de faire remarquer que les cadavres éprouvent des
changemens très - remarquables à mesure qu’ils se
pourissent , et que le médecin doit toujours éviter
d attribuer à l’action d’un poison ce qui est simple-
eient l’effet de la putréfaction.- Nous indiquerons
(342)
ailleurs , en parlant de la mort d’une manière générale
les principales altérations qui sont lé résultat de la
décomposition putride.
§ iii. — Des maladies qui simulent Vempoison-
nement aigu.
21 3. Il existe un certain nombre de maladies qui
se terminent quelquefois par la mort , et dont l’in¬
vasion et les symptômes simulent l’empoisonnement
aigu; à l’ouverture des cadavres des individus qui
ont succombe a ces sortes d affections, on découvre
quelquefois des altérations dans les tissus semblables
à celles qui seraient le résultat de l’action d*une
substance vénéneuse. Cette assertion est tellement
prouvée, qu’il nous paraît inutile d’invoquer le té¬
moignage des autorités qui l’ont établie. Les maladies
dont nous parlons reconnaissent pour cause une lé¬
sion du canal digestif, des poumons, du cœur, du
cerveau, de la moelle épinière et des autres parties
du système nerveux ; ce que l’on concevra sans peine
en se rappelant que , parmi les poisons doués d’une
certaine activité , il en est qui irritent et enflamment
les tissus du canal digestif , les poumons ou le cœur;
d’autres qui agissent comme excitans de la moelle
épinière ou du cerveau ; d’autres enfin qui déter¬
minent la stupéfaction du dernier de ces organes,
ou qui attaquent le système nerveux de manière à
occasioner des accideris très-variés et ordinairement
fort graves. Nous sommes pourtant loin de prétendre*
que l’on puisse confondre avec l’empoisonnement
aigu les nombreuses affections dont nous venons de
( 343 )
parler, plusieurs d’entre elles, présentant dans leur
invasion, leur marche, etc., des earaetères propres
à les faire distinguer aisément : mais nous pensons
qu’il est de la plus haute importance de fixer l’atten¬
tion du lecteur sur quelques-unes de ces maladies,
afin de le mettre à même d’éviter des méprises qui
pourraient avoir des résultats fâcheux. Ces maladies
sont le cholera-morbus , une irritation, des. 'voies gastri¬
ques qui donne lieu à des perforations de l’estomac ,
la gastrite aigiü , Xiléus nerveux , X iléus symptoma¬
tique d’un étranglentent interne^ la. hernie étranglée,
la péritonite, l’hématémèse , etc.
Le médecin doit faire tous ses efforts pour dis¬
tinguer ces affections de l’empoisonnement aigu j il
doit chercher des caractères distinctifs dans les symp¬
tômes qu’il observe , dans leur invasion , dans les
^gnes commémoratifs et dans les lésions de tissu qu’il
découvre après la môrt des individus. Si nous croyions
devoir appuyer cette proposition de quelque autorité
célèbre , nous imiterions notre collègue M. Chaussier,
qui dans ces derniers temps a décrit avec le plus
grand soin les perforations de l’estomac , dites spon-
tai^ees ^ ex a indiqué des caractères pouvant servir
dans la plupart des cas à les distinguer de celles qui
sont le résultat de l’ingestion d’un poison irritant.
Or, ce qui a été entrepris par M. Chaussier relative¬
ment a cette alteration des tissus , peut être quelque¬
fois tenté avec succès pour le cholerarmorbus , la
hernie étranglée, etc. Que penser maintenant de
certaines assertions consignées dans îa dissertation
inaugurale de M. Harmand de Montgarny, et que
nous allons transcrire.
( 344 ;
. « I* Ge quils ( les auteurs ) T\^omxsiQnt empoisonne-,
nient aigu n’est autre chose qu’une phlegmasie ordi¬
nairement très-violentè d’une portion ou de la totalité
du canal alimentaire produite par une substance 'véné¬
neuse j 2° les maladies que ces auteurs cherchent à
faire distinguer de rempoisonnement aigu ne sont
elles-mêmes que des irritations plus ou moins intenses
du canal alimentaire , rnals non produites par une subs¬
tance toxique ; ainsi donc la difficulté n’est point de
distinguer des affections différentes , mais bien de
déterminer , parmi les causes nombreuses pouvant
produire une seule et même affection, quelle est celle
qui a agi. Or, je le demande, existe-t-il je ne dirai
pas une phlegmasie, mais un état morbide quelconque
du corps humain dont les symptômes seuls soient suffi-
sans pour faire reconnaître d’une manière positive 3,
quelle cause cet état morbide est dû? » (Page yyin-S®.)
Toutes ces assertions peuvent être combattues avec
le plus grand succès. U empoisonnement aigu est loift
d’être \ regardé par les auteurs de toxicologie comme
une phlegmasie ordinairement très^violente du canal
digestif ; car il est dit expressément, dans les traités de
quelques-uns d’entre eux , que les poisons narcotiques
et les poisons septiques ne déterminent aucune irrita¬
tion du canal digestif, et que dans la plupart des cas
les symptômes de l’empoisonnement par les subs¬
tances narcotico-âcres sont plutôt le résultat de leur
action sur le système nerveux, que de l’irritation
quelles produisent sur le canal dont il s’agit. Les ma¬
ladies que les auteurs de toxicologie cherchent à faire
distinguer de l’empoisonnement ne sont pas toujours
( 345 )
des pJïlegmasies d’une portion où de la totalité du
canal alimentaire, comme le prétend M. de Mont-
garny. L’arachnitiSy là péritonite ^ V iléus nerveux essen^
tiel , Vhématémese , etc. , qui simulent quelquefois
l’empoisonnement par les substances narcotiques ou
irritantes , sont - ils des inflammations de l’estomac ?
Et depuis quand le médecin que nous combattons
a-t-il yu que tous les auteurs de toxicologie aient
voulu faire reconnaître d’une msjnèvQ positive ^ d’après
les symptômes seuls , ^i la maladie était due à l’ac¬
tion d’un poison, ou si elle était produite par une
autre cause ? Ignorait-il par hasard que nous- avions
dit expressément dans notre Traité des poisons que
les symptômes et les lésions de tissu devaient être re-,
gardés comme des preuves accessoires en matière d’em-^
poisonnement? Mais aussi nous avons cru, et nous
persistons à croire qu’il ne faut point rejeter des
moyens d’éclairer une question difficile , par cela
seul que ces moyens ne suffisent point par eux^mêmes
pour la résoudre. Or, peut-on tirer parti de l’examen
des symptômes et des lésions de tissu , si on ne
cherche point à distinguer ceux qui sont véritable¬
ment produits par une substanee vénéneuse , dé ceux
qui caractérisent une des maladies dont nous par¬
lons? Ces considérations doivent suffire pour ren¬
verser la théorie de BI. H. de Montgarny. Entrons
maintenant dans les détails nécessaires pour éclairer
ce sujet.
Choleror-morhiis. Les symptômes de cette maladie
ont le plus grand rapport avec ceux que l’on observe
dans l’empoisonnement par les substances irritantes
( 346 )
il en est de inême des altérations de tissu qu’elle dé-
termine quelquefois ; nous nous dispenserons de les
rapporter parce qu’ils ont été décrits dans tous les
ouvrages de pathologié interne, mais nous croyons
devoir insister sur qtxelques points relatifs à l’histoire
de cette affection qui nous paraissent propres à éclai¬
rer le diagnostic que nous cherchons à établir ; i» eu
général le choiera •‘morbus ne se manifeste dans les
pays tempérés que dans les mois les plus chauds de
l’annéè; cependant on en a observé un très -petit
nombre dans des hivers froids : dans les climats bru-
lans au contraire , il se développe dans toutes les
saisons. Les jeunes gens et les adultes en sont plus
souvent atteints que les enfants et les vieillards ; 2° les
causes qui lé déterminent le plus ordinairement sont
des écarts de régime, l’usage d’alimens indigestes , tels
que des oeufs de brochet, de barbeau , des fèves , des
ognons, des fraises, du melon, de la viande de porc.,
des crabes , etc. ; les boissons glacées , lorsque le corps
est èn sueur ; des vomitifs ou des purgatifs adminis¬
trés mal à propos; une émotion forte et principalement
un violent accès de colère immédiatement après le
repas; 3° il est quelquefois assez commun pour qu’on
puisse le regarder comme épidémique; 4® il est le
plus ordinairement sans fièvre , tandis que le con¬
traire a lieu dans l’empoisonnement par les irritans;
5° la matière des vomissemens dans le cholera-morhus
est d’abord aqueuse, muqueuse , puis elle semble for¬
mée de bile pure, elle n’est jamais sanguinolente : les
poisons irritans déterminent quelquefois des vomisse¬
mens sanguinolens. '
( 347 )
Irritation des 'voies gastriques qui donne lieu çl des
■perforations de V estomac dites spontanées. M. Laisné à
soutenu à la Faculté de médecine de Paris, le 2 5^
mai 1819, une dissertation inaugurale intitulée Con¬
sidérations médico-légales sur les érosions et perfora¬
tions spontanées de l’estomac^ dans laquelle se trouve
parfaitement exposée la doctrine de M. Chaussier sur
cette altération pathologique, Nous croyons ne pou¬
voir mieux faire, pour traiter ce sujet d’une manière
convenable, que d^xtraire les résultats principaux
de ce travail.
On donne le nom de perforation spontanée de
1 estomac à une érosion àe ce viscère qui survient par
une cause organique et interne , et non par une cause
externe et par suite dune influence mécanique. Ees
causes qui déterminent cette érosion peuvent être rap¬
portées à deux chefs, i® la dégénérescence d’une tu¬
meur squirrheuse, les progrès d’un ulcère cancéreux,
2° une action morbide d’érosion, d’ulcération qui a
éclaté spontanément à un point quelconque de la
membrane muqueuse de l’estomac. Les perforations
du premier genre ne sont point rares, mais il n’est
guère possible de les confondre avec cèlles qui se¬
raient le résultat de 1 action d’une substance véné¬
neuse caustique ; 1 ancienneté de la maladie, caracté¬
risée par les symptômes du squirrbe de l’estomac^ ses
progrès successifs ; l’état de squirrbosité et de dégéné¬
rescence cancéreuse des parties qui entourent la per¬
foration établissent suffisamment le diagnostic. Lès
perforations du seeond genre , celles qui sont le ré¬
sultat d’une action morbide d’érQsion , peuvent être dis-
( 348 )
tîngüées en chroniques en aigiies ; ces dernières , plug
rares , se forment quelquefois dans un espace de temps'
très-court. M. Ghaussier, à qui nous devons une suite
de recherches importantes sur cet objet , pense que
la cause première de ces perforations consiste dans
une irritation spéciale des solides, mais il croit aussi
que les sucs sécrétés par le viscère irrité peuvent
acquérir consécutivement une faculté dissolvante qui
contribue à augmenter l'érosion. Il survient d’abord
un développement considérable des vaisseaux capil¬
laires de la membrane muqueuse de l’estomac, qui ne
tarde pas à s’ulcérer et à sécréter un fluide icbQreux;
la tunique musculeuse participe bientôt à l’affection ;
enfin la membrane séreuse est envahie, et se perce en
un jour; alors la perforation est complète, et la mort
très-prochaine. Si la perforation est aiguë , le malade
ressent constamment une douleur vive ; si elle est ebro^
nique, ce qui arrive le plus souvent , il y a quelquefois
absence de douleur. Enfin les autres symptômes que
1 on peut observer , tels que des nausées , des vornis-
semens, la fièvre, l’état grippé de la face, la petitesse
du pouls , etc. , ressemblent à ceux que déterminent
les poisons irritans. ( Voy. § 35. )
Yoici maintenant les caractères de ces érosions tels
qu’ils ont été donnes par M. Chaussier : « Les ulcéra¬
tions et perforations derestomac varientpar la forme,
la situation , l’étendue ; elles sont ou petites et circu¬
laires , ou assez grandes pour qu’on puisse y passer la
main. Elles peuvent survenir en tout point quelconque
de l’estomac; mais c’est particulièrement à la base
de cet organe , à la portion qui correspond à la l’ate
( 349 )
et au diaphragmé, qu’on les observe.- Les alimens
alors s’épanchent quelquefois dans l’abdomen ou dans
le thorax, si le diaphragme est percé; mais le plus
souvent il n’y a point d’épanchement ; la portion de
l’estomac ulcéréç s’est accolée aux parties voisines. Si
on détruit ces adhérences , qui sont légères , il s’é¬
coule alors de l’estomac un liquide visqueux et onc¬
tueux au toucher , sans fétidité , ayant quelquefois
une odeur musquée , toujours brunâtre et mélangé de
flocons ou molécules noirâtres , comme si une poudre
de charbon très - fipe était délayée dans une sérosité
muqueuse. Les bords sont mous , frangés , quelquefois
enduits d’une ligne noirâtre plus ou moins marquée.
Partout ailleurs l’estomac conserve sa forme, sa con¬
sistance ordinaire ; nulle ^art il n'offre de trace d’en¬
gorgement , d’inflammation ; seulement'les réseaux car
pillaires dé sa membrane folliculaire paraissent être
plus développés, surtout dans le voisinage de la perfora¬
tion; quelquefois cela se îovme subitement en peu d’heio-
res chez des personnes saines ; le plus souvent est après
quelques jours de maladie, et lorsqu’on ne peut aucune¬
ment soupçonner une cause de violence extérieure ou
d’empoisonnement. ..(Bulletin des sciences médicales
du département de l’Eure, n*^ 53, pag. 7 etsuiv.J
Après avoir décrit d’une manière succincte tout ce
qui est relatif aux perforations de l’estomac , nous
devons indiquer les moyens à l’aide desquels le mé¬
decin parviendra à distinguer si les symptômes et
les lésions de tissu qu’il a observés sont le résultat d’un
empoisonnement ou d’une érosion de l’estomac pro¬
duite par une cause organique et interne, i» Il aura
J ( S5o )
égard à letaj de santé de l’individu, à son âge. à
son tempérament , à la nature des alimens et des
boissons dont il a fait usage peu de temps avant le
développement des accidens , aux phénomènes qui ont
précédé la mort; souvent il apprendra que la personne
qui fait le sujet de l’observation était depuis long-temps
en proie aux symptômesd’un squirrhe de l’estomac dont
la dégénérescence ulcéreuse sera facile à concevoir, ou
bien quelle a fait usage d’alimens suspects. Ces con¬
sidérations , dont nous nous bornons à faire l’indica¬
tion, sont sans doute insuffisantes pour résoudré la
question qui nous occupe ; néanmoins on aurait tort
de lesnégliger, car elles peuvent servir à éclairer le
diagnostic.
2® La perforation elle - même pourra fournir des
caractères distinctifs. Lorsqu’elle est le résultat de l’ac¬
tion d’un poison irritant, caustique, ses bords offrent
la même épaisseur que celle de l’organe ; quelquefois
même ils sont durs, calleux ; dans la perforation spon¬
tanée, au contraire, les bords sont amincis et formés
seulement par la membrane péritonéale, les deux au¬
tres tuniques de l’estomac ayant été détruites dans une
plus grande étendue que la membrane séreuse. Von-.
verture, dans la perforation spontanée , n’est pas aussi
irrégulièrement découpée que dans celle qui est le ré¬
sultat de l’ingestion d’une substance corrosive. Les
contours' de la perforation produite par l’acide nitri¬
que concentré sont colorés en jaune, ce qui dépend
de l’action chimique que cet acide exerce sur les tis¬
sus de l’estomac. La couleur de la partie qui entoure
la perforation est noire, si celle-ci a été déterminée
( 35i )
par Tacide sulfurique concentré. Presque toujours
dans la perforation qui est le résultat de 1 empoison¬
nement, les portions d’estomac non perforées sont le
siège d’une inflammation plus ou moins vive, dont
on observe également des traces dans la bouche, da,ns
le pharynx, et dans le canal intestinal ; tandis que le
plus souvent, dans la perforation spontanée , les par¬
ties Tzn» perforées ne présentent aucun signe d’en¬
gorgement ni d’inflammation. Néanmoins ce dernier
caractère n’est point constant; car si, d’une part, on
vpit rarement à la vérité des perforations détermi¬
nées par un poison corrosif n’être point accompâ-
nées de l’inflammation des portions du canal diges¬
tif non perforées, on peut également observer des.
perforations spontanées dans lesquelles il y a inflam-'
mation de l’estomac et des intestins.
3® On cherchera à démontrer la présence du poison
en faisant l’analyse des inatières liquides ou solides
contenues dans l’estomac ou épanchées dans l’abdo¬
men , ou celle des tissus qui composent le canal diges¬
tif; et si l’on ne découvre point la substance vénéneuse,
lors meme que les circonstances commémoratives et la
nature des altérations organiques porteraient à croire
quil y a eu empoisonnement, on n’affirmera point;
on se bornera à dire au magistrat qu’il y a des pro-^
habilités en faveur de rempoisonnement. Si , malgré'
les recherches les plus scrupuleuses il est impossible
de démontrer 1 existence d’une substance vénéneuse ,
et que le commémoratif, les symptômes, et surtout
le caractère des lésions de tissu, indiquent que la
aiort a été le résultat d’une perforation spontanée,
(-352)
on affirmera qu’il n’y a pas eu fempoisjonnement , et
cela d’autant mieux que les poisons susceptibles de
perforer l’estomac , appartiennent presque tous au
règne minéral, et sont par conséquent susceptibles
d’être décelés par les réactifs chimiques.
Gastrite aîgiœ. Les substances vénéneuses irritantes
déterminent, comme nous l’avons déjà dit, une gas¬
trite aiguë lorsqu’elles sont introduites dans l’estomac *
il est donc difficile, pour ne pas dire impossible, que
l’homme de l’art puisse affirmer, d’après les symptômes
et les altérations cadavériques , si l’inflammation de
l’estomac doit être attribuée à l’action d’un poison ou
à une autre cause. Mais il est quelquefois possible de
soupçonner, pendant la vie, que les symptômes de gas¬
trite aiguë, auxquels le malade est en proie, sont le
résultat de l’ingestion d’un poison ; ainsi la présence
de taches jaunes sur les lèvres, sur les mains , etc., an¬
nonce presque toujours l’ingestion de l’acide nitri¬
que; la matière des vomissemens rougissant fortement
l’eau de tournesol, et bouillonnant sur le carreau, peut
faire préiMwzer que l’inflammation de l’estomac recon¬
naît pour cause l'introduction d’un acide caustique
dans ce viscère; tandis quelle est d’un em¬
poisonnement par une substance alcaline , si elle ver¬
dit le sirop de violettes.
D’une autre part , le médecin peut , dans certaines
circonstances , en ayant égard aux causes qui produi¬
sent le plus ordinairement la gastrite , se rendre rai¬
son -des phénomènes qu’il observe, et attribuer la ma¬
ladie à l’une ou à l’autre de ces causes ; par exemple ^
ne pourra-t-il point soupçonner avec raison que la
( 353 )
gastrite n’est point :1a suite d’un empoisonnement}
lorsqu’il aura appris que l’épigastre a été fortement
contus , que l’individu a fait usage d’une boisson très-
froide , le corps étant en sueur, ou immédiatement
après un emportement, de colère, qu’il y, a eu suppres¬
sion de la goutte dans un endroit quelle occupait,
etc. Certes l’homme de l’art qui, tout éh reconnaissant
une gastrite aiguë , négligerait de s’éclairer des moyens
que nous proposons pour déterminer la véritable cause
de la maladie, serait blâmable.
Iléus ou colique nerveuse dite miserere. Cette affec¬
tion, que nous supposons essentielle et exempte de
toute complication, peut simuler d’autant mieux l’em¬
poisonnement par les substances irritantes, que son
invasion est presque toujours subite, et quelle peut
avoir lieu trois ou quatre heures après le repas. Voici
quelques considérations propres à éclairer le dia¬
gnostic ; I® dans l’iléus , la douleur est le plus souvent
bornée aux environs de l’ombilic et dans le trajet du
colon; elle est tellement aiguë, que les malades se
coiu-bent en avant et se roulent en tous sens; loin
d etre continue , elle cesse complètement pour revenir
à des intervalles plus ou moins rapprochés; la ma¬
tière des vomissemens, formée d’abord par du mucus,
des alimens, de la bile , renferme bientôt après des ma¬
tières stercorales et les liquides injectés sous forme
de lavement, particularité qu’il n’est pas commun de
remarquer dans l’empoisonnement par les substances
irritantes ; S^ dans l’iléus la constipation est opiniâtre ,
tandis qu’il y a assez souvent diarrhée -dans l’empoi¬
sonnement; 4® si l’individu succombe et que l’iléus soit
a3
( 354 }
t'éritabiement nerveux , l’absencfe âe 4ësiôn organiqiïe
suffit pour lever toute difficulté dans la plupart de»
cas.
Hernie étranglée. Il suffit d’avoir observé quelques
cas de bernie étranglée, pour être convaincu de l’ana^
logie qui existe entre les symptômes qui la caracté¬
risent , et ceux que déterminent dans certaines cir¬
constances les poisons irritans. Les considérations
suivantes pourront cependant servir à éclairer le diag¬
nostic 5 dans la hernie intestinale étranglée , la
tumeur qui jusqu’alors avait été indolente devient
douloureuse; la douleur se propage de la portion
étranglée, qui est la plus sensible, aux autres parties
de la tumeur et à l’abdomen ; elle augmente par la
toux, l’éternuement et les autres secousses du corps
assez souvent aussi le malade éprouvé un sentiment
de constriction , semblable à celui que produirait une
corde tirée à travers la partie supérieure du ventre ;
il y a vomissement de toutes les matières conter
nues dans la longue portion du canal digestif située
au-dessus de l’étranglement ; 3® la constipation est des
plus opiniâtres ; 4® la gangrène , qui termine souvent
la maladie dont nous parions commence par les par¬
ties contenues dans la hernie, et s’ étend/ de là aux
parties contenantes et aüx environs. /
Iléus symptomatique dépendant de l’occlusion du
canal intestinal, ocdusion qui peut être produite par
UH étranglement interne , par un corps étranger con¬
tenu dans l’intestin ou par une tumeur située dans
son voisinage. Les considérations suivantes pourront
servir à caractériser la nature de l’affection ; datts
( 35d )
l’empoisonnement aigu on n’observe point de symp¬
tômes précurseurs , tandis qu’assez souvent dans
i’iléus symptomatique on remarque que les malades
sont sujets à la constipation ou à la diarrhée, aux
coliques , aux nausées , aux borborygmes , à la ten¬
sion et à la flatulence du ventre , à des maladies du
foie , à l’ictère , etc. ; quelquefois on apprend qu’ils ont
avalé certains corps pouvant former le noyau de con¬
crétions auxquelles il est permis d’attribuer l’occlu¬
sion du canal intestinal ; dans d’autres circonstances ,
on reconnaît par le toucher la présence d’un corps,
étranger dans le j a® l’invasion ‘est toujours su¬
bite dans 1 empoisonnement aigu 5 elle a ordinairement
lieu peu de temps \après l’ingestion du poison j dans
l’iléus symptomatique elle peut être suhite ou lente:
dans le premier cas elle arrive souvent après un grand
mouvement, un effort violent accompagné d’un sen¬
timent de craquement, de déchirement, de pesan¬
teur, de gêne dans une des parties de l’abdomen, ou
après un repas copieux, des excès de table : lorsque
l’invasion est lente ^ graduée, il est impossible de con¬
fondre l’iléus symptomatique avec l’empoisonnement
aigu ; 3® dans celui-ci la matière des vomissemens
est muqueuse , bilieuse , sanguinolente , rarement
stercor^le • dans l’iléus symptomatique assez souvent
la matière des vomissemens, formée d’abord d’alimens
à demi digérés, de mucus et de bile, contient ensuite
une plus ou moins grande quantité de matières ster-
corales;! 4° dans l’empoisonnement aigu il y a assez
souvent diarrhée, tandis que dans l’iléus dont nous
parions , la constipation est opiniâtre; quelquefois on
( 356 )
observe une ou deux selles , puis la constipation est
tellement prononcée, que les clystères les plus irritans
ne déterminent aucune évacuation ; 5*^ la douleur,
dans l’empoisonnement produit par les poisons cor¬
rosifs , se manifeste particulièrement à l’épigastre qui
est gonflé et très - sensible^ au toucher; dans l’iléus
symptomatique le siège de la douleur varie suivant la
partie de l’intestin obstruée , et peut occuper tous les
points de l’abdomen ; cette douleur et la tension vont
en irradiant du point où l’occlusion existe vers les
autres ; 6° lors qu’on palpe l’abdomen dans un cas
d’empoisonnement aigu, on ne découvre point de
tumeur , tandis qu’il est permis , dans l’iléus sympto¬
matique, de sentir quelquefois dans une ou plusieurs
parties de l’abdomen une tuméfaction plus ou moins
manifeste.
Il est évident qu’il n’est guère possible , en ayant
^gard à la nature de l’affection dont nous nous oc¬
cupons, de la confondre avec l’empoisonnement si
4’on fait l’ouverture du cadavre, l’iléus symptomatique
-étant toujours le résultat d’une cause qu’il est facüe
d’apprécier après la mort.
Péritonite. L’inflammation du péritoine débute quel¬
quefois d’une manière si violente, et marche avec une
rapidité telle , qu’on pourrait au premier abord être
tenté de la confondre avec l’empoisonnement produit
par les substances corrosives. Les considérations sui¬
vantes pourront servir.à éclairer le praticien, i° la pé¬
ritonite dont nous parlons attaque plus particulière¬
ment les jeunes gens et les femmes nouvellement
accouchées; elle est plus fréquente dans les saisons
( 357 )
froides ; 2® la douleur du véntre est précédée par des
horripilations vagues ou par un frisson général, qui
dure quelquefois un, deux ou meme trois jours j
3° la douleur , bornée à un seul point de l’abdomen
ou étendue sur une grande partie du bas-ventre, est
pongitive, excessivement aiguë , et devient le plus
souvent intolérable par la plus légère pression ; 4° 1©
malade atteint de péritonite est ordinairement couché
sur le dos et ne peut exécuter le plus léger mouve¬
ment sans que les douleurs augmentent considérable¬
ment ; 5° la constipation est dn symptôme ordinaire de
l’inflammation du péritoine ; 6° la tension des parois at^
dominales par des gaz accompagne presque toujours la
péritonite peu de temps après son invasion; quelque
temps après la tuméfaction du ventre augmente en¬
core, et sa sonoréité diminue par l’accumulation d’un
liquide dans la cavité du péritoine ; 7® lorsque la péri¬
tonite se termine par la mort, il existe une lésion par¬
ticulière du péritoine, et le plus souvent on trouve dans
sa cavité un épanchement de liquide séro - purulent
mêlé de flocons albumineux, de débris de fausses mem¬
branes; du reste le péritoine n’offre aucune trace d’ul- 1
cération ni d’érosion.
Evacuations abondantes par haut et par bas d’une ma¬
tière noire ou sanguinolente. Un individu éprouve tout
â coup quelques-uns des symptômes que déterminent
ordinairement les poisons corrosifs; il rend par la
bouche ou par l’anus, et quelquefois par l’une et l’autre
de ces ouvertures, une quantité plus ou moins consi¬
dérable d’une matière noire ou de sang rouge -brun.
Au premier abprd cette affection décrite par les au-
( 358 )
teurs sous les noms Shèmatémese et de melæna, pour^
rait être regardée comme étant la suite d’un empok
sonnement ; il importe donc d’établir les, moyens de
connaître jusqu^a un certain -point si elle est réelle¬
ment due à l’introduction d’une substance vénéneuse
irritante dans l’estomac; s’il est vrai que dans l’Aé-
maténûse le vomissement a quelquefois lieu avec effort
souvent aussi s’opère-t-il sans difficulté ; le sang mêle
avec la matière des vomissemens est ordinairement
d’un rouge brun ou noirâtre , il est assez abondant
et peut être liquide ou coagulé; tandis que dans l’em-.
poisonneraent par les irritans, ce n’est le plus ordi¬
nairement, qu’après de grands efforts de vomissement
que les matières rejetées contiennent du sang , qui du
reste est peu abondant, d’un rouge vif et presque tou-.
jours liquide^ a® dans Yhématémese le vomissement
est suivi d’un calme d’autant plus grand qtfe les dou¬
leurs qui l’avaient précédé étaient plus aiguës, ce qui
n’arrive presque jamais dans l’empoisonnement; 3® le
plus souvent rbématémèse est sans fièvre; 4° assez
ordinairement les évacuations dont nous parlons sont
symptomatiques d’une affection squirrheuse du canal
digestif, et les signes commérnoratifs suffisent pour
éclairer le diagnostic; 5® en exprimant la membrane
muqueuse de 1 estomac des personnes qui ont suc¬
combé à rbématémèse odfait suinter une matière brune
ou noirâtre semblable à celle qui est rendue par le vo¬
missement , ce que l’on n’observe point dans l’empoi¬
sonnement par les substances irritantes.
ni 4. Nous pourrions encore faire mention de quel¬
ques autres inaladies qui peuvent simuler jusqu’à un
( 359 )
certain point l’empoisonnement aigu produit par les
substances vénéneuses narcotiques ou narcotico-âcresj
telles sonfl’ÆracAuzVw, la fièvre dite ataxique^ certaines
affections nerveuses^ etc.; mais nous pensons qu’il suf¬
fit d’éveiller l’attention du médecin sur ce point , per¬
suadé qu’il trouvera, dans l’invasion, les symptômes
et la marche de ces maladies , ainsi que dans les ré¬
sultats fournis par l’ouverture des corps, des caractères
propres à lai faire éviter des méprises qui pourraient
devenir funestes. Nous croyons également inutile de
faire remarquer que dans certaines circonstances des
malveiîlans, ou des personnes peu instruites , ont
cherché à faire confondre avec l’empoisonnement une
foule de maladies qui se terminent par la mort au mo¬
ment où l’on s’y attend le moins ; telles sont les hé¬
morrhagies internes , la rupture de certains organes ,
les congestions sanguines dans l’un des principaux vis¬
cères , les abcès intérieurs , certains anévrismes , etc.
Ici l’ouverture du cadavre dissipe tellement les doutes ,
que nous nous bornerons à ce simple énOncé. Si la
mort subite était le résultat d’une passion vive, telle
qu’un excès de douleur ou de plaisir, l’homme de l’art
baserait son jugement sur l’absence des signes qui ca¬
ractérisent rempoisonnement , et surtout sur l’irnpos-
sibilité dans laquelle il serait de découvrir le poison.
21 5. Maintenant que nous avons examiné en détail
les phénomènes que l’on observe généralement avant
la mort des individus soumis à l’influence des poi¬
sons, les altérations de tissu produites par les subs¬
tances vénéneuses, et les diverses maladies qui simu¬
lent l’empoisonnement, nous pouvons nous occuper
( 36o )
de la solution du problème énonce pag, 335, savoir ^
Comment peut- on reconnaître qu’il y a eu empois
sonnement?
Le médecin ne peut donner qu’un individu, chez
lequel on a observé des symptômes et des lésions de tissu
semblables à ceux que déterminent les substances véné- '
neuses , a été empoisonné , qu autant qu il est parvenu
à démontrer l’existence du poison. S’il est appelé
à prononcer dans un cas de mort subite que l’on croit
être la suite d’un empoisonnement, il peut également
que ïmdividu a été empoisonné, s’il a pu
découvrir le poison, quand memé on n’ aurait observé
que quelques symptômes d’ empoisonnement , et des lé¬
sions de tissu peu marquées : en effet, nous avons éta^
bli, § 210 et 212 , qu’il était arrivé quelquefois que la
mort produite par des substances vénéneuses n’avait
point été précédée des phénomènes qui caractérisent
ordinairement l’empoisonnement , et qu’à l’ouverture
des cadavres on n’avait point trouvé les tissus du ca*
nal digestif sensiblement enflammés. Toutefois, avant
de tirer une pareille conclusion, l’homme de l’art de¬
vrait s’assurer que le poison n’a pas été introduit dans
l’estomac ou dans le rectum après la mort de l’indi¬
vidu. les articles Sublimé corrosif. Oxyde d’ar¬
senic, Yert-de-gris , Acides nitrique et sulfurique. )
Le médecin serait blâmable s’il affirmait qu’il y a
eu empoisonnement, en n’ayant égard qu’aux symp^
tomes qu’il a pu observer pendant la vie, et lésions
de tissu dont il a constaté l’existence après la mort ;
car la plupart des symptômes et des altérations de
tissu déterminés par lespoisons , peuvent se remarquer
dans une multitude- de maladies que 'nous aTons eu
soin de signaler : telles sont le cholera-morbus ^ la gas^
trite y etc.
Cependant l’examen attentif des symptômes et des
lésions de tissu peut , dans certaines circonstances ,
porter l’homme de l’art à établir \ai probabilité de Vem-
poisorinement , lors même qu’il a été impossible de
découvrir le poison. En effet, supposons' pour un ins¬
tant qu’un individu ait été en proie à la plupart des
symptômes que produisent les poisons irritans; toutes
les recherches chimiques sont infructueuses pour dé¬
montrer la présence d’une substance vénéneuse; néan¬
moins la bouche , le pharynx , l’œsophage , et surtout
l’estomac et les intestins, sont le siège d’une inflamma¬
tion manifeste. Certes le médecin qui oserait affirmer
que l’empoisonnement n a pas eulieu, parce qu illui a été
impossible de découvrir le poison , serait blâmable, car
il a pu se faire que la substance vénéneuse ait échappé
aux recherches les plus scrupuleuses. Il serait encore
plus coupable s’il attestait que l’individu est mort em¬
poisonné , cette conclusion ne pouvant être tirée que
dans le cas où la substance vénéneuse a été trouvée.
Tout porte à croire cependant que la mort doit être
attribuée à 1 action d un poison;l’inflammation de pres¬
que toutes les parties du canal digestif , à la suite d’une
maladie de peu de durée , est un phénomène fort rare
hors le cas d’empoisonnement. Il faut donc établir qu’il
e&t probable que la personne est morte empoisonnée.
Cette conclusion , contre laquelle pourront s’éle¬
ver des auteurs justement estimés , qui veulent que
1 on se borne en pareille matière à prononcer affirma-
( 362 ') ■
tivement ou négativement , doit paraître extrêmement
juste, lorsqu’on rédécliit à l’impossibilité dans laquelle
on est quelquefois de démontrer jusqu’à l’évidence la
présence du poison : i® parce qu’il a été entièrement
absorbé ; 2® parce qu’il a été délayé et rejeté par haut
ou par bas , et que la matière des évacuations a été
perdue; 3o parce qu’il a été tellement dénaturé par
les organes de la digestion, qu’il est impossible de le
reconnaître à ses propriétés physiques , et que la chi¬
mie ne fournit aucun moyen de démontrer sa présence,;
comme cela a lieu pour la phipart des poisons végétaux;
4® parce qu’ayant été pris en petite quantité il s’est
intimement combiné avec les tissus du canal digestif,
et qu’il a subi une altération qui ne perniet plus de
le découvrir ; 5° parce que les recherches chimiques ,
auxquelles on est quelquefois obligé de se livrer, sont;
assez délicates et exigent un assez grand nombre de
réactifs , pour qu’il soit possible que le médecin
chargé de faire l’analyse ne parvienne pas à démon¬
trer l’existence du poison , lorsqu’il pourrait être dé¬
couvert par un autre médecin qui serait placé dans
des circonstances plus favorables^
L’homme de l’art, appelépour prononcer sur la cause
d’une mort subite précédée de quelques-uns des phé¬
nomènes qui caractérisent l’empoisonnement , aurait
tort de çonclur.e que l’individu n’a pas été empoisonné',;
par cela seul qu’il n’a point découvert la substance vé¬
néneuse et que les tissus des principaux organes ne
sont point altérés : en effet, la mort peut dépendre
de l’introduction dans l’estomac , ou de l’application
à l’extérieur, d’une substance narcotique qui échappe
' ( 363 )
gourent aux reclierclies cliimiques, et qui n’enflamme
point les tissus avec lesquels on la met en contact. Il
doit se borner alors à faire sentir au magistrat que les
^ccidens peuvent être V^et d un empoisonnement sans
qu’il lui soit permis d’affirmer qu’il a eu lieu. Cette
conclusion , qui ne doit être tirée que dans le,cas où
le médecin ne parvient pas à démontrer que la mort
dépend d’une autre cause que d’un empoisonnement ,
suffit pour éveiller l’attention de la justice , et lui faire
chercher ailleurs des preuves que les sciences médicales .
ne peuvent point fournir. ,
dixpériçnces sur les ajiimauæ 'vivans.
216. Il résulte de ce qui précède que le médecin,
chargé de faire lin rapport sur un cas d’empoisonne¬
ment, est quelquefois embarrassé parce qu’il lui est
impossible de démontrer l’existence du poison à l’aide
des moyens fournis par la chimie et par l’histoire na¬
turelle. Dans ces cas , il doit chercher à s’éclairer des
expériencW faites sur les animaux vivansj il doit in¬
troduire dans 1 estomac d’un chien les matières conte-,
nues dans le canal digestif de l’individu qued’on soup¬
çonne avoir été empoisonné, et celles qu’il aurait pu
vomir* et après avoir attentivement observé les phéno¬
mènes que présente l’animal soumis à l’expérience , U
doit en tirer parti pour confirmer ou infirmer le juge-^
ment qu il aurait porté d’abord. Mais comme les expé¬
riences de ce genre n’ont pas , à beaucoup près , autant
de valeur que le pensent plusieurs médecins, il importe
que nous entrions dans quelques détails afin de mettre
iê lecteur à même d’éviter des méprises qui pour^
( 364 )
raient devenir funestes. Nous allons examiner successi¬
vement i®le procédé qu’il convient de suivre de' pré¬
férence dans ces sortes d’expériences ; a® jgg
mènes que l’on peut observer lorsqu’on introduit dans
l’estomac des chiens des matières que nous appellerons
suspectes , et les conclusions qu’il est permis de tirer de
l’observation de ces phénomènes.
Procédé. On détache l’œsophage d’un petit chien
robuste et à jeun; on le perce d’un petit trou; on in¬
troduit un entonnoir de verre dans l’ouverture, et on
verse dans cet entonnoir toute la portion liquide de la
matière suspecte; les parties solides préalablement ex¬
primées sont placées dans autant de petits cornets qu’il
en faut pour les contenir : puis elles sont poussées jus¬
qu a 1 estomac par 1 ouverture pratiquée à l’œsophage ;
cela étant fait, on lie ce conduit musculo-membraneus
au-dessous de la fente. Ce procédé n’est pas exempt
d’inconvéniens, comme nous Je dirons tout à l’heure;
mais il en présente beaucoup moins que les autres et
doit par conséquent leur être préféré ; il offre surtout
l’avantage inappréciable de s’opposer à l’expulsion de
la matière suspecte par le vomissement.
Quelques auteurs ont conseillé de forcer l’animal a
avaler les substances dont il s’agit , soit dans leur état
naturel, soit apres les avoir mêlées avec des alimens;
mais il est urgent de renoncer à ce procédé, parce qu’il
arrive constamment que la majeure partie de ces ma¬
tières est perdue par suite de la résistance que l’animal
oppose, parce que la petite partie que l’on est parvenu
a introduire dans l’estomac est le plus souvent réjetée
par le vomissement , parce que six fois sur dix au moins
( 365 )
il arrive qu’une portion de ces matières reflue par le
larynx jusqu’aux poumons , et l’animal périt asphyxié,
enfin parce que les alimens avec lesquels^ on mêle ces
substances peuvent les décomposer et les rendre inertes
lorsqu’elles étaient vénéneuses- On pourrait croire au
premier abord que l’on obvierait en partie à ces in-
conveniens en injectant les matières suspectes dans
l estomac au moyen d’une seringue, à laquelle on
adapterait une sonde de gomme élastique; mais plusieurs
fois les chiens mordent la sonde, la percent de trous,
et le liquide s’écoule hors de la bouche; d’ailleurs com¬
ment parviendrait-on par ce moyen à introduire dans
1 estomac les substances solides, et n*arriverait-il' pas
aussi dans certaines circonstances que le métal avec
lequel la seringue est formée décomposerait certaines
substances vénéneuses ?
B. Phénomènes produits par les matières suspectes
introduites dans l’estomac des chiens. Ces phénomè¬
nes peuvent être réduits aux suivans : i.« l’animal périt
au bout de quelques heures, après avoir éprouvé la
plupart des symptômes qui caractérisent l’empoison¬
nement ; 2° il ne se manifeste chez lui aucun, accident
dans les quarante-huit heures qui suivent le moment
où l’expérience a été commencée; 3° il a des nausées
dans les premières vingt -quatre heures; il fait des
efforts pour vomir, et présente d’autres signes d’em¬
poisonnement qui se dissipent au bout de deux ou trois
jours; 40 il éprouve quelques symptômes d’empoi-
sonnement trois ou quatre joürs après que-la ligature
de 1 œsophage a été pratiquée. Examinons chacun d®
ees cas en particulier.
( M& )
1° L^animat périt au bout dé quelques heures apres
avoir éprouvé la plupart, des symptômes qui caracté¬
risent r empoisonnement. Ce résultat prouve évidem¬
ment que la matière introduite dans l’estomac de
l’animal est vénéneuse pour lui ; car il est impossible
de regarder la ligature de V œsophage comme étant la
cause de ces accidens ; mais il est loin de prouver
que l’individu dans l’estomac duquel on - a trouvé la
matière suspecte ait péri empoisonné : en effet là
mort de cet individu peut être la suite d’une de
ces maladies dites spontanées dans lesquelles les
fluides animaux et particulièrement la bile ont pu
être altérés , et avoir- contracté des qualités délétères
capables de produire tous les symptômes dé l’empoi-
sonnement. Il faut donc avant tout s’assurer que l’in-
^ dividu dont il s’agit n’a point succombé à une de ces
affections ; alors seulement , ^e médecin peut pro¬
noncer qu’il y a des probabilités en faveur de. l’em¬
poisonnement. ‘
îl ne 'se manifeste chez V animal aucun aéciderit
dans les quarante-huit hejires qui suivent le moment
oii V expérience a été leommeneée ; d’où il suit que là
matière sur laquelle on agit n’est point Vénéneuse pour
lui ou qu’elle l’est à peine 5 mais on aurait tort de con¬
clure que l’individu dans l’estomâc duquel on a trouvé
cette matière n’a point été empoisonné ; en effet plu¬
sieurs circonstances peuvent faire que les liquides et les
solides contenus dans le canal digestif d’une personne
qui a véritablement succombé à l’action d’un poison
ne soient pas vénéneuses. ^ ^ Un assez grand nombre
de poisons tirés du règne minéral peuvent déter-
( 367 )
miner la mort de l’homme , puis être décomposés par
les substances alimentaires contenues dans l’estomac
qui les transforment en une matière insoluble sans
action nuisible sur les animaux sur lesquels on expé¬
rimente. B. La personne empoisonnée peut avoir
éprouvé des évacuations tellement abondantes, que
tout le poison ait été perdu avec la raâtière des vo-
missemens et des déjections alvines , en sorte qu’il
ne reste plus dans l’estomac que de la bile et des mu¬
cosités, liquides incapables de déterminer le moindre
symptôme d’empoisonnement chez les animaux sou¬
mis aux expériences. C. Enfin ne peut-il pas arriver
que l’empoisonnement ait réellement eü lieu, qu’il
ait été produit par une de ces substances dont l’ab¬
sorption est extrêmement facile , et qu alors la ma¬
tière contenue dans le canal digestif , et que l’on a
introduite dans l’estomac du chien, n’ait déterminé
aucun symptôme d’empoisonnement. Ces diverses con^
sidérations doivent forcer le médecin qui se trouve¬
rait dans le cas dont il s’agit à regarder les' expé¬
riences de ce genre comme insuffisantes pour influer
sur le jugement qu’il aurait pû porter d’abord. '
3° L’animal éprouve des nausées dans les. premières
'Vingt-quatre heures ; il fait des efforts pour ^omir,
et présente d’autres signes d’empoisonnement qui se
dissipent au bout de deux ou trois jours. Les médecins
qui voudront se donner la peine d’observer les effets
que produit la simple ligature de l’Gesopbage sur les
chiens, ne tarderont pas à être convaincus que cette
opération ne détermine jamais pendant les premières
;( 368 )
quarante-huit heures qu’un léger abattement; donc elle
n’est point la cause des phénomènes que l’on observe
dans le cas dont il s’agit ces symptômes dépendent
évidemment de la nocuité des matières introduites
dans l’estomac : mais ces matières peuvent devoir
leurs qualités délétères à une altération éprouvée par
les fluides animaux dans une de ces maladies ditei
spontanées, aussi -bien qu’à leur mélange avec un
poison. D’où il suit que le médecin ne saurait affirmer
<ju’il y a eu empoisonnement, sans s’exposer à com¬
mettre une erreur grave ; il pourrait tout au plus
établir quelques. en faveur de ce genre de
mort.
U animal présente quelques sjmptomes d empoi¬
sonnement , trois ou quatre jours apres que la ligaturé
de r oesophage a été pratiquée. Le médecin ne doit
tenir aucun compte des résultats de cette expérience ,
parce qu’il arrive quelquefois que les chiens qui
n’ont pas été soumis à l’influence d’une substance vé¬
néneuse et dont l’œsophage a été lié éprouvent des
nausées, des vertiges , etc. , à l’époque dont nous par¬
lons.
YINGT-HUITIÈME LEÇOIST.
Deuxieme probTeme. ' .
Quelle est la substance vénéneuse qui a occasioné
les accidens ( page 335)?
217. Les moyens que l’on doit employer pour par¬
venir à connaître la substance vénéneuse qui a déter¬
miné l’empoisonnement sont de trois ordres : 1° les^
( 369. )
uns sont entièrement du ressort de la chimie et de
\ histoire naturelle \ 2® il en est qui appartiennent à la
pathologie^ ex. qui ont pour objet les symptômes'^ 3® en¬
fin les derniers constituent une. partie de V anatomie
pathologique^ et -nous font connaître les altérations
éprouvées par les tissus. . Ceux, du premier ordre doi¬
vent être regardés comme essentiels-^ les autres ne sont
(px accessoires : en effet , les caractères tires des synjp-
tômes et des lésions de tissu ne fournissent jamais que
des indices d’empoisonnement , puisque nous avons
établi page 36o que le seul signe certain de l’empoi¬
sonnement était la présence du poison. . .
§ Il&s moyens fournis par la Chimie et
par r Histoire naturelle ., et qui sont prùpres à
faire, connaître la nature de la substance vé¬
néneuse.
Dans l’état actuel de nos connaissances , la cbimie
fournit les moyens de"^ connaître tous les poisons mi¬
néraux et un certain nombre, de poisons végétaux 5 -il
n en est pas dé même des poisons animaux et de la
plupart de ceux qui sont tirés du règne végétal. Nous
nous bornerons à exposer ici la marche qu’il faut suivre
pour déterminer la nature des poisons minéraux , et de
ceux des poisons végétaux accessibles aux moyens chi¬
miques. Quant aux autres qui ue peuvent être recon¬
nus qu à l’aide des caractères fournis par l’histoire na-
relle (botanique et zoologie), nous renverrons à ce qui
a été dit en faisant leurs histoires particulières.
Les expériences chimiques dont nous devons parler
dans cet article sont extrêmement variées, et souvent
24
( 370 )
asse2 difficiles; nous croyons devoir distinguer lo celles
qu’il faut faire lorsque le poison n’a pas été avalé en
entier, et que le médecin peut agir sur une pcirtion que
Fon suppose sans mélange -^ 2® celles que l’on doit
tenter dans le cas ou la substance vénéneuse est mêlée
avec du thé, du vin, etc., ou bien lorsqu elle fait par¬
tie des matières vomies ou de celles que l’on trouve
dans le canal digestif après la mort. Mais avant d’en^
trer dans les détails relatifs à ces opérations , il^ im¬
porte d’établir quelques préceptes généraux.
I® Les recherches propres à constater s’il y a eu
empoisonnement ne doivent être faites qu’en présence
du commissaire délégué pour cet objet ; et s’il est né¬
cessaire de consacrer plusieurs séances, à la fin de
chacune d’elles, le magistrat doit enfermer et sceller
les pièces d’èxamen. Les recherches ultérieures ne se¬
ront commencées qu’après avoir reconnu l’intégrité du
scellé.
n® Le médecin requis par les tribunaux doit noter
et écrire soigneusement ce qu’il observe , afin d’a?
voir à sa disposition toutes les données nécessaires
pour rédiger convenablement le rapport; il serait filâ^
mable s’il négligeait de prendre des notes à mesure
que les faits se présentent, ceux-ci pouvant être nom¬
breux et difficiles à retenir.
■ 3® Pendant le cours de ses recherches , il doit
s’abstenir de communiquer au magistrat , . et à plus
forte raison à toute autre personne , le jugement pré?-
mature qu’il aurait pu porter sur l’affaire pour laquelle
il est appelé, ce jugement pouvant être singulièrement
modifié par la suites
(370
4® Avant de comiiiencer l’examen physique et
chimique des matières suspectes qüi ont été trouvées
dans les poches de l’individu, dans des cüvettes , des
fioles, etc., il doit disposer tous les instrumens ddnt
il croit avoir bèsoin. Il importe que les réactifs soient
purs^ et que leur à dissolutions, qüi doivent toujours
être faites dans l’èau distillée , soîknt plutôt concentrées
qu* affaiblies. Il né faut employer les réactifs liquidés
que goutte à goutte, parce qu’il pourrait arriver qué
les précipités que l’on cherche à obtenir né parussent
point si on agissait autrement.
5® Lorsqu’on est obligé de faire l’analÿse des ma-
tières contenues dans le canal digestif, l’on fait à la
partie supérieure de rœsdphàge deux fortes ligatures
bien serrées et séparées d’ environ deux décimètrès :
on place de semblables ligatures sur le rectum et sur le
cordén des vaisseaux èt canaux qui se trouvent à la face
intestinale ou concave du foie ; et, après avoir coupé en¬
tre les deux ligatures qu’on a faites, on détaché, on enlève
avec précaution l’œsophage, l’estomac et la masse in-
tesffflàle , que l’on placë sur un drap proprè et plié en
plusieurs doubles. Alors on examine de nouveau là
surface des parties ; oh l’asperge avec une éponge ; on
ouvre dans toute sa longueur l’œsophàgè èt l’estomac ;
bn recueille dans un vase de verrè ou de faïence les
liqueurs ou substances qui s’y trouvent ; enfin , il
convient de laver la cavité de ces viscèrès avec de l’eaU
distillée, pour enlever toutes les parties solides qui s’y
trouvent ou adhéraient à leur surface , ètl’on conservé
cette liqueur séparément deS lotions, pour procéder
ensuite à son examen par les moyens convenables.
( .
Mais si, comme il arrive quelquefois, les parois de
l’estomac ou des intestins ont été gangrenées , ron¬
gées, perforées , et ont laissé ^échapper dans l’abdomen
les fluides ou substances qu’ils contenaient, il faut
recueillir avec soin ces différentes substances , les ab¬
sorber avec une éponge que l’on exprime dans un vase •
on fait ensuite des ligatures au-dessus et au-dessous
des perforations, puis on sépare, on enlève, comme^il
a été dit , toute la masse intestinale, pour procéder plus
exactement à un examen ultérieur. (Chaussier.)
6° L’analyse cliimique des matières suspectes doit
être faite en suivant la marche que nous indiquerons
page 374 et suiv.; mais il faut savoir dès à présent que
l’expert ne= doit agir que sur une portion de ces ma¬
tières, afin que d’autres experts, qui pourraient être
nommés par la suite, soient à même de confirmer ou
d’infirmer les résultats qui auraient été obtenus: par
le premier; et si les matières suspectes, liquides ou so¬
lides^ étaient de nature à pouvoir s’altérer , il faudrait
garder dans de l’alcohol très-pur la portion que l’on
désirerait conserver : une partie du même alcohol serait
déposée dans -un flacon séparé, afin de pouvoir com¬
parer plus tard ses propriétés avec celles du liquide
alcoholique qui a été mêlé avec la matière suspecte.
70 La portion de matière sur laqueUe on agira ne
devra pas être entièrement employée dans une pre¬
mière expérience, la plupart des substances véné--
neuses du règne minéral ne pouvant être reconnues
qu’à l’aide d’un certain nombre de caractères , et le
médecin étant par conséquent obligé de faire plu¬
sieurs essais. .
C573)-
^8® Si ies liquides paraissent beaucoup trop étendus
pour que le poison qui peut y être dissous ne soit point
décelé par les réactifs , on les fera évaporer à une douce
chaleur , dans une capsule de platine ou de porcelaine.
90 Plusieurs auteurs conseillent , lorsque les pre¬
mières expériences ont fourni quelques indices sur la!
nature du poison , de préparer une' liqueur an^dogue ,
et de faire,, comparativement et simultanément,, les
mêmes expériences sur l’une et sur l’autre. Cette
contre-épreuve est évidemment inutile lorsque la li¬
gueur suspecte se comporte avec les réactifs de mà-
nîèré à cé que l’expert , que nous supposons versé dans
l’étude de la chimie , puisse en déterminer facilement
la nature ; mais elle peut être fort utile dans certains
cas , surtout si le médecin chargé de faire les recher¬
chés' a négligé l’étude de la toxicologie. Quoi qp’il
en soit, il peut arriver que des expériences dont nous
parlons ne fournissent point de& résultats absolument
semblables, lors même que la ligueur que l’on a pré¬
parée contient le meme poison que celle qui à produit
Pempoisonnement; en effet, cette dernière peut être
beaucoup plus affaiblie que l’autre, et présenter, avec
les réactifs , des phénomènes différons ; il peut y avoir
dans le liquide suspect, outre le poison dont on crdit
àv^oir reconnula nature, quelques substances étrangères,
qm modifient nécessairement les résultats, etc. Nous
avons cru devoir signaler cette source d’erreur, pour
que le médecin n’attache pas à ces expériences compa¬
ratives plus d’importance qu’elles n’en méritent.
( 374 )
Expériences chimiques propres a faire connaître les
poisons minérauæ et quelques poisons 'végétaux qui
Tl’ ont pas été avalés en entier^ en sorte que Von
peut agir sur une portion que Von suppose sans
mélange. *
Les poisons dont nous devons nous occuper dans ce
paragraphe peuvent être solides, liquides ou gazeux.
Poisons solides.
21 8. Les poisons solides peuvent être facilement divi¬
sés en deux sections : les uns sonttirés du règne minéral,
les autres sont des principes immédiats des végétaux ou
contiennent un de ces principes. Ces derniers seront
reconnus en les mettant sur des charbot&s ardens : en
effet ils seront décomposés , et répandront une fumée
dont l’odeur sera analogue à celle du caramel , du vi¬
naigre , etc. 5 la plupart laisseront pour résidu du chàr-
Lon J quelques-uns d’entre eux fourniront en outre le
métal ou l’oxyde qui entre dans leur composition (i).
Les poisons tirés du règne minéral, mis sur les
charbons ardens, n’éprouveront aucune altération,
(i) Le camphre et l’acide oxalique , que nous rangeons
parmi les poisons, végétaux, présentent quelques phénomènes
particuliers lorsqu’on les met sur les charbons ardens. Le
camphre brûle avec une très-belle flamme jl’açide oxaliqn?
se volatilise presque en entier, répand une fumée d’une odeur
piquante et laisse à peine du charbon, en sorte qn’on pour¬
rait être tenté de le confondre avec quelques poisons volatils
du règne minéral.
(373)
ou bien se volatiliseront en répandant une fumée
d’une odeur piquante ; mais dans aucune circons¬
tance ils ne laisseront du. charbon pour résidu.
Poisons solides tin
Phosphore.
Iode.
Acide phosphoyique .
Potasse à l’alcohol.
idem à la chaux.
Soude à ralcohul.
Foie de soufre-
Sous-carbonate de potasse
pur.
idem du commerce.
Mitràte de potasse.
Chaux.
Baryte.
Strontiane.,
Sous-carbonate de baryte.
Hydrochlprate de baryte.
Sous-carbonate d’ammo¬
niaque.
Hydrochlorate d’ammo¬
niaque.
Sublimé corrosif.
Deutoxyde de mercure.
Protoxyde de mercure.
Sulfure de mercure.
Proto-sulfate de mercure.
Deuto-sulfate de mercure.
Proto-nitrate de mercure.
Deuto-nitrate de mercure.
Turbith minéral.
Turbith nitreux.
Oxydes d’étain.
Prqto -hydrochlorate d’é¬
tain pur.
du, régné minerai,
idem du commerce.
Deuto-hydrochlorate d’é¬
tain.
Oxyde blanc d’arsenic.
Oxyde noir.
Poudre aux mouches.
Sulfure jaune d’arsenic ar¬
tificiel.
Orpiment natif.
Réalgar natif.
Acide arsénique.
Arséniates solubles.
Arsénites solubles.
Oxydes de cuivre.
Sous-deuto-carbonate de
cuivre. .
Sulfate de cuivre.
Nitrate de cuivre.
Chlorure de cuivre.
Nitrate d’argent non fon¬
du.
idem fondu ( pierre infèC-
hale).
Kermès!
Soufre doré.
Oxydes d’antimoine.
Verre d’antimoine.
Beurre d’antimoine.
Nitrate de bismuth.
Sous - nitrate de bismuth
(blanc de fard).
Nitrate de plomb,
Céruse.
( 376 )
Suite des poisons solides tirés du . régne miner àL
Litharge.
Hydrochlorate d’or.-
Massicot.
Oxyde de zinc.
Minium.
Sulfate de zinc.
Tritoxyde de plomb.
Oxyde d’or. ^
Sulfate de fer. ^
Poisons solides qui sont des principes immédiats des végé.
taux ou qui contiennent
page 374
un de ces principes. (Voyez
Morphine.
Acide citrique.
Strychnine.
Acide oxalique. .
Brucine.
/ Acide tartarique.
Emétine. '
Acétate de cuivre. '
Delphine.
Vert-de-gris artificiel. .
Vératrine.
Tartrate acide de potassé
Picrotoxine.
et d’antimoine.
Sel de Derosne.
Acétate de plomb.
Camphre.
Poudre de B.ousselot.
Poisons solides tirés du régne minéral. {Voy. page SyS}.
219. Les poisons solides tirés du règne' minéral
peuvent être blancs ou autrement colorés (i).
Poisons solides blancs, gris.
Poisons solides colorés en
ou d^ un blanc tirant lé¬
jaune , en vert, en rouge.
gèrement sur le gris ou
sur le jaune^
en hleu ou en noir.
Phosphore pur et récem¬
Phosphore,jaune ourou-
ment préparé.
(i) Il importe d’observer
que nous supposons agir sur
les poisons solides sans mélange , tels qu’on les trouve dans
les pharmacies.
( 377 )
Acide phospîîorique.
Potasse à l’alcoiioi.
idem à la chaux , blanc-gri¬
sâtre.
Soude à l’alcohol.
Sous-carbonate de potasse
pur.
idem du commercé.
Nitrate de potasse.
Chaux vive, blanc-grisâtre.
Chaux hydratée.
Baryte grise.
Baryte hydratée.
Strontiane grise.
idem hydratée.
Sous-carbonate de baryte.
Hydrochlorate de baryte.
Sous-carbonate d’ammo¬
niaque.
Hydrochlorate - d’ammo¬
niaque.
Sublimé corrosif.
Proto-sulfate de mercure.
Deuto-sulfate idem.
Proto-nitrate idem.
Deuto-nitrate idem.
Oxydes d’étain hydratés.
Proto-hydrochlorate d’é¬
tain pur.
idem du commerce.
Deuto-hydrochlorate d’é¬
tain, blanc-jaunâtre.
Oxyde d’arsenic, blanc.
Acide arsénique.
Arséniates solubles.
Arsénites solubles.
Nitrate d’argent non fondu.
Oxydes d’antimoine hy¬
dratés.
Bem’re d’antimoine.
Iode, bleu-noirâtre.
Foie’ de soufre, jaune, ver¬
dâtre ou brunâtre.
Deutoxyde de mercure,
rouge.
Protoxyde de mercure ,
noir.
Sidfure de mercure, rou-
.•
Turbith minéral , jaune.
T urbith nitreux , jaune.
Oxyde noir d’arsenic.
Poudre aux mouches ,
noire. "
Sulfure d’arsenic artificiel,
jaune.
Orpiment natif,- jaune.
Réalgar natif, rouge.
Oxyde de cuivre, jaune,
rouge , bleu ou vert.
Sous-deuto-carbonate de
cuivre, vert.
Sulfate de cuivre , bleu.
Nitrate de cuivre, bleu.
Chlorure de cuivre, vert.
Nitrate d’argent fondu,
( pierre infernale ) , brun.
Kermès rouge -brun. "
Soufre doré, jaune orangé.
Verre d’antimoine, jaune
ou rouge-hyacinthe.
Protoxyde d’étain dessé¬
ché, d’un gris jaunâtre
ou bleuâtre.
Litharge, d’un jaune rou¬
geâtre.
Massicot jaune.
Minium rouge.
Oxyde d’or d’un brun noi¬
râtre.
('378 )
Poisons solides blancs, gris f Poisons solides colores en
ou d^un blanc tirant lé- jaune, en vert, en rouge
gerement sur le gris ou en bleu ou en noir, ’
sur le jaune.
Sous-hydroclilorate d’an- Hydrochlorate d’or d’un
timoine. jaune foncé.
Nitrate de bismuth. Sulfate de fer, vert.
Sous-nitrate (blanc de fard) .
Nitrate de plomb.
Céruse.
Protoxyde de, plomb hy¬
draté.
Oxyde de zinc.
Sulfate de zinc.
Poisons solides blancs , gris , ou d’un blanc tirant légè¬
rement sur le gris ou sur le jaune.
220. Parmi les poisons solides blancs il en est (jui sont
solubles en totalité ou en partie dans l’eau distillée;
il en est au contraire d’insolubles dans ce liquide. On
introduira une petite portion du poison dans une fiole>
on ajoutera de l’eau distillée , et on agitera pendant
quelques minutes ; si le poison n’est pas dissous , on
fera bouillir le mélange pendant 12 à i5 minutes : on
retirera la fiole du feu , et après l’avoir laissé refroidir
on filtrera le liquide quelle contient : il est évident
que si le poison est très -soluble dans l’eau, et que
celle-ci ait été employée en suffisante quantité, il sera
entièrement dissôus ; au contraire il en restera une
portion à l’état solide , s’il n’est pas soluble en totalité,
pu si l’on n’a pas employé une suffisante quantité d’eau
distillée ; supposons quepar l’une ou l’autre de ces causes
(379)
iî reste sur le filtre une portion de matière solide, on
s’assurera qu’une partie du poison est en dissolution, par
la saveur marquée du liquide filtré (i). Il serait impor¬
tant de pouvoir indiquer la quantité d’eau distillée qu’il
faut employer pour faire la dissolution : mais on ne
saurait donner rien de précis à cet égard , la substance
vénéneuse qui est à la disposition du médecin pou¬
vant être plus ou moins abondante : nous dirons seu¬
lement qu’il faut eii général employer le moins d’eau
possible, afin d’avoir des dissolutions plus concentrées.
Poisons solides bl(^s\^ gris
ou hlancs-grisâtresy inso- '
lubies dans (Yoy.
S âip.)
Phosphore.
Sous-carbonate de baryte.
Oxydés d’étain hydratés.
Oxydes d’antimoine, id.
Sous-hydrochlorate d’anti¬
moine. "
Sous - nitrate de bismuth
(blanc de fard ).
Çéruse.
Oxyde de zinc (i).
(i) D ne faut pas croire cependant qu’une substance puisse
etre regardée comme étant insoluble dans l’eau parce qu’elle
n’a point communiqué de saveur à ce liquide, car l’expé^
rience prouve le contraire : nous voulons dire seulement que
pour faciliter la résolution du problème qui nous occupe,
nous ne considérerons comme solubles dans l’eau que les
corps qui communiquent à ce liquide une saveur marquée.
Poisons solides blancs, gris
ou blancs - grisâtres , sof^
lubies dans teau en to¬
talité ou en partie.
Acide phosphorique.
Potasse à l’alcohol.
Potasse à la chaux.
Soude à l’alcohol.
Sous-carbonate de potasse
pur.
Idemàu commerce.
Nitrate de potasse.
Chaux.
Baryte.
( 38o )
Strontiane, Protoxyde de plomb hv-
Hydroehlorate de bai’yte. draté. (i) ^
Sous-carbonate d’ammo¬
niaque.
Hydrochlorate d’ammo¬
niaque.
Sublimé corrosif.
Proto-sulfate de mercure.
Deuto-sulfate de mercure.
Proto-nitrate idem.
Deuto-nitrate idem.
Proîo- hydrochlorate d’é¬
tain pur.
Idem du commerce.
Deuto-hydrochlorate d’é*-
tain.
Oxyde blanc d’arsenic.
Acide arsénique.
Arsénites solubles.
Arséniate de potasse et de
soude.
Nitrate d’argent non fondu.
Nitrate de bismuth..
Nitrate de plomb.
Sulfate de zinc. '
Examen des substances solahles.
221. Parmi les poisons solides blancs solublès dans
1 eau en totalité ou en partie, les uns précipitent par
(i) Il est légèrement soluble dans l’eau , mais il ne la rend
pas sensiblement sapide. (^Vojez la. note de la page 379.)
Nous avons omis à dessein de faire entrer le beurre
d’antimoine dans le tableau relatif à la solubilité on à l’iriso-^
lubilité des poisons solides blancs , parce qu’il est facile à
reconnaître à sa consistance graisseuse et aux autres carac¬
tères indiqués § 77.
(38i) '
Yhydrosulfate sulfuré de potasse , les autres ne se sont
point troublés par ce réactif.
Dissolutions des poisons so- Dissolutions des poisons so~
lides blancs qui précipitent lides blancs qui ne précipi-
par Vhjdrosufate sulfuré tent point par Vhydrosul-
de potasse. , fate sufuré de potasse.
Acide phosphorique , en Potasse à l’alcohol.
blanc. à la chaux.
Sublimé corro-\ Soude à l’alcohol.
sif, en-noir. j > _ Sous-carbonate de potasse
Proto-sulfate de | . pur.
mercure, idem. S Idem du commerce.
Deuto-sulfatedè ! as IN^itrate de potasse.
mercure, idem, f Eau de chaux. -
Proto-nitrate de j » . . Eau de strontiane.
mercure, R, Eau de baryte.
Deuto-nitrate de ) Hydrochlorate de baryte,
mercure, Sous - carbonate d’ammo-
Proto-hydrochlorate d’é- niaque.
tain pur , en chocolat. Hydrochlorate d’ammo-
Idem du commerce , en niaque.
^oir. Oxyde blanc d’arsenic.
Acide arsénique, en blanc- ^Arséniates solubles,
jaunâtre ou en jaune. Arsénites de potasse et de
Nitrate d’argent non fondu, soude.
en brun noirâtre.
Nitrate de bismuth, en
noir. ,
Nitrate de plomb ,
Sulfate de zinc pur, en
blanc-jaunâtré.
Idem du commerce , en
brun-foncé.
222. Parmi les dissolutions aqueuses des poisons so-
hdesblancs qui précipitent par l’hydrosulfate sulfuré de
potasse, il en est qui précipitent par la potasse caus-
( 382 )
tique à l’alcohol , et d’autres qiii rie sont point troti.
blés par ce réactif.
Dissolutions précipitées par Dissolutions qui précipîiént
Vhydrosulfàte sulfuré de par le même hjf>osvi-
potasse, et qui précipitent fate, et qui né précîpüékt
par une petite quantité de point par la potàssedVal.
potasse a Valcohol. cohol.
Sublinaé corro-\ Acide phosphoriquë 4.:
sif. I . Acidearsénique(i)-i-
Beuto*sulfatede(e^J»yi»e. a ^ y -r
mercure. / serin. - distinguérâ aisé-
Deuto - nitrate , 1 ment cès deux acides ; fâ-
idem. J eide phosphorique, uni àla
Proto-sulfate de V soude , précipite le nitrate
mercure. d’argent en j aune-serin \
Proto - nitrate , | * tandis que l’àcide ârsé-
idem. ) nique , uni au même aî-
Proto -hydroehlorate d’é- cali, fournit avec le ni-
tain pu,r, en blanc. trate d’argent ün précipité
Ideni du commerce, en rouge-brique,
blanc.
Deuto - bydrochlorate d’é-
tairi , en blanc.
Nitrate d’argent non fon¬
du, en olive. *
Nitrate de bismuth, en
blanc.
Nitrate de plomb, en blanc.
Sulfate de zinc pur, en
blanc. ' '
Idem du commerce , en .
blanc-jaunâtre.
(i) Le signe + dont nous faisons souvent usage indique
que le poison est reconnu. Néanmoins il est du devoir du
médecin chargé de fairè l’ainalyse de la substance vériériéusé
( 383 )
223. Parmi les dissoluions précipitées par Thydro-
sulfate sulfuré dépotasse, et qui précipitent par la po¬
tasse, il en est qui fortrnissent un précipité blanc,
d’autres qui donnent un précipité jaune, noir ou olive.
Dissolutions qui précipitent Dissolutions qui fournissent
en blanc , en blanc-jaunà- , avec la potasse h Valeohol
tre ou en blanc -'vérdâtre un précipité qüi n’est pas
par la potasse a l’alcoh ’ ”
Proto - hydrochlorate d
tain pur.
Idèm du commerce.
Deuto- hydrochlorate d
tain.
Nitrate de bismuth, <
Nitrate de plomb.
Sulfate de zinc pur.
idem du commerce.
Les dissolutions qui précipitent en blanc, en bïane-
jaunatre ou èri blanc-verdâtre par la potasse, ne se com¬
portent pas toutes de la même manière avec l’aeide hy-
drochlorique.
de vérifier, avant de prononcer sur l’èxistence du poison,
si la substance marquée par le signe -+ jouit dés propriétés
énoncées dans la première section Se ce livre , où elle a été
décrite.
jaune-
Sublimé corro¬
sif -f-. .
Deuto-sulfate de *
mercure +. , .
Deuto - nitrate , I ç
idem j ^
Proto-Sulfate dè \
mereurè -p-. j , . , "
Proto - nitrate , j noir.
idem +. )
Nitrate d’argent noîi fon¬
du, en olive -f-.
Pour distinguer les sul¬
fates des nitrates de mer¬
cure et du sublimé corro¬
sif, 'vofez S 45.
( 384 )
Dissolutions qui ne sont Dissolutions qui précipitent
point précipitées par Va- par V acide hjdrocklo^
eide hydrochlorique. rique. '
Proto-iiydrochlorate cl’é- Nitrate de plomb , en
tain pur. blanc -j- .
Idem àvL commerce. ‘
Deuto-hydrochloràte d e-
tain.
Nitrate de bismuth.
Sulfate de zinc pur.
Idem du commerce.
Parmi les dissolutions qui ne s^ont point précipitées
pari acide hydrocblorique, celle du proto-hy drochiorate
d etain pur précipité chocolat par l’hydrosulfate sul¬
furé de potasse -f-; celle de deuto-hydrochlorate d’étain
fournit avec le même réactif un précipité jaune-}-; celle
de sulfate de zinc pur donne un précipité blanc-jau-
natre -j-, d ou il suit qu’il sera très-facile de distinguer
ces trois dissolutions. Quant aux trois autres, savoir : le
proto-hydrochlorate d’étain du commerce, le nitrate
de bismuth , et le sulfate de zinc du commerce , elles
précipitent en noir ou en hrun~foncé par l’hydrosulfate-
suifuré de potasse : on distinguera le proto-hydrochlo¬
rate d’étain du commerce des deux autres , par la
propriété qu’il a de précipiter en brun-noirâtre par l’hy-
drochlorate d’or + ; le nitrate de bismuth sera distingué
du sulfate de zinc du commerce parce qu’il fournit
par la potasse un oxyde blanc qui devient jaune lors¬
qu’on le dessèche 4- , tandis que le sulfate de zinc donne
avec ’la potasse un oxyde bla:nc-verddtre qui ne change
point de couleur par la dessiccation -}-.
224. Après avoir terminé tout ce qui est relatif aiis.
( 385' ^
poisons solides dissous dans l’eau qui précipitent par
l’hydrosulfate sulfuré de potasse, nous devons parler
de ceux qui ne précipitent point par ce réactif. (
§,221.) Or ces derniers se distinguent en ceux qui ver¬
dissent le sirop de violettes, et ceux qui ne jouissent
point de cette propriété.
Poisons dissous ne précipL- Poisons dissous ne précipi-^
tant point par V hydros al- tant point par le même hy-
J^ate sulfuré de potasse^ drosulfàteetne-verdi0arit
et ojerdissant le sirdp de . point, le sirop de •violettes^
'violettes. ( pag. 38 1 .)
Potasse à l’alcoliol. Nitrate de potasse.
Potasse à la cliaux. Hydrochlorate de baryte.
Soude à l’alcohol. Hydrochiorate d’ammo-
Sous-carbonate de potasse niaque.
purf Arséniates solubles.
du commerce. Oyxde blanc d’arsenic (i).
Eau de chaux.
Eau de baryte.
Eau de, strontiàne.
Sous - carbonate d’ammo-
niaque. ,
Oxyde blanc d’arsenic.
Arsénites de potasse et de '
sonde.
225. Parmi les poisons qui jouissent de la propriété
(ï) L’oxyde blanc d’arsenic doit être rangé parmi les
poisons qui verdissent le sirop de^violettes ; néanmoins nous
le plaçons également parmi ceux qui ne le verdissent point :
en effet il arrive souvent que le changément de couleur du
sirop est si peu marqué, qu’il est très -difficile de pronon¬
cer s’il a eu lieu.
aS ■
.( 386 )
de verdir le sirop de violettes , il en est un qui répand
l’odeur d’alcali volatil; c’est le sous-carhonate d’ammor-
niaque-\-'.\es autres sont inodores, et peuvent être par¬
tagés en deux séries.
Ceux qui précipitent par le Ceux qui ne précipitent
sous-carbonatedepotasse. point par le sous-carbonate
de potasse.
Potasse à l’alcohol.
Id. à la chaux.
Soude à l’alcohol.
Sous-carbonate de potasse
pur.
Id. du commerce.
Oxyde blanc d’arsenic.
Arsénites de potasse et de
soude. •
226. On distinguera facilement les eaux de chaux,
de baryte et de strontiane; car l’acide sulfurique ne
trouble point l’eau de chaux , et précipite en blanc les
eaux de baryte et de strOntiane: si on transforme ces
deux alcalis en nitrates , et qu’on les traite par l’al-
cobol , on verra que l’alcohol strontiane brûle avec
une belle flamme pourpre, tandis que l’autre brûle
comme s’il était seul.
Parmi les poisons qui ne précipitent point parle sous-
carbonate de potasse {vof. % 226) , il n’en est qu’un qui
précipite par l’acide bydrosulfurique (hydrogène sub
furé); cestV oxjde blanc d’arsenic'', on le reconnaîtra
donc au précipité jaune qu’il fournira +. En outre ,
un de ceux qiTr ne précipitent point par l’acide hy¬
drosulfurique , précipite en jaune lorsqu’on emploie
Eau de chaux +.
Eau de strontiane +,
Eau de baryte -f-.
(%)
cet acide et quelques gouttes d’acide nitrique : c’est
Xarsénite de potasse ou de soude +. Quant aux autres 5
on peut les partager en deux séries.
Poisons qui précipitent en Poisons qui ne précipitent
jaune -serin par Vhjdro- point par Vhfdrochlorate
chlorate de platine. de platine.
Potasse à l’alcoïiol. Soude à l’alcôliol -p.
Potasse à la chaux.
Sous-carbonate de potasse
pur.
Id. du commerce.
L’acide nitrique versé sur ces quatre variétés de po¬
tasse servira à les distinguer : les deux sous-carbonates
produiront une vive effervescence due au dégagement
du gaz acide carbonique, tandis que la potasse àl’al-
cobol et la potàsse a la chaux ne subiront aucune
altération, ou tout au plus laisseront dégager un péU
d’acide carbonique qu’elles avaient absorbé à l’air.
( V Jjr. S 19 et § 24 pour les, différences qu’il y a entre
la potasse à l’alcobol et la potasse à la chaux, et entre
le sous-carbonate de potasse pur et celui du commeree.)
227. Revenons maintenant aux poisons dissous qui
n’-ont point précipité par l’hydrosulfate sulfuré de po¬
tasse, et qui ne verdissent point le sirop de violettes.
{Fojr. pag. 385. ) Il n’en est qu’un qui précipite par
l’acide hydrôsulfurique;. c’est Xoocpde blanc d’ arse¬
nic Les autres peuvent être partagés en deux séries.
(388)
■Çeux qui ne ^ précipitent Ceux qui précipitent par U
point par le sousrçarbo- sous-carhonate d^amrno^
note d’ ammoniaqite. riiaque. ‘
Nitrate de potasse, , Hydrochlorate de bary-
Hydrochlorate d’ammo- te.+
niaque.
Arséniates solubles.
Uhjdrochlorate d^ ammoniaque sera reconnu à la
propriété qu’il a de dégager de l’ammoniaque re¬
connaissable à son odeur, lorsqu’on le triture aTec de
la chaux vive + ; Les arséniates solubles fournissent
un précipité rouge - brique avec le nitrate d’argent
dissous -f-. Enfin le nitrate de potasse serai celui des
trois sels dont nous parlons qui ne.se comportera pas
avec la chaux et avec le nitrate d’argent comme nous;
venons dè le dire ; d’ailleurs on examinera s’il jouit
des propriétés indiquées § a5 , en faisant son histoire.
VINGT-NEUVIÈME LEÇON.
228. Après avoir exposé tout ce qui est relatif aux
poisons solides blancs-gris , ou d’un blanc légèrement
jaunâtre, solubles en totalité ou enpartie dans Veau dis-
■ tillée, nous allons parler des poisons solides blancs in¬
solubles dans l’eau. ( Voy. § 220.)
229. Parmi ces poisons il n’en est qu’un, le phosphore,
qui étant en contact avec l’air répande une fumée d une
odeur d’ail. Les autres seront divisés en deux séries
par l’acide nitrique pur. •
(38g)
Poisons solides blancs so- Poisons solides blancs ne se
lubies en totalité dans Va- dissolirant point ou né se
eide nitrique pur a la tem- dissolvant qu ’en partie
pérature ordinaire. dans F acide nitrique pur a
la température ordiriaire.
Fof . pag. 379,} . ^
Protoxyde de \ Protoxyde de- \'
plomb hydraté. I sans tain. ' j .
Oxyde de zinc, l efferves- Deutoxyde d’é-f
Sons -nitrate de 1 cence. tain. > hydratés
bismuth. J Protoxyde d’an-|
Sous -carbonate] timoine. |
de bary te. f ^ avec DeutOxydé id. J '
Idem de plomb j efferves- Sous-hydrochlorate d’açi-
(céruse). J cence. timoine.
Si le poison est entièrement dissous par l’acide
nitrique effervescence , on versera deux ou trois,
gouttes d’acide sulfurique dans la dissolution du nitrate,
il se produira: un précipité blanc si c’est' du
de plomb hydraté -f- .- au contraire il n’y aura point de
précipité si c’est de l’oxyde de zinc ou du sous-nitrate
de bismuth; pour distinguer ces deux corps, on trai¬
tera la, dissolution nitrique, par l’eau; ïe nitraJe de
zz«ç ne. ;sera point précipité +; tandis que \q nitrate
de bismuth fournira un précipité blanc +. Supposons
maintenant que la dissolution du poison dans l’acide
nitrique ait eu lieu avec effervescence, on y. versera
de 1 acide hydrosuifurique qui précipitera en noir la
dissolution de céruse 4-, et qiiî ne troublera point celle
du sous-carbonate de baryte -p.
aSo. Les poisons solides blancs insolubles dans
leau et dans l’acide nitrique pur, savoir : les oxydes
d étain et d’antinioine , et le sous-hydrochlorate d’an-
( 390 )
timolne ( vojez § aap ) , seront traités à froid ou à
température de l’ébullition par l’acide hydrochlorique
pur étendu d’eau, qui les dissoudra en totalité ou en
partie : on filtrera la liqueur; Fhydrochlorate formé
précipitera différemment avec les hydrosulfates ; celui
de protoxyde d’étain fournira un précipité chocolat +;
l’hydrochlorate de deutoxyde du même métal précipi¬
tera en jaune + ; enfin les hydrochlorates d’oxyde d’an¬
timoine donneront un précipité orangé plus ou moins
rougeâtre -p.
23 1 . Après avoir indiqué tout ce qui est relatif aux
poisons solides blancs , ou d’un blanc légèrement jau¬
nâtre , nous allons nous occuper de ceux qui sont co¬
lorés en jaune, en vert, en rouge, en blemou en noir.
( y^ojez S 219 ). On traitera ces poisons par l’eau di^
tillée comme nous l’avons dit § 220.
P oisons colores solubles en Poisons colorés insolubles
totalité oii en partie dans daris Veau distillée. ( F.
l eau distillée. 3yd).
Foie de soufre. Phosphorejaune ou rouge.
Sulfate de cuivre bleu. Protoxyde de mercure,
Nitrate de cuivre bleu. Deutoxyde fi/e/re jaune ou
Chlorure de cuivre vert. rouge.
Nitrate d’argent fondu Cinnabre.
( pierre infernale. ) Turbith minéral.
Hydrochlorate d’or jaune. Turbith nitreux.
Sulfate de fer vert oujaune. Oxyde noir d’arsenic.
, rougeâtre. Poudre aux mouches.
Deutoxyde de mercure Sulfure d’arsénic artificiel,
jaune ou rouge (i). Orpiment.
(i) Le deutoxyde de mercure est assez soluble dans l’eau
pour lui communiquer ! une saveur métallique : néanmoins
nous croyons devoir prévenir le lecteur qu’il reste presqu’en
entier dans la fiole dans laquelle on le fait bouillir , en sorte
( 391)
Réalgar.
Oxydes de cuivre.
Sous- deuto- carbonate de
cuivre. ;
Kermès.
Soufre doré.
Verre d’antimoine.
Protoxyde d’étain dessé»-
cRé.
Litharge (i).
Massicot. I
Minium.
Oxyde d’or.
Iode (2).
282. Parmi les poisons colorés solubles en totalité
ou en partie dans l’eau^, il en est qui précipitent par
l’hydrosulfate sulfuré de potasse , et d’autres qui ne
précipitent point.
Poisons colorés dissous pré¬
cipitant par Vhydrosid-
fate sulfuré de potasse.
Sulfate de cui-V
vre. 1
Nitrate de cui-f
vre. I noir.
Chloruré de cui- 1
vre, 1
Poisqns colorés dissous ne
précipitant point par cet
hjdrosulfate.
Foie de soufre. +
Le foie de soufre dissous
dans l’eau, rais en contact
' avec l’acide suif urique lais¬
se précipiter du soufre , et
que 1 on serait tenté de croire qu’il n’y en a pas eu de dis¬
sous : c est ce qui nous engage à le ranger à la fois parmi les
poisons solubles et parmi ceux qui ne le sont point.
(1) La litharge est légèrement soluble dans l’eau, mais
sans lui communiquer de saveur marquée. {Voy. la note de
la page 37p.)
(2) L’iode est à peine soluble dans l’eau néanmoins il
communique à ce liquide une légère teinte jaune d’ambre.
( % 2 ).
Nitrate d’argent fondu Où dégage du gaz acide hydro.
pierre infernale, en noir, sulfuritjue.
Hydrochlorate d’or, en ;
noir.
Sulfate dé fer, en noir.
Deutoxyde de mercure,
en noir..
Parmi les substances colorées dissoutes précipitant
par les hydrosulfates, le deutoxyde de mercure est
jaune-serin ou rouge -p. Les autres peuvent être dis¬
tinguées au moyen de la potasse à l’alcohol, qui pré¬
cipite le nitrate d’argent en olive + ; le sulfate de fer
en ziêrf ou en jaune-rougeâtre suivant qu’il est plus ou
moins oxydé + ; le sulfate,, le nitrate ou le chlorure
de cuivre en hleu -p ,* enfin l’hydrochlorate d’or n’est
point précipité par la potasse à froid +. ( Voyez §
65 et 67 pour les caràctères qui distinguent le sul¬
fate du nitrate de cuivre. )
'233". Les poisons colorés insolubles dans l’eau distillée
jvoyez pag. 390) peuvent être partagés en trois séries:
Poisons d ’un jau~
ne chÔT ou dhme
"couleur verte
hleue ,. brune ou
noire..
Poisons d’une
couleur rouge
intense.' N Qj.
pag. 390).
Poisons autre¬
ment colorés'.
{Noj.pag.Z^o)
Phosphore jau¬
ne.
Deutoxyde de
mercure hydra¬
té, jaune.
Turbith miné-
fal, jaune.
T urbith nitreux,
jaune.
Phosphore rou¬
ge. :
Deutoxyde de
mercure sec.
Cinnabre ( sul-
. fure de mer¬
cure).
Réalgar ( sulfure
d’arsenic. )
Sulfure d’arsenic ’
artificiel d5m
jaune orangé.
Protoxyde de
■ cuivre hydraté
d’un jaune rou¬
geâtre.
Soufre doré d’an- '
timbine , oran-
Orpiment,] aune.
(393)
Kermès.
gé-rougeâtre.
Massicot , jaune.
Minium.
Litharge , d’un
Sous-deuto- car¬
Protoxyde de
jaune rougeâ-'
bonate de cui¬
cuivre sec.
tre,
vre, vert.
Protoxyde d’é¬
Iode, bleuâtre.
tain desséché ,
Deuxtoxyde de
d’un gris tirant
cuivre hydraté,
sur le jaune.
bleu.
Verre d’antimoi¬
Protoxyde de
ne en fragmens
mercme, noir.
couleur d’hya¬
Oxyde noir d’ar¬
cinthe.
senic.
Tritoxyde de
Poudre aux mou¬
plomb puce.
ches, noire.
Deutoxyde de
-
cuivre sec, brun.
Oxy de d’or, brun .
Verre d’antimoi¬
ne , pulvérisé ,
jaune-paille.
234. Parmiles poisons solides de la première série jil
en est un qu il èsfe aisé de reconnaître à l’odeur alliacée
qüil exhale j c’est le phosphore Les autres peuvent
être distingués en
Poisons d’un Poisons bruns ou Poisons verts ou
jaune clair. noirs. (N . pag.~ bleus. / Voyez .
39a.
Deutoxyde de’
mercure hydra--
té. ^
Turbith miné¬
ral.
Turbith nitreux.
Orpiment.
Massicot.
Verre d’antimoi¬
ne pulvérisé.
Oxyde d’ôr brun.
Oxyde noir d’ar¬
senic. ;
Poudre auxmbu-
ches, noire.
Deutoxyde de
cuivre sec, brun.
Protoxyde de
mercure, noir.
Sous - déuto-car-
; bonate de cui¬
vre vert.
Deutoxyde de
cuivre hydraté,
bleu.
Iode d’un bleu
foncé.
( 394 )
Pour déterminer la nature du poison d’un jaune
clair ^ on le fait chauffer dans un tul:)e de verre étroit ‘
long de vingt -cinq à vingt -huit centimètres, et l’on
observe, au bout de trois ou quatre minutes d’une
chaleur rouge, que l’orpiment, le massicot et le verre
d’antimoine ne sont point décomposés, tandis que les
trois autres fournissent du mercure métallique. On re¬
connaîtra le deutoxyde de mercure, le turbith minéral
et le turbith nitreux, en les faisant bouillir pendant
quelques minutes avec de la potasse à l’alcohol et
de l’eau distipée : le turbith minéral ( sous-sulfate de
mercure) donnera naissance à du sulfate de potasse -+■;
le turbith nitreux (sous-nitrate de mercure) fournira du
nitrate de potasse +; le deutoxyde de mercure pur ne
formera point de sel avéc la potasse § 46
et 20 pour la manière de constater s’il se forme du sul¬
fate ou du nitrate de potasse). Quant à Y orpiment ^a.\x
massicot et au verre d’çmtimoine qui n’ont point été dé¬
composés dans le tube de verre , il est aisé de les dis¬
tinguer : en effet l’orpiment (sulfure d’arsenic), chauffé
dans un petit tube de verre avec de la potasse, se dé¬
compose et fournit de l\arsenio métallique dont les ca¬
ractères pnt été exposés page 88 + ; le massicot se dis¬
sout dans l’acide nitrique à l’aide d’une légère chaleur
et donne du nitrate de plomb qui précipite, comme
l’acétate, par les réactifs indiqués § 83 -f-; le verre d’an¬
timoine se dissout en totalité ou en partie dans l’acide
hydrochlorique, et fournit un hydrochlorate qui pré¬
cipite en blanc par l’eau , et en orangé-rougeâtre par
les hydrosulfates -f-.
Parmi les poisons bruns ou noirs {Voy, § 234) ? il
est trois qu’il est aisé de distinguer à l’aide des charbons
( 395 )
ardens ; l’osydè d’or se décompose en oxygène et en or
métallique qui reste appliqué sur les charbons -q- ;
l’oxyde noir d’arsenic et la poudre aux mouches se
transforment en oxyde blanc d’arsenic volatil qui
répand .une fumée blanche d’une odeur alliacée +,
Quant au deutoxyde de cuivre sec d’une couleur
brune , on le dissoudra dans l'acide sulfurique étendu ,
et on. obtiendra du deuto-sulfate dé cuivré bleu, dont
les caractères ont été exposés § 65 -+-• be protoxyde de
mercure noir se dissout dans l’acide nitrique affaibli,
ét produit un nitrate facile à reconnaître -p. ( Voyez
§45.) . ’
Parmi les poisons verts otx Meus ( Voy. § 284), il en
en est un , l’iode , qui , étant mis sur, une plaque de fer
chauffée , se volatilise et répand des vapetus d’un très-
beau violet +; le sous- deuto- carbonate de cuivre
vert, et le dèutoxyde de cuivre bleu hydraté qui ne,
se comportent pas ainsi sur la plaque de fer , seront
mis en contact avec l’acide sulfurique étendu; le sous-
carbonàte sera dissous avec ejfervespence dissolu¬
tion de deutoxyde se fera sans ejf 'ervescence ; l’un et
1 autre fourniront du deuto-sulfate de cuivre. ( Vorez
§65).
235. Si le poison appartenait à la 2® série (^voyèz
pag. 392) qu il fut d une couleur rouge intense et qu5i
répandit une odeur alliacée, ce serait du phosphore
plus ou moins oxydé -p; s’il n’en était pas , on exa¬
minerait s il est soluble dans l’acide, hydrochlori que
pur.
.(396)
Poisons d’unrougeintense, Poisons d'aune couleur rou-
solubles en totalité ou en . ge intense, non dissous ou '
partie dans V acide hjr- décomposés pari’ acide hj-
drochldriqué pur d une drochlorique pur d une
température peu élevée.' températuré peu élevée.
Deutoxyde de mercure sec. Cinabre. ' _
Kermès. Réalgar.
Protoxyde de cuivre. Minium.
La dissolution du deutoxyde du mercure dans l’acide
by drochlorique précipite en jaune-serin par un excès
de potasse + : celle du kermès précipite en blanc ou en-
orangé par l’eau, suivant la manière dont elle a été ^
faite, et les hydrosulfates y font naître un précipité
orangé, tirant plus ou moins sur le rouge + ; l’hydro-
cblorate de cuivre précipite en jaune-orangé par la' po¬
tasse, et devient bleu par l’addition de l’ammoniaque.
Si le poison d’une couleur rouge n’était point dis-'
sous par l’acide hydrochlorique , et qu’il eût été trans¬
formé par cet acide en une poudre blanche, ce serait
du minium (ï) d’ailleurs on s’en assurerait en le -
faisant chauffer avec de l’acide nitrique {'v. § 89 ). Quant
au cinahre et Auréalgar,- ou les distinguera facilement
en les mêlant avec de la potasse , et en faisant rougir le
nàélange pendant quelques minutes dans un petit tube
de verre; le réalgar (sulfure d’arsenic) fournira de
1 arsenic métallique -f- (^'voy. §. 54) J le cinnabre (sul¬
fure de mercure) donnera des globules de mercure-f-
C^ojr:§44). . ■ .
(i) Gette poudre est du chlorure de plomb.
( 397 )
- Si le poison soliHe est autrement co/c?re ['v. pag. Spa),
on commencera par examiner si c’est dd tritoxyde de
plomb : il est très-pesant, dè couleur puce, et passe
à l’état de massicot jaune lorsqu’on le calcine dans ùn
creuset +. Si le poison n’est pas du tritoxyde de plomb,
on le fera bouillir pendant quelques minutes avec de
l’acide hydrochlorique pur et concentré; on laissera
refroidir le mélange , et on filtrera; le d’ar¬
senic d’un jaune orangé restera sur le filtre, et
l’on reconnaîtra qu’il n’y en a point eu de dissous, en
versant dans le liquide filtré de l’eau et de l’hydrpsul-
fate de potasse , réactifs propres à déceler la pré¬
sence de l’bydrochlorate d’arsenic concentré +. Les
autres poisons colorés dont nous nous occupons, tels
que les protoxydes de cuivre et d’étaiti , le soufre doré
et le verre d’ antimoine^ ainsi que la litharge, auront
été dissous en totalité ou en partie V &c\àe hydro-
clilorique, comme on pourra s’en assurer en examinant
le liquide filtré, qui jouira des propriétés des bydrochlo-
rates de ces métaux. Parmi ces hydrochlorates , il en est
un qui précipite en jaune-orangé par la potasse, c’est
celui de protoxyde de cuivre -y les autres précipitent
en blanc par cet alcali. L’hydrochlorate fourni p^r le pro¬
toxyde d étain précipité en pourpre-noirâtre par l’hydrc-
chlorate d’or -H; celui qui contient de la litharge four¬
nit un précipité rao/r avec l’hydrosulfate de potasse +,
tandis que ce réactif précipite en orangé-rougâtre l’hy-
drochlprate d’antimoine obtenu avec le soufre doré +
et avec le vèrfe d’antimoine H-. On distinguera facile¬
ment ces deux .corps l’un de l’autre, en ayant égard
aux caractères exposés § 74 et 76. ' ; .
Poisons solides qui sont des principes immédiats de
•végétaux ^ ou qui contiennent un de ces principes,
(roj. pag. 376.)
236. Parmi ces poisons, il en est un facile à recon¬
naître à son odeur, c’est le +; les autres
peuvent être distingués en ,
Poisons blancs ou d'un Poisons autrement colorés,
blanc jaunâtre (i).
Acide citrique. Acétate de cuivre, bleu
— — oxalique. foncé, -h
- ^ tartarique. V ert-de-gris artificiel , d’un
Tartràte , acide de potasse vert bleuâtre. +
et d’antimoine ( éméti- Poudre de Rousselot^ roU'
que). ge. -h
Acétate de plomb.
Sousracétate de plomb.
Brucine.
Morphine.
Strychnine. .
Emétine.
Delphine.
Vératrine.
Picrotoxine.
Sel de Derosne.
(i) Nous croyons devoir rappeler eneore au lecteur que
nous supposons agir sur les poisons débarrassés des matières
qui les altèrent : cette remarque est très-importante‘surtout
pour ce qui concerne la brucine , la morpbiné, la strych¬
nine , Fémétine , la delphine , la vératrine , la picrotoxine et
le sel de Derosne, substances que l’on n’obtient blanches
qu’autant qu’elles ont été parfaitement purifiées.
( 399 )
237- Nous né nous occuperons point des poisons co¬
lorés en yert, en bleu ou en rouge , parce qu’ils sont dis¬
tingués les uns des autres par leur couleur ; néanmoins
nous rappellerons au médecin chargé de faire ces re¬
cherches , qu’il devra, pour prononcer a,vec plus de cer¬
titude, chercher à constater les propriétés qui ont été
décrites en faisant les histoires de ces substances. Quant
aux poisons blancs, on les réduira én poudré, et on
les triturera avec Féau de tournesol.
Poisons quiroicgîssentr eau Poisons qui ne rougissent,
de tournesol. point Veau de tournesol.
Acide citrique.
— — - oxalique.
- tartarique'.
Emétique.
Acétate de plomb (i).
Sous-acétate de plomb.
Brucine.
Morphine.
Strychnine.
Émétine.
Delphine.
‘ Vératrine.
Picrotoxine.
Sel de Derosne.
Les poisons qui rougissent l’eau de tournesol seront
dissous dans 1 eau distillée en suivant les principes éta¬
blis pâg. 378; on filtrera le liquide, et on le miettra en
contact avee quelques gouttes d’acide sulfurique, qui
ne précipite que X émétique qiX acétate de plomb : or,
î émétique fournit avec les hydrosulfates un précipité
orangé-rougeâtre -f- , tandis que l’acétate de plomb
donne avec ce réactif un précipité noir -h. Quant aux
(i) L acétate de plomb ( sel de Saturne) que nous avons
dit verdir le sirop de violettes , rougit également l’eau de
tournesol.
, ( 4oo )
.acides citrique, oxalique tartarique , on les traitera
par un excès d’eau de chaux ; l’acide citrique ne pré¬
cipitera point à la température ordinaire , tandis (jui[
fournira un précipité blanc si on fait bouillir le mé-
.lange pendant quelque temps ; l’acide oxalique pré^
cipitera en blanc à la température ordinaire, mais le
précipité ne sera point dissous par un excès d’acide -p.
L’acide précipitera l’eau de chaux comme
l’acide oxalique, mais il suffira d’ajouter quelques
gouttes d’acide pour dissoudre le précipité +.
Les poisons qui ne rougissent point Veau de tournesol
peuvent être distingués en deux séries pag. 899) :
Poisons qui - deviennent
rouges lorsqu’on les met
'en contact avec une ou
deux gouttes d’acide ni¬
trique concentré.
Brucine.
Strychnine*
Morphine.
Poisons qui rie rougissent
point par Vadditiori de
r acide nitrique.
Sous-acétate de plomb.
Emétine.
Delphine. ^ .
Vératrine.
Picrotoxine,
Sel de Defosne.
Parmi les poisons qui rougissent par l’acide nitrique ,
la hrucine n’exige que 5oo parties d’eau bouiltante pour
être dissoute ; d’ailleurs elle peut être fondue sans .se
décomposer; et alors elle se congèle comme dé- la cire
par le refroidissement +. La strychnine ne se dissout
que dans environ 3,ooo parties d’eau bouillante j , et ue
peut être fondue sans se décomposer^ +. La morphine
.exige 5,000 parties d’eau bouillante pour se dissoudre;
elle sé fond aisément , ressemble au soufre fondu , et
peut crystalliser par refroidissement +. . • ' ,
( 4oi )
Parmi les poisons qui ne rougissent point par l’acide
nitrique , il en est un , le sous-acétate de plomb , qu’il
est aisé de distinguer à la saveur à la^fois douce, as¬
tringente et styptique dont il jouit d’ailleurs
ses propriétés, § 88.) Quant aux autres, on en fait
bouillir une petite quantité dans l’alcohol : la dissolu¬
tion alcobolique du sel de Derosne est la seule qui né
rétablisse pas la couleur du papier de tournesol rougi
par un acide +. Pour distinguer la picrotoxine, V émé¬
tine , la delphine et \ÿL.mératrine , on en prend un grain
que l’on fait bouülir avec 4» grains d’eau distillée j là jpz-
crotoocine est la seule qui soit entièrement dissoute , les
autres exigeant pour cela plusieurs centaines de fois
leur poids d’eau bouillante -{-.Quant à Y émétine, la del¬
phine et la 'vératrine, 6n les fera dissoudre dans l’acide
bydrochlorique 5 l’hydrochlorate dé émétine est le seul
qui précipite des flocons d’un blanc sale par la noix dé
galle +. ( ^ -yy-ez § io4 et 145 pour les caractères qui
distinguent là de la )
TRENTIÈME LEÇON.
Poisons liquides.
a38. Nous comprenons sous ce titre les poisons qui
sont toujours liquides, et ceux dont l’état naturel est
1 état solide ou gazeux , mais qui ont été dissous dans
Veau. Plusieurs d’entre eux peuvent être facilement dis¬
tingués : Y Kciàe sulfureux vé^axià l’odeur de soufre qui
brtile +j d’acide sent les œufs pou-
ris-f-5 1 acide aeétique a l’odeur du vinaigre -f-. Le chlore
et r eau de javelle d’une odeur particulière ;
a6
C 4q2 )
d’ailleurs ils détruisent ;et colorent en jaune l’emde
tournesol + ; Y ammoniaque et le sous-cqrhonate d’a%-
maniaque ont l’odeur d’alcali volatil + ; l’acide
phtorique corrode tellement le verre , que l’on est obligé
de le conserver dans des vases métalliques -4-. L’ether et
l’alcohol ont une odeur qui les caractérisé ; ils ne ra¬
mènent pas au bleu la couleur du papier de tournesol
rougi par un acide , et ne précipitent point par l’eau -p,
Ualcohol tenant en dissolution de la morphine ^ de la
strychnine , de la delphine , de la 'vératririe , de ia-picro^
toxine y V émétine ou de la hrucine, sera facilement
reconnu à son odeur d’esprit de vin ; 2\ à la pro¬
priété qu’il a de ramener au bleu la couleur du papier
de tournesol rougi par un acide. Pour savoir quel est
l’alcali végétal tenu eu dissolution par le liquide, on
fera évaporer celui-ci jusqu’à ce que tout l’alcobol
soit dégagé , et on agira sur l’alcali solide comme nous
, l’avons dit page 4^0.
Les autres poisons peuvent être distingués i® en
poisons liquides rougissant l’eau de tournesol et ne
précipitant point par l’ammoniaque pure'; 2° en poisons
liquides rougissant ou ne rougissant point l’eau de
tournesol, et précipitant par l’ammoniaque pure; 3° en
poisons liquides verdissant le sirop de violettes , ou ré¬
tablissant la couleur bleue du papier de tournesol
rougi par un acide , et ne précipitant point par l’am¬
moniaque pure; 4^ enfin en poisons liquides ne rou¬
gissant point l’eau de tournesol, ne verdissant point
le sirop de violettes , et ne précipitant point par l’am¬
moniaque pure.
Nous disons expressément que l’on doit employer
( 4o3 )
de l’ammoniaque pure; en effet, si on faisait usào’e
d’ammoniaque contenant une quantité sensible d’acide
carbonique, plusieurs des poisons rangés dans la 3® et
dans la 4® colonne le tableau de la page sui¬
vante) seraient précipités; tels , seraient par exemple
les eaux de chaux, de baïyte et de stronfiane, l’hydro-
chlorate de baryte, etc.; ce qui rendrait nécessaire¬
ment défectueuses les sections que nous avons établies.
Il importe donc d’employer de l’ammoniaque pure qui
n’ait pas été en contact avec l’air; il faut même éviter
autant que possible que le mélange du poison dont on
cherche à déterminer la nature et de rammoniaquej ne
reste pas long-temps en contact avec l’atmosphère, car
il en absorberait l’acide carbonique , et finirait par être
précipité.
L ammoniaque doit être employée goutte à goutte
jusqu’à ce que la liqueur soit saturée , si elle est acide ;
et lorsque le précipité a paru, on ne doit plus en ajou¬
ter , parce que l’excès d’alcali pourrait le dissoudre ,
ce qui compliquerait nécessairement les résultats.
( 4o4 )
P oisons liquides rougissant Poisons liquides rougissant
l’eau de tournesol et ne ou ne rougissant point
précipitant pointparV am^ Veau de tournesol, etpré-
moniaque pure. cipitant par l’ammonia¬
que pure.
Acide sulfurique
- nitrique.
- - nitreux.
— • — hydrochlorique.
Eau régale.
Acidephosphorique.
- - phosphatique.
- citrique.
- - tartarique (i).
^ - oxalique.
- arsénique.
Arséniates acides de po¬
tasse et de soude.,
Nitrate acide d’argent.
Hydrochlorate d’ammo¬
niaque.
Dans l’eàu.
— l’alcohol.
"l’éther.
Proto-sulfate de mercure.
Deuto-sulfate de mercure.
Proto-nitrate de mercure.
Deuto-nitrate de mqrcüfè.
Proto-hydrochlorate d’é¬
tain pur.
Idem du commerce.
Deuto-hydrochlorate d’é¬
tain. . ,
Nitrate de bismuth.
N itrate et acétate de plomb.
Sulfate de zinc pur. '
Idem du commerce.
Sulfate de cuivre.
Nitrate de cuivre.
Acétate de cuivre.
Hydrochlorate de cuivre
provenant du chlorure
issous dans l’eau ),
Hydrochlorate d’or.
Sulfate de fer.
Hydrochlorate d’anti¬
moine.
Tartrate acide de potasse
et d’antimoine ( éméti¬
que. )
Sublimé cor¬
rosif.
(i) Les acides tartarique et citrique du commerce con¬
tiennent quelquefois du tartrate ou du citrate de chaux en
dissolution , et fournissent un précipité blanc par l’ammo¬
niaque ; mais il faut pour cela que cet alcali soit employé
en assez grande quantité pour saturer tout l’acide libre,.
( 4o5 )
Poisons liq itides 'verdissant Poisons ne rougissant point
le sirop de 'violettes ou ré- Veau de tournesol , ne
tahlissantlaeouleur bleue 'verdissant point le sirop
du papier de tournesol- de 'violettes -et neprecipi-
rougi par un acide, et ne tant point par l ammo-
pr écipitant point par Vam- niaque pure,
maniaque pure. ,
Potasse à l’alcohol ou à la Nitrate d’argent neutre,
ciiâtix, INiti’S.tc de potâsse»
Soude, Hydrochlorate de baryte.
Sous-carbonate de potasse Oxyde blanc d arsenic (2).
Alcobol contenant du prin-
Jdem du commerce. crystallisable de De-
Eau de cbaux. rosne.
Idem de baryte.
de strontiane.
Oxyde blanc d’arsenic (i). /
Sous-arséniates de potasse -
et d’ammoniaque.
Arsénites de potasse et de
soude.
Hydrosulfate sulfuré de po-
tasse(provenantdu foie de
soTifre dissous dans l’eau) .
Sulfate de cuivre ammq- :
niacal.
Cuivre ammoniacal.
(i);'L’oxyde blanc d’arsenic se trouve dans cette série parce
qu’il verdit légèrement le sir^p de violettes et qu’il ne préci¬
pite point par l’ammoniaque : néanmoins nous le placerons
aussi dans la série suivante , afin que le lecteur ne soit pas
induit en erreur.
^2) Nous rangeons l’oxyde blanc d’arsenic dans' cette série ,
quoique la plupart des auteurs aient dit qu’il rougit l’eau de
tournesol : en effet son action sur cette couleur est tellement
feible , qu’il n’est guère possible de l’apprécier , à moins
d’être babitué aux expériences de ce genre.
. ( 4o6 )
2.3g. Poisons liquides rougissant Veau de tôurnesoï
et ne précipitant point par é ammoniaque pure. Ou peut
les partager en deux séries. ,
Poisons ^ui précipitent par Poisons qui ne précipitent
un eocces d’eau de chaux, point Veau de chaux a la
a la température ordi- température ordinaire,
navre.
Acide phosphoriqiie. Acide sulfurique.
— — phosphatique. - r- nitrique. -
- - tartarique. - nitreux.
■ oxalique. — . — hydrochlorique.
- arsénique. Eau régale.
Arséniates acides de po- Acide citrique.
tasse et de soude. Hydrochlorate d’ammo-
Nitrate acide d’argent. niaqu^
Parmi les poisons liquides qui précipitent l’eau de
chaux, le nitrate acide d’argent est le seul qui four¬
nisse un précipité colord (olive -clair ou foncé, sui¬
vant que l’eau de chaux contient ou ne contient point
d’hydrochlorates) +. Les acides tartarique et oxa¬
lique, dont nous supposons les dissolutions concentréeSj
se troublent et fournissent un précipité blanc lorsqu’on
les agite avec une petite quantité de dissolution con¬
centrée de potasse : les autres conservent leur traris-
parencé : on distinguera l’acide tartarique à la rapidité
avec laquelle il dissoudra le précipité qu’il forme dans
l’eau de chaux ; l’acide oxalique ne dissout point le
précipité qu’il fait naître dans la dissolution de cet
alcali q-. Les acides phosphorique et arsénique com¬
binés avec la potasse précipiteront le nitrate d’argent,
savoir le premier en jaune +, et le second en rouge-
brique +. L’acide phosphatique s’enflammera lorsqu on
( 4o7 )
le fera bouillir pendant quelques minutes dans une
fiole +. Quant aux arséniates acides de potasse et de
soude, ils précipitent également le nitrate d’argent en
rouge -brique, et on peut les distinguer de l’acide ar-?,
sénique, en ce que celui-ci ne précipite le sulfate de
cuivre qu’au bout d’un certain temps, tandis qu’ils y
font naître sur-le-cbamp un précipité d’uii bleu clair -f-.
240. Les poisons liquides qui ne précipitent point
l’eau dè chaux àla température ordinaire ( 2) ojr. S
peuvent être divisés en
Poisons qui sont , rapide- Poisons qui ne sont pqint
ment décomposés par le décomposés parle cuivre a
cuivre à froid. la température ordinaire-.
Acide nitrique. Acide sulfurique.
- — ^ — nitreux. - — ^ — hydroehlûrique.
Èau régale. __ citrique.
Hydroehlorate d’ammor
4 niaque.
Les acides nitrique , nitreux , et l’eau régale, sont
décomposés avec effervescence et dégagement de va¬
peurs jaunes orangées (gaz acide nitreux); l’acide ni¬
trique est blanc , ou d’un blanc légèrement jaunâtre-p;
1 acide nitreux est constamment coloré en orangé, en
vert ou en bleu -f-; l’eau régale fournit avec le nitrate
d argent un précipité blanc de chlorure d’argent, dont
nous avons exposé les caractères % 12 -p.
Les acides sulfurique, hydrochlorique et citrique
pourront être facilement reconnus. Ce dernier est le
seul qui se solidifie lorsqu’on l’évapore -+-. ( Vojez les
caractères de l’acide citrique solide, § 17.) L’acide
sulfurique précipite abondamment en blanc l’eau de
baryte, lors même qu’elle est très-étendue •+%* L%eide
( 4o8 )
hydrocWorique et l’hydrochlorate d’ammoniaque ne
la troublent point : tous les deux précipitent en blanc
le nitrate d’argent, mais l’hydrochlorate d’ammoniaque
dégage de l’ammoniaque lorsqu’on le triture avec de
la chaux vive +.
241. Poisons liquides rougissant ou ne rougissant point
Veau de tournesol et précipitant par V ammoniaque
pag. 4o4. )
On peut les diviser en '
Dissolutions qui précipitent Dissolutions quifournissent
en blanc ou en blanc ver^ un précipité coloré par la
âatre par tapotasse. potasse ou qui ne préci~
pitentpointafroid.\Voy.
pag. 404. )
Proto-bydrocblorate d’é- Sublimé corro-
tainpur. sif.
Idem du commerce. Deuto-sulfate de
Deuto-hydrocblorate d’é- mercure.
tain. Deuto-nitratede
Nitrate de bismuth. , mercure.
Nitrate et acétate de Proto-sulfate de
■ plomb. mercure.
Sulfate de zinc pur. Proto-nitrate de
Idem du commerce. mercure.
Hjdrochlorate d’antimoi- Sulfate de cui-
ne. vre.
.Tartrate acide de potasse Nitrate, idem.
et d’antimoine (éniéti- Acétate, idem.
que). Hydrochlorate
idem.
Hydrochlorate c
de précipité.
Proto- sulfate de fer , en
vert.
Parmi les poisons qui précipitent en blanc ou en
En
jaune-
serin.
En
noir.
En
bleu.
l’or, point
( 4o9 )
blànc-verdâtre par la potasse, le proto-hydro chlorate
d’étain pur précipite par les hydrosulfates en cho¬
colat -f-; le deiito -hydrochlorate du même métal en
jaune -f-; le sulfate de zinc pur en blanc-^jaunatre+;
rhydroclorate d’antimoine et l’émétique en orangé ti¬
rant sur le rouge (i). Tous les autres poisons de cette
série précipitent en noir par les hydrosulfates ; mais on
reconnaîtra le nitrate et Vacétate de- plomb au préci¬
pité blanc qu’ils fourniront avec l’acide, sulfurique
le protohydrochlorate d’étain du commerce au préci¬
pité pourpre tirant plus ou moins sur le brun qu’il
donnera avec l’hydrochlorate d’or -p; le nitrate de bis¬
muth, à ce que l’oxyde blanc précipité par la potasse
passera au jaune à jnesure qu’on le desséchera en¬
fin le sulfate de zinc du commerce sera reconnu parce
qu’il ne jouira d’aucun des caractères dont nous ve¬
nons de parler; d’ailleurs l’oxyde de zinc qu’on en retire
par là potasse , étant fortement chauffé avec du char¬
bon, fournit du zinc métallique. .
Nous nous bornons dans la résolution de ce problème
à déterminer la nature de l’oxyde combiné avec l’acide ;
peu importe que ce dernier soit l’acide nitrique , sul¬
furique , etc. ; car les propriétés vénéneuses du sel dé¬
pendent entièrement de la présence de l’oxyde : néan¬
moins on trouvera dans l’histoire particulière de ces
poisons les caractères à l’aide desquels on peut juger
quel est l’acide qui entre dans leur composition.
(i) b’hydrocHorate d’antimoine précipite en blanc par
i eau distillée -f-, l’émétique n’est point troublé par ce li¬
quide
( 4io )
242. Parmi les dissolutions qui fournissent un préci-
pité coloré par la potasse, ou qui ne sont point troublées
par cet alcali {'voj-. pag. 4o8) l’hydrochlorate d’or sera
facilement reconnu , parce qu’il ne précipite point à
froid par la potasse , et qu’il donne un précipité jaune
par l’ammoniaque -j-. Le sublimé corrosif et les autres
sels dedeutoxyde de mercure précipitent en blanc par
l’alcali volatil q-. Les sels de protoxyde de mercure
précipitent en blanc par l’acide hydrocblorique q-. Les
sels de cuivre donnent avec un excès d’ammoniaque
un liquide d’un bleu intense, q- Le protosulfate de fer
fournit dù bleu de Prusse avec l’hydrocyanate de po¬
tasse et de fer (prussiate) q- (x).
2.43. Poisons liquides •verdissant le sirop de violettes
ne précipitant point par V ammoniaque. ( Voy. pag. 4q5.)
On peut diviser ces liquides en
Poisons qui précipitent par Poisons qui ne précipitent
V acide hydrosu^urique point par Vacide hydvo'-
dissous dans Veaii. su^urique dissous ^dyns
Veau.
Oxyde blanc d’arsenic, en Potasse à l’alcohol. ; .
jaune, q- Idem à la chaux.
Cuivre ammoniacal , eii Soude à l’aicohol. : .
noir. Sous-carbonate de potasse
Sulfate de cuivre animo- pur.
niacal , en noir. Idem, du commerce.
(i) Si l’on était curieux de connaître la nature de l’acide
qui entre dans la composition des sels de mercure et de
cuivre on consulterait ce qui a été dit en faisant la descrip¬
tion de chacun de ces sels.
C4xi)'
Eau de chaux.
Eau de strontiane.
Eau de baryte.
Sous-arséniates de potasse
et d’ammoniaque.
- Arsénites de potasse et de
soude.
Hydrosulfate sulfure dè
> , . potasse ( provenant du
foie de soufre dissous
dans l’eau).
Les poisons qui précipitent en noir par l’acide hy¬
drosulfurique seront distingués de la manière suivante :
le sulfate de cuivre ammoniacal précipite l’eau de ba¬
ryte , et le précipité n’est jamais complètement soluble
dans l’acide nitrique +; le cuivre ammoniacal ne doit
point troubler cet alcali ; et., dans le cas où il le pré¬
cipiterait, le dépôt serait dissous par l’acide nitrique
pur. {Voyez § 68.)
244- Les poisons qui verdissent le sirop de violettes
{voyez § 343), et qui ne-précipitent point par l’acide
hydro sulfurique, peuvent être partagés en
Poisons qui précipitent par Poisons qui ne précipitent -
r acide carbonique dissous point par V acide carbo-
dans Veau. nique.
Eau de chaux, -f- Potasse à l’alcohol.
Eau de baryte, -f- Potasse à la chaux.
Eau de strontiane. + Soude à l’alcohol.
Le premier de ces alcalis Sous-carbonate de potasse
ne précipite point par pur.
1 acide sulfurique , tan- /«c/ew du commerce,
dis que les deux autres Sous -arséniates de potasse
se transforment en sul- et d’ ammoniaque,
fates blancs insolubles Arsénites de potasse et de
dans l’eau et dans l’acide , soude. -
( 4i^ )
nitrique. ( Fbjr. pag. 386 Hydrosuifate sulfure de
pour les moyens de les potasse,
distinguer.)
Parmi les poisons qui ne sont point troublés par l’a¬
cide carbonique il en est qui ne précipitent point par
l’eau de chaux :
Poisons qui ne précipitent Poisons qui précipitent
point par Veau de chaux', par Veau de chaux.
Potasse à l’alcohol. Sous-carbonate de potasse
Potasse à la chaux. pur.
Soude à l’alcobdl. Idem du commerce.
Hydrosulfate sulfuré de Sous-arséniates de potasse
potasse. et d’ammoniaque. ■ ■
Arsénites de potasse et de
soude.
La potasse à l’alcohol et la potasse à la chaux pré¬
cipitent en jaune - serin l’hydrochlorate de platine
( ijoyez § 19 pour les différences qu’il y a entre ces deux
corps) -+-5 la soude ne précipite point l’hydiochlo-
rate de platine + ; l’hydrosulfate sulfuré de potasse a
une légère odeur d’œufs pouris , et précipite du soufre,
d’un blanc jaunâtre par l’addition de quelques gouttes
d’acide nitrique +.
Si le poison a précipité par l’eau. de chaux, on le
traitera par l’acide nitrique; il y aura effervescence
si c’est du sous-carbonate de potasse pur ou du com¬
merce + ; il n’y aura point d’effervescence si c’est un
sous-arséniate où un arsénite. On distinguera le sous-
arséniate à ce qu’il ne sera point troublé par l’acide
hydrochlorique +; l’arsénite, traité par cet acide,
sera décomposé, et laissera précipiter de l’oxyde blanc
(4i3}
d’arsénic ( acide arsénieux ) , à moins qu’il ne soit af¬
faibli , dans lequel cas on le concentrera par l’évapo¬
ration.' . -
245. Parmi lés poisons liquides qui ne rougissent
point Veau de, tournesol^ qui ne verdissent point le si¬
rop de violettes , et qui ne précipitent point par V am¬
moniaque pure ( voy. pag, 4o5) , le principe de ‘De-
rosne dissous dans l’alcoholpeut être reconnu à l’odeur
alcoholique du liquide -f- ; d’ailleurs on l’obtient à l’état
solide par 1 évaporation. (JT. § 122 pour ses propriétés.)
Les autres poisons peuvent être séparés en deux séries ^
Ceux^ qui précipitent par Ceux qui ne précipitent
ïacidehjdrosu^urique. point par V acide hydro-
sulfurique. .
Nitrate d’argent neutre. Nitrate de potasse.
Oxyde blanc d’arsenic. Hydrochlorate de baryte.
On distinguera le nitrate d’argent neutre de l’oxyde
blanc d’arsenic , parce qu’il fournit un précipité noir
avec l’acide hydrosulfurique +,• tandis que l’oxyde
d’arsenic est précipité en jaune +.
Le nitrate de potasse et l’hydrochlorate de baryte,
qui ne précipitent point par l’acide hydrosulfurique ,
seront distingués par l’acide sulfurique concentré, qui
précipité le sel de baryte en blanc , et qui ne trouble
point la dissolution du nitrate de potasse +.
Poisons gazeux.
Le médecin peut être appelé dans quelques circons-,
tances pour déterminer la nature de certains gaz aux¬
quels on croit devoir attribuer les accidens fâcheux
(4i4)
queFon a observés chez l’homme ou chez les animaux
Les gaz délétères, quil importe surtout de connaître
sont le chlore, le gaz ammoniac, les acides nitreux
sulfureul , hydrosulfurique , carbouique ; l’azote , les
oxydes de carbone et d’azote. On peut les diviser en
y . Gaz colorés,^ Gaz incolores.
Chlore. Gaz ammoniac.
Acide nitreux. — acide hÿdrpsulfurique,
— acide sulfuretxx.
Le chlore est d’un jaune- —acide carbonique,
verdâtre + ; le gaz acide Oxyde de carbone,
nitreux est orangé +. Protoxyde d’azote.
Azote.
Parmi les gaz incolores , il en est trois doués d’une
odeur vive particulière qui les caractérise : le gaz am¬
moniac a l’odeur d’alcali volatil -j- ; le gaz acide hy¬
drosulfurique sent les œufs pouris + ; l’acide sulfu¬
reux a l’odeirr de soufre qui brûle ■+. '
Les autres peuvent être facilement distingués au
moyen d’une bougie allumée. Le gaz oxyde de car¬
bone s’enflamme , brûle avec une flamme d’un blanc-
bleuâtre, et passe à l’état d’acide carbonique,* aussi
l’eau de chaux, que l’on verse dans l’éprouvette qui
a servi à faire l’expérience , est - elle précipitée en
blanc + ; le gaz protoxyde d’azote fait brûler la bou¬
gie avec beaucoup plus d’éclat l’azote et l’acide
carbonique l’éteignent , mais le premier ne' précipite
point l’eau de chaux -f-; tandis que l’acide carboni¬
que se combine avec cet alcali, et forme du s'ous-car-
bonate de chaux blanc insoluble dans l’eau, et solu¬
ble dans l’acide nitrique +.
(4.5)
TRETfTE-üKIÊME LEÇON.
Expériences chimiques propres h découvrir les poisons
minéraux qui ont été mêlés avec du thé ^ du café , du
' vin^ etc. y ou qui font partie dés matières 'vomies, ou
de celles -que Von trouve dans le canal digestif apres
la mort.
Le médecin chargé de découvrir un poison miné¬
ral dans du vin , dans un infusum de thé , un decoc-
tiim de café , dans la matière des vomissemens pu
dans les substances contenues dans le canal digestif
après la mort , doit savoir que le poison qu’il re¬
cherche peut s’y trouver dans des états différons , que
nous allons indiquer en même temps que nous ferons
connaître les expériences propres à le découvrir etl’ordte
dans lequel elles doivent être faites.
xl. Il peut y exister a 1 etat solide sans avoir éprouvé
la moindre décomposition, soit parce qu’il n’a pas été
sensiblement dissous , soit parce que l’ayant été à une
température élevée il s’est précipité en grande partie
à mesure que le liquide dissolvant s’est refroidi; dans
ce cas d faut ramasser les diverses parties qui se
trouvent ordinairement au fond du liquide j et agir
sur elles comme nous l’avons dit page 374.
B. Il peut se trouver en dans un liquide
incolore ou légèrement coloré, sans avoir été décom¬
pose ; alors on passe la liqueur à travers un linge fin ,
et on en essaye une portion parles réactifs dont nous
-avons parlé à l’articledes poisons liquides (v. pag. 4o4);
Si les résultats que l’on obtient ne sont pas de nature
. ( 4i6 )
à faire connaître la substance vénéneuse, on introduit
la dissolution dans une cornue à laquelle on adapte
un récipient, et on chauffe' lentement; par ce moyen
non-seulement on obtient dans le ballon les subs¬
tances volatiles qui pourraient, en faire partie, et qui
sont l’ammoniaque , le sous-carbonate d’ammoniaque
les acides nitrique, hydrochlorique et sulfureux , mais
encore on concentre la liqueur et on la rend propre
à être précipitée par les réactifs qui: n’avaient point
agi sur elle d’abord, parce qu’elle était dissoute dans
une trop grande quantité de véhicule ; il peut même
arriver qu’après le refroidissement du liquide ainsi
chauffé, une partie du poison se dépose sous forme
de poudre ou de crystaux. Si malgré cette opération la
liqueur reste transparente et sans action sensible sur
les réactifs , il faut la verser dans une capsule de por¬
celaine et la faire évaporer jusqu’en consistance presque
syrupeuse, afin d’obtenir le poison à l’état solide et
l’examiner comme nous l’avons dit pag. 3y4- Enfin, si
tous les essais dont nous parlons sont infructueux pour
‘mettre l’existence de la substance vénéneuse hors de
doute, on agira comme nous l’indiquerons plus bas(E)’.
C. Le poison peut se trouver en dissolution dans
un liquide coloré sans avoir été décomposé : dans ce
cas on passe le liquide à travers un linge fin , et on
s’assure par les moyens indiqués § 6g et 70 qu’il ne
renferme ni un sel d’antimoine ni du nitrate d’argent-
alors on le décolore en y versant une suffisante quan¬
tité de chlore liquide et concentré ; on laisse déposer
les flocons de matière rougeâti-e qui se forment par l’ac¬
tion du chlore, sur les matières végétales et animales;
( 4i7 )
on filtre et oii agit sur la dissolution comme nous
venons de le dire ( B ).-Il importe de s’assurer , avant
d’employer le chlore, que la liqueur colorée ne' ren¬
ferme ni un sél d’antimoine ni du nitrate d’argent,
parce que ces dissolutions salines seraient précipitées
par le chlore , et qu’il sèrait impossible dé les décou¬
vrir dans la liqueur,
D. Le poison peut , sans avoir été découiposé , sè
trouver en partie à l’état solide , en partie dissous
uans un liquide coloré ou incolore. Gë Cas rentre dans
un de ceux que nous vénons d’examineri
E. i?ar suite de 1 action chiniiqué que les différentes
substances végétales et animales exercent sur certains
poisons, ceux-ci peuvent s’être combinés avec elles
Cu avoir été décomposés et transformés eh xm pro¬
duit presque toujours insoluble, qui fait partie des
mélanges dont on ebercbe à constater la nocuité 5
les liquides qui entrent dans là composition dé ces
mélanges ne fournissent pour l’ordinaire aucune trace
dé poison lorsqu’on les traite par les réactifs ; néan¬
moins il serait imprudent dé les rejeter, car iis peu¬
vent en contenir une petite quantité. Voici le procédé
qu’il convient de suivre pour mettre l’existence de la
substance vénéneuse hors de doute. On évapore les
portions liquides jusqu a siccité ; on dessèche les ma¬
tières solides, et on calcine séparément, dans un petit
tube de verre, une partie de ces produits avec un mé¬
lange de charbon et de sous-cafbonate de potasse sec.
Si le poison minéral que l’on cherche est à base de
mercure ou d’arsenic (métaux volatils), on obtient, sur
les parois de la partie moyenne du tube, des globules
.27'
(4x8.)
mercuriels ou des lames brillantes semblables à de
4 acier , qui ne sont autre chose que de l’arsenic mé-
taH^ue.
Si par le moyen que nous indiquons on ne découvre^
point sur la surface interne du tube des particules mé¬
talliques , on peut affirmer que ni le mercure ni l’ar¬
senic ne font partie du poison que l’on cherche ; et dès
lors on peut soupçonner que celui-ci a pour base l’an¬
timoine, le cuivre, l’étain , le bismuth , le zinc, l’ar¬
gent , l’or ou le plomb. Pour s’en assurer , on calcine de '
nouveau le mélange dans un petit creuset que l’oii
fait rougir, et que l’on maintient à"'cette température
pendant quinze ou vingt minutes : on obtient au
fond du creuset une des huit substances métalliques
énümérées : on la traite par l’eau pour la séparer du
charbon avec lequel elle est mêlée, puis on la fait
chauffer avec de l’acide nitrique pur : Y or ne subit
aucune altération de la part de l’acide nitrique ; l’étain
et l’antimoine sont transformés en oxydes blancs par
cét acide, tandis que le cuivre, le zinc , l’argent,
le bismuth et le plomb sont dissous.
• \ ■ - ' . . - ,
( 4i9 )
Nitrates formés par le mé~ Oxydes formes par le mé^
toi et VcLcide nitrique. tal et ï oxygène de V acide
nitrique.
Nitrate de cuivre bleu. Peroxyde d’antimoine.
Nitrate de zinc.x Idem d’étain,
Nitrate d’ar- j incolo- ' ^
gcnt. I.res ou
Nitrate de bis- 1 légère-
muth. I ment co^
Nitrate dejlorés,
plomb. j
Le nitrate de cuivre peut être reconnu à sa couleur
bleue ou verte + ; celui de bismuth est le seul qui
précipite en blanc par l’eau distillée-+- ; celui de plomb
précipite en blanc par l’acide sulfurique +; le nitrate
d’argent fournit un précipité olive avec la potasse -j-,
tandis que celui de zinc précipite en blanc ou eu blanc-
verdâtre par cet alcali -p.
_ Pour distinguer l’oxyde d’étain de l’oxyde d’anti¬
moine, on les fait dissoudre séparément et à l’aide de¬
là chaleur dans. l’acide hydrocMorique ; l’hydrochlo-
rate d’étain précipite en jaune par les hydrosulfates,
et nest point troublé par l’eau distillée q- ; tandis que
celui d’antimoine précipite en blanc par ce liquide , et
en orangé-rougeâtre par les hydrosulfates.
Avant de quitter ce sujet, nous croyons devoir ob-^
server qu il faudrait agir sur les tissus du canal digestif
comme nous venons de le dire , si les recherches fai-?
tes jusqu alors avaient été infructueuses.
( 420 )
§11. — Des symptômes considérés comme des
moyens propres à faire reconnaître la nature
de la substance vénéneuse.
Nous avons établi, pag. 36o, en parlant des moyens
propres-à constater que rempoisoniiement a eu lieu
qu’il était impossible de regarder les symptômes éprou¬
vés par les malades autrement que comme des preuve
accessoires, mais fort utiles, et nous avons développé
les motifs qui nous forçaient à adopter cette opinion.
Il est donc évident que l’étude la plus attentive des
symptômes ne saurait conàaiïe d’une maniéré certaim.
à la découverte du poison qui les a oçcasionés ; néaO'^
moins elle peut guider le médecin dans la résolution
de ce problème important, et nous semble devoir être
prise en considération. Refusera-t-on d’admettre, par
exemple, que dans un très-grand nombre de cas, les
poisons rangés dans, la classe des irritons, des nar¬
cotiques ou des narcotico-âcres , déterminent une sé¬
rie de phénomènes qui ne se ressemblent pas, «ît qui
sont par conséquent propres a indiquer à l’obseivateur
le choix des moyens dont il doit faire usage pour ré¬
soudre la question ? Certes , ici il ne s’agit point d’affir¬
mer, mais bien de présumer que la substance véné¬
neuse, appartient à une des trois classes dont nous par-
Içns : or le médecin serait blâmable s’il négligeait au¬
cune des considérations propres à éclairer un problème
aussi difficile.
Phénorrienes qui peuvent faire soupçonner que
( 421 )
poison ingéré appartient a la classe des irritans. Les
substances vénéneuses irritantes , déterminant presque
toujours une vive inflammation de l’estomac et des in¬
testins , occasionnent la plupart des symptômes qui ca¬
ractérisent cette affection , tels que des douleurs vives
à l’épigastre et dans quelques autres parties de l’abdo¬
men , des nausées , des vomissémens violens, quelque¬
fois sanguinoléns ^ des déjections alvines , etc. Indépen¬
damment dé ces symptômes, les malades se plaignent
d’avoir ressenti une saveur âcre, chaude j brûlante; ils
éprouvent une constrictiôn à la gorge et une grande
sécheresse dans la bouche et dans l’œsophage. Rare¬
ment observe-t-oh des vertiges : ou la paralysie des
membres abdominaux, à moins que ce ne soit vers la
fin de la maladie, ét lorsque la dose du poison employé
a été très-considérable i
Phénonienes qui peuvent faire soupçonner que lepoi~
son ingéré appartient a laclasse des narcotiques. La plu¬
part de ces poisons déterminent d’abord des vertiges,
raffaiblissement et même la paralysie des membres
abdominaux, la dilatation de la pupille, la stupetn,
quelquefois le eoma , enfin des mouvemens convulsifs
légers ou forts. Les malades ne se plaignent point d’a¬
voir éprouvé une sav^eur eaustique; la bouche, lè pha¬
rynx et 1 œsophage ne paraissent etre le siège d’aucune
altération : les vomissemens et les déjections àlvines ,
lorsqu ils ont lieu ( ce qui ^t assez rare ), sont loin
d etre aussi opiniâtres que dans l’empoisonnement par
les substances irritantes; la douleur dévéloppée par
ces poisons n’a jamais lieu peu de temps après leur in¬
gestion ; eUe est ordinairement légère ; quel quefois
( 422 )
Cependant elle ést excessivement aiguë , mais àlors loiü
d’avoir exclusivement son siège dans l’abdomen elle
sè fait sentir dans différentes parties du corps.
Phénomènes qui peuvent faire soupçonner que lepoU
son ingéré appartient a la classe des narcotico-âcres. Lès
poisons narcotico - âcres peuvent être rangés en deux
sections par rapport à leurs effets j les uns, comme
le cainphre, la coque du Levant. la picrotoxine, la
strychnine , la noix vomique , la brucine et l’écorce qui
la fournit, etc., donnent lieu à des accidens nerveux
ordinairement fort graves qui cessent tout a coup pour
reparaître quelque temps apres. La durée des accès et
des intervalles lucides peut varier à l’infini. Pendant
l’attaque, les membres se roidissent et sont agités en
tous sens par des mouvemens convulsifs effrayans; lès
yeux sont saillans , hors des orbites , le thorax immo¬
bile, ce qui amène la suspension de la respiration ; la
langue, les gencives et la bouche sont livides comme
dans l’asphyxie; la lésion des facultés intellectuelles
n’est point constante; le vomissement est fort rare ; le
malade éprouve une saveur amère insupportable, ^ès
poisons rangés dans l’autre section agissent, comme les
narcotiques, d’une manière continue, c’est-à-dire que
l’on n’observe aucune intermittence dans les symp¬
tômes qu’ils déterminent : ces symptômes ressemblent
en partie à ceux que produisent les poisons narco¬
tiques , excepté qu’ils sont précédés , dans la plupart
des cas, de plusieurs phénomènes qui indiquent un©
vive excitation.
( 423 )
^ Des lésions de tissu considérées comme des
moyens propres à faire connaître la nature de
la substance vénéneuse.
■ Il en est de même des lésions de tissu que des symp^
tomes produits par les poisons; on ne doit les- consi¬
dérer que comme des moyens secondaires propres à
jeter quelque jour sur la question qui nous occupe;
elles peuvent porter le médecin à croire que l’empoi¬
sonnement est le résultat d’une substance irritante,
narcotique où narcotico - âcre , mais elles sont loin de
pouvoir le convaincre qu’il en est réellement ainsi, '
Lésions de: tissu- tendant a établir, "que l’empoisôn^
nement a été produit par une substance irritante.'^']! est
démontré que dans certaines circonstances les poisbns
irritans ont occasioné la mort sans laisser sur les
organes avec lesquels ils avaient été mis en contact
la moindre trace de leur action, il est également
vrai qu’ils déterminent presque toujours une phlo-
gose , ordinairement très-intense dans les parties qu’ils'
touchent : cette, inflammation produit dans les tissus
une altération dont le degré varie, et que mous avons
fait connaître en détail § 6. '
Lésions de tissu produites par les substances narco¬
tiques. Nous ne pensons pas, comme la plupart dès
auteurs qui ont écrit sur ce sujet, qu’il soit possible
de déterminer, à l’inspection du cadavre, que la mort
est le. résultat de l’empoisonnement par une substance
narcotique. En effet les poisons de cette classe n’en- =
flam ment point , comme on l’a prétendu , les tissus
( M )
avec lesquels on les met en contact ; et si djans quel
ques circonstances on a observé la phlogose du
canal digestif à la suite de rempoisonnement par les
narcotiques, cette altération dépendait évidemment
des liquides irritans que l’on ,avait administrés pour
faire vomir ou pour s’opposer aux effets du poison.
La liquidité du sang, la flexibilité des membres la
promptitude avec laquelle le cadavre se putréfie
l’apparition de plaques rouges, violettes, etc., à la
peau, l’entr’ouvrement des yeux, la distension de l’es,
tomac et des intestins , etc. , sont autant de caractères
que l’on a indiqués comme étant propres à faire dis.
tinguer l’empoisonnement par les narcotiques ; mais
quelques-uns de ces caractères sont, loin. d’être vcons-
tans, et il en est d’autres que l’on observe égalentent
dans l’empoisonnement produit par les substances
irritantes et narcotico-âcres. .
En général les poumons des individus qui ont
succombé à l’empoisonnement par les narcotiques
offrent, des taches livides et même noires ; leur: tissu
est plus dense et moins crépitant • mais on retrouve
souvent cette altération dans l’empoisonnement par
les narcotico-âcres et par les iriitans.
Lésions de tissu produites par les poisons narçotieo^:
âcres. Parmi les substances vénéneuses de cette classe,
il en est un certain nombre qui, en . général, n’en-
flamment point les tissus avec lesquels on les met en
contact J la mort qu elles occasionnent est précédée;
dun ou de plusieurs accès que l’on pourrait appeler
tétaniques y et à l’ouverture du cadavre on découwè
des altérations semblables à celles que produit
(425)
phyxie. ( pag. 33o .) Il en est d’autres qui, à
l’instar des poisons irritans, déterminent le
(/g«?une inflammation plus ou moins vive, l’uleération
ou la gangrène des parties sûr lesquelles on les a ap¬
pliquées; toutefois les symptômes qui ont précédé la
mort peuvent servir dans beaucoup de cas à faire
présumer que l’inflanamation est plutôt le résultat de
l’action d’un poison irritant que d’un narcotico-âcre.
De V époque a laquelle doivent être faîtes les recherches
pouvant servir a déterminer s^ il y a eu empoîsonne-
' rnenf, et a faire connaître la nature de la substance
■vénéneuse.
Dans la plupart des cas, le médecin chargé de cons¬
tater la- cause d’une mort subite est appelé avant que
l’inbumation du cadavre ait eu lieu ; mais il peut sè
faire qu’il ne soit consulté que plusieurs joiirs, et
même plusieurs mois après. Noüsindiquerons ailleurs,
en faisant rhistoire de la mort > les divers changernens
qu’éprouvent successivement les cadasues, suivant les
circonstances dans lesquelles ils sont placés, et nous
insisterons particulièrement sur les différences qui
existent entre les altérations des organes produites '
par: la putréfaction et celles qui sont le résultat d’un
corps yulnérant, d’un poison, ou de toute autre cause
de maladie : nous devons nous borner aujourd’hui à
recherchert s’il est permis de découvrir la présence
d une substance véîiéneuse en analysant les. matières
trouvées dans le canal digestif d’un cadavre inhumé
depuis long-temps. Kidée de traiter ùn pareil sujet
nous a été suggérée par un des magistrats les plus re-
(426)
.Comraandables de eette ville ^ qui , il y a environ un
an , demanda notre avis sur la question suivante : Est
il possible de déterminer que le sieur X /mort depuis
deux mois, d succombe a un empoisonnement?
répondîmes qu’il était sans doute plus difficile de ré¬
soudre ce problème dans le moment actuél, qu’il ne
l’eût été deux mois auparavant; mais qu’il n’était
point prouvé que l’on ne parvînt encore à découvrir
la présence matérielle d’un certain nombre de poisons
et qu’il fallait par conséquent tenter les recherches.
Voici quelques considérations propres à éclairer
cette question.
1° 11 est difficile, pour ne pas dire impossible, de
reconnaître les poisons végétaux retirés de l’estomac
d’un cadavre inhumé depuis long-temps, ces poisons
étant susceptibles de se décomposer et de donner nais¬
sance à un certain nombre de produits dans lesquels
on ne retrouve plus les propriétés qui les caractéri¬
saient. Il pourrait arriver cependant que la décom¬
position dont il s’agit n’eût atteint que les parties
extérieures de certains poisons végétaux, et qu’il fût
possible de constater encore leurs propriétés physiques
‘dans les parties non décomposées. " , - :
■ n® Les substances vénéneuses tirées du règne mi¬
néral peuvent être reconnues, pour la plupart, avec
plus de facilité. Les unes conservent leur état solide
^u milieu des organes que la putréfaction tend à dé¬
truire; elles peuvent ne pas avoir subi la' moindre
altération , et doivent être analysées comme nous
l’avons indiqué, page 374. Les autres sont décompo¬
sées et' transformées en un produit insoluble par les
. ( 4^7 )
substances contenues dans l’estomac ou par les tissus
qui composent ce viscère ; on doit les rechercher
dans les matières solides où dans les tissus ; tandis
qu’on aurait pu les découvrir vingt -quatre heures
après la mort en examinant les liquides dans lesquels
elles avaient été d’abord dissoutes* (Fbjr. S 238). Il en
est qui, sans avoir éprouvé la moindre altération dans
leur, composition, se sont combinées avec l’estomac ou
avec les matières alimentaires; en sorte qu’il est im^
possible de constater leur présence, à moins -de faire
l’analyse de ces matières. Un certain nombre d’entre
elles , enfin , qui n’ont point été décomposées , se sont
combinées avec quelques-uns des produits de la putré¬
faction, ont formé des corps nouveaux, et ne sau¬
raient être décelées qu’en employant des moyens sou¬
vent difficiles.
Il résulte de ce qui précède , qu’il est permis de dé¬
montrer, dans un assez grand nombre de circonstances,
la présence d’un poison du règne minéral, lors même
que les recherches sont faites plusieurs jours après la
mort. Le médecin serait. par conséquent blâmable , si,
dans un cas de ce genre, il refusait d’éclairer la jus¬
tice , sous le prétexte qu’il lui serait impossible d’obte¬
nir constamment des résultats satisfaisans.
ARTicLÉ II. — De quelques autres questions relatives
a l empoisonnement^ considéré sous le rapport de la
médecine légale.
Lorsqu à l’aide de nombreuses recherches on est
déjà parvenu à prouver qu’une personne est morte em¬
poisonnée , on peut encore être consulté pour résoudre
( 428 ) ,
les deux questions suivantes : !« Cette personne est-
elle empoisonnée elle-tnême ? a» Comment se fait . n
qu’ayant été empoisonnée' dans un repas oit il y avait
plusieurs personnes, elle seule soit morte, tandis que
parmi les autres, en est qui n’ont rien éprouvé, et
d’autres qui ont été a peine atteintes par la substance
ueneneüse? La solution de la première de ces questions
repose entièrement sur des considérations morales qui
sont plutôt du ressort des magistrats que de l’homme
de 1 art : aussi 1 abandonnons-nous , pour nous occuper
de l’autre.
Pour résoudre celle-ci il faut rechercher attenti¬
vement : i“ quel est le mets qui a été empoisonné;
car il est possible que l’on découvre que c’est préci*
sèment de celui-là que la personne qui a succombé
avait particulièrement mangé; a» quelle est la nature
de la substance vénéneuse , et comment elle se trouve
dans le mets , c’est-à-dire si elle y est tenue en dis¬
solution , en suspension , ou bien si elle est inégalement
répartie, telle portion en pouvant recéler une grande
quantité, tandis quil n’y en a point, ou qu’il y en à
à peine dans telle autre partie; 3® jusqu’à quel point
1 estomac des différons convives pouvait se trouver
rempli de substances solides ou liquides au momérit
où le met empoisonné a été mangé; en effet, tout
étant égal d’ailleurs , les ravages du poison doivent
être beaucoup moins considérables si l’estomac est
plein, que dans le cas où il est vide; ce viscère se
trouvant en quelque sorte à l’abri de la substance vé¬
néneuse par les alimens, qui l’enveloppent ou la
divisent au point d’affaiblir singulièrement son action ;
( 4=9 )
4® quels sont les indiridus qui ont été en proie à des
vomissemens et à des déjections alvines ; combien
de temps , après avoir mangé du mets empoisonné,
ces évacuations se sont-elles manifestées? Il est évi-.
dent que, de trois individus ayant avalé la même
quantité de substance vénéneuse, en supposant qxxe
toutes les autres circonstances soient égales, celui qui
aura éprouvé des évacuations abondantes peu de temps
après, sera moins atteint par le poison que celui qui
na évacué que très-tard 5 et, à plus forte raison, que
celui qui n’a point vomi ou qui n’a pas eu de dé¬
jections alvines.
ARTICLE m. — De r Êmpoisonnement lent.
Les poisons les plus actifs .peuvent être introduits
dans l’estomac à une dose assez faible pour n’occasio-
ner d abord que de légères incommodités j cependant si
1 emploi d une pareille dose de ces substances véné¬
neuses est souvent réitéré, s’il a lieu, par exemple,
pendant plusieurs jours de suite, il peut arriver et il
arrive fréquemment que les fonctions éprouvent un dé-
langement notable dans leur exercice; les individus
sont en proie à des symptômes fâcheux, ils peuvent
meme succomber. C’est à l’ensemble de ces effets que
I on a donné le nom dl empoisonnement lent.
« Il peut se faire, dit M. Chaussier', qu’un homme ait
pris une dose d’un poison irritant trop peu considérable
pour le faire périr en peu d’heures , mais que cette dose,
répétée à des intervalles plus ou moins rapprochés , en¬
tretienne un état presque continuel d’anxiétés, de dou¬
leurs plus ou moins graves à l’estomac, à l’intestin»
( 43o )
produise par intervalles des vomissemens^ des déjec-
tîôns alvines de matières muqueuses , sanguinolentes
et amène l’extinction de la vie dans l’espace de dis ■
quinze ou vingt jours, et même plus.» (Notice sur les
moyens de reconnaître le sublime corrosif, pag. 154.^
Les expériences que nous avons faites surles animaux
dans le dessein d’éclairer cette question difficile , nous
ont prouvé que les accidens déterminés par de très-pe¬
tites doses d’une substance vénéneuse énergique, ont
l«.plus grand rapport avec ceux que produit le même
poison administré en assez grande quantité pour don¬
ner lieu à Fempoisonnement aigu.
Le médecin chargé par les tribunaux de donner son
avis sur un cas de ce genre, doit examiner attentive¬
ment les symptômes, l’époque de leur invasion, leur
progression successive , la constitution et les habitudes
de l’individu, les circonstances physiques et morales
dans lesquelles il a pu être placé , etc. ; par ce moyen il
découvrira quelquefois que la maladie dépend d’une
affection organique héréditaire, de l’abus de médica-
mens purgatifs ou autres, d’écarts dans le régime, etc.
Quelle que soit son opinion sur la cause des accidens
qu il a observés , il ne prononcera affirmativement qu’il
y a eu empoisonnement, qu’autant qu’il aura trouvé
la substance vénéneuse , en agissant comme nous
vons prescrit page 874.
( 43i )
TRENTE-DEUXIÈME LEÇON. ..
RAPPORTS SUR L’EMPOISONNEMENT.
Les rapports sur l’empoisonnement doivent être ré¬
digés d’après des principes généraux que nous nous pro¬
posons de faire connaître ailleurs : il nous suffira main¬
tenant d’indiquer qu’ils doivent se composer de trois -
parties , le protocole ou la formule , ayant pour objet
défaire connaître les titres, noms et qualités du rap¬
porteur, l’autorité qui a ordonné la visite, le magistrat
en présence duquel elle a été faite , le lieu où l’on s’est
transporté, avec l’indication du jour et de l’heure , l’atti¬
tude du sujet , 5on âge , sa grandeur , les objets qui l’en¬
tourent, etc. ; 2° la description des faits que l’on a ob¬
servés ; 3° les conclusions que l’on a cru devoir tirer.
Premier rapport.
Première partie. Nous soussigné docteur en méde¬
cine de la faculté de Paris , habitant de la ville de Melun ,
dépai“tement de Seine et Marne , sur la réquisition de
M. lé procureui’ du roi, nous sommes transporté au¬
jourd’hui 25 février 1821 à deux heures de l’après-
midi, accompagné de MM. L. L. étudians en méde¬
cine, chez le sieur Philippe , demeurant dans la maison
n , 1,0 , sise rue de . . . au troisième étage, chambre sur le
devant, pour constater la cause de la mort du nommé
X. , neveu du sieur Philippe. Arrivé dans ladite cham¬
bre avec le procureur du roi, nous avons trouvé étendu
sur un lit le cadavre d’un homme que l’on nous a dit
être âgé de trente ans j^l conservait à peiue^un reste de
( 432 )
chaleur ; son attitude ne présentait rien de remarqua
ble. Les draps et le parquet étaient salis par des matières
molles , verdâtres , mêlées de sang , d’une odeur aigre
désagréable , semblables à celles que l’on voyait dans le
vase de iiuit qui était au milieu de la chambre; il y
avait sur la cheminée un flacon sans étiquette ^ bouché
à l’émeril, contenant environ deux gros d’un liquide
transparent, d’une saveur âcre, corrosive ; du reste bh
ne découvrait aucune trace d’instrunient vülnérant
contondant, etc. Interrogé sur les accidens qui avaient
précédé la mort, le sieur Philippe nous a dit que la
veille son neveu paraissait encore jouir dé la santé la
plus florissante , qu’il l’avait vu rentrer dans sa cham¬
bre à onze heures du soir , ayant nn flacon à la main ;
qu’il s’était enfermé comme il le faisait ordinairement;
mais voyant qu’il n’était point descendu ce matin a
huit heures , contre son habitude, il avait frappé à la
porte pour l’éveiller , et enfin il s’était décidé à la faire
ouvrir de forcé; que du reste, jamais le sieur X.me
s’était plaint d’aucune incommodité. - '
Deuxienm partie. Après avoir recueilli ces renseignè-
mens, nous avons procédé â l’examen du cadavre. Il
n’y avait’ à l’extérieur aucune trace d’ecchymose ni dé
blessure faite par un instrument vülnérant ; les mem¬
bres thoraciques et abdominaux, ayant été profon¬
dément incisés, nous ont paru dans l’état naturel f oii
voyait çà et là sur le dos des taches rougeâtres' qui
n’étaient que des lividités cadavériques , ce dont nUüS
nous sommes assuré en incisant la peau. Les lèvret
étaient enduites d’une matière semblable par sâ cou¬
leur à celle qui avait été trouvée sur le parquet. Là
('4Î3)
bouche , le pharynx et Fœsophage h étaient le siège
d’aucune altération marquée. L’estomac était vide ; sa
membrane interne, d’un rouge foncé dans presque
toute son étendue, offrait çà et là des tafches noires
lenticulaires , formées par du sang extravasé entre les
tuniques muqueuse et musculeuse , ainsi que nous nous
en sommes assuré en les incisant et en les lavant avec
deJ’eauj la membrane musculeuse était d’un rouge
clair. Les intestins, le péritoine et les divers organes ren¬
fermés dans l’abdomen , dans le thorax et dans la' cavité
du crâne , paraissaient être dans l’état naturel.
„ La liqueur contenuu-dans le flacon dont nous avons
parlé présentait les caractères suivans ■: elle était lim¬
pide, incolore , inodore , d’une saveur âcre , caustique ,
et rougissait à peine l’eau de tournesol; l’ammoniaque
la précipitait en blanc, la potasse en jaune -serin, l’hy-
drosulfate de potasse en noir , le nitrate' d’argent én
blanc : une lame de cuivre décapé , plongée dans cette
liqueur , devenait brune sur-le-champ et acquérait une
couleur blanche brillante, argentine, parle frottement.
La matière verte sanguinolente trouvée dans le vase
de nuit était en partie- solide , en partie liquide : on l’a
exprimée dans un linge fin , et l’on s’est assuré que la
portion liquide était légèrement trouble , et quelle ne
subissait aucune altération de la part de l’eau de tour¬
nesol ,. de l’ammoniaque et des hydrosulfates : elle n’a
été précipitée par aucun de ces réactifs , mêmè après
avoir été réduite au tiers de son volume par une éva¬
poration lente. La portion solide, examinée avec soin ,
na offert aucune trace poudre blanche : on l’a fait
bouillir pendant un quart d’heure avec de l’eau dis-
28
(4M)
tillée : la dissolution , d’une couleur jaunâtre, n’a subi
aucun changement notable de la part de la teinture de
tournesol , de l’ammoniaque , de l’eau de chaux , de la
potasse, ni de l’hydro-sulfate de potasse. Le résidu
c’est-à-dire la matière solide qui restait après avoir fait
bouillir, a été mêlé avec de la potasse caustique, et
desséché dans une capsule de porcelaine , à une douce
chaleur ; on l’a ensuite chauffé jusqu’au rouge dans un
tube de verre étroit et long de huit à dix pouces ; au
bout de trois ou quatre minutes d’une chaleur rouge,
il s’est volatilbé du mercure métallique^ qui s’est con¬
densé sur la paroi interne du tube, et que l’on a ra¬
massé sous forme de petits globules très - brillans ,
excessivement mobiles , d’un blanc bleuâtre et d’une
pesanteur spécifique considérable.
Troisième partie. Nous croyons pouvoir conclure de
ce qui précède i® que la liqueur contenue dans le
flacon renferme une assez forte dose de sublimé cor¬
rosif dissous dans l’eau ; 2® que la matière trouvée dans
le vase de nuit , et qui paraît avoir été vomie par le
sieur X. , contient dans sa portion solide un compose
mercuriel insoluble dans l’eau ; 3° que ce compose
peut-être le résultat de la décomposition d’une cer¬
taine quantité dé sublimé corrosif par des niatières
alimentaires , muqueuses , bilieuses , etc. ; 4°
l’introduction dans l’estomac d’une partie de la li¬
queur contenue dans la fiole rend parfaitement raison
de la promptitude avec laquèlle la mort a eu lieu, et
de l’inflammation de l’estomac ; 5® qu’il est excessive¬
ment probable que le sieiir X. est mort empoisonné (ij*
(1) U est excessivement probable mais il n’est, pas hors êe
( 435^ )
Deuxième j'apport.
Première partie. soussigné, etc...., nous sommes
transporté , etc. {vof . pag. 43 1 ) pour visiter le cadavre
de la femme L . , que l’on nous a dit être morte de¬
puis vingt-(juatre heures. Arrivé dans la chambre , nous
n’avôns rien découvert qui pût faire soupçonner la cause
de la mort ; il y avait sur la cheminée une fiole à mé¬
decine vide et sans étiquette ; on ne voyait nulle part
des traces de vomissement ni de déjections alvines. La
fille de la femme L.... nous a rapporté qu’étant habi¬
tuellement souffrante de la poitrine, sa mère faisait
continuellement usage de , médicamens qui n’étaient
pas toujours prescrits par des hommes de Fart , et que
la veille de sa niort elle avait pris en une fois environ
huit cuillerées d’un liquide légèrement jaunâtre, qui,
disait -elle, devait calmer instantanément ses dou¬
leurs; que vingt minutes après l’avoir avalé elle avait
éprouvé des douleurs atroces au creux de l’estomac, des
convulsions, et d’autres accidens fâcheux qui l’avaient
décidée à faire venir M. D., docteur en médecine. Ce¬
lui-ci a déclaré s’être rendu auprès de la malade deux
heures après l’ingestion du liquide, l’avoir jugée empoi¬
sonnée et sur le point d’expirer; en effet elle est morte
avant de pouvoir etre secourue. Le cadavre était roide,
et ne présentait aucune trace de lésion extérieure ; il
doute qu’il y ait eu empoisonnement parce, qu’il n’est
point prouvé que le sieur X. ait avalé delà liqueur contenue
dans le flacon; parce qu’il est impossible d’affirmer que la
matière trouvée dans le vase de nuit ait été vomie par lui.
( 436 )
était couché sur le dos. ( /%*-. pag. 432 le premier rap¬
port pour les détails dans lesquels il faut entrer à cet
égard.)
Deuxieme partie. La bouche , le pharynx et Tœso-
phage n’étaient le siège d’aucune altération sensible-
l’estomac contenait une assez grande quantité d’alimens
à demi digérés, et environ une livre d’un liquide jau¬
nâtre et trouble : sa membrane interne, d’un rouge
fclair , offrait çà et là des plaques d’un rouge plus foncé •
les autres tuniques étaient saines; l’intérieur du duodé¬
num et du commencement du jéjunum présentait une
rougeur manifeste, d’autant plus intense qu’on s’appro¬
chait davantage de l’estomac; les autres organes conte¬
nus dans l’abdomen étaient sains : il en était de même
du cœur et du péricarde. Le tissu des poumons était
rouge, dur, semblable par sa consistance à celui du
foie; il y avait une certaine quantité de- liquide sérô-
purülent épanché dans la cavité du thorax. L’encéphale
paraissait dans l’état naturel.
Le liquide trouvé dans-l’estomac , ayant été exprimé
dans un linge fin et filtré , conservait toujours une
couleur jaunâtre ; il était légèrement trouble, inodore
et doué d’une saveur âcre. Loin de rougir l’eau de
tournesol, il 'verdissait fortement le sirop de 'violettes •
il ne précipitait point par l’ammoniaque ; les hydro¬
sulfates ne le troublaient point ; mais si après avoir
ajouté ce réactif on versait quelques gouttes d’acide
nitrique ou hydrochlorique, il fournissait un précipite
d’un très-beau jaune, assez abondant ; il précipitait en
blanc par l’eau de chaux , en vert par le sulfate .de
cuivre ammoniacal , et en j aune-serin l’hydrocblo-
( 437 )
rate de platine. Évaporé jusqu’à siccité il fournissait
un produit solide qui, mis sur les charbons ardens ,
répandait des vapeurs blanches d’une odeur alliacée.
Troisième partie. Nous pouvons affirmer d’après ce
qui précède i® que la liqueur soumise à l’analyse con¬
tient une assez forte dose d’arsénite de potasse ; a® que
ce sel est la cause des accidens éprouvés subitement
par la femme L. ; 3° que c’est également à lui qu’il faut
attribuer l’inflammation de l’estomàc et la mort; 4» que
l’affection des poumons est indépendante de l’empoi¬
sonnement, et peùt expliquer les souffrances auxquelles
la malade était habituellement en proie.
Troisième rapport.
Première partie. Nous soussigné, etc...., nous sommes-
transporté, etc...., pour constater la cause de la mort
de F., etc. {pojezpdi^. 43 1). Arrivé, dans la chambre,
nous avons trouvé étendu sur un lit le cadavre d’un
homme d’environ Sô ans, bien vêtu, qui habitait la
maison depuis la veille seulement, et dont on ignorait
le nom : on voyait sur une des chaises de la chambre
deux pistolets et un poignard ; le parquet était sali par
des matières alimentaires molles , à demi digérées , de
couleur verdâtre ; il n y avàit aucun autre objet digne
de fixer notre attention. Interrogés sur les accidens qui
avaient précédé sa mort , les voisins et les assistans se
sont bornés à déclarer que le sieur F. avait loué une
chambre dans la maison la veille, et qu’il paraissait
bien portant. Le cadavre était froid et roide ; il était
couché sur le dos, la tête légèrement penchée sur-le
côté droit.
( 438 )
Deuxieme partie. Le cadavre, dépouillé des vête-
mens qui le couvraient, a été examiné attentivement.
Il n’y avait à l’extérieur aucune trace de blessure^
{Voj. le premier rapport pour les détails dans lesquels
il faut entrer à cet égard , pag. 432.) On voyait sur la
face dorsale de la main droite une tache jaune .^ sQxa.-
blable à celles que produit l’acide nitrique en agis¬
sant sur la peau ; le bord libre des lèvres offrait une
couleur orangée , et il était aisé d’en détacher l’épi¬
derme, qui paraissait brûlé ; la membrane interne de la
bouche était d’une couleur citrine ; le pharynx ne pa-
raissait être le siège d’aucune altération : toute la sur¬
face interne de l’œsophage était enduite d’une matière
jaune, grasse au toucher, sillonnée par des plis verti¬
caux et facile à détacher. L’estomac était vide, réduit
à un très-petit volume, et d’une couleur jaune à l’éxté-
rieur; sa membrane muqueuse était rouge-cerise; il of¬
frait près de sa portion pylorique deux ouvertures de
la grandemr d’un centime , voisines l’une de l’autre, à
bords fort amincis , usés, ou plutôt dissous. L’intérieur
du duodénum et du jéjunum étaient tachés en jaune,
sans présenter de traces d’inflammation. Les gros in¬
testins étaient remplis de matières fécales très-dures ,
moulées ; du reste ils paraissaient dans letat naturel.
Le péritoine, manifestement épaissi, était d’un rouge
sale dans plusieurs points , et recouvert de couches
albumineuses dans d’autres. Tous les viscères abdomi¬
naux ne formaient qu’une masse au moyen des adhé¬
rences produites entre eux par l’inflammation du péri¬
toine et l’interposition des couches albumineuses. On
voyait cà et là des plaques jaunes sur le mésentère , 1®
( 439 )
foie, la rate et les reins; du reste il n’y avait aucun li¬
quide épanché dans l’abdomen. Le lobe inférieur du
poumon gauche était enflammé , et avait contracté des
adhérences avec le diaphragme. Le cœur, le cerveau,
le cervelet et la moelle épinière étaient sains.
Les matières répandues sur le parquet, ayant été
traitées par l’eau distilltée bouillante, ont fourni ime dis¬
solution d’un jaune Terdâtre qui rougissait faiblement
la teinture de tournesol , mais qui ne subissait aucune
altération de la part de l’eau de baryte, de la potasse,
de l’eau de chaux, dès bydrosulfates ni du prussiate
de potasse. On les a fait bouillir avec de la potasse
caustique , et il a été impossible d’en obtenir du nitrate
de potasse ni de démontrer l’existence d’aucun autre
poison du règne minéral. On a fait les mêmes re¬
cherches sur les tissus du canal digestif, elles résultats
ont été les mêmes. (On doit décrire exactement toutes
les opérations chimiques, lors même qu’on n’est point
parvenu à découvrir la substance vénéneuse.)
Nous croyons pouvoir conclure de
ce qui précède i® qu’il est difficile d’attribuer la mort du
sieur F. et les altérations cadavériques dont nous avons
parle à une autre cause qu’à un empoisonnement;
2® que parmi les substances vénéneuses connues , les
acides nitrique et nitreux et Y emi régale sont les seules
capables de produire l’ ensemble de phénomènes qui ont
été observés ; 3® qu’il est néanmoins impossible dlcffr-
mer que le sieur, F. ait été empoisonné par un de ces
acides, puisqu’on n’est point parvenu à en démontrer
la présence , mais qu’il est excessivement probable que
la mort est le résultat de l’introduction d’un de ces
poisons dans l’estomac.
( 44o )
Quatrième rapport.
Fremtere paj'tie. Nous soussigné , etc. , nous sommes
transporté à la Morgue etc. , pour constater la cause
de la mort du sieur N... , etc. {'uojez page 43r). Ar¬
rivé dans la chambre, nous avons vu, étendu sur une
table, le cadavre d’un homme robuste, d’environ
cinquante ans , qui paraissait être mort dans un état de
spasme, à juger du moins par la rougeur de la face et
le gonflement des veines du cou. Le cadavre dont il
s’agit avait été trouvé deux jours auparavant dans
une des rues de Paris; du reste il était inconnu, et on
ne put fournir aucun renseignement sur les accidens
qui avaient précédé la mort.
Deuxième partie. Il était roide, et n’offrait aucune
trace de lésion extérieure.... ( Voyez le premier
rapport pour les détails dans lesquels il faut entrer à
cet égard.) La bouche, le pharynx et l’œsophage étaient
comme dans l’état naturel ; l’estomac était vide et re-^
tiré sur lui -même : on voyait à sa face antérieure,
près du pylore, une ouverture inégalement arron¬
die, d’environ un pouce de diamètre, dont les bords
étaient très -minces, irrégulièrement denticulés et
formés uniquement par la tunique péritonéale; les
membranes musculeuse et muqueuse étaient détruites
dans un plus grand espace. Les bords de cette ouver¬
ture étaient recouverts d’une couche molle , noirâtre
comme muqueuse, et circonscrits par une auréole
légèrement saillante , grisâtre , d un tissu compact ;
ils étaient simplement formés par le péritoine. La face
postérieure de l’estomac présentait, à la partie corres-
_ ( 44i )
pondante à l’ouverture dont nous avons parlé , une
eschare molle , ronde , noire , qui n’intéressait que la
membrane muqueuse. Du reste , on n’observait aucune
trace de rougeur dans les autres parties de ce viscère
ni dans le canal intestinal. Il y avait dans la cavité de
1 abdomen environ une chopine d’un liquide épais de
couleur jaunâtre; le péritoine était parsemé de points
rouges. Les autres organes étaient sains.
Le Hquide recueilb dans l’abdemen , soumis à Tana-
lyse , ne parut contenir aucune substance vénéneuse.
( On décrit exactement les essais qui furent faits. )
Troisième partie. Il résulte de, ce qui précède ,
ï® que la mort du sieur N... peut être attribuée â une
de ces irritations des ■voies gastriques qui se terminent
par des perforations dites spontanées; 2® que tout
porte a croire que cet individu n’a pas été empoi¬
sonné; 3® que lors même qu’il serait avéré pai* la suite
quil avait éprouvé quelqi^s-uns des symptômes pro¬
duits par lés poisons irritans , on ne pourrait pas éta¬
blir dune manière positive qu’il y ait eu empoisonne¬
ment, la substance vénéneuse n’ayant pas été décou¬
verte et les altérations trouvées dans le canal digestif
n offrant point le caractère que l’on remarque ordinai¬
rement lorsque des poisons' irritans ont déterminé la
mort.
Cinquième rapport.
Premiérepartiè. Nous soussigné etc. , nous sommes
transporté le 20 août 1820, etc., pour constater la cause
de la mort du sieur X. Arrivé dans la chambré nous
n avons rien découvert qui pût faire soupçonner la
, ( 44â )
cause de la mort. Le docteur B..., médecin de la mai
son, nous a rapporté qu’ayant été appelé la veille pour
donner des soins au sieur X. , il l’avait trouvé dans
un état alarmant; qu’il se plaignait d’éructations acides
et de douleurs atroces à l’épigastre et dans les intes¬
tins; qu’il avait des vomissemens et des déjections
alvines presque continuels de matières grises et noi-
râtres; que l’abdomen était tendu, le pouls petit, ac¬
céléré , les extrémités froides , la prostration des forces
extrême ; qu’à ces symptômes s’étaient joints Bientôt
après le hoquet , des crampes et des syncopes , et qu’il
était mort' quinze heures après l’invasion de la mala¬
die, malgré l’emploi des boissons adoucissantes et des
révulsifs. Interrogé sui' les habitudes du sieur X., le
doctem* B. nous a dit qu’il faisait souvent usage d’a-
limens difficiles à digérer, et qu’il était sujet aux indi¬
gestions; que du reste il l’avait vu peu de jours avant,
et qu’il lui avait paru assez bien portant. Le cadavre
était froid et couché sur le dos ; il y avait au pied du
lit plusieurs cuvettes contenant la matière des vomis-
sémens. ;
Deuæieme partie. Le «adavre ne présentait à l’exté¬
rieur aucune trace de blessure. ( Voyez le premier rap¬
port pour les détails dans lesquels il faut entrer à cet
égard.) L’estomac était vide; sa membrane interne
offrait une couleur rouge marquée ; les autres tuni¬
ques étaient saines; le duodénum contenait une assez
grande quantité de bile d’un jaune verdâtre : on voyait
près de l’ouverture du conduit cholédoque deux es¬
chares circulaires de la grandeur d’un centime ; les
autres parties du canal intestinal étaient à peu près
( 443 ) ,
comme dans l’état naturel. La vésicule du fiel occu¬
pait un très-grand volume , et contenait beaucoup de
bile verte d’une odeur désagréable. Les autres organes
étaient sains.
Les matières vomies et celles qui étaient contenues
dans le canal intestinal , uyant été soumises à l’ac¬
tion des réactifs,. n’ont fourni aucune trace de poi¬
son. ( Ici on indique .exactement les expériences qui
, ont été faites. ,) Une grande partie du liquide vomi a
été introduite dans l’estomac d’un chien robuste et
de moyenne taille, dont l’oesophage avait été préala¬
blement détaché et percé d’un trou ; au bout de dix mi¬
nutes l’animal a fait des efforts pour vomir, il a eu
des déjections alvines, et a poussé des cris plaintifs:
deux heui'es après, ces symptômes ont cessé, et il s’est
manifesté un abattement remarquable qui a toujours
augmenté jusqu’au moment de la mort ( dix heures
après le commencement de l’expérience). A l’ouverture
du cadavre , on a trouvé l’estomac enflammé j les autres
organes ne paraissaient point altérés.
Troisième partie. Nous croyons pouvoir conclure de
ce qui précède que prohablement le sieur X. a été
atteint dü cholera-morbus , maladie qui se développe
particulièrement sous l’influence des causes auxquelles
cet individu était soumis; 2° que la mort peut être
le résultat de cette affection; 3® qu’il est impossible
&aff,riner qu’il y ait eu empoisonnement, parce qu’on
n’a point trouvé le poison , et que d’ailleurs les résul¬
tats de l’expérience faite sur le chien peuvent s’expli¬
quer en admettant que les liquides avaient contracté,
pendant la maladie, du sieur X., des qualités délétères.
( 444 )
Dispositions des lois relatives à V empoisonnement
« Est qualifié empoisonnement tout attentat à la vie
» d’une personne par l’effet des substances qui peu.
» vent donner la mort plus ou moins prompteraetit
de quelque manière que ces substances aient été em!
» ployées ou administrées, et quelles qu’en aient été les
» suites. » ( Gode pénal , art. 3o i . )
« Tout coupable d’assassinat , de parricide , d’infan-
« ticide et d empoisonnement sera puni de mort. » ( Art
3oa du code pénal. )
« Toute tentative de crime qui aura été manifestée
» par des actes extérieurs et suivie d’un commencement
» d’exécution , si elle n’a été suspendue ou n’a manqué
» son effet que par des circonstances fortuites ou in-
» dépendantes de la volonté de l’auteur , est considérée
» comme le crime même. » ( Gode pénal , art. 2. )
» Quiconque aura vendu ou débité des boissons fal-
« sifiées , contenant des mixtions nuisibles à la santé j
» sera puni dun emprisonnement de six jours à deux
ans et d unê amende de seize francs à cinq cents francs.
» Seront saisies èt confisquées les boissons falsifiées ,
35 trouvées appartenir au vendeur ou débitant. « Gode
( pénal, art. 3i6. )
( 445 }
TRENTE-TROISIÈME LEÇ01S-.
Des Alimens considérés sous le rapport de la
police médicale.
L homme de l’art est quelquefois requis par le ma¬
gistrat pour examiner certaines substances alimen¬
taires qui paraissent avoir été altérées , et dont l’usage
pourrait donner lieu à des accidens plus ou moins
fâcheux. Il importe de fixer', pendant quelques ins-
tans, l’attention du lecteur- sur cet objet, d’autant
plus qu’il se rattache essentiellement à la matière dont
nous avons parlé dans les leçons précédentes.
L alteration des substances alimentaires reconnaît
des causes très-variées : tantôt elle est le résultat de
l’action de l’air , de l’humidité ou des vases dans les¬
quels elles sont conservées ; tantôt elle dépend d’une
ou de plusieurs matières plus ou moins nuisibles que
1 on a. ajoutées dans le dessein de masquer leurs mau¬
vaises qualités , ou de rendre leur débit plus lucratif.
Nous ne nous occuperons ici que des altérations des
substances alimentaires solides et liquides qîii peu¬
vent être découvertes par des moyens chimiques.
De la Farine de froment.
Il est indispensable , avant de parler des altérations
que la farine peut éprouver, de faire connaître les subs¬
tances qui entrent dans sa composition, ainsi que les
moyens de les séparer et d’en déterminer les quantités.
La farine de froment desséchée est composée de fé¬
cule, de gluten, de sucre gommeux, d’albumine, de
phosphate de chaux, et d’une certaine quantité de son
' , . ( 446 )
que Ton trouve même dans la fleur de farine. Voici
comment on peut en faire l’analyse : on commence
par la priver de son humidité , en la faisant chauffer
pendantes ou 20 minutes à la température de 35 à 40“
dans une capsule de porcelaine ou de platine et en
l’agitant continuellement avec un tube de verre : on
connaît qu’elle est sèche lorsqu’elle ne se pelotonne
plus et quelle, n’adhère plus au tube. Elle perd
dans cette expérience depuis 8 jusqu’à 16 pour cent
de son poids. Ainsi desséchée, onia mêle avec la quan¬
tité d'eau nécessaire pour en faire une pâte ductile
que l’on abandonne à elle-même pendant deux heures:
alors on la place sur un tamis de crin assez serré, préa¬
lablement mouillé, et on la malaxe sous un filet d’eau;
ce liquide dissout l’albumine et le sucre gommeux,
entraîné la fécule et le son, passe à travers le tamis,
et doit être recueilli dans un vase qui est placé au-
dessous; il est laiteux. Le gluten reste entre les niains
de l’opérateur ou sur le tamis (i); on reconnaît qu’il
èst pur lorsqu^l ne rend point laiteuse l’eau dans la¬
quelle on le malaxe ; dans cet état on le comprime pour
lui enlever l’humidité surabondante et on le pèse : il
poi’te le nom de gluten non desséché ; en effet il con-
(i) Si la farine n’est pas de bonne qualité et que le gluten
soit peu consistant , il y en a une partie qui passe à tra¬
vers le tamis : plusieurs chimistes pensent que cela a lieu
lors même que l’on agit sur la farine de première qualité,
parce que, disent-ils, le liquide qui a passé à travers le
tamis de crin, dépose une couche d’amidon d’un très-beau
blanc sur laquelle on en voit une autre de couleur grise qui
leur a paru être du gluten. Cette dernière couche nous semhl®
formée par le son.
( 447 )
tient une très-grande quantité d’eau. Pour le dessé¬
cher on l’étend et on le laisse pendant 12 ou 1 5 jours
dans une étuve.
Le liquide qui a passé à travers le tamis de crin, et
qui tient en. suspension la fécule et le son , est passé de
nouveau à travep un tamis de soie 5 le son reste sur le
tamis , la fécule passe avec le liquide ; en abandonnant
celui-ci à lui-même, à une température de quelques
degres au-dessus de zéro (i), il dépose au bout d’un
certain temps la fécule d’un blanc éclatant.
Le liquide, ainsi débarrassé- de fécule et de son, est
demi transparent; on le filtre, puis on l’évapore; la
matière animale que nous avons dit être de l’albumine,
et que certains chimistes regardent comme du gluten
dissous, se coagule pendant l’évaporation; on la sé¬
pare au moyen du filtre et on continue à évaporer le
liquide jusqu’à ce qu’il ait la consistance de sirop ; on
traite le produit sirupeux par l’alcohol, qui dissout le
sucre; lé résidu est mis en contact avec l’eau distillée
froide, qui s’empare de la gomme; enfin il ne reste
plus qu’un mélange d’albumine coagulée et de phos¬
phate de chaux.
On se rendra facilement raison de ce qui se passe
dans cette opération, en considérant la farine de fro¬
ment comme essentiellement composée de gluten et
de fécule très-divisés;10rsqu on ajoute de l’eau, eèlle-ci
est absorbée parle sucre gommeux et surtout par lé
gluten, dont les parties, en se gonflant, se soudent et
forment une masse élastique, tandis que la fécule con¬
serve son état grenu : il est donc évident que l’eau doit
(i) Il pourrait fermenter si la température était de
25°à3o»
( 448 ) ,
détacher les grains de fécule qui sont pour ainsi dire
enchâssés dans le gluten , et dissoudre le sucre gom
meux ainsi que l’albumine végétale.
Suivant M. Vauquelin, cent parties de fleur de fa¬
rine desséchée absorbent (terme moyen) quarante-sept
parties d’eau pour se transformer en une pâte ductile
Cent quarante-sept parties de cette pâte fournissent à
l’analyse (d’après le même chimiste) qùatre-vincn-dix
parties de fécule, trente-quatre de gluten non desséché
( composées de six de gluten desséché et de vingt-lfluit
parties d’eau), dix-neuf parties d’eau combinée avec les
autres principes de la farine, et trois à quatre parties
de sucre gommeux. On peut juger jusqu’à un certain
point de la quantité de gluten contenue dans une farine,
par la quantité d’eau que cette farine absorbe 5 plus il
y aura de gluten , plus la proportion d’eau absorbée
sera considérable.
Il résulte de plusieurs analyses de fleur de farine de
froment que nous avons faites, M. Barruel et moi , que
cent parties de cette farine desséchée contiennent
(terme moyen ) vingt-huit parties de gluten non des¬
séché et 5 4 de gluten desséché.
Altérations de la farine i» -par V humidité. La farine
attire rapidement l’humidité de l’air , se pelotonne et
s’altère dans l’espace de quelques jours. Alors élle con¬
tient moins de glutèn , et celui-ci est moins gluant.
2® Par des inseetesteXs que la blatte, le charançon, .
qui attaquent la farine par parties et qui agissent en
détruisant le gluten de ces parties. On peut aisément
déterminer la présence de ces insectes ou de leurs lar¬
ves, à l’œil nu ou armé d’une loupe.
3° Par du sable des meules dont la friabi*
( 449 )
îité était trop considérabie. Il suffit de délayer cette
farine dans l’eau froide pour que le sable se précipite
au fond du vase avec tous les caractères propres à le
faire reconnaître.
4*^ Par du plâtre (sulfate de chaux) qui a été moulu
aux, mêmes meules que la farine ou que l’on a mêlé à
dessein. On reconnaît cette altération en faisant bouil¬
lir pendant deux ou trois minutes , dans une livre d’éau
distillée , environ deux onces de farine ; celle - ci est
délayée par l’eau, tandis que le sulfate de chaux se pré¬
cipite ; on; décante , puis on fait bouilhr le précipité dans
une quantité d’eau distillée suffisante pour le dissoudre;
la dissolution filtrée fournit avec l’eau de baryte un
précipité blanc de sulfate de baryte, insoluble dans
l’eau et dans l’acide nitrique , et par l’oxalate d’ammo¬
niaque un précipité blanc d’oxalate de chaux , soluble
dans l’acide nitrique et donnant de la chaux vive lors¬
qu onle décompose dans un creuset à une chaleur rouge.
Si la quantité de plâtre était trop peu considérable pour
pouvoir être décelée par le procédé que nous indiquons,
il faudrait calciner la farine dans un creuset, pendant
une demi-heure, pour la décomposer et la transformer
en charbon ; celui-ci ferait passer le sulfate de chaux
à l’état de sulfure que l’on reconnaîtrait au moyen de
l’acide nitrique : en effet cet acide dégagerait sur-le-
champ du gaz acide hjdrosulfurique^ et dissoudrait la
chaux; le nitrate résultant étant filtré, donnerait un
précipité d’oxalate de chaux par l’addition de l’oxalate
d’anamoniaque.
5® Par le carbonate de chaux (craie) qui peut avoir
été mêlé â dessein. On parvient à découvrir cette fraude
29
( 45o )
en délayant la farine dans l’eau bouillante; le carho
nate de chaux se précipite ; on décante pour l’obtenit
à l’état pulvérulent. Il est solide et insipide ; il se dis
sont aveé effervescence dans l’acide nitrique affaibli - le
nitrate résultant donne, par l’oxalate d’ammoniaque
un précipité blanc d’dxalaté de chaux soluble dans
l’acide nitrique, et laissant pour résidu de la chaux
vive, lorsqu’on le calcine dans un creuset.
6° Par la céruse ( sous -carbonate de plomb). On
délaye la farine dans l’eau bouillante, et l’on obtient la
céruse à l’état pulvérulent ; elle est solide, blanche
insipide et soluble dcvec effervescence dans l’acide ni¬
trique : le nitrate résultant précipite en blanc par les
alcalis et parles acides sulfurique et hydrochlorique,
en jaune par le cbromate de pôtasse , et en noir par
les hydrosulfates.
f Par le blanc de fard ( sous-nitrate de bismuth ).
On traite la farine par l’eau bouillante pour en sépa¬
rer le blanc de fard, comme nous venons de le dire
eh parlant de la céruse : le sous -nitrate de bismuth
peut être reconnu aux caractères indiqués § 8o
8® Parle soits-carhonate^ de potasse^ dans le dessein
de favoriser lelevàtion de la pâte et la cuisson du
pain. On agite pendant quelques minutes la farine
avec de 1 eau distillée à la température ordinaire : au
hout de vingt-quatre heures on décante le liquide qui
surnage J et on voit qu’il verdit le sirop de violettes,
qu’il fait effervescence avec les acides , et qu’il pre'ci-
pite en jaune-serin l’hydrochlorate de platine , s’il con¬
tient du sous-carbonàte de potassé ; d’ailleurs la farine
ainsi frelatée offre uné saveur alcaline. On agirait de
( 4SI )
ia mênie manière pour y découvrir ia présence dés
cendres^ qvLÏ iouvxà&sent^ étant traitées par l’eau froide,
Une dissolution contenant beaucoup de sous -carbo¬
nate de potassé. ,
9® Par l’alun ^ SL^xi de rendre le pain plus blanc : .
On mêle une partie de farine avec six parties d’eau
distillée ; on agite de temps à autre; au boutde vingt-
quatre heures on filtre , et on voit que la liqueur a une
saveur légèrement astringente ; elle précipite en blanc
par l’ammoniaque , le sous - carbonate de potasse et
1 hydrochlorate de baryte ; le précipité fourni par ce
dernier réactif est du sulfate de baryte insoluble dans
l’eau et dans l’acide nitrique. Si l’on évapore la liqueur
dont il s’agit, on obtient l’alün crystallisé.
Dans le cas où l’on ajoute de la poudre de jàlap pour
que la farine frelatée par l’alun ne détermine pas la
constipation , on traite la farine par l’alcohol à 36*^ ,
et on agite de temps àautre : au bout de trente à trênte-
six heures , on décante l’alcohol , qui a dissous la partie
résineuse du- jalap, et qui n’a point touché^'à l’alun ;
ou filtre, le liquide est jaunâtre et précipite en blanc
par leau; lorsqu’on l’évapore il jaunit , et finit par
donner la résine de jalap, d’une couleur jaune et d’une
saveur amère. On démontre la-présence de l’alun dans
cette farine au moyen de l’eau distillée, comme nous
venons de le dire. {Foj. 9°.)
10 Par la farine de haricot et de 'uèsce. On trouve
à 1 article comestible du Dictionnaire des Sciences
médicales , « que 8 parties de farine de vesce suffi¬
sent, d après Galvani , pour détruire la partie gluti-
neuse , ou du moins pour enlever au gluten, contenu
( 4^2 )
dans 20 parties de farine de froment sa propriété
élastique ; qu’il suffit pour cela de transformer ce mé
lange en une pâte molle , et de pétrir celle-ci pendant
un quart d’heure ; que c’est à la dose d’un vingtième
seulement que la farine de vesce devient inactive; que
la farine de haricot hlanc jouit de la même propriété
mais à un plus haut degré; enfin, qu’il suffit de faire
digérer deux drachmes de gluten frais, avec une dra¬
chme de farine de haricot , délayée auparavant dans
une once d’eau , pour qu’au bout de quelques heures
la moitié du gluten soit divisée, et passe aisément
avec le liquidé par le tamis *. Ces résultats nous ont
paru assez intéressans pour mériter d’être confirmés
par l’expérience. Voici ce que nous avons observé,
M. Barruel et inoi :
A, On a pétri pendant un quart d’heure une pâte
molle faite avèc 20 parties de fleur de farine de
froment , et 8 parties de farine de vesce de seconde
tamisation ., c’est-à-dire contenant beaucoup de son.
Cette pâte avait une couleur grisâtre et était parsemée
de petits points noirs elle n’ adhérait point aux mairts]
sa ténacité était moins considérable que celle de la pâte
de froment; elle exhalait une odeur assez forte ayant
de V analogie avec Codeur de pois ( caractères pouvant
servir à reconnaître la fraude ), On en a obtenu facile-
ment di\xt3LoX de gluten qu’en aurait fourni la farine de
froment seule.
B. La même expérience a été répétée avec 20- par¬
ties de fleur de farine de froment et 8 parties de fa-;
rine de vesce de première tamisation : la pâte , sans
mélange de points noirs ^ était moins colorrée que la pre-
( 453 )
eédente, et offrait la même odeur. Traitée par un filet
rl’eau , comme Galoani l’avait annoncé , elle n’â point
fourni de gluten. Désirant savoir si le gluten avait été
détruit ou simplement divisé par la farine de vesce, on
a fait l’analyse de la matière solide qui avait passé à
travers le tamis : après l’avoir séparée du liquide qui
la surnageait , on l’a traitée à froid par un excès d’acide
hydrocliioriqué affaibli, qui jouit de la propriété de dis¬
soudre la fécule sans toucher au gluten, et en effet il est
resté une matière en tout semblable au gluten '. celui-ci
ri* avait donc éprouvé qu’un grand degré de division.
Pour s’assurer encore davantage qu’il en était ainsi , on
a mélé 20 parties de fleur de farine de froment avec 8
parties de sous-carbonate de magnésie très-finement pul¬
vérisé , et dans une autre expérience , avec 20 parties dé
craie réduite en poudre fine; les pâtes, ayant été pétries
pendant un quart d’heure, n’ont point laissé de gluten
entre les mains lorsqu’on les a malaxées sous un filet
d’eau.
Il était important de savoir quelle était l’influence
de la division de la matière glutineüse sur \3i panifica¬
tion .-on a fait du pain avec un mélange de 20 parties
de fleur de farine de froment et de huit parties de fa¬
rine de vesce de première tamisation : le pain était gri¬
sâtre, doué d’une odeur et d’une saveur désagréables ,
«t beaucoup plus compact que le pain de froment; il
est évident que le gaz acide carbonique formé pendant
la fermentation panaire avait à peine dilate les cel¬
lules du gluten trop divisé.
C. On a laissé pendant 24 heures, à la température
de 35°, un mélange de deux drachmes 4fr^luten frais.
( 454 )
et d’une dracîime de farine de vesce délayée aupàraTam
dans une once d’eau ; le gluten n’a subi aucune altéra¬
tion : il en a été de même après avoir fait chauffer ce
mélange, pendant plusieurs heures,, à la température
de 70° à 8o®'.
D. On a pétri pendant un quart d’héure une pâte pré¬
parée avec 20 parties de fleur de farine de froment et 8
parties de farine de haricot. Cette pâte était diin hlqnc
légèrement jaunâtre \ sa ténacité était plus grande que
celle de la pâte de froment^ elle avait ime odeur très-
sensihle d^herhe fraîche écrasée ( caractères propres à
faire connaître fa fraude). On l’a malaxée sous hji filet
d’eau; il n’est pas resté un atome de gluten entre les
mains ; mais on s’est assuré , au moyen de l’acide hydro-
chlorique affaibli , que la matière glutineuse n’avait
pas été détruite, elle avait seulement éprouvé un assez
grand degré' de division pour passée à travers le tamis.
{Voj. pag. 453 Bâ). Le pain fait avec cette pâte était
aussi bon que celui de froment pur, excepté qu’il était
plus mat.
E. Deux drachmes de gluten frais ont été laissées pen¬
dant 24 heures , à la température de 25°, dans un mé¬
lange d’une once d’eau et d’une drachme de farine de
haricot ; le gluten a conservé toutes ses propriétés et
n’a point perdu de son poids; il en a été de même
après avoir fait chauffer le mélange, pendant huit heures,
à la température de 80°. Ce résultat est tout-à-fait op¬
posé à celui qu’avait obtenu Galvani.
On peut conclure de ce qui précède, i® que la fletîr
defarine'de froment, contenant un tiers de son poids
de farine de haricot, fournit du pain mat dont on peut
' ( 455 ) :
cèpendant faire usage sans inconvénient; a® quela mêmé
farine, mêlée avec le tiers de son poids de farine de
vesce de première tamisatiqn , donne du pain mat ,
d’une qdeur et d’une saveur assez désagréables pour
qu’on ne puisse pas l’employer dans l’économie domes¬
tique ; 3“ que dans aucun de ces cas le gluten de la
farine de froment n’est détruit^ mais qu’il est simple¬
ment très-divisé.
Du Pain.
L’altération des farines par une des causes que nous
avons enumérées entraîne nécessairement celle du pain.
Les farines sont-elles humides ou rongées par des in¬
sectes, le pain quellj^ fourniront contiendra moins de
matière glutineusO. Si elles ont été mêlées avec du
sable, des substances salines solubles ouinsolubles, etc.,
le pain renfermera ces substances , et il pourra même
se faire que le gluten qui entre dans sa composition ait
éprouvé un très - grand degré de division par le mé¬
lange des farines avec des matières finement pulvéri¬
sées, pag. 453 )Nous allons nous occuper de
ce dernier genre d’altération.
Pain, altéré, par du sable, du plâtre, du carbonate de
chaux , de la oeruse , dublanc de fard, du sous-carbo~
jnate de potasse, des cendres ou de l’alun. La tempéra¬
ture à laquelle il faut soumettre la pâte pour cuire le
pain n étant pas assez élevée pour décomposer les
substances dont nous parlons , il est évident qu’on doit
les retrouver dans le pain. On commencera donc par
faire macérer, pendant vingt -quatre heures , la mie de
pain coupée par tranches, dans une suffisante quantité
(-456 ) •
d'eau distillée qui dissoudra 1^ sulfate de cbaux le
sous-carbonate de potasse , les sels solubles des cen¬
dres et l’alun : on filtrera la dissolution, et on l’essayera
parles réactifs dont nous avons parlé en faisant l’his¬
toire des farines frelatées par ces substances salines.
( pag. 449 etsuiv.)
Le sable , le carbonate de chaux, la céruse et le
blanc de fard, étant insolubles dans l’eau, se sépare¬
ront de la mie de pain et se précipiteront au fond
du vase ; on décantera l’eau terrant la mie de pain
en suspension. Le sable sera facilement reconnu à ses
propriétés physiques. Quelques gouttes d’acide nitrique
affaibli serviront à distinguer le carbonate de chaux,
la céruse et le blanc dé fard , comme nous l’avons éta¬
bli en parlant des farines. ( Voy. pag. 45o.)
Si le pain était altéré par la farine de 'vesce, on le
reconnaîtrait aux caractères indiqués pag. 45 z.
Pain contenant un sel soluble de plomb ou de cuivre.
Lorsqu’on se sert, pour faire le pain, d’un levain trop
acide qui a été conservé dans des vases de cuivre ou
de plomb , ces métaux peuvent être oxydés et dissous
par 1 acide : le pain dans ce cas doit être mêlé avec
trois fois son poids d’un mélange d’eau et de vinaigre
distille; on filtre la dissolution au bout, d’une heures
et on l’examine parles réactifs propres à décefer la pré¬
sence des acétates de cuivre et de plomb. ( Voj. § 63
et83.)
Pain ergoté. { Voy. § 190.)
Du Sel commun (Hydrochlorate de soude).
Alterations du sel , 1° par une trop grande quantité
( 457 )
de sels déliquescens , tels que les hydrochlorates de ma¬
gnésie et de chaux. Dans ce cas le sel attire ràpider
ment l’humidité de l’air ; sa dissolution aqueuse pré¬
cipite en blanc par la potasse , l’ammoniaque , les sous-
carbonates de ces hases , et l’oxalate d’ammoniaque ,
tandis que le sel de cuisine pur n’est point troublé
pas ces réactifs.
2° Par du sïi^ate de chaux. En traitant le sel pat-
une petite quantité d’eau froide, le sulfate de chaux
n’est point dissous , et peut être reconnu comme il a
été dit pag. 449* Si par hasard il faisait partie de la
dissolution , celle-ci précipiterait en î)lanC par l’oxalate
d’ammoniaque et par l’ hydrochlorate de baryte :1e
premier de ces. précipités se dissoudrait dans l’acide
nitrique ; l’autre serait insoluble dans cet acide.
^ 3° Par du sulfate de soude. Dans ce cas le sel gris
■peut s’effleurir à l’air ; sa dissolution précipite en blanc
l’hydrochlorate de baryte ; enfin si on la fait évaporer,
le sulfate de soude crystallisè le premier lorsqu’on
abandonne à elle - même la liqueur moyennement
concentrée.
4® P ar de V oxyde de fer. La dissolution saline est
légèrement colorée et précipite en noir par la noix de
galle et en bleu par le prussiate de potasse.
5 Par de Voxjrde de cuwre. Le sel peut être d’une
couleur verdâtre ; sa dissolution précipite en brun
marron par le prussiate de potâssse , en noir par lés
bydrosulfates, et bleuit par l’addition de l’ammoniaque.
d'* Par ï oxyde de plomb , ce qui tient à la nature
des vases dans lesquels on a fait évaporer le sel. La
dissolution aqueuse précipite en blanc par l’acide
(458)
sulfurique, en jaune par le chromate de potasse et
en noir par les hydrosulfates solubles.
Du. Chocolat.
Le chocolat de première qualité est préparé avec du
cacao , du sucre et de la cannelle ; quelquefois on ajoute
aussi de la vanille et du girofle. Celui que l’on débite
dans le commerce est ^uvent altéré par de la fécule.
Le bon chocolat ne doit présenter dans sa cassure rien
de graveleux; il doit se dissoudre aisément dans la
bouche, et produire un sentiment de fraîcheur; lors¬
qu’on le fait fondre dans l’eau ou dans le lait, il ne doit
communiquer à ces liquides qu’une consistance mé¬
diocre. (Parmentier.)
Altérations du chocolat., par la farine, et surtout
par celle de pois et de lentilles, qui se lient mieux
que les autres espèces. Le chocolat contient une ma¬
tière farineuse , dit Parmentier , toutes les fois qu’il ré¬
pand dans la bouche un goût pâteux ; qu’en le prépa¬
rant il exhale au premier bouillon une odeur de colle,
et qu’après son entier refroidissement il se convertit
en une espèce de gelée. Ces caractères sont assurément
de nature à devoir être pris en considération lorsqu’il
s’agit de prononcer sur la fraude dont nous parlons,
mais ils nous paraissent insuffisans. Voici le procédé
qu’il faut mettre en usage pour découvrir les plus pe¬
tites quantités de ces farines. On fait bouillir pendant 8
à lo minutes une partie de chocolat avec 6 à 7 par¬
ties d’eau distillée, afin de dissoudre la fécule fai¬
sant partie de la farine ; on décolore le liquide à
l’aide d’une suffisante quantité de chlore concentré;
( 459 )
ii se forme un précipité jaunâtre ; dn le laissé reposer
et on filtre ; la liqueur ainsi clarifiée est d’üne cou¬
leur jaunâtre et contient la fécule; elle devient d’un
très-beau par l’addition d’une ou de deux gouttes
de teinture alcoholique Æiode (iode dissous dans l’al-
cohol). Le chocolat sans mélange de farine, traité de
la même manière, fournit un liquide jaunâtre qui
passe au biain par l’addition de la teinture d’iode.
2® Par ï amidon : tout ce que nous venons de dire
à l’occasion du chocolat frelaté par la farine , s’applique
à celui qui contient de l’amidon.
3° Par du cacao âcre, amer, nouvellement récolté ,
trop, grillé ou avarié : le chocolat offre alors une saveur
amère , marinée ou de moisi.
4° Po-^ de r huile ou des graisses animales , que l’on
ajoute dans le dessein de remplacer le beurre dont on
a privé le cacao. Le chocolat exhale dans ce cas une,
odeur de fromage (Parmentier).
S’il y avait lieu de soupçonner que poisons mi¬
néraux eussent été mêlés avec du chocolat , on devrait
décolorer celui-ci au moyen du chlore concentré j
laisser reposer le précipité qui se formerait , filtrer
et concentrer le liquide en l’évaporant dans une cap¬
sule ; on 1 examinerait ensuite par les réactifs dont nous
avons parlé en faisant l’histoire de chacun des poisons ;
en effet la matière colorante du chocolat s’oppose seule
à ce que les menstrues agissent sur les substances véné¬
neuses qu’il tient en dissolution , comme ils le feraient
si elles étaient dissoutes dans un liquide incolore; il
s agit donc tout simplement de la détruire.
Mais si le poison dissous dans le chocolat avait été
( 4^0 )
décomposé par lui , et transformé en un produit inso¬
luble, ou qu’il fut du petit nombre de ceux que le chlore
précipite (i), on ne devrait plus le chercher dans la li¬
queur; il faudrait alors agir sur le précipité que nous
avons dit se former quand on décolore le chocolat par le
chlore.
Du Café,
Le café est souvent altéré par la racine de chicorée
sauvage torréfiée ; cette fraude est même tolérée par le
gouvernement qui permet le débit d’un pareil mélange.
Voici les caractères propres à distinguer la poudre de
café d’une poudre composée de café et de la quantité
de chicorée avec laquelle il est mêlé dans le com¬
merce. La poudre de café est composée de particules
beaucoup plus dures que l’autre, ce qu’il est aisé
de voir en les triturant comparativement , pendant
quelque temps, entre le pouce et l’index; lorsque
ces doigts ont été mouillés, et que la compression a été
assez forte , le mélange de café et de chicorée ne tarde
pas à s’agglomérer et à former un petit ovale , tandis
que le café reste toujours à l’état pulvérulent. La saveur
du café pur est amère; celle du café chicorée est amère
et légèrement acidulé. ~
Café a Veau mêlé à dessein ou accidentellement
avec des poisons minéraux. On détermine aisément la
présence des poisons minéraux qui sont tenus en dis¬
solution par le café , en décolorant celui-ci à l’aide du
chlore concentré, en laissant déposer le précipité qui se
forme, en filtrant la liqueur, en la concentrant par l’éva-
(i) Comme l’émétique et le nitrate d’argent.
( 46i )
poration si on la juge trop étendue, et en la mettant
en contact ave^; les réactifs susceptibles de déceler les
poisons. ( F^oy. mon Mémoire sur un nouveau procédé
propre à faire découvrir les poisons. Nouveau Journal
juillet 1820).
Si lés substances vénéneuses ontété décomposées par
le café ou par le chlore, et transformées èn une matière
insoluble {voyez chocolat, pag. 4do), on agit sur les
précipités comme nous l’avons dit en parlant de ces
substances en particulier.
Café au lait et Eau de Javelle. Lorsque nous fîmes
imprimer l’article Eau- de Javelle à la page 34 de cet
ouvrage , nous étions loin de prévoir que nous sérions
incessamment requis par l’autorité pour décider si ce
liquide avait été mêlé à du café au lait avec le¬
quel on avait le dessein d’empoisonner un individu 5
en effet l’eau de javelle n’est pas un poison énergique,
surtout lorsqu’elle se trouve étendue dans une grande
quantité de véhicule. Quoi qu’il en soit , le cas dont il
s’agit peut se présenter de nouveau, et nous croyons
devoir faire connaître les moyens qui peuvent servir
à l’éclairer.
L’eau de javelle est composée de chlore et de
potasse ; il faut donc s’attacher à démontrer la pré¬
sence de ces deux corps dans le café au lait. On devra
soigneusement rechercher si la liqueur n’exhale pas
une odeur de chlore, et si elle n’offre point une saveur
alcaline. On procédera ensuite à la découverte de l’al¬
cali : pour cela on laissera pendant vingt ou vingt-cinq
minutes, dans le liquide suspect , un papier de tourncf-
sol rougi par un acide 5 l’expérience prouve que le
( 46 a )
papier est dans un mélange dune partie d’eau
de javelle et de vingt parties de café au lait : quel que
soit le résultat obtenu dans cette expérience , on irai-
tera une partie de la liqueur par six ou sept fois son
volume d’alcohol à 36®; on agitera; ledait et le café
seront caillés au bout de quelque temps ; on filtrera
et on obtiendra un liquide alcobolique jaunâtre , qui
rétablira la couleur bleue du papier de tournesol
rougi par un acide , et qui fournira , par l’hydrochlo-
rate de platine , un précipité jaune-serin assez abon¬
dant; ces caractères seront encore plus sensibles si on
concentre le liquide en dégageant une partie de lal-
cobol par l’évaporation* Or le café au lait sans addi¬
tion d’eau de javelle , et caillé par l’alcobol , donne
un liquide qui n’agit point sur le papier de tournesol-,
à la vérité il précipite légèrement l’bydrocblorâte de
platine , en raison des sels à base de potasse qui font
partie du sérum du lait ; mais ce précipité est beau¬
coup moins abondant que celui qui est fourni par le
café avec addition d’eau de javelle ; donc il sera per¬
mis de conclure qu’il y a de la potasse libre dans la
liqueur dont il s’agit, parce qu’elle est alcaline , quelle
précipite abondamment l’bydrocblorate dé platine, et
quelle ne contient point d’ammoniaque.
Pour démontrer la présence du. cblbre; dans le café
au lait, ori fera cbauffer l’autre partie avec une larne
d’argent pur et exempt de cuivre, et l’on ne tardera
pas à s’apercevoir que le métal sera bruni ou noirci ; en
effet il se formera du chlorure d’argent noir; on lavera
la lame avec de l’eau distillée , puis on la traitera par
1 ammoniaque liquide qui dissoudra le chlorure d’arr
(463)
^ent; la, lame reprendra le brillant métallique : on
saturera la dissolution ammoniacale par de l’acide
nitrique pur qui s’emparera de l’alcali , et laissera pré¬
cipiter du chlorure d’argent blanc dont les caractères
ont été exposés S 12, Or ce chlorure ne peut avoir été
formé qu’aux dépens du chlore libre contenu dans le
café au lait, les hydrochlorates qui entrent dans la
composition" du sérum, n’étant point décomposés par
la lame d’argent.
Si, par une raison quelconque, l’expert n’obtenait
point 'des résultats propres à démontrer la présence
du chlore dans la liqueur dont il s’agit, il s’attacherait
'particulièrement à découvrir la potasse à laquelle l’eau
de javelle doit ses propriétés vénéneuses.
Du fromage.
Le fromage peut avoir séjourné dans des vaisseaux
de cuivre, dé laiton ou de plomb, et contenir des
oxydes de ces métaux. S’il ne renferme qu’un atome
d oxyde de cuivre , il est à peine coloré 5 l’ammoniaque
et le prussiate de potasse ne changent point de cou¬
leur, même lorsqu’ils ont été agités pendant quelques
minutes avec lui : mais si on abandonne ce mélange
à Im-même, on observe au bout de vingt-quatre heures
que 1 ammoniaque offre ' couleur bleue ^ que le
prusssiate de potasse a déterminé un précipité brun
* marron , caractères qui suffisent pour affjjmer qu’il y a
del oxyde de cuivre. Dans lecas où cet oxyde serait plus
abondant, le fromage pourrait offrir une téinte jaunâtre,
verdâtre ou bleuâtre , et les réactifs dont nous parlons
démontreraient sur-le-champ la présence du métal.
( 464 )
Le fromage contenant de V oxyde de plomb hydraté
présente la même couleur que le fromage ordinaire ;
mais lorsqu après l’avoir divisé on l’agite pendant quel,
ques minutes avec l’hydrosulfate de potasse ,41 bruui(.
et finit par noircir ; traité de la même manière par le
cliromate de potasse dissous dans l’eau, il fournit un
précipité jaune de chromate de plomb. Si la quantité
d’oxyde n’était pas assez considérable pour pouvoir être
décelée par ces moyens, il faudrait calciner le fromage
dans un creuset pendant une demi-heure à une cha¬
leur rouge, afin d’obtenir le plomb métallique, dont
nous avons fait connaître les caractères page iSa.
Il arrive quelquefois que pour augmenter le poids du
fromage on le mêle avec de la farine, avec des pommes
de terre cuites , des fécules , etc. Cette fraude peut
être aisément reconnue en triturant dans un mortier
lin mélange de fromage, d’eau et à. iodé ^ ce dernier ,
corps jouissant de la propriété de former avec l’amidon
un composé d’un très-beau bleu, à moins que la propor¬
tion de farine, de fécule, etc., ne soit très -faible. Le
fromage sans addition de fécide , trituré avec de l’iode
èt de l’eau , acquiert une couleur de tabac d’Espagne.
Du Beurre et de V Huile.
Altérations du beurre^ i° par des pommes de terre
pour augmenter son poids. On connaît cette fraude
en mettant le beurre dans un petit tube de verre, et
en le faisant fondre au bain-marie à la température
/de 6o à 66 O ; il vient à la surface , tandis que le sé¬
rum liquide et les flocons de caséum faisant partie
du beurre , ainsi que les pommes de terre occupenl^
( 463 )
le fond du tube j on verse de l’ammoniaque qui dis»
sout rapidement les flocons de caséum , surtout si on
continue à chauffer le mélange ; la pomme de. tefre
reste sous forme d’une masse ou de grumeaux. Le
beurre non mélangé de pommes de terre ' fournit des
flocons de caséum lorsqu’on le fait fondre au bain-
marie , mais ces flocons disparaissent entièremënt
lorsqu’on les traite par l’ammoniaque. Nous croyons
devoir encore ajouter que le beurre mêlé avec de la
pomme de terre devient bleu quand on le triture dans
un mortier avec une petite quantité d’eau et d’iode,
tandis qu’il passe au jaune-orangé lorsqu’il ne contient
point de fécule , et qu’on le traite de la même manière.
2® Par du suif. La saveur que le beurre acquiert
suffit pour découvrir cette altération.
3® Par de là craie du sahle y etc. On fait fondre le
beurre dans dix ou douze parties d’eau ; il vient à la
surface, tandis que les matières dont nous parlons se
précipitent, et peuvent être reconnues comme nous
l’avons dit page 449*
4° P ar des oxydes de cuivre et de plomb. On agit
comme pour le fromage. {Voy. page 463.)
5° Par une trop grande quantité de sel commun. La sa¬
veur suffit pour faire découvrij-cet excès d’hydrochlorate
de soude, dont la quantité, du reste, peut être rigou-
reusement appréciée en faisant bouillir le beurre avec
de 1 eau distillée , en le laissant figer et en évaporant
le liquide jusqu’à siccité , après l’avoir filtré.
'L huile contient quelquefois des oxydes de citivre ou
de plomb dont on détermine la présence comme nous
1 avons dit en parlant du fromage. [Voy, page 463.)
3o
('4^6)
Du Lait.
Le lait peut être altéré , par une trop grande quart-
tité d'eau : il offre alors une teinte bleuâtre et une sa¬
veur, aqueuse. La chimie ne possède aucun moyen de
découvrir cette fraude , et l’on ne peut tirer aucun parti
du galactometre dit de Cadet de V aux , la quantité d’eau
naturellement contenue dans le lait pouvant varier à
l’infini j suivant une multitude de circonstances.
2® Par de la farine ou de V amidon : on fait quel¬
quefois bouillir le lait avec l’une ou l’autre de ces subs*
tances pour l’épaissir et lui donner un aspect plus
agréable et plus gras. On reconnaît aisément cette fraude
en triturant le lait avec un peu d’iode qui lui commu¬
nique sur-le-champ une couleur bleue tandis que le
lait pur acquiert la couleur du tabac d’Espagne lorsqu’il
est trituré avec ce corps. Si le mélange d’amidon et de lait
avait été fait à froid, on observerait les nuances sui¬
vantes en le triturant avec l’iode. Lait et très-peu d’ami¬
don : couleur jaune clair. Lait et un peu plus d’amidon :
cov\e\ivj'aune de inoùtarde. Lait et un peu plus d’ami¬
don : couleur bleue 'verdâtre. Lait et une assez grande
quantité d’amidon : couleur bleim lilas.
3° Par V oxyde de zinc dans le dessein de l’épaissir:
nous nous sommes assuré que l’on pouvait mêler au
lait une assez grande quantité d’oxyde de zinc pour le
rendre nuisible. On découvre cette fraude en y versant
quelques gouttes d’acide sulfurique concentré qui le
caille sur-le-champ5 oti filtre la liqueur, et on voit qu elle
a une saveur métallique, et qu elle précipite en blanc
par les alcalin et par les hydrosulfatés ; lorsqu’on la fait
' . - ( 4^7 )
évaporer jusqu’à siccité , et^squ’on calcine le produit
avec de là potasse et du charbon, on obtient du zinc
métallique. ( Foy. § 82.)
4® Par du sous-carbonate de potasse^ dans le but de
s’opposer à là coagulation du lait. La saveur de celui-ci
est alors alcaline ; il rétablit la couleur bleue du pa¬
pier de tournesol rougi par un'^acide; il fait efferves¬
cence avec les acides minéraux ou végétaux.
5° Par les vaisseaux de cuivre , d’étain et de plomb,
dans lesquels il a été conservé. ( Voyez §48,63 et 83. )
TRET^TE-QUATRIÈME LEÇON.
De VEau.
L’eaù dont on fait habituellement usage comme
boisson est loin de présenter toujours les mêmes avan¬
tages : celle qui doit être préférée contient de l’air et
une petite proportion de sulfates, d’hydro chlorates
GU de carbonates 5 elle est fraîche , vive , limpide et
inodore ; on s’assure quelle est aérée en élevant un
peu sa température , puisqu’on voit aussitôt l’air se
dégager soüs forme de bulles; elle se trouble à peine
par le nitrate d’argent et par l’hydrochlorate de baryte
^ dissous , parce quelle ne renferme que très-peu d’hy¬
drochlorates, de carbonates et de sulfates; l’oxalate d’am¬
moniaque n’y fait point naître un précipité abondant ,
ce qui arriverait si elle contenait une assez forte pro¬
portion de sels calcaires; le chlore et l’infusion alcoho-
iique de noix de galle ne la précipitent pas sensible¬
ment , tandis que le contraire aurait lieu si elle ren¬
fermait beaucoup de matière animale ; elle cuit bien
( 4fi8 )
les légumes et dissout le savon sans former des gru¬
meaux. Il devient inutile de constater ces deux carac¬
tères, lorsqu’on a été à même de faire usage des
réactifs dont nous venons de parler, car ils ne ten¬
dent qu’à démontrer d’une manière grossière que l’eau
contient une grande quantité d’un sel à base de chaux.
Eau distillée. L’eau distillée est lourde parce quelle
est privée d’air et des sels qui se trouvent dans l’eau
que nous avons dit devoir être préférée. On la re-
connaîti’a à sa transparence , à son défaut d’odeur et
de saveur , et surtout à ce qu’elle ne se trouble point
lorsqu’on la met en contact avec le nitrate d’argent,
l’hydrochlorate de baryte , l’oxalate d’ammoniaque et
le chlore.
Eau trouble. L’eau que nous avons dit être la meil¬
leure peut quelquefois devenir tellement bourbeuse
-qu’au premier abord on pourrait la croire nuisible :
il suffit de la laisser reposer pendant quelque temps ^
et mieux encore de la filtrer à travers des couches de
«able fin, de mousse, d’éponges , etc. , pour la débar¬
rasser des matières terreuses qu’elle tient en suspen- ,
-Tsion et la rendre transparente.
Eau dure. On désigne sous ce nom l’eau de puits ,
-qui contient une assez grande quantité de sulfate de ^
-chaux et celles qui renferment beaucoup de carbo¬
nate calcaire; on les emploie journellenjent dans les
pays où il est impossible de s’en procurer de meil-
"leure , mais leur usage peut être quelquefois suivi
-d’un dérangement dans les fonctions digestives. Veau
de puits abondamment par l’bydrochlorate
ïde baryte et par l’oxalate d’ammoniaque; elle cuit
(4%)
mal les légumes et transforme le savon en grumeaux-,.
ce qui prouve qu’elle contient , beaucoup de sulfate
de chaux. U eau qui renferme une assez forté proportion
carbonate de chaux est acidulé, .ce carbonate étant-
tenu en dissolution par un excès d’acide carbonique j
elle rougit faiblement l’eau de tournesol, et se trouble
lorsqu’on la chauffe à une température inférieure à
celle qui la ferait bouillir , parce qu’on dégage alors
l’a'cide carbonique 5 elle précipite abondamment par
l’eau de chaux et par l’oxalate d’ammoniaque 5 enfin
elle est impropre à la cuisson des légumes et à la dis¬
solution du savon.
Eau contenant du gaz acide carbonique et n.e ren¬
fermant aucun carbonate insoluble. Elle a une saveur
aigrelette, rougit sensiblement l’eau de tournesol et
précipite l’èau de cKaux en blanc : elle perd toutes ces
propriétés en l'a faisant bouillir pendant quelques mi¬
nutes , mais elle ne se trouble point.
Eau imprégnée de plomb. {For.% gx.)
Nous nous abstiendrons de parler des eaux corrom¬
pues, dont on connaît aisément les mauvaises qualités
à 1 odeur qu elles exhalent. 11 n’entre pas non plus dans
le plan de cet ouvrage de traiter des eaux minérales ,
salines, sulfureuses, et ferrugineuses, que l’on doit
considérèr plutôt comme des médicamens que comme
des boissons habituelles. ( nos Élémens dé Chi¬
mie médicale, tom. II, 2® édition.)
Du Vin.
Le vin peut être altéré , i® par ïeau. Si la quantité
d eau contenue dans le vin était toujours là même.
( 470 )
on parviendrait aisément à reconnaître s’il a été fre¬
laté par l’eau ; il s’agirait tout simplement de déter=
miner combien une quantité quelconque de vin four¬
nirait d’alcobol à un degré déterminé de l’aréomètre •-
mais il n’en est pas ainsi ; la proportion d’alcohol varie
considérablement suivant l’espèce de vin , et dans la
même espèce de vin suivant que l’année a été plus ou
moins favorable, etc. La chimie n’offre donc aucun
moyen de parvenir à la solution de cé problème , et le
dégustateur ne peut être guidé que par la saveur plus
ou moins aqueuse du vin,
2® Par la potasse^ le dessein d’arrêter la fermen¬
tation et de saturer l’acide acétique que le vin contient
en excès ; dans ce cas le vin renfermera de l’acétate de
potasse. On fait évaporer le vin jusqu’en consistance
syrupeuse, puis on l’agite péndant quelques minutes
avec une petite quantité dlalcohol à 35° de l’aréomètre;
on chauffe légèrement; l’alcohol dissout tout l’acétate
de potasse; on filtre ; le liquide alcoholique, d’un jaune
rougeâtre, est partagé en deux parties; une d’elles est
traitée par l’hydrochlorate de platine qui y faitnaîtreun
aune-serin (preuve de l’existence delà potasse)-^ ■
l’autre partie est évaporée jusqu’à siccité, et le produit
est mis en contact avec l’acide sulfurique concentré,
qui en dégage des vapeurs d’acide acétique reconnais¬
sable à son odeur. Mais , dira-t-on, le vin sans addition
de potasse se comporte dé la même manière lorsqu’a-
près l’avoir évaporé on le traite par l’alcohol , l’hydro-
chlorate de platine et l’acide sidfurique, parce qu’il
renferme toujours de l’acétate de potasse : cela est
vrai, mais la quantité d’acétate contenue naturellement
'( 471 ) .
dans le vin est tellement faible^ que Paydrocblorate de
platine précipite à peine sa dissolution alcoholique ,
et que l’acide sulfurique n’en dégage que très-peu de
vapeurs d’acide acétique.
3° Par la chaux ou par la craie ^ que l’on substitue
quelquefois à la potasse pour remplir le même but. On
évapore le vin jusqu’en consistance de sirop : ôn traite
celui-ci par de l’alcphol à 46“ ; la dissolution alcoho¬
lique contient l’acétate de chaux formé aux dépens de
l’acide du vin et de la chaux ajoutée ; elle précipite
abondamment en blanc par l’oxalate d’ammoniaque, et
le précipité fournit de la chaux vive lorsqu’on le cal-'
cine dans un creuset. Le vin sans addition de chaux
ou de craie , évaporé jusqu’en consistance de sirop et
traité par l’alcohol à 46“, 'fournit une dissolution qui
n’est point troublée par l’oxalate d’ammoniaque.
4“ Valun , par la litharge , la céruse ou quelques
autres préparations de plomb , par les oæydes de cuivre
et par Yoxf de d’arsenic; plusieurs de ces substances
peuvent avoir été ajoutées à dessein ^ pour exalter la
couleur des vins et leur communiquer une saveur as¬
tringente ou douceâtre : quelques-unes d’ entré elles
s’y trouvent accidentellement. Yoici le procédé qu’il
faut mettre en usage pour démontrer leur existence :
si le vin est rouge, on le mêle avec une suffisante
quantité de chlore liquide pour le décolorer : on laisse
déposer un précipité jaune-rougeâtre qui se forme ,
puis on filtre ; la liqueur filtrée est évaporée et con¬
centrée dans une capsule de porcelaine ou de pla¬
tine.; lorsqu’elle est réduite au tiers de son volüme,
on la filtre de nouveau pour la débarrasser d’un pré-
( 472 )
cipité rougeâtre qui s’est formé pendant l’évapora,
tion , et on la traite par les réactifs propres à déceler les
dissolutions aqueuses d’alun, de plomb, de cuivre et
d’arsenic. Elle contiendra de Xalun&ï elle offre une saveur
astringente, et si elle précipite, l® en blanc par Tammo-
niaque et par la potasse; ce dernier alcali doit redis¬
soudre le précipité; 2° en blanc par le sous-carbonate
de potasse ou de soude; 3° en blanc par le nitrate ou
l’hydrochloratede baryte; le précipité est du sulfate de
baryte insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique.
{^Vojez § 49 i 63 et 83), les réactifs qu’il faut
mettre en usage pour découvrir dans le vin traité par
l e chlore les sels de plomb et de cui,vre ainsi que l’oxyde
d’arsenic .)
Le vin blanc frelaté par l’une ou l’autre de ces subs¬
tances sera analysé comme le vin rouge décoloré par
le chlore.
5° Par le sublimé corrosif. ( Voj. page 65. )
6° Par une préparation antimoniah. On reconnaîtra
le vin dans lequel on a fait dissoudre du tartrate de
potasse et d'antimoine comme nous l’avons indiqué
page i32. Si le vin émétique a été préparé avec du
vin blanc et du verre ou du foie d’antimoine , il pré¬
sente les caractères suivans ; il est jaune-rougeâtre,
transparent ou trouble , d’une saveur douceâtre et lé¬
gèrement styptique ; il rougit l’eau de tournesol, il ne
précipite point par l’eau ; l’acide sulfurique le préci¬
pite en jaune foncé tirant sur le gris ; les hydrosulfates
et la noix de galle agissent sur lui comme sur la dis¬
solution d’émétique. ( Voyez S 70 bis. )
7° Par r eau~de-vie dans le dessein de lui donner
( 473 )
plus de force et de s’opposer à sa décomposition. Le
vin qui a été ainsi altéré offre X odeur de V eau-de-vie ,
et ce caractère permet de le distinguer dans la plupart
des cas , de celui qui est sans mélange. Dans l’article
comestible du Dictionnaire des Sciences médicales ,
M. Marc a dit avec raison , qu’il avait constamment re¬
connu la présence de l’eau-de-vie à sa déflagration , lors¬
qu’il projetait dans un brasier bien ardent des mélanges
faits avec diverses proportions de vin et d’eau-de-vie ;
mais qu’il n’était guère possible d’y parvenir lorsque
le mélange était . ancien , la combinaison des fluides
étant devenue très-intime.
8® Par le poiré. Dans la plupart des cas , le vin mêlé
avec du poiré conserve la saveur de ce dernier corps,
qu’il est par conséquent aisé de reconnaître. S’il n’en
était pas ainsi, on ferait évaporer le mélange au bain-
marie jusqu’en consistance de sirop clair, on le lais¬
serait reposer et refroidir ; au bout de vingt-quatre
heures on décanterait le liquide et on séparerait les
crystaux de crème de tartre qui auraient pu se former :
on étpndrait le liquide sirupeux d’eau distillée pour le
faire évaporer et crystalliser de nouveau : cette opéra¬
tion serait encore recommencée , et à la fin on obtien¬
drait uri sirop ayant la saveur de la poire. ( Déyeux. )
On serait encore plus certain que le poiré a été mêlé
au vin, si, après avoir fait des mélanges de vin et de
poire, on voyait qu’ils jouissent de propriétés sembla¬
bles à celles des vins qu’on analyse.
9 Par des matières colorantes , soit qu’on les ajoute
à des vins peu colorés, soit qu’on fasse des mélanges
d eau , d’eau-de-vie , de crème de tartre et de ces ma-
('474 )
lières pour imiter les vins naturels. Les substance^
colorantes dont on peut faire usage sont les bois dilnde
et de Fernamhouc , le tournesol en drapeau, les haies
d'Yhhle, de troene et de myrtille. Il est facile de re¬
connaître cette fraude au moyen des dissolutions d’a»
lun, de proto-hydrochlorate et de deuto-hydrochlorate
d’étain. On commence par faire les trois dissolutions
suivantes, quatre gros d’alun dans cinq onces d’eau
distillée; 2® demi-gros de liqueur fumante de Libavius
dans deux onces d’eau distillée ; 3° un gros de proto-
hydroçhlorate d’étain dans deux onces d’eau distillée.
On verse dans demi-once du vin dont on veut connaî¬
tre la nature, à peu près demi-gros de chacune de ces
dissolutions que l’on décompose au moyen de quel¬
ques gouttes d’ammoniaque ; l’alumine et les oxydes
d’étain se précipitent et entraînent la matière colorante^
On note exactement la couleur des précipités , et on a
les données nécessaires pour résoudre ce problème,;
comme -on peut s’en convaincre en lisant le tableau
suivant :
1 par réflexion ét Bleu-d’azur-clair. Bleu d’azur-foncé vupar
par réfraction. réflexion.
( 476 ) ■ ■
De VEaii-de-yie et des Liqueurs de table.
Ces liquides peuvent être altérés, par de poivre
le poivre tong^ le stramoine^ et Divraie, ajoutés dans le
dessein de les rendre plus sapides et plus enivrans. On
reconnaît cette fraude en faisant évaporer les liqueurs
dont nous parlons dans une capsule de porcelaine - si
elles sont pures, leur saveur spiritueuse diminue et finit
par disparaître à mesure que l’alcohol se dégage ; tandis
que si elles contiennent des principes amers ou âcres
la saveur qui leur est communiquée par ces principes
est d’autant plus marquée que l’évaporation a été pous¬
sée plus loin.
2° Par le laurier cerise , qui n’est pas nuisible s’il y
est en très-petite quantité , mais qui peut occasiôner
des accidens graves lorsqu’il s’y trouve en assez forte
proportion; on a quelquefois employé cette substance
pour frelater l’eau-de-yie de grains et de pommes de
terre. On s’assure de sa présence, ^ àTodetir d’amandes
amères qu exhalent les liquides , 5 à la propriété qu’ils
ont de précipiter dû bleü de Prusse quelques heures
après avoir été mêlés avec de la potasse , du sulfate de
fer et de l’acide sulfurique. ( Voyez S 129.) ,
3° Par ^es oxydes de cuivre et de plomb. Il est ar¬
rivé plusieurs fois que l’eau-de-vie préparée dans des
vaisseaux de cuivre contenait de l’oxyde de ce métal
dont on pouvait démontrer la présence par lés moyens
indiqués § 63. L’oxyde de plomb, dissous dans les
acides faisant partie de l’eau-de-vie, et qui peut s’y
trouver accidentellement , sera reconnu comme il a été
dit § 83.
( 477 )
4“ Par ralim^ àdins, le dessein de lui communiquer
une saveur douceâtre et astringente. On découvre l’a¬
lun par les moyens déjà indiqués à l’occasion du vin
rouge décoloré par le chlore. ( Voy. page 471*)
5° Pâr le sulfate ou par tout autre sel de fer. La li¬
queur précipite en bleu par le prussiate de potasse , en
violet-foncé presque noir par Virfusum alcoholique de
noix de galle, et en vert ou en rouge par les alcalis.
6° On distinguera l’eau-de-vie obtenue par la dis¬
tillation du vin , de l’eau-de-vie préparée avec de l’eau
et. de l’alcohol, à la propriété qu’a la première de rou¬
gir le papier de tournesol, tandis que l’autre ne lui fait
subir aucun changement ; d’ailleurs l’odeur de ces deux
liquides n’est pas la même. '
Le Punch et lés autres boissons chaudes que l’on
acidulé quelquefois avec des acides minéraux et no¬
tamment avec l’acide sulfurique, doivent être ana¬
lysés comme nous l’indiquerons en parlant du vinaigre
page 481.
Du Cidre.
Le cidre peut être altéré, i» par diverses , matières
colorantes^ telles que les fleurs de coquelicot, les baies
d’yèble, de sureau, etc.j sa couleur est alors plus fon¬
cée, ce qui le fait paraître plus fort. L’addition des
substances dont nous parlons est en général sans
inconvénient, et peut être reconnue jusqu’à un cer-
tain point, en suivant le procédé que nous avons in¬
diqué en parlant du vin, ( Voy. page 473j.
2® Par Veau-de^vie , dans le dessein de lui donner
plus de foree. On reconnaît cette fraude à l’odeur et
( 478 )
à la saveur que l’eau-de-vie communique au liquide
On avait pensé que le cidre, mélangé d’eau-de-Tie
pourrait être facilement distingué de celui qui n’en
contient point , par la propriété qu’il a de donner de
l’alcohol lorsqu’on le chauffe à la chaleur douce du
bain-marie; tandis que, disait-on, le cidre Naturel ne
perd son alcohol que lorsqu’il est en pleine ébullition.
Ce caractère ne jouit d’aucune valeur, car on sépare
aisément l’alcohol qui fait partie du cidre ordinaire
en le chauffant au bain-marie , à la température de
65 à 70°.
3® Par de la chaux, d^e la craie ou des cendres. On
concevra facilenient le but de cette sophistication lors>
qu’on saura que plus le cidre est foncé èn couleur, plus
il passe pour être fort; que sa couleur est d’autant plus
claire qu’il est plus afcide, et qu’il importe par consé¬
quent de saturer les acides libres qu’il renferme par des
substances alcalines ; enfin que lorsqu’il a été long-temps
en vidange, il éprouve la fermentation acide, et finit
par contenir une telle quantité de vinaigre , qu’il res¬
semble à de l’acide acétique étendu d’eau. — Il serait
extrêmement aisé de découvrir dans ce liquide la pré¬
sence de la chaux ou de la craie que l’on aurait ajoutées
pour le sophistiquer, si le cidre du commerce le moins
frelaté ne tenait pas en dissolution un ou plusieurs sels
calcaires ; en effet l’oxalate d’ammoniaque ferait naître
sur-le-champ , dans celui qui aurait été altéré par la
chaux ou par la craie , un précipité d’oxalate de chaux,
dont on pourrait retirer de la chaux vive par la cal¬
cination , tandis que le cidre sans mélange ne précipi"
tenait point par ce réactif. Mais il n’en est pas ainsi;
( 479 )
constamment les meilleurs cidres sont troublés et pré¬
cipités par l’oxalate d’ammoniaque, ce qui peut dé¬
pendre de la présence d’un sel calcaire dans le suc des
pommes ou dans l’eau qui ont servi à la fabrication de
la liqueur , et assez souvent des meules et des auges en
pierre que 1 on a employées pour diviser les pommes :
à la Vérité le précipité produit par l’oxalate d’ammo¬
niaque dans les cidres non frelatés par de la chaux ou
de la craie , est peu abondant , tandis que le contraire a
lieu lorsqu’on y a ajouté l’une ou l’autre de ces sub¬
stances. Au reste la sophistication dont il s’agit n’en¬
traîne pas beaucoup d’iriconvéniens , parce qu’en gé¬
néral la quantité de chaux employée est trop faible pour
saturer tout l’acide du cidre, et à plus forte raison
pour se trouver en excès dans la liqueur ; et s’il n’en
était pas ainsi, le cidre serait tellement faible et plat,
qu’il n’aurait aucun débit. — Il est moins difficile de
soupçonner l’addition des cendres ou de la potasse
qui en fait pptie j en effet les cidres de bonne qualité
ne contiennent qu’üne petite quantité de sels à base de
potasse , et se troublent a peine par l’addition de l’hy-
drbchlorate de platine , tandis que ceux qui ont été
mêlés avec des cendres précipitent abondamment en
jaune-serin ce même réactif.
4“ Par des préparations de plomb , telles que la cé-
ruse, la Utharge^ etc. Il suffit de laisser le cidre pen¬
dant quelques jours en contact avec la litharge , pour
quil en dissolve une quantité notable ; et comme il se
prend ordinairement à des doses très-fortes, il peut
résulter des inconvéniens graves de l’usage d’une pa¬
reille boisson. Cette altération peut-être l’effet de l’em-
( 48o )
pioi d’un pressoir dont plusieurs parties sont revê¬
tues de plomb ; elle peut tenir à ce qu’on a recueilli
le jus des pommes dans des grandes auges en pierre
composées de pièces dans l’intérieur desquelles on a
coulé du plomb; enfin elle peut avoir été faite à des¬
sein , dans le but de saturer l’acide acétique surabon¬
dant, et de corriger la saveur désagréable des cidres.
{Vof.% 83 pour la manière de reconnaître la présence
du plomb.)
I>e la Bi'ere.
On falsifie quelquefois la bière en y ajoutant de la
chaux, delà potasse, des matières végétales, etc.; dans
certaines circonstances aussi cette boisson contient des
oxydes de cuivre ou de plomb provenant des vases dans
lesquels elle a été cuite ou gardée. Nous renvoyons à
l’article cidre pour les procédés qu’il faut mettre en
usage lorsqu’il s’agit de constater dans la bière la pré¬
sence des substances dont il s’agit. Toutefois il ne sera
pas inutile de faire remarquer que la bière de bonne
qualité doit offrir les propriétés suivantes :
Elle doit être transparente et nullement flocon¬
neuse, sa saveur doit être aigrelette, alcoholique et
légèrement amère.
2? Elle doit contenir une assez grande quantité de
gaz acide carbonique pour produire une vive efferves¬
cence lorsqu’on la transvase.
3° Elle doit rougir le papier de tournesol ; lorsqu’elle
agit fortement sur cette couleur et quelle ne produit
point d’écume quand on la transvase, elle a éprouvé la
fermentation acide , et sa saveur est désagréable.
( 48i )
4° L’oxalate d’ammoniaque, l’acétate de plomb et
le nitrate de baryte doivent y déterminer des précipités
peu abondaris; .
5“ L’hydrochlorate de. platine doit la troubler à
peine parce quelle ne. renferme qu’une petite quantité
de sels à base de potasse.
jDu Vinaigre.
Nous croyons devoir parler dans cet article , i° des
caractères qui distinguent- le vinaigre de cidre du vi¬
naigre de. vin ; a® des différences qui existent entre le
vinaigre de vin distillé et non distillé ; 3® du vinaigre
de vin ou de cidre frelaté ; 4° des mélanges de vinaigre
devin et de vinaigre de cidre.
§ ^ Caractères qui distinguent le vinaigre de viur
du vinaigre de cidre. '
Le vinaigre de cidre présente à peu près les mêines
■propriétés physiques que le vinaigre dé vin blanc ; il
offre cependant une légère saveur de pomme ou de
poire que l’on ne retrouve point dansTautre ; l’eau de
tournesol, le nitrate d’argent et les sels solubles de
baryte agissent de la même manière sur eux, et ne
fournissent point de caractère distinctif. L’oxalate
-d ammoniaque précipité abondamment le vinaigre de
cidre, tandis qu’il trouble à peine celui de vin ; on obr^
serve le contraire avec l’acétate de plomb , qui donne un
précipité beaucoup plus abondant avec le vinaigre de
vin ; l’i/^SMTTz alcoholique de noix de galle n’altère point
la transparence de ce, dernier, tandis qu’il trouble sen¬
siblement le vinàigre de cidre.
3i
(482)
Ces caractères étant insuffisans pour distinguer les
liquides dont il s’agit, nous proposons d’avoir recours
au procédé suivant : on fera évaporer à une douce
chaleur, dans une capsule de platine ou de porcelaine
'huit ou dix' onces de vinaigre ; lorsque la hqueur sera
réduite au quart de son volume , on la versera dans un
verre à expérience et on la laissera refroidir ; le vinai¬
gre de vin déposera une assez grande quantité de crys-
taux blancs formés principalement de tartrate acidulé
de potasse (crème de tartre), tandis que le vinaigre
de cidre ne fournira aucun dépôt salin; et en effet le
suc de pommes et de poires ne contient pas un atome
de crème de tartre. ( Premier caractère. ) Si après ^voir
.décanté et filtré le vinaigre de vin qui surnage les crys-
taux de crème de tartre , on le fait évaporer de nou¬
veau jusqu’à ce que la liqueur soit réduite au seizième
de son volume primitif, on obtiendra encore des crys-
taux de tartrate acidulé de potasse par le refroidis¬
sement; le vinaigre dé cidre, évaporé jusqu’au mêm'e
degré et refroidi , ne fournira aucun dépôt salin.
(Deuxième caractère. ) Enfin, si après avoir séparé le
vinaigre de vin de la seconde quantité de crème de tar¬
tre crystallisée , on le fait évaporer jusqu’en consistance
de sirop, il donnera un léger résidu jaunâtre qui serait
rouge si le vinaigre de vin avait cette dernière couleur :
ce résidu sera peu abondant^ a peine gluant et d’une
saveur forte , simplemerit ^ acide ; le vinaigre de cidre,
réduit par l’évaporation jusqu’en consistance sirupeuse,
fournira un résidu d’un rouge foncé ^ assez abondant,
tres-gluant et d’unè saveur salée , peu acide, tenant de
la saveur de pellieule de pomme. (Troisième caractère.)
( 483 )
§ II. — Différences qui existent entre le 'vinaigre de vin
distillé et celui qui ne Va pas été.
Lo vinaigre de vin non distillé est jaunâtre ou rouge ;
celui qui a été distillé est blanc; le premier contient
de l’acide tartarique , et fournit un précipité de tartrate
de plomb lorsqu’on le mêle avec de l’acétate de ce
métal; le vinaigre distillé ne renferme point d’acide
tartarique et n’est point troublé par ce réactif.
§ III. — Du vinaigre de vin ou de bidrè, frelaté.
Le vinaigre peut être altéré :
i" Par du poivre.^ de la moutarde , des graines de
paradis ., V écorce de garou, la racine dèpyrétrhe , d’a¬
rum, etc, ; substances qu’on peut laisser pendant quel¬
que temps en contact avec le vinaigre faible pour lui
donner de la force et du montant. Ôn reconnaîtra cette
fraude en faisant évaporer le liquide dans une capsule
de porcelaine, à tine douce chaleur, jusqu’à ce qu’il
soit réduit au sixième de son volume; on l’abandon¬
nera à lui-même pendant vingt-quatre heures, puis on
le décantera pour le séparer des sels qui se sont dé¬
posés :.on le féra évaporer de nouveau jusqu’en con¬
sistance d’extrait mou : cét extrait aura une saveur '
âcre , amère, etc. , si le vinaigre contient quelques-
unes des substances dont nous parlons ; tandis que
sa saveur sera simplement acide si le vinaigre était
sans mélange.
2 Par des acides minéraux , tels que 1 es acides sul¬
furique , hydrochlorique et nitrique, que l’on aurait
■ • ( '484 )
ajoutés dans le dessein d’augmenter l’acidité du vi¬
naigre. . ‘ V
A. Pour déterminer la présence de l’acide sulfuri¬
que dans le vinaigre , les auteurs disent' qu’il faut y
ajouter qxielques gouttes d’une dissolution d’hydro-
chlorate de baryte , et que le précipité blanc de sulfate
de baryte , insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique,
est une preuve qu’il y existe de l’acide sulfurique libre.
Il est facile de prouver que cette conclusion n’est pas
exacte; en effet le vinaigre de vih contient toujours
du sulfate de chaux et du sulfaté dé potasse : or les
sels de baryte ^s’emparent, de l’acide sulfurique dans
quelque état quelles lé tfôiiveht ; donc on doit tou¬
jours avoir un précipité de sulfate de baryté quand on
verse de l’hydrochloràté de cette base dans du vinai¬
gre de vin naturel ; c’est "ce que l’expérience démontre.
Voici comment il faut procéder pour prouver l’exis¬
tence de l’acide sulfurique dans cette liqueur : on
la mêlé avec autant de chaux vive ou de carbonate de
chaux qu’il en faut pour saturer tout l’acide (i) ; il se
produit de l’acétate de chaux soluble et du sulfate dé
chaux peu soluble : ce derhiér est évidemment formé
par l’acide sulfurique libre du vinaigré , et il ne s’agit
plus que de démontrer la présericé dé cet acide dans
le précipité; pour cela on le recueille sur un filtre,
on le lave, et on en fait bouillir unè partie dans l’èau
distillée ; la dissolution fournit avec l’hydrochlorate dé
baryte un précipité blanc insoluble dans léau et dan^
(i) La chaux ou le carbonate doivent être purs, et surtout
exempts de sulfates. _ ^ . '
(485)
l’acide nitrique ; donc elle renferme un sulfate , qui dans
ce cas né peut être que celui de chaux. On peut encore,
s’assurer de la présence du sulfate en desséchant la por-;
tion du précipité que l’on n’a point fait dissoudre , en la;
mêlant avec un sixième de son poids de charbon fine-:
ment pulvérisé, et en la calcinant pendant deux heures,
dans un creuset rouge de feu ; on obtiendra du sulfure,
de chaux reconnaissable à . l’odeur d’œufs pouris qu’il
exhalera lorsqu’on le mettra en contact avec de reau.
et quelques gouttes d’acide nitrique. ! ■
B. Si le vinaigre était frelaté par de Tacide hydro-
çhlorique^^ on le.îevsxt chauffer dans une corntie à la¬
quelle on adapterait un ballon qui renfermerait une
petite quantité d’éau distillée ; le . liquide condensé
dans le récipient contiendrait du vinaigre et de l’acide;
hydrochlorique ; traité par le nitrate d’argent dissous
il fournirait un précipité de chlorure d’argent , blanc
caillebotté , lourd , insoluble dans l’eau et dans l’acide
nitrique , - soluble dans l’ammoniaque : preuve évi-.
dente de rexistenee de l’acide hydrochlorique. Ç Voyez
% 12.) C’est à tort que les auteurs ont; conseillé, pour
découvrir cette fraude, de verser le nitrate d’argent
dans le:vinaigre avant (le, l’avoir distillé ; car leslfinai-
grés fdu -commercer. contiennent tous une . certaine
quantité Æhydrochloraîes y etrprécipitent par : consé¬
quent par le nitrate.d’afgènt. Gomment décider alors
si le précipité est formé aux dépens, de l’acide hydro¬
chlorique qu’on aurait pu ajouter? On évite cet
ecueil ert n’agissant que sur le liquide distillé à une
douce chaleur , puisque les hydrochlorates que le vi¬
naigre peut contenir ne passent point dans le récipient.
( 486 )
C. Lorsque le vinaigre renferme de V acide nitH- ^
que^ on doit le saturer par de la potasse à lalcohol
et évaporer jusqu’en consistance de sirop épais; il se
forme de l’acétate et du nitrate de potasse ; on traite le.
magma par de l’alcohol concentré , qui dissout l’acétate
de potasse et quelques autres principes du vinaigre, et
qui n’agit point sur le nitrate de potasse ; on filtre, et on
démontre-îa présence de ce nitrate , en le mettant
sur les charbons ardens ; a® en le traitant par l’acide
sulfurique concentré {vofez % afi). Nous observerons
seulement qu’il est possible que l’acide sulfurique en
dégage des vapeurs orangées au lieu de vapeursblancbes ;
cela tient à ce que le nitrate de potasse est mêlé a une
certaine quantité d’bydrocblorates faisant partie du vi¬
naigre, qui sont également décomposés par l’acide sul¬
furique, en sorte qu’il se produit du chlore et du gaz
acide nitreux jaune-orangé.
3® Par du sulfate de cuivre ou de zinc dont on a
fait quelquefois usage pour clarifier le vinaigi'e. Gin
emploie pour découvrir cette fraude les moyens que
nous avons indiqués § 65 et 82 en parlant des disso¬
lutions de cuivre et de zinc. ,
4*^ Par des préparations de plomb ^ de laiton.^ etc.^
pour avoir séjourné dans des vases formés par cés mé¬
taux. On a recours aù procédé dont nous avons fait men¬
tion lorsque nous avons traité des vins blancs frelates
par ces substances. ( pag. 47.1.)
( 487 )
§ IV. — Des mélanges de vinaigre de vin et de vinaigre
de eidre.
Il serait difficile, pour ne pas dire impossible , de re¬
connaître la présence d’une petite quantité de vinaigre
de cidre dans le vinaigre de vin ; mais il n’en serait
pas de même si le premier se trouvait en assez forte
proportion dans le mélange ; on ferait évaporer com¬
parativement une pinte de ce mélange et une pinte
de vinaigre de vin ; la quantité de crystaux de crème
de tartre fournie par ce dernier serait beaucoup plus
considérable : la matière sirupeuse obtenue dans Fun
et dans l’autre cas présenterait aussi des caractères
différeris. ( Voyez ce qui a été dit plus haut en parlant
des l’ésidus de l’évaporation du vinaigre dé cidre et de
vin, pag. 482.)
FIN.
TABLE GÉNÉRALE
DES MATIÈRES,
PAR ORDRE AtPHABÉTIQüE.
AÉ
Abeille, " 3i5?
Absurption, ^
Acétate de cuivre, log
Acétate de plomb. i5q
Acide arsénieux. ( Voyez. Oxyde d’arsenic. ) 8d
Acide arsénique. io3
Acide carbonique, 323
Acide citrique. 33
Acides concentrés. i6
Acide hydrocblorique. 28
Acide hydrocyanique. 2i3
Acide hydrosülfurique. . 3o2
Acide muriatique. ( V oyez Acide hydrocblorique. }
Acide muriatique oxygéné. ( Voyez Chlore. }
Acide nitreux. , ' 2S
Acide nitrique. 24
Acide oxalique. 82
Acide phospbatique. 3r
Acide phosphorique. 3o
Acide prussique. 318
Acide sulfiu’ique. 20-
Acide tartareux. ( Voyez Acide tartarique.)
Acide tartarique. 82-
( 489 )
Acide vitriolique. ( Voyez Acide sulfurique. ) Pag. 20
Aconit.
226
Actoea spicata.
221
Agaric.
285
Alcali volatil. ( Voyez Ammoniaque. )
Alcalis caustiques , ou carbonates.
34
Alcohol.
297
Alimens considérés sous le rapport de la
police
médicale. ^
445
Amandes amères.
218
Amanita. ' '
276
Ammoniaque liquide.
54
Anémone.
i8r
Angusture fausse. _
264
Anhnaux enragés.
3o5
Animaux venimeux.
3o4 et 194
Antiar. ( Voyez Upas antiar. )
Antimoine métallique.
129
Apocynum.
190
Araignée.
3i4
Aristoloche.
297
Arséniates.
io4
Arsenic.
88
Arsenic blanc. ( Voyez Oxyde d’arsenic. )
Arsénites.
106
Arum.
Asclépias.
190
ïbid.
Asphyxie par l’air non.renouvelé.
32.8
Asphyxie par la vapeur du charbon.
326
Asphyxie par la vapeur des cuves de raisin. 324
Asphyxie des fosses d’aisance.
33o
( 49» )
Azalèa pontica.
221
Azote.
saa
B.
Baryté.
5tv
Belladone.
23y
4€4
Beurre frelaté.
Beurre d’antimoine.
xZj
Bière frelatée.
Bismuth.
14 1
Blanc de fard.
Blanc de plomb. ( Voyez Cémse. )
Bleu de composition.
Bois Gentil. ( Voyez Garou. )
Boudins fumés.
diB
Bourdon.
3i5
Brucine.
Æ
Bryone.
t63
C.
Café.
460
Idem J et eau de javelle.
46^1
Calla.
190
Camphre.
269
Cantharides.
190
Carbonaje d’ammoniaque.
55-
Carbonate de baryte.
&2
Carbonate de cuivre.
109
Carbonate de plomb.
161
Caustique arsénical du frère Gosme.
102
Gerbera ahovai.
190
Cëruse.
lêl
Gevadille.
235
( 491 )
Champignons vénéneux. ajé'
Chaux vive. 38
Chélidoine. i§^
Chœrophyllum sylvestre.
Chlore. 3a et 334
Chocolat frelaté. 45^
Cholera-morbus. 345
Cidre frelaté.
Ciguë aquatique.
Ciguë grande.
Ciguë maculée. ^
Ciguë petite.
Ciguë vireuse.
Cinnabre.
Classification des poisons. 3 et g
Clématite.
Colchique.
Colique des peintres.
Coloquinte.
Coluber berus. ( Fbjyez Vipère, )
Concombre d’âne.
Concombre sauvage.
Convolvulus.
Coque du Levant.
Coriafia myrtifolia.
Couperose blanche. ( Fhj^èz Sulfate de aine. )■
Couperose bleue. ( Fbj-ez Sulfate de cuivre^ );
Couronne impériale.
Crystaux de Vénus. {^ Koyez Acétate de cuivre.
Croton tiglium.
Cuivre.
i65
1^4
ihid.
190
270
297
189
190
Ï08
( 492 )
Cuivre ainmoniacal.
Curare.
Cyclamen europœum.
Gynanchum.
Pag. 125
268
^ 189
190
Datüra. 239;
Delphine.
Deuto-chlorure de mercure. 5p
De^toxyde d’antimoine. i3ô
Deutoxyde d’arsenic. ' 86-
Deutoxyde d’étain. 81
Deutoxyde de mercure. ^6
Deutoxyde de plomb. 160
Digitale pourprée. 242'
Dispositions des lois relatives à l’empoisonnement. 444
Eau. 467
Eau distillée de laurier-cerise. 218
Eau de javelle. 34 et 46 1
Eau-de-vie. 476
Eau forte. (^Voyez Acide nitrique.)
Eclaire. ( Voyez Chélidoine. )
Elaterium. ( Concombre sauvage. )
Ellébore blanc. 234
Ellébore noir. 229
Email en poudre. ( Voyez Verre.)
Emanations de plomb. io6
Emanations des fosses d’aisance. Voyez Acide
hydro-sulfurique.)
Emétine. , rSp
Emétique. / ,128
( 493 )
Empoisonnement considéré d’une manière géné¬
rale. Pag. 335
Empoisonnement de plusieurs personne à la fois. 4^8
Empoisonnement lent. ^ 4^9
Empoisonnement par les substances gazeuses in¬
troduites dans les voies aériennes. .323
Empoisonnement par suicide ou par homicide. 4^8
Epurge. 173
Ergot. ' > 293
Ergotisme convulsif. 296
Ergotisme gangréneux. 297
Esprit-de-vin. ( ^07^2; Alcohol, )
Etain. 81
Ether sulfurique. 3oi
Euphorbe. . ^7^
Expériences sur les animaux vivans, cônsidérées-
comme moyens propres à constater l’jexistence
de l’empoisonnement. 363
Extrait aqueux d’opium, . 204
Extrait aqueux d’opium privé de morphine et du
principe de Derosne.
Idem privé seulement du principe de Derosnei
Extrait d’opium. ào6
F. ■ ■ ■
Farine. 445
Falsification des vins. 46g
Fausse oronge. 277
Fève de Saint-Ignace. 255
Fièvre maligne. 359
Foie de soufre. 4o
Frelon. ( Guêpe. ) 3 16
( 494 )
Fromage frelaté. Pag. 463
G.
Giaon jgj
Gastrite. ,
Gaz acide carbonique. • .
Gaz acide hydrosulfurique.
Gaz acide nitreux,
Gaz acide sulfureux. 335
Gaz azote. 333
Gaz hydrogène. 33^
Gaz hydrogène arsénié. 33^
Gaz hydrogène carboné. ^ 33^
Gaz hydrogène sulfuré. ( Fofez Gaz acide hy-
drosulfurique.
Gaz protoxyde d’azote. 335
Gomme-gutte. 166
Grande ciguë 245
Gratiole 178
Guêpe. 3i6
H.
HeMATÉMÈSE. 357
Hernie étranglée. 354
Huile. ^ 4^4
Huile de laurier-cerise. 218
Huile empyreumatique de tabac. 242
Huile de vitriol. ( Voyez Acide sulfurique. )
Huile de pignon d’Inde. 172
Hydrochlorate d’ammoniaque.
Hydrochlorate d’antimoine. 1 38
Hydrochlorate de baryte.
' Hydrochlorate d’étain. 82
( 495 )
Hydrochlorate de meïcaxe.^Fofez Sublimé cor-
‘ rosif.^
Hydro'chlorate d’or. i44
Hydrocotile vulgaris. i^o
Hydrogène sulfuré. ( Foyez Acide hydrosulfu¬
rique.)
Hydrosulfate sulfuré de potasse. 4i
I.
221
Iléus essentiel. 353
Iléus symptomatique. , 354
Indices qui doivent faire suspecter les champi¬
gnons. / apa
Indices que le médecin peut tirer de letat des or¬
ganes après la mort des individus empoisonnés. SSp
Iode.
Irritation des voies gastriques qui donne lieu à des
perforations spontanées. 34j
Ivraie.
Ivresse. ( Alcohol.)
J.
Jatropha curcas. ’ , j
Javelle ( eau de). {^V oyez Eau de javelle. )
Joli-boîs. ( Foyez Garou.)
Joubarbe des toits. ' 189
Jusquiame. aop
- ■
Kermès minéral. i35
L. '
La-ixeux pointu rougissant. a84
(496)
Laitue vireuse. 219
Lathyrus cicera.
Laudanum liquide de Sydenham. 2^^
Laurier-cerise. 218
Laurier-rose. 253
Lésions de tissu produites par les poisons irritans. 423
Lésions de tissu produites par les poisons narco¬
tiques. 423
Lésions de tissu produites par les poisons narco-
tico-âcres. 424
Litharge. 160
Lobelia syphilitica. 190
M.
Maladies qui peuvent être confondues avec l’em¬
poisonnement aigu. 342
Mancenillier. 297
Massicot. 160
Matières animales décomposées. 817
Melæna. 357
Mercure. 58
Mercuriale. 297
Minium. 160
Morelle. 220
Morphine. 198
Morsures des animaux enragés. ( Voyez Rage. )
Morsures des serpens venimeux, 3o8
Morsures de la vipère. ( Voyez Vipère. ) ^
Mouches ca.ntharides. ( Fôjres Cantharides. )
Moules. ^ . igS
Moyens propres à constater l’existence de l’empoi¬
sonnement. 335
( 497 )
Moyens propres à distinguer si le poison a été in¬
troduit dans le canal digestif après ou avant la
mort. 23, 27, 74, 98 et 119
Muriate d’ammoniaque. ( Voyez Hydrochlorate
d’ammoniaque.)
Muriate d’antimoine. ( Voyez Hydrochlorate d’an¬
timoine.)
Muriate de baryte. ( Voyez Hydrochlorate de ba¬
ryte. )
Muriate de cuivre. ( Voyez Hydrochlorate de
cuivre.)
Muriate d’étain. ( Voyez Hydrochlorate d’étain.)
Muriate de mercure au maximum. {Voyez Deuto-
chlorure de mercure.)
Muriate d’or. ( Voyez Hydrochlorate d’or. )
Muriate suroxygéné de mercure. ( Voyez Deuto-
chlorure de mercure. )
N.
Narcisse des prés. 186
Narcotine. ( Principe de Derosne. )
Nitrate d’argent. î23
Nitrate de bismuth. i4o
Nitrate de cuivre. 122
Nitrate de mercure. 78
Nitrate de potasse. , 4d
Nitre. ( Voyez Nitrate de potasse. )
Noix des Barbades. {Voyez Pignon d’Inde.)
Noix vomique. 204
O.
OEsahthe crocata. 22
32
( 49 3 )
Opium. P ^^3
O- ,44
Oronge blanche. ; 281
Oronge ciguë blanche. 2^^
Oronge ciguë jaunâtre.
Oronge ciguë verte. 280
Oronge citron. , 281
Oronge croix de Malte, ^8^3^
Oronge fausse. / 2^^
Oronge peaussière. 284^
Oronge à pointes de râpe. 282
Oronge à pointes de trois q:uarts, ïbié
Oronge serpent. " 283-
Oronge souris.- iUd
Oronge visqueuse dartreuse. 280
Oronge vraie. 278
Orpiment natif. loi
Idem artificiel. ibià
Ouverture des cadavres. 371
Oxydes d’antimoine. 1 35 '
Oxyde d’antimoine hydrosulfuré brun. {^Voyez
Kermès.)
Oxyde d’antimoine hydro-sulfuré jaune. ( Foyez
Soufre doré.)
Oxyde blanc d’arsenic. 85
Oxyde noir d’arsenic. * .160
Oxydes de cuivre. 107
Oxyde de cuivre amnioniacaL 123
Oxydes d’étain. , 81
Oxyde noir de mercure. yd
Oxyde rouge de mercure, yd
( 499 )
Oxyde ronge de plomb. Pa^, igo
Oxy-muriate de mercure. ( Voyez Deuto -chlorure
de mercure. )
P.
Pxîîî frelaté. . : ^55
Palraa-Christi. ^169
Paris quadrifolia. 221
Pastinaca sativa,
Pâte de Rousselot. 102
Pâté du frère Cosme.
Pedicularis palustris. 189
Peganum harmela. • . - 221
Péritonite. 35g
Petite ciguë. 2^9
Phosphore. 12
Picrotoxine.
Pierre à cautère. 36
Pierre infernale. 126
Pignon d’Inde.
Piomb. J 52 et33o
Plumbago europæa. . _
Poisons âcres. ( Poisons irritans. ) '
Poisons américains. 268
Poisons animaux.
Poisons corrosifsi ( Poisons irritans.)
Poisons irritans. 9 et 12
Poisons narcotiques. 9 et 196
Poisons narcotico-âcres. 10 et 2aï
Poisons putréfians. ' . Soa
Poisons septiques. ÿ^id.
Poisons stupéfians. ( Voyez Poisons narcotiques. )
( 5oo )
Poissons venimeux.
Potasse à l’alcohol.
t94
Potasse à la chaux.
35
Potasse carbonatée.
36
Poudre aux mouches.
44
Poudre de tabac.
100
241
Oxyde rouge de mercure. )
76
335'
Précipité per se. {Voy.
Précipité rouge.
Protoxyde d’azote.
Protoxyde de plomb.
160
Pustule maligne.
3o5
Physalis somnifera.
Rapports sur l’empoisonnement, 43i
Réalgar. , 102
Renoncule des prés. i8j
Réveil-matin. ( Voyez Euphorbe. )
Rhododendron. i8p
Rhus radicans. i83
Rhus toxicodendron, ihid.
Ricin. . igg
Rue. ' 297
S. .
Sabine. 174
Safran. 221
Soelanthus quadragonus. 190
Sainbois. ( Voyez Garou. )
Salpêtre. ( Voyez Nitrate de potasse. )
Scammonée. 190
Scille. 223
( Soi )
Scorpion. ,
Pag. 3ii
Sedum âerç.
189
Seigle ergoté.
293
Sel commun.
456
Sel d’étain.
83
Sel de Saturne.
ï5o
Sel de nitre. ( Voyez Nitrate de potasse. )
Serpens à sonnettes.
3io
Sium latifoliura.
297
Solanum.
22 r
Soude.
38
Soufre doré d’antimoine.
i36
Sous-carbonate de potasse.
44
Sous-carbonate de cuivre.
109
Sous-hydrosulfate d’antimîoine.
i35
Sous-nitrate de bismuth.
142
Staphysaigre.
■ 175
Strychnos.
- 254
Strychnine.
256
Sublimé corrosif.
%
Sucre de Saturne. ( Voj'ez Sel de Saturne.)
Sulfaté de cuivre.
ï 19
Sulfate de cuivre ammoniacal.
121
Sulfate de mercure jaune.
80
Sulfate de zijic.
147
Sulfure d’arsenic jaune.
ÏOI
Sulfure d’arsenic rouge.
102
Sulfure de mercure.
77
Sulfure de potasse.
40
T.
Tabac.
24î
( 5o2 )
Tarentule. ^ ^
Tartrate de potasse et d’antimoine.
Tartre émétique.
Tartre stibié.
TA, -
- f ete de Méduse. ( F oyez Agaricus annularius. ) 289
Ticunas. '
208
Tue-loup. ( Aconit. )
Turbith minéral.
' ü,
ÜPAs aiitiar. 2-^5
üpas tieuté. ^56
V.
Vapeur du charbon.
Venin. ( Voyez Animaux venimeux. )
Verre d’antimoine. \
Verdet. ( Voyez Acétate de cuivre. )
Verre en poudre.
Vermillon. ( Cinabre.)
Vert-de-gris. .112
Vert-de-gris artificiel. ihid.
Vert-de-gris naturel. 109
Vin. . ' 46 g
Vin adouci par le plomb. 471
Vin antimonié. 472
Vin émétique.
Vins frelatés. 469
Vins frelatés par l’alun. 471
Vin lithargyré.
Vinaigre. ' ‘ 481
Vipère commune. 'SoS
( )
Vitriol blanc. ( Voyez Sulfate de zinc. )
Vitriol bleu. ( V oyez Sulfate de cuivre. )
w.
WOORARA.
Pag, 268
Z,
Zinc. ,
147
FIN DE EA TABLE DES MATIERES..
EB.RATA.
Le lecteur est prié défaire les corrections suivantes. ■
Page 68 , ligne 26, au lieu ÿévapomtian, lisez : évaporation.
Id. 72, ligne i3, au Ueu de ses substances , lisez : les substances.
Id. 83 , ligne 8 , au lien de déliquescente, lisez : déliquescentes.
Id, 102, ligne 19 et 25, au lieu de sang-de-dragon, lisez : sangdragon.
Id. 123 , ligne 5, au lieu de caractères suwans : caractères.
Id. i38, ligne 9, au lieu de se dissout Vàcide hydrochlorique , lisez se
dissout dans C acide.
Id. i63 , ligne 2 , au lieu de bryoin , lisez bryonia.
Id. 2q3, ligne 17, au lieu de 208. 3®, lisez: 208. i3®.
Id. 208, ligne dernière, au lieu de Robquet, lisez ; Robiquet.
Id. 2i5 , ligne 19 , au lieu de batrachiens, lisez : batraciens.
Id. 219, ligne 23 , au Ueu d’œ» panicule allongé. Usez : une panicule al-
longée et peu garnie.
Id. 221 , Ugne 3 , au Ueu de svfcatum , Usez : fuseatum.
Id. 23o, Ugne 29, au Ueu de bïlabiée, Use^ : büabié.
Id. 235, Ugne 28, au lieu de § 166, Usez : g 167.
Id. 257, Ugne première au Ueu de découvert, Usèz ; a été décowert.
Id. 268 , Ugne première, au Ueu de 'vénéjieuse, lisez : wénéneuses.
Id. 3i6, Ugne 19, au Ueu de Fespra, Usez : Fespa.
Id. 322, Ugne 26, an Ueu de avaiens, lisez : avaient.
Id. 38i , Ugne première , au Ueu de les autres ne se sont, Usêz : ne sont,
/if. 428 , Ugne 25, au Ueu de wei, lisez : «îçAf.
IN^RCISSE iàxi3L-
JSTARCJSSJTS pseu.ao-
-narcisse.
-narcissTjs
RENOIirCUIiE âcre.
JtdJVZTWCZTZZTS assois. fïm.J
/èranj^.naS:J
s .Iruêâ'.&.Æ.
Sridoj^erme'. àj^EmiTyûT,
JTISQULAjVIE XLoire
STTOSCIAMUS iiiger./^
ûr-anti.naâij
na?er^/>oz/r^:àv-'Voà'
■ Gn^e-ver^ica&climova^e'.QSm
.a^-O/^erezile-.&.Hl.anaté’^rsur/i/^Q
■Ca£ce eâ^iri^.si. ûv
YE GE TAUX.
Dico^Tléions .
BEIiliADOXE c
-ATIIOFJl lyelUcLo]
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VEGETAXIK
Bico^léÆons .
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A<7<5>AZY’ZZ2(r napd
ûroTt^.Tlai’.
'yJ^irÆr,Sïcanm&f ei^coroSé'. a. .F^ale^. a .Stamâie-
Q.Jél. coiœée'&er&alane^c^. ^u.leerume/^^^o
v. 3 .JPù'ûilf. 4 .^za^. i
.^znST^orz.y.Æmèryo
HEIiliEB OBE noir . .
ÆEZZÆBOILTTS jaiger./J^y'
Ûr€Ut^.7taâ,J
e^^ur. 2 accûn^oÿmJt? dzmè^^m
VEGETAUX.
Tico^léions .
^o/(Knée/Cy.
UATXJEA épin
DATURA sipaTriom'
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'^OT^oeT^e&dàwiin^d-.aRùs'iA.o.FrTAtcinwe
eoi^^^eràcalanenù . ;-
. 4 • Orame/^ossie/.
DIGITAIiE poTirprée
DJGITAIjIS pxirpra ea .
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1. l'ieur- 3 .J^ru^.
( E THCTSA petite ôigiie.
■|^^Z!aZ7*SLt cyn^ium./Srjré.y'
. Apium petroj’e&tunv. fïâv.J fPer^.J
vnèelai&fde^wcfy-. Z.R'ait:!^, j^.eaipd'oerüca^én,
■oaô’ef /^fvp/^cûj^ne^.J a.lëpamenâdB'la^pr
I ^Tnè^oTV- 5 .^TniTyon,. B.
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P s eixio - aux antiîLC a .0iiS.J^a
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jOROTfGE ciscüe lïlaxLclie .
\:ÆUÆVrné.h^hosa. eSbsi./^hm
j OB.OÎS'GE cio;iie jaunâtre .
[AÆÂÆZlLi citriaa ■ fi’aul. J
2,. 3b. ^ . avant j-on dA>eZ(^pemené .
j 0R03^&E <
i^dJUtLNZTA
Jéane^ m^vrWzt
VEGETAUX
Aco^tyleioiis .
j 0lî-0!N'GüE ’cxois: de jxtalte. jORO^NCTipeaiicière depicardie.
\SYPÛJWZ^ZIM^cras.xae]iksisis^aa^^ \in7>OJWlzmifY^^^'tiiïn../PaaZ.J
j'OKOlS^GE souris. JOROISTGaî dartreuse .
\SYPOJPSZLZZrM aug^imeTiin./!^^*^: \^POI*miXZ7Myii&c-aïsixaQ..fPa^^
VEGETAUX.
Acotyledons .
Tah.:LS.
j A.GABIC Lriilairt: .
\AGA^CTrS TireiLS ./ÈuS.J
j^AGAMC pjTOÿ^ale.
^<S42ÎZC'Z7"5pjToo'ahis .^lu
3 . a, . JeuTie- znÆtrùèt .
( A&ÆGC acT e .
{A&ilirCZTS SiC3^/£rÆy
JAgaMC s-^liqTie .
\AGAIU:C7TS stypticTi
. L-s^-AitSozAi vue/L &ssa.
JaGAKEC ammLaire.
yAdATtrcTTS ammlariTLS .
jAGAKtC styptLtjCLe .
\AG:Amczrs ticTLs . /
J AGARIC mexirtrier.
XA&AMICJIS TLecstar. /ÈuS.J
[a&_4BIC laiteirs: âcre .
\AG4JîTCirS laclifl-TitLS acris./^a^y
AINIMAIJJL
Entomologie,
mVERTEBRES.
X. ARAIGNEE toretttole . ZyCOJ'O/ /'Sair.J
2. ARAIGNÉE des caves. S^e4firùi^ ce^Zxr^. /Üaù-.J
5. SCORPION d'Eiirope. Scorpû> J
4. CANTHARIDE officinale. Canffiarif -oe.ficafyrùz^.^aA-.)
5. BOGRDON les pierres . JBomhtM l(pûiarût,f. ^aù-.J
l.GUJÉPE oomnmne. Ye^Fpa/ ^le^arù'.
7.GUEPE ffielen. Yes^po/ crairo. /'Zin/.J
8 . ABEILLE domestiqTxe . Api& Tnèl^ra^. /Zm .J